DÉCRYPTAGE – Les anciens F-5 iraniens et le mythe de l’invulnérabilité du bouclier américain

DÉCRYPTAGE – Les anciens F-5 iraniens et le mythe de l’invulnérabilité du bouclier américain

lediplomate.media — imprimé le 21/08/2026
Les anciens F-5 iraniens
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

L’attaque contre Camp Buehring est étayée par des sources crédibles, mais plusieurs détails demeurent controversés. L’élément décisif n’est pas l’ancienneté des avions : c’est la défaillance de l’ensemble du système de défense

L’information ne peut pas être rejetée comme une invention, mais elle ne peut pas non plus être présentée comme si chaque détail avait été définitivement établi. L’ancien commandant de la Défense aérospatiale nord-américaine, Glen VanHerck, a déclaré que trois F-5 iraniens auraient volé à très basse altitude avant de bombarder une base américaine. Il a qualifié l’épisode d’embarrassant et révélateur des graves lacunes dans la protection des installations avancées.

Cependant, le Commandement central américain n’a pas officiellement confirmé l’incursion. La première reconstitution publiée par la presse américaine évoquait un seul F-5, tandis que la version faisant état de trois appareils, d’un vol à quinze mètres du sol, d’un silence radio et d’un itinéraire conçu pour contourner les systèmes Patriot provient principalement de sources iraniennes. Des questions demeurent également concernant la base de départ, l’autonomie des avions, leur chargement et leur retour. The War Zone

Le cœur de l’affaire paraît donc crédible, mais sa reconstitution complète doit encore être considérée avec prudence.

Les tirs fratricides sont confirmés, leur lien avec les F-5 ne l’est pas

Il est en revanche établi que les défenses koweïtiennes ont abattu par erreur trois F-15E américains pendant les combats du 2 mars. Les six membres des équipages sont parvenus à s’éjecter et ont été récupérés. Le Commandement central américain a parlé d’un incident survenu alors que des attaques iraniennes étaient menées avec des avions, des missiles balistiques et des aéronefs sans pilote. Reuters

Il n’est toutefois pas démontré que les trois F-15E aient été abattus comme conséquence directe de l’incursion des F-5. Cette relation de cause à effet appartient à la reconstitution iranienne. Il est plausible que la présence simultanée de missiles, d’aéronefs sans pilote et d’avions ait créé de la confusion, mais transformer cette hypothèse en certitude reviendrait à confondre un fait vérifié avec une explication encore incomplète.

Les images satellitaires ont confirmé des dégâts beaucoup plus importants que ceux initialement reconnus dans de nombreuses installations américaines du Golfe, notamment à Camp Buehring. Elles démontrent l’efficacité générale de la campagne iranienne, mais elles ne permettent pas d’établir à elles seules quelle arme a frappé chaque cible. Washington Post

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Ce n’est pas l’ancien avion qui a vaincu la technologie

Présenter cet épisode comme la victoire d’un avion de combat des années 1970 contre des milliards de dollars de technologie est spectaculaire, mais excessivement simplificateur. Un F-5 reste un appareil rapide, compact et maniable. Employé en vol rasant au moment où les systèmes adverses sont saturés par d’autres menaces, il peut devenir extrêmement dangereux.

Les radars terrestres sont limités par la courbure de la Terre, les obstacles et les caractéristiques du terrain. Une cible volant à très basse altitude n’est détectée qu’à une distance réduite, ce qui diminue considérablement le temps disponible pour l’identifier, l’attribuer à une batterie et l’abattre.

Contrairement à ce qu’affirme l’article original, le Patriot n’est cependant pas conçu uniquement pour intercepter les menaces évoluant à haute altitude. Il peut également combattre des avions et d’autres cibles aérodynamiques. Le véritable problème concerne la position des capteurs, l’orientation des batteries, la continuité de la surveillance et surtout l’intégration entre les radars terrestres, les avions de détection, les chasseurs et les centres de commandement.

Il est également possible que l’incursion ait fait partie d’une attaque combinée. Les missiles balistiques, les aéronefs sans pilote et les actions menées contre les radars auraient contraint les défenses à choisir les menaces à traiter en priorité. Dans de telles conditions, ce n’est pas un F-5 isolé qui vainc le bouclier : c’est l’ensemble du dispositif offensif qui ouvre temporairement une brèche.

Le véritable échec est organisationnel

VanHerck a désigné une responsabilité plus profonde : la répartition des missions entre l’armée de terre et l’armée de l’air. Les grands systèmes de défense antimissile relèvent d’une structure, la protection rapprochée des bases d’une autre, tandis que la défense contre les aéronefs sans pilote et les cibles volant à basse altitude n’est pas toujours intégrée dans un commandement réellement unifié.

La supériorité technologique perd son efficacité lorsque les informations ne circulent pas assez rapidement ou lorsque personne ne dispose de l’autorité nécessaire pour établir une vision d’ensemble. La guerre moderne n’exige pas seulement de meilleurs capteurs, mais une direction capable de déterminer en quelques secondes qui repère la cible, qui l’identifie et qui doit la détruire.

Les États-Unis ont également consommé de grandes quantités de missiles intercepteurs pendant le conflit avec l’Iran. Employer des armes très coûteuses contre des menaces bon marché soulève un problème industriel avant même de constituer une difficulté militaire. Téhéran n’a pas besoin de détruire toutes les défenses : il lui suffit de les obliger à consommer leurs munitions plus rapidement que l’industrie américaine ne peut les remplacer.

Une victoire politique pour Téhéran

La portée géopolitique de l’incursion dépasse les dommages matériels provoqués par les bombes. L’Iran a pu démontrer que les bases américaines du Golfe ne sont pas des sanctuaires inviolables et que les États qui les accueillent risquent d’être transformés en champs de bataille.

Pour les monarchies du Golfe, il s’agit d’un avertissement. La protection américaine reste fondamentale, mais elle ne garantit pas l’immunité. Pour la Russie et la Chine, cet épisode confirme l’efficacité des attaques combinées, de la saturation des défenses et du vol à très basse altitude. Pour Washington, il pose la question du coût politique et militaire d’un réseau de bases fixes, connues et facilement localisables.

La leçon n’est donc pas qu’un ancien F-5 serait supérieur à un système moderne. Elle est plus inquiétante : même le dispositif le plus avancé peut être vaincu pendant quelques minutes si l’adversaire connaît ses angles morts, surcharge ses capacités et exploite les rivalités au sein du commandement.

Dans la guerre contemporaine, quelques minutes peuvent coûter trois avions de combat, une base frappée et une réputation d’invulnérabilité construite pendant des décennies.

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Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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