ÉCONOMIE – La recomposition de l’État industriel taïwanais depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC (2001-2026) : De la mondialisation à la sécurité économique

ÉCONOMIE – La recomposition de l’État industriel taïwanais depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC (2001-2026) : De la mondialisation à la sécurité économique

lediplomate.media — imprimé le 01/07/2026
François Souty, PhD
Intervenant en géopolitique à Excelia Business School, La Rochelle et Paris-Cachan
Intervenant en droit et politique de la concurrence de l’UE à la Faculté de droit de Nantes
État industriel taïwanais
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par François Souty, PhD

« The State should develop those industries which private capital cannot adequately undertake. »[1]

 Sun Yat-senThe International Development of China, Shanghai, 1922.

Résumé exécutif

L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001 constitue un tournant majeur dans l’histoire économique contemporaine de Taïwan. En accélérant l’intégration des chaînes de valeur de part et d’autre du détroit, elle ouvre aux entreprises taïwanaises de nouvelles perspectives de développement tout en créant des dépendances économiques, technologiques et géopolitiques inédites. Les autorités taïwanaises sont alors confrontées à un défi stratégique : préserver la compétitivité d’une économie profondément intégrée à la mondialisation sans compromettre son autonomie industrielle et technologique.

L’article montre que cette évolution ne se résume pas à une adaptation des politiques industrielles existantes. Elle traduit une recomposition de l’État économique. Sans renoncer aux fondements de l’État développeur qui avaient accompagné le décollage industriel de l’île, Taïwan réorganise progressivement ses instruments d’intervention autour de nouvelles priorités : innovation, maîtrise des technologies critiques, résilience des chaînes d’approvisionnement et sécurité économique.

L’intégration croissante avec la Chine favorise les investissements, les délocalisations industrielles et l’insertion des entreprises taïwanaises dans les chaînes de valeur mondiales. En parallèle, les pouvoirs publics renforcent les politiques de recherche, soutiennent les instituts technologiques, développent les parcs scientifiques et consolident un écosystème associant universités, organismes publics et entreprises privées. La montée en puissance des semi-conducteurs, des technologies numériques et des industries de haute technologie résulte ainsi d’une stratégie publique de long terme combinant financement, innovation et coordination institutionnelle.

Les tensions sino-américaines, la pandémie de Covid-19 et la fragmentation croissante de l’économie mondiale accélèrent ensuite une nouvelle évolution. La politique industrielle devient un instrument de sécurité économique. La protection des technologies critiques, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, le contrôle des investissements sensibles, la cybersécurité et la souveraineté technologique s’imposent désormais comme des objectifs complémentaires de la compétitivité industrielle.

L’expérience taïwanaise met ainsi en évidence un modèle original dans lequel l’État n’agit pas principalement comme planificateur, mais comme organisateur d’un écosystème d’innovation réunissant recherche publique, financement, entreprises de haute technologie et partenariats public-privé. Cette cohérence institutionnelle offre plusieurs enseignements pour l’Union européenne, notamment en matière de gouvernance des technologies critiques, de transfert technologique, d’articulation entre politique industrielle, concurrence et sécurité économique, ainsi que de résilience des chaînes de valeur. Elle souligne également les limites d’une transposition directe, liées aux différences institutionnelles, économiques et géopolitiques entre Taïwan et l’Union.

Au-delà du cas taïwanais, cette étude défend une thèse plus générale : la mondialisation n’a pas entraîné le recul de l’intervention publique, mais une recomposition de l’État économique. L’État ne renonce ni au marché ni à la politique industrielle ; il redéfinit les finalités de son action afin de concilier compétitivité, innovation, résilience et sécurité économique. Taïwan apparaît ainsi comme l’une des expressions les plus abouties de cette évolution contemporaine, dans laquelle la politique industrielle redevient un instrument majeur de puissance économique et de souveraineté technologique.

