TRIBUNE – Ukraine, Iran et Taïwan : Trois crises qui menacent de précipiter le monde dans une guerre généralisée

TRIBUNE – Ukraine, Iran et Taïwan : Trois crises qui menacent de précipiter le monde dans une guerre généralisée

lediplomate.media — imprimé le 25/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
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Par Leonardo Dini

Alors que les perspectives de paix s’éloignent en Ukraine et en Iran, les tensions militaires se multiplient en Europe orientale et dans le détroit de Taïwan. Entre les ambitions russes, la stratégie chinoise, les incertitudes américaines et les inquiétudes européennes, plusieurs crises régionales pourraient désormais se rejoindre dans une confrontation internationale beaucoup plus vaste. La diplomatie peut-elle encore empêcher cet engrenage ?

Ukraine et Iran : deux guerres différentes, une même crise géopolitique mondiale

Les crises ukrainienne et iranienne restent étroitement liées par les rapports de force qui structurent désormais les relations internationales. Le jeu géopolitique entre la Chine, les États-Unis et la Russie transcende les réalités régionales pour s’inscrire dans une confrontation d’ampleur mondiale. Jusqu’à ces derniers jours, les perspectives de négociations et de paix en Iran comme en Ukraine semblaient encore ouvertes, mais les deux conflits obéissent à des logiques différentes, tant par leurs origines que par leurs objectifs militaires et politiques. Aujourd’hui, la confrontation entre Kiev et Moscou demeure particulièrement intense, avec des échanges de frappes de drones et de missiles qui touchent les infrastructures militaires, énergétiques et civiles.

En Ukraine, toutes les tentatives de compromis ont jusqu’à présent échoué, à commencer par les négociations engagées en Turquie, notamment à Istanbul en 2022, auxquelles l’homme d’affaires Roman Abramovitch avait été associé. En Iran, la voie de la paix semble également lointaine. La question du programme nucléaire iranien, de ses éventuelles dimensions militaires et des garanties internationales demeure au cœur des controverses, tandis que les populations civiles continuent de subir les conséquences des affrontements et des tensions régionales. Dans les deux cas, les initiatives diplomatiques peinent à surmonter la méfiance entre les protagonistes.

En Ukraine, l’impasse tient notamment aux revendications territoriales concurrentes et à la question du Donbass, dont Moscou exige le contrôle intégral, tandis que Kiev refuse d’abandonner des territoires qu’elle considère comme souverains. À ces divergences fondamentales s’ajoutent les incertitudes concernant les garanties de sécurité, les conditions d’un éventuel cessez-le-feu et le devenir des territoires occupés.

La question particulièrement épineuse du réseau satellitaire Starlink d’Elon Musk est venue s’ajouter à cette problématique. Il s’agit d’une véritable vexata quaestio, tant les communications satellitaires occupent désormais une place déterminante dans la conduite de la guerre moderne. Sans les services fournis par Starlink, les forces ukrainiennes rencontreraient des difficultés supplémentaires dans la coordination de certaines opérations, dans leurs communications sur le champ de bataille et dans la conduite de missions reposant sur des transmissions numériques. Le renseignement satellitaire américain constitue également un élément majeur du dispositif ukrainien, notamment pour l’identification de cibles et la préparation de certaines frappes à longue distance contre les installations militaires et énergétiques russes.

Dans ce contexte, les prises de position politiques d’Elon Musk prennent une importance particulière. Ses déclarations appelant au départ de Volodymyr Zelensky, dans une tonalité proche de certaines critiques exprimées par Donald Trump, illustrent les tensions qui entourent désormais le soutien américain à Kiev. Elles soulignent aussi la dépendance technologique d’une partie de l’effort de guerre ukrainien envers des capacités privées ou étrangères.

Parallèlement, les tensions s’intensifient sur le flanc oriental de l’OTAN. À la suite des manœuvres militaires organisées en septembre 2026 à proximité de Kaliningrad, Vladimir Poutine a réaffirmé sa détermination à défendre cette enclave stratégique russe, située entre la Pologne et la Lituanie. Moscou considère Kaliningrad comme un élément essentiel de son dispositif militaire en mer Baltique et rappelle régulièrement qu’elle pourrait mobiliser les moyens nécessaires pour en assurer la protection.

