ANALYSE – 2028 : Rubio referme l’écart sur Vance – Le ticket « dream team » se profile déjà

Par Angélique Bouchard
Un nouveau sondage du New Hampshire, État historique de la première primaire républicaine, vient de faire voler en éclats le scénario d’une succession toute tracée. Selon le Granite State Poll de l’Université du New Hampshire publié cette semaine, le vice-président JD Vance ne recueille plus que 36 % des intentions de vote parmi les électeurs républicains susceptibles de participer à la primaire, contre 26 % pour le secrétaire d’État Marco Rubio. L’écart, qui atteignait 46 points en février (53 % contre 7 %), s’est réduit à 10 points seulement.
Vance demeure le favori et l’héritier naturel de Donald Trump et de la base MAGA. Mais la progression spectaculaire de Rubio, nourrie par son rôle central dans l’opération américaine au Venezuela et dans la guerre contre l’Iran, transforme ce qui paraissait être une course à un seul homme en une véritable compétition. Trump lui-même a multiplié les éloges à l’égard de son secrétaire d’État, allant jusqu’à déclarer qu’il entrerait dans l’histoire comme « le plus grand secrétaire d’État de tous les temps ». Le président a également évoqué un ticket Vance-Rubio qu’il a qualifié d’« imparable » et de « dream team », sans jamais préciser qui en occuperait la tête de liste.
Le duo Vance-Rubio : amitié affichée, concurrence réelle et corde raide
Vance et Rubio multiplient les déclarations d’amitié. Le vice-président a affirmé sur Fox News : « Marco est mon ami le plus proche dans l’administration. Je trouve intéressant que les médias veuillent créer un conflit là où il n’y en a aucun. » Plus récemment, confronté aux spéculations sur un ticket commun, Vance a répondu : « J’aime Marco. Je pense qu’il est un grand secrétaire d’État. Il est devenu un ami très, très cher. Mais je pense que nous sommes tous les deux très concentrés sur l’accomplissement des affaires du peuple américain en ce moment. » Il a ajouté qu’il détesterait « quelqu’un qui n’a été en poste que depuis un an et demi et qui vise déjà le prochain job ».
Pourtant, un groupe de donateurs républicains proches de Rubio explore discrètement des moyens de renforcer son profil politique. Cette initiative irrite une partie de l’entourage de Trump. Un opérateur anonyme de l’orbite présidentielle a prévenu : « Le vice-président Vance est l’avenir du Parti républicain et Marco Rubio est l’un de ses amis les plus proches. Les histoires divisives de certains donateurs qui cherchent à créer le chaos ne sont pas utiles. »
Un stratège républicain de longue date a quant à lui lancé un avertissement plus inquiétant : « Vance est en position idéale jusqu’à ce que quelque chose tourne vraiment mal et que Trump le blâme… Je ne peux pas imaginer Vance marcher sur cette corde raide pendant deux années supplémentaires sans contrarier Trump. »
David Carney, consultant républicain basé dans le New Hampshire et vétéran de nombreuses campagnes présidentielles, résume la situation : « Il n’y a personne d’autre dans la conversation en dehors de ces deux-là, donc ce sondage a du sens.»
L’endorsement de Turning Point USA : un coup de force stratégique
Dès décembre 2025, Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk et nouvelle dirigeante de Turning Point USA, a officiellement endossé Vance lors du sommet AmericaFest. « Nous allons faire élire l’ami de mon mari, JD Vance, en 2028 de la manière la plus retentissante possible », a-t-elle déclaré. Un conseiller de longue date de Trump a commenté : « Ce n’était pas une surprise de la voir endosser Vance, étant donné que, de son vivant, Charlie n’aurait pas pu être plus explicite sur son soutien à Vance en 2028. » Cet appui réaffirme que « toute la machine politique de Turning Point sera derrière lui s’il décide de se présenter. C’est un autre gros coup pour le vice-président et un coup de semonce pour les autres candidats potentiels. »
Turning Point USA n’est pas un simple groupe de jeunes conservateurs. C’est l’une des organisations de terrain les plus puissantes de la droite américaine, capable de mobiliser des dizaines de milliers de militants et d’influencer durablement la base MAGA. Cet endorsement, intervenu très tôt, change la nature de la compétition : il donne à Vance une infrastructure militante que Rubio, occupé à parcourir le monde en tant que secrétaire d’État, ne possède pas encore. Dans un cycle où la machine de terrain sera déterminante, cet appui constitue un avantage structurel majeur.