Introduction

Pendant près de trois décennies, la mondialisation économique a été largement analysée comme le vecteur d’un recul progressif de l’intervention publique dans l’économie. L’ouverture des marchés, la libéralisation des échanges, la fragmentation internationale des chaînes de valeur et l’internationalisation des investissements semblaient annoncer l’effacement durable des politiques industrielles au profit d’une allocation des ressources davantage gouvernée par les mécanismes du marché. Cette lecture, dominante dans une partie de la littérature économique et juridique des années 1990 et 2000, a toutefois été profondément remise en cause par les crises successives qui ont marqué le début du XXIᵉ siècle : crise financière mondiale de 2008, pandémie de Covid-19, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, rivalité technologique sino-américaine et retour de la sécurité économique comme priorité stratégique des grandes puissances. Loin d’avoir disparu, la politique industrielle est redevenue l’un des principaux instruments de la puissance économique, de l’innovation et de la résilience des États.[2]

Parmi les économies asiatiques, Taïwan occupe à cet égard une place singulière. Peu de territoires réunissent simultanément un degré aussi élevé d’ouverture commerciale, une spécialisation industrielle aussi poussée dans les technologies de pointe, une dépendance économique importante à l’égard du marché chinois et une exposition aussi directe aux recompositions géopolitiques contemporaines. L’industrie des semi-conducteurs, dont les entreprises taïwanaises occupent une position centrale dans les chaînes de valeur mondiales, illustre à elle seule cette double réalité : facteur majeur de compétitivité économique, elle est devenue l’un des principaux enjeux de la compétition stratégique internationale. Dans ce contexte, l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en décembre 2001 constitue bien davantage qu’un simple jalon chronologique. Elle marque le point de départ d’une profonde reconfiguration de l’environnement économique de Taïwan, en accélérant à la fois l’intégration productive entre les deux rives du détroit et l’émergence de nouvelles vulnérabilités industrielles, technologiques et géopolitiques.[3]

L’hypothèse défendue dans cette étude est que cette évolution n’a nullement conduit à un retrait de l’État de la sphère économique. Elle a, au contraire, engagé un processus continu de recomposition de l’État industriel. Sans renoncer aux fondements de l’État développeur qui avaient accompagné le décollage économique de l’île à partir des années 1960, les autorités taïwanaises ont progressivement redéfini les finalités de leur intervention. Initialement centrée sur le développement industriel et la compétitivité internationale, l’action publique s’est ensuite orientée vers l’innovation technologique, avant d’intégrer plus largement les impératifs de résilience des chaînes de valeur, de protection des technologies critiques et de sécurité économique. Cette trajectoire ne traduit donc ni une rupture avec le modèle historique ni un simple retour de l’interventionnisme économique. Elle révèle une adaptation continue des instruments de l’État aux transformations de la mondialisation et à l’évolution des rapports de puissance internationaux.[4]

Cette lecture s’inscrit dans le prolongement des recherches récemment consacrées aux mutations contemporaines des politiques industrielles et du droit économique comparé, notamment à propos des États-Unis, du Japon, de la Corée du Sud, de la Chine et de l’Union européenne. L’analyse de l’expérience taïwanaise complète cette réflexion en mettant en évidence une modalité originale de recomposition de l’État économique, fondée moins sur une administration centrale fortement intégrée que sur la coordination d’un écosystème associant recherche publique, instituts technologiques, universités, entreprises innovantes, instruments financiers et partenariats public-privé. Elle offre ainsi un éclairage utile sur les conditions dans lesquelles une économie ouverte peut concilier compétitivité internationale, innovation et sécurité économique, tout en nourrissant la réflexion européenne sur la souveraineté technologique et les nouvelles formes de politique industrielle.[5]

Afin de vérifier cette hypothèse, l’étude analysera successivement les conséquences de l’adhésion de la Chine à l’OMC sur l’économie taïwanaise et les premiers ajustements de l’État industriel (I), puis l’affirmation d’un État innovateur fondé sur les technologies stratégiques et les écosystèmes de recherche (II), avant d’examiner l’émergence progressive d’un État stratège de la sécurité économique dans un contexte de rivalités géopolitiques croissantes (III). Elle s’achèvera par une réflexion sur les principaux enseignements susceptibles d’être tirés de l’expérience taïwanaise pour l’Union européenne et ses États membres (IV).

I. L’adhésion de la Chine à l’OMC : le point de départ de la recomposition de l’État industriel taïwanais (2001-2008)

L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, le 11 décembre 2001, constitue l’un des principaux tournants de l’histoire économique contemporaine de Taïwan. Loin de produire des effets univoques, cet événement ouvre une période de profondes recompositions. L’intégration accélérée des économies des deux rives du détroit favorise simultanément l’expansion internationale des entreprises taïwanaises, l’intensification des investissements vers le continent, la réorganisation des chaînes de valeur industrielles et l’émergence de nouvelles vulnérabilités économiques et technologiques. L’environnement dans lequel s’était développé l’État industriel taïwanais depuis les années 1960 s’en trouve profondément transformé.[6]