De son côté, Alexandre Loukachenko a déclaré, en octobre 2026, que la Biélorussie devait se préparer à la guerre précisément afin de l’éviter. Le président biélorusse a également affirmé que son pays serait prêt à répondre à toute attaque directe, notamment en provenance de l’Ukraine ou de la Pologne, et à défendre son territoire par tous les moyens jugés nécessaires. Ces déclarations participent d’un climat de tension croissante dans lequel chaque exercice militaire, chaque mouvement de troupes et chaque avertissement diplomatique peuvent être interprétés comme les signes avant-coureurs d’une escalade.

La Russie a, par ailleurs, multiplié les avertissements concernant la poursuite de ses frappes contre les objectifs ukrainiens, tandis que la population de Kiev et les représentations diplomatiques étrangères demeurent exposées aux risques liés aux bombardements. Les attaques russes ne se limitent plus aux régions orientales et méridionales du pays. Les oblasts de Lviv, de Rivne et de Volhynie, situés dans l’ouest de l’Ukraine, ont également été touchés par des frappes de missiles et de drones, avec des destructions affectant notamment des bâtiments civils. Les territoires proches de la frontière polonaise sont ainsi de plus en plus concernés par les conséquences militaires de la guerre, ce qui renforce les inquiétudes de Varsovie.

Dans cette perspective, la Pologne joue un rôle central dans la réorganisation et la modernisation de la défense européenne. Sa position géographique, face notamment à l’oblast ukrainien de Lviv, en fait l’un des principaux points d’appui du dispositif occidental sur le flanc oriental de l’OTAN. Varsovie considère l’Ukraine comme un élément essentiel de la sécurité régionale et entend renforcer ses propres capacités militaires pour prévenir toute extension du conflit vers l’Europe centrale.

La question de l’autorisation d’emploi de missiles à longue portée par les forces ukrainiennes, ainsi que celle des licences, des transferts technologiques et de la disponibilité des systèmes de défense antiaérienne Patriot, figurent également parmi les préoccupations majeures des gouvernements européens. L’usure des stocks de missiles intercepteurs et la nécessité d’accroître rapidement les capacités de production occidentales constituent des défis stratégiques considérables.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk a, de son côté, mis en garde contre les risques d’actions hybrides susceptibles de viser directement les pays européens. Sabotages, cyberattaques, opérations clandestines et déstabilisations pourraient, selon les inquiétudes exprimées à Varsovie, prendre une dimension particulièrement dangereuse au cours des prochains mois. L’hypothèse d’une intensification de cette confrontation hybride, notamment en Pologne, doit donc être prise au sérieux, même si son calendrier et son ampleur demeurent incertains.

Sur le plan diplomatique, plusieurs personnalités européennes pourraient théoriquement contribuer à une reprise du dialogue avec Moscou. Le nom d’António Costa, président du Conseil européen, a notamment été évoqué dans les réflexions sur une éventuelle médiation, bien que sa position institutionnelle et les relations difficiles entre Bruxelles et le Kremlin compliquent cette perspective. L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, connu pour ses relations personnelles avec Vladimir Poutine, pourrait apparaître aux yeux de certains responsables russes comme un interlocuteur plus favorable aux intérêts de Moscou. Toutefois, ses liens avec la Russie rendent également sa désignation politiquement délicate pour de nombreux Européens.

À notre sens, Angela Merkel pourrait constituer une personnalité particulièrement intéressante pour tenter de renouer les fils du dialogue. Son expérience des négociations avec Vladimir Poutine, sa connaissance des équilibres européens et son rôle passé dans les accords de Minsk lui confèrent une familiarité avec le dossier ukrainien que peu de responsables occidentaux possèdent encore. Une telle médiation supposerait néanmoins l’accord des parties concernées et ne pourrait, à elle seule, résoudre les contradictions fondamentales du conflit.

De Kaliningrad à Taïwan : le risque d’une confrontation militaire sur plusieurs fronts

Le monde se trouve ainsi confronté à trois grands foyers de tension géopolitique : Kiev, Téhéran et Taïwan. Si leurs dynamiques sont différentes, ils participent tous à une recomposition des rapports de force internationaux dans laquelle les grandes puissances cherchent à préserver ou à élargir leurs zones d’influence.