Le contraste démocrate : AOC en tête, Harris en chute libre
Pendant que les Républicains se concentrent sur la succession de Trump, le camp démocrate montre des signes de recomposition brutale. Dans le même sondage du New Hampshire, Alexandria Ocasio-Cortez est passée en tête avec 22 % des intentions de vote, un point devant Pete Buttigieg et 17 points devant Kamala Harris, qui s’effondre à 5 % (contre 10 % en février).
Harris, candidate démocrate en 2024 après le retrait de Joe Biden, a perdu la moitié de son soutien. Gavin Newsom a également reculé de sept points. Bernie Sanders, 84 ans, a ironisé : « Je sais que j’ai l’air d’avoir 30 ans. Ce n’est pas le cas. » Ocasio-Cortez, elle, refuse de fermer la porte à une candidature présidentielle comme à une course au Sénat contre Chuck Schumer. « Mon objectif est de changer le pays », a-t-elle déclaré.
Andrew Smith, directeur du centre de sondages de l’Université du New Hampshire, précise : « Près de la moitié des socialistes et un tiers des progressistes soutiennent Ocasio-Cortez, tandis que les pluralités de libéraux et de modérés soutiennent Buttigieg. »
Dès décembre 2025, Harris et Newsom multipliaient déjà les apparitions au sommet d’hiver du DNC, posant les bases d’une course ouverte. Ce contraste est frappant : alors que les républicains se structurent autour de deux figures fortes liées à Trump, les démocrates semblent s’engager dans une guerre interne entre l’aile progressiste radicale et les figures plus modérées ou usées.
Stephen A. Smith : « Pas une âme damnée » ne peut battre ce ticket
Dès octobre 2025, l’animateur d’ESPN Stephen A. Smith avait déjà tranché. Interrogé sur un éventuel ticket Vance-Rubio, il avait déclaré sans détour : « La réponse serait personne. Pas une âme damnée. » Il avait même placé Rubio au-dessus de Vance : « Marco Rubio fait avancer les choses. Il n’est pas une blague. Je le place au-dessus du vice-président Vance. »
Smith avait ajouté que si l’accord de paix Israël-Hamas obtenu par l’administration Trump se révélait durable, « je ne pense pas que quiconque sera capable de rivaliser avec Marco Rubio, que Trump a qualifié de peut-être le plus grand secrétaire d’État de l’histoire américaine ».
Rand Paul, l’alternative « free-market » face au populisme Trump-Vance
À droite, Rand Paul maintient ouverte la possibilité d’une candidature 2028. Le sénateur du Kentucky, qui se présente comme le défenseur de l’aile libérale du parti, a déclaré : « Il faut qu’il y ait une aile libre-échangiste du Parti républicain. Et je veux faire partie de ceux qui veillent à ce qu’elle existe encore. » Il a critiqué le protectionnisme de l’ère Trump-Vance et a promis de décider après les midterms de 2026.
Dans le même sondage, Paul et Nikki Haley se situent à 8 %, Ron DeSantis à 6 %. Tous les autres candidats testés restent sous les 4 %.
*
* *
À six mois des Midterms et à deux ans de la course à la succession de Trump, le paysage républicain n’est plus aussi figé qu’il y a quelques mois. Vance reste le favori, conforté par le soutien de Turning Point USA, mais Rubio a transformé un écart de 46 points en une bataille à 10 points. Trump continue de vanter les deux hommes en les qualifiant de « dream team », tout en refusant de trancher. Stephen A. Smith, de son côté, a déjà tranché : face à un ticket Vance-Rubio, « pas une âme damnée » ne pourrait l’emporter.
Le grand jeu de 2028 a commencé. Pour la première fois, il n’y a plus un seul héritier apparent, mais deux. Le New Hampshire vient de le confirmer. Et dans cette compétition naissante, chaque geste de Trump, chaque endorsement et chaque point de sondage pèsera lourd.
À lire aussi : ANALYSE – 2028 : La gauche américaine se cherche un chef – Pritzker, Newsom, Harris et Buttigieg lancés dans la course à la succession
#Election2028, #Presidentielle2028, #USA2028, #PolitiqueAmericaine, #JDVance, #MarcoRubio, #DonaldTrump, #PartiRepublicain, #MAGA, #Trump, #PrimairesRepublicaines, #NewHampshire, #Sondage, #GraniteStatePoll, #TurningPointUSA, #CharlieKirk, #ErikaKirk, #StephenASmith, #RandPaul, #AOC, #AlexandriaOcasioCortez, #PeteButtigieg, #KamalaHarris, #GavinNewsom, #DNC, #Midterms2026, #MaisonBlanche, #Geopolitique, #AnalysePolitique, #ActualiteUSA, #ElectionAmericaine, #Conservateurs, #Republicains, #Democrates, #Rubio2028, #Vance2028, #Trump2028, #CoursePresidentielle, #StrategiePolitique, #EtatsUnis