Cette nouvelle configuration ne conduit toutefois ni à un désengagement de l’État ni à un simple maintien des instruments hérités de l’État développeur. Elle inaugure un processus plus complexe de recomposition de l’État industriel, au cours duquel les autorités publiques adaptent progressivement leurs priorités, leurs instruments et leurs modes d’intervention à un environnement économique devenu beaucoup plus concurrentiel, interdépendant et instable. La compétitivité internationale ne peut plus être dissociée des enjeux de maîtrise technologique, de contrôle des investissements, de protection des actifs stratégiques et, progressivement, de sécurité économique.[7]

L’analyse de cette première période permet ainsi de comprendre les fondements de cette recomposition. Elle conduit d’abord à mesurer les effets de l’intégration économique accélérée entre Taïwan et la Chine continentale (A), avant d’examiner la manière dont les autorités taïwanaises ont cherché à préserver leurs capacités technologiques et industrielles face à ces nouvelles interdépendances (B). Elle met enfin en évidence les premiers instruments de sécurisation des technologies stratégiques et des investissements sensibles, qui annoncent déjà les évolutions plus profondes de la politique industrielle taïwanaise au cours des décennies suivantes (C).[8]

A. L’adhésion de la Chine à l’OMC : une rupture dans l’environnement économique de Taïwan

L’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, le 11 décembre 2001, constitue l’un des principaux événements structurants de l’économie asiatique contemporaine. Pour Taïwan, cette adhésion dépasse largement la seule ouverture d’un nouveau marché. Elle modifie profondément les conditions dans lesquelles s’exerce la compétitivité des entreprises taïwanaises en accélérant l’intégration économique des deux rives du détroit, en favorisant la fragmentation internationale des processus de production et en intensifiant la concurrence technologique régionale. L’économie taïwanaise, fortement orientée vers les exportations depuis plusieurs décennies, se trouve ainsi confrontée à une double dynamique : l’élargissement considérable des opportunités offertes par le marché continental et l’apparition de nouvelles formes de dépendance industrielle et stratégique.[9]

Cette évolution intervient dans un contexte où les entreprises taïwanaises disposent déjà d’une présence significative en Chine continentale. Dès les années 1990, de nombreux groupes industriels avaient engagé des investissements dans les provinces côtières afin de bénéficier d’un coût du travail inférieur et d’une insertion croissante dans les réseaux mondiaux de production. L’adhésion de Pékin à l’OMC accélère ce mouvement en renforçant la sécurité juridique des échanges, en facilitant les investissements directs et en stimulant la constitution de chaînes de valeur intégrées entre les deux économies. Les entreprises taïwanaises deviennent alors des acteurs majeurs de l’industrialisation chinoise, notamment dans les secteurs de l’électronique, des composants informatiques, des technologies de l’information et, progressivement, des semi-conducteurs.[10]

Cette intégration productive produit des effets économiques considérables. Les exportations taïwanaises vers la Chine et Hong Kong connaissent une progression rapide tandis que les investissements directs franchissent des niveaux sans précédent. À partir du milieu des années 2000, la Chine continentale devient le premier partenaire commercial de Taïwan et la principale destination de ses investissements extérieurs. Cette interdépendance contribue puissamment à la croissance des entreprises taïwanaises, mais elle accroît également leur exposition aux évolutions politiques, réglementaires et stratégiques du continent. Le succès économique de cette intégration fait ainsi apparaître les premiers débats sur les risques d’une dépendance excessive à l’égard du marché chinois et sur les conséquences de possibles transferts de capacités industrielles et technologiques.[11]

L’évolution est d’autant plus significative que la concurrence ne porte plus uniquement sur les coûts de production. L’élévation rapide des capacités industrielles chinoises, soutenue par une politique industrielle particulièrement ambitieuse, conduit progressivement les autorités taïwanaises à s’interroger sur la préservation de leurs avantages comparatifs. Les technologies de l’information, les circuits intégrés, les équipements électroniques et les activités de recherche deviennent des secteurs dont la maîtrise apparaît déterminante non seulement pour la croissance économique mais également pour la sécurité nationale. L’innovation technologique commence ainsi à s’imposer comme le principal facteur de différenciation face à une Chine dont les capacités industrielles progressent rapidement.[12]

Cette période révèle ainsi un paradoxe fondateur de la recomposition de l’État industriel taïwanais. La mondialisation, loin de réduire le rôle des pouvoirs publics, accroît au contraire la nécessité d’une action publique capable d’accompagner l’internationalisation des entreprises tout en préservant les actifs technologiques les plus sensibles. L’ouverture des marchés ne supprime donc pas la politique industrielle ; elle en transforme progressivement les finalités. L’État n’est plus seulement appelé à favoriser la croissance ou les exportations. Il doit également anticiper les vulnérabilités créées par l’interdépendance économique, préserver les capacités d’innovation nationales et préparer les instruments qui permettront ultérieurement d’assurer la résilience des chaînes de valeur stratégiques.