La Chine, en particulier, poursuit le renforcement de ses capacités militaires dans la perspective d’une éventuelle opération contre Taïwan. Pékin n’a jamais renoncé à la possibilité d’employer la force pour parvenir à la réunification de l’île avec la Chine continentale. Ses exercices militaires, ses simulations de blocus et ses démonstrations aéronavales témoignent de cette volonté de disposer d’options coercitives de plus en plus crédibles. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de conclure qu’une invasion serait imminente ou définitivement décidée.

Les dirigeants chinois ont également mis en garde Washington contre les dangers d’une confrontation directe entre les deux puissances. Cette rivalité rappelle le célèbre « piège de Thucydide », expression désignant le risque de guerre lorsqu’une puissance ascendante remet en cause la prééminence d’une puissance dominante. Dans le cas présent, l’affrontement potentiel entre les États-Unis et la Chine dépasserait largement la seule question taïwanaise et pourrait bouleverser l’ensemble de l’équilibre stratégique mondial.

Les récentes manœuvres chinoises autour de Taïwan illustrent cette montée des tensions. Le 7 octobre, plusieurs avions et bâtiments militaires chinois ont été signalés dans l’environnement du détroit de Formose. Les activités aéronavales enregistrées depuis le début du mois témoignent de la pression exercée par Pékin sur les défenses taïwanaises. La Chine conduit également, depuis plusieurs années, des entraînements et des simulations d’attaques contre des installations représentant des objectifs potentiels à Taïwan, notamment sur des terrains d’exercice situés à l’intérieur de son territoire.

Dans ce contexte, l’ouverture d’un troisième grand front de confrontation internationale en mer de Chine ne peut être exclue. Une crise majeure autour de Taïwan pourrait mobiliser les forces américaines dans l’Indo-Pacifique au moment même où Washington doit déjà gérer les conséquences des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. Le risque résiderait alors moins dans l’existence d’une coordination formelle entre tous les adversaires des États-Unis que dans la possibilité que plusieurs puissances cherchent simultanément à profiter d’une dispersion des moyens et de l’attention stratégique américains.

Sur le terrain ukrainien, les fronts demeurent extrêmement tendus. Les forces russes poursuivent leurs offensives dans plusieurs directions, notamment à l’est de Kharkiv, dans le Donbass et sur les axes situés à l’est de Zaporijjia et de Dnipropetrovsk. Dans le secteur de Kharkiv, Moscou cherche à maintenir une pression militaire constante sur la deuxième ville d’Ukraine et sur ses lignes de communication. Dans l’oblast de Donetsk, l’objectif russe demeure notamment de progresser vers les positions défensives ukrainiennes de Sloviansk et de Kramatorsk, deux villes essentielles dans l’architecture militaire du Donbass. Plus au sud, les opérations visent à éprouver les défenses ukrainiennes et, lorsque les conditions le permettent, à gagner du terrain en direction du Dniepr.

L’Ukraine, la Russie et l’Europe, Royaume-Uni compris, se trouvent ainsi à une véritable croisée des chemins historiques, entre la recherche d’une issue diplomatique et le risque d’une prolongation indéfinie des combats. Deux analogies peuvent être mobilisées pour décrire les dangers d’une telle évolution : la « vietnamisation » du conflit, c’est-à-dire son enlisement dans une guerre longue et coûteuse soutenue par des puissances extérieures, et sa « syrianisation », qui renverrait à une fragmentation durable du territoire, à la multiplication des acteurs armés et à l’installation d’une instabilité chronique.

Le rôle de la Biélorussie pourrait, dans cette perspective, redevenir déterminant. Comme lors du déclenchement de l’invasion russe du 24 février 2022, son territoire constitue une profondeur stratégique essentielle pour Moscou. Sa proximité avec la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine lui confère une importance particulière dans toute hypothèse d’élargissement du conflit. Le corridor de Suwałki, situé entre la Biélorussie et l’enclave russe de Kaliningrad, demeure l’un des espaces les plus sensibles de la géographie militaire européenne. Il représente une zone de liaison essentielle entre la Pologne et les États baltes, et constitue, de ce fait, un point de vulnérabilité potentiel pour l’OTAN.

Une déstabilisation majeure de cette région aurait des conséquences considérables sur l’ensemble du dispositif de défense européen. La Pologne se retrouverait alors au premier rang d’une confrontation qui ne concernerait plus seulement l’Ukraine, mais directement les frontières de l’Alliance atlantique.

Parallèlement, le rôle du pape Léon XIV en tant que médiateur exceptionnel mérite une attention particulière. Son entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, le 16 octobre 2026, a confirmé la volonté du Saint-Siège de contribuer à la recherche d’une issue humanitaire et diplomatique. Le souverain pontife a notamment demandé un cessez-le-feu permettant l’acheminement de secours et l’évacuation de civils dans la région de Kherson. Moscou semble cependant privilégier, dans ses relations avec le Vatican, les questions humanitaires et religieuses plutôt qu’une médiation politique globale sur les conditions de règlement de la guerre.

La diplomatie pontificale pourrait néanmoins jouer un rôle utile dans la restauration progressive de certains canaux de communication, particulièrement à un moment où les relations entre les principales capitales européennes et Moscou sont profondément dégradées.

Vers une guerre mondiale progressive ou un nouveau compromis entre grandes puissances ?

Les trois grandes crises qui se développent en Europe orientale, au Moyen-Orient et en Asie orientale semblent désormais s’entremêler de plus en plus étroitement. Elles participent à ce que l’on pourrait qualifier de guerre mondiale progressive, non pas nécessairement sous la forme d’un affrontement généralisé et simultané, mais par une succession de conflits régionaux dont les conséquences politiques, économiques et militaires deviennent interdépendantes.

Les élections américaines de mi-mandat pourraient constituer un moment supplémentaire d’incertitude. Selon leurs résultats, elles pourraient modifier les marges de manœuvre de Donald Trump, influer sur les arbitrages budgétaires et militaires américains et peser sur les relations entre Washington, ses alliés européens et ses principaux rivaux. Le danger serait alors que certaines puissances interprètent une éventuelle paralysie politique américaine comme une occasion d’accroître leurs pressions militaires ou diplomatiques.

L’une des questions cruciales des prochains mois sera de déterminer dans quelle mesure les avertissements lancés par les états-majors et les ministres de la Défense européens concernant les menaces russes sont fondés. Le commandant suprême des forces alliées en Europe, le général américain Alexus Grynkewich, a notamment participé à cette réflexion stratégique sur l’évolution de la menace et sur les capacités que l’OTAN doit mobiliser pour assurer la sécurité du continent.

Si la Russie devait un jour engager une confrontation directe contre certains pays européens, celle-ci ne prendrait pas nécessairement la forme d’une invasion terrestre massive. Des frappes de missiles, des attaques de drones, des cyberopérations et des actions de sabotage pourraient constituer les premiers instruments d’une escalade. La construction d’une nouvelle « ligne Maginot » européenne, notamment en Pologne, ne suffirait donc pas à répondre à l’ensemble des menaces contemporaines, même si les fortifications et les défenses territoriales conservent leur utilité.

Il faudrait également tenir compte de la dimension méridionale de la sécurité européenne. La Méditerranée et l’Afrique, notamment la Libye, pourraient devenir des espaces de pression indirecte, qu’il s’agisse d’influence militaire, de déstabilisation politique, de guerre informationnelle ou de menaces pesant sur les approvisionnements et les infrastructures stratégiques.

Une défaite majeure de l’Ukraine modifierait profondément la situation sécuritaire européenne. Elle pourrait permettre à la Russie de redéployer une partie importante de ses forces vers les frontières de l’OTAN, notamment face à la Pologne et aux États baltes. L’ampleur réelle d’un tel redéploiement dépendrait cependant de l’état de l’armée russe après plusieurs années de guerre, de ses pertes, de ses capacités de reconstitution et des conditions politiques et territoriales d’un éventuel règlement du conflit. La perspective de voir une force russe considérable se rapprocher durablement des frontières européennes constitue néanmoins l’une des principales préoccupations des états-majors occidentaux.