Cette première phase explique ainsi pourquoi la politique industrielle taïwanaise ne peut être comprise à travers la seule opposition entre ouverture économique et intervention publique. C’est précisément l’intensification de la mondialisation qui conduit progressivement les autorités à redéfinir les missions de l’État industriel. Cette évolution prépare les premiers arbitrages relatifs au maintien des technologies critiques sur le territoire de l’île et aux instruments destinés à encadrer les investissements dans les secteurs les plus sensibles.

B. La préservation des capacités technologiques et industrielles face aux nouvelles interdépendances

L’accélération des échanges économiques avec la Chine continentale ne tarde pas à faire apparaître les limites d’une intégration fondée sur les seuls avantages comparatifs. Dès le milieu des années 2000, les autorités taïwanaises prennent conscience que l’internationalisation des entreprises nationales, si elle constitue un puissant facteur de croissance, peut également fragiliser les fondements technologiques de l’économie de l’île. Les délocalisations d’activités manufacturières, l’implantation croissante des groupes taïwanais sur le continent et l’élévation rapide des capacités industrielles chinoises nourrissent progressivement un débat sur la préservation des savoir-faire, des centres de décision et des technologies les plus sensibles.[13]

Cette évolution ne conduit cependant pas à remettre en cause l’ouverture internationale de l’économie taïwanaise. Les pouvoirs publics privilégient une approche plus nuancée consistant à maintenir l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales tout en renforçant les activités à plus forte valeur ajoutée sur le territoire national. L’objectif n’est plus seulement de produire davantage, mais de conserver les fonctions les plus stratégiques : recherche, conception, ingénierie, propriété intellectuelle, fabrication des composants les plus sophistiqués et pilotage des réseaux industriels internationaux. Cette stratégie contribue progressivement à déplacer le centre de gravité de la politique industrielle vers l’innovation technologique et la maîtrise des actifs immatériels.[14]

Le secteur des semi-conducteurs illustre particulièrement cette évolution. Alors que les activités d’assemblage ou de production standardisée peuvent être progressivement internationalisées, les technologies de pointe demeurent étroitement concentrées à Taïwan. Les autorités publiques, en étroite coopération avec les instituts de recherche, les universités et les grandes entreprises, cherchent à préserver sur l’île les capacités scientifiques, les compétences d’ingénierie et les infrastructures indispensables au maintien d’un avantage technologique durable. Cette orientation contribue à renforcer un modèle industriel fondé sur la spécialisation dans les segments les plus complexes des chaînes de valeur mondiales plutôt que sur la seule compétitivité-coût.[15]

Parallèlement, l’État adapte progressivement ses instruments d’intervention. Les politiques publiques accordent une place croissante au financement de la recherche, au soutien aux entreprises innovantes, à la valorisation de la propriété intellectuelle et au développement des parcs scientifiques. L’action publique ne vise plus uniquement à accompagner l’industrialisation mais à organiser un environnement favorable à l’innovation permanente et à la montée en gamme des entreprises nationales. Cette évolution témoigne déjà d’un changement profond des missions de l’État industriel, dont la fonction consiste désormais autant à préserver les capacités technologiques qu’à favoriser la croissance économique.[16]

L’émergence de cette nouvelle orientation résulte également d’une transformation des risques perçus par les autorités publiques. À mesure que les entreprises taïwanaises intensifient leurs investissements en Chine, la question des transferts de technologies, de la protection des secrets industriels et de la conservation des compétences stratégiques prend une importance croissante. Les politiques industrielles intègrent donc progressivement des considérations qui relevaient auparavant principalement de la politique économique ou commerciale. L’innovation devient un enjeu de compétitivité mais également un instrument de préservation de l’autonomie industrielle dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel.[17]

La mise en œuvre de la politique industrielle taïwanaise ne repose pas sur une administration unique, mais sur un véritable écosystème institutionnel associant les autorités gouvernementales, les organismes