Il faut également envisager l’hypothèse, certes extrême, d’une multiplication presque simultanée des crises militaires. Une opération chinoise contre Taïwan, une nouvelle confrontation impliquant la Corée du Nord en Asie orientale, une escalade russe contre les pays baltes ou la Pologne, ainsi qu’une extension des affrontements au Moyen-Orient entre l’Iran, Israël et les États-Unis, pourraient provoquer un désordre international d’une ampleur exceptionnelle. Les tensions opposant l’Arabie saoudite aux Houthis au Yémen ajouteraient encore un facteur de déstabilisation régionale. Dans une telle configuration, les Nations unies elles-mêmes seraient confrontées à une crise majeure de leur capacité d’action, compte tenu notamment des divergences entre les membres permanents du Conseil de sécurité.

À l’inverse, la diplomatie des grandes puissances pourrait encore permettre de contenir certaines de ces tensions. Le sommet de l’APEC, prévu les 18 et 19 novembre 2026 à Shenzhen, en Chine, pourrait offrir une occasion importante de dialogue entre Washington, Moscou et Pékin. La possibilité d’une rencontre entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping a été évoquée, même si sa tenue et ses résultats demeurent incertains.

Un tel rendez-vous pourrait voir converger certains intérêts des trois puissances, notamment leur volonté d’éviter une confrontation directe dont les conséquences seraient imprévisibles. Mais il pourrait aussi mettre en évidence des divergences fondamentales concernant l’Ukraine, Taïwan, le Moyen-Orient et les conditions d’un nouvel équilibre international.

Dans le même temps, les préparatifs militaires européens concernant les garanties de sécurité susceptibles d’accompagner une éventuelle trêve en Ukraine, notamment ceux auxquels participent les Britanniques, les Français et les Allemands, pourraient devenir un facteur supplémentaire de tension avec Moscou. La Russie s’oppose à certaines formes de présence militaire occidentale en Ukraine, tandis que plusieurs gouvernements européens considèrent qu’une paix durable exigerait des garanties crédibles contre une reprise des hostilités.

Ces contradictions pourraient précipiter une nouvelle épreuve de force entre l’Europe et la Russie, précisément au moment où Washington et Pékin chercheraient éventuellement à stabiliser leurs propres relations.

Il n’est pas non plus impossible d’imaginer que les grandes puissances finissent par rechercher une forme de compromis stratégique reposant sur la reconnaissance réciproque de certains intérêts fondamentaux. Une telle hypothèse soulèverait toutefois une question essentielle : celle du sort des États dont l’avenir pourrait être discuté sans qu’ils disposent d’un poids comparable dans les négociations.

L’Histoire offre, à cet égard, des précédents inquiétants. Le pacte germano-soviétique d’août 1939, conclu entre Molotov et Ribbentrop, comportait un protocole secret organisant notamment le partage de sphères d’influence en Europe orientale et préparant le démembrement de la Pologne. Les circonstances actuelles sont évidemment différentes et rien ne permet d’affirmer qu’un accord comparable serait aujourd’hui envisagé entre Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Mais ce précédent historique rappelle que les arrangements conclus entre grandes puissances peuvent parfois se faire au détriment de la souveraineté et de la sécurité des États plus faibles.

C’est précisément cette alternative qui se dessine aujourd’hui : soit les principales puissances parviennent à établir les conditions d’une coexistence stratégique, soit la multiplication des conflits régionaux finit par entraîner une confrontation beaucoup plus vaste, dont aucun des protagonistes ne pourrait véritablement maîtriser les conséquences.

Entre la tentation de l’épreuve de force et la nécessité du compromis, l’Ukraine, l’Iran et Taïwan apparaissent ainsi comme les trois principaux révélateurs d’un ordre international en pleine recomposition. La question n’est plus seulement de savoir si chacun de ces conflits peut trouver une issue diplomatique, mais si les grandes puissances seront encore capables d’empêcher que leurs rivalités respectives ne transforment ces crises en un affrontement mondial.

Cette tribune est publiée dans le cadre du débat d’idées.

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Leonardo Dini

Leonardo Dini est philosophe du droit, expert en politique nationale et internationale. Il est également auteur de plusieurs ouvrages.

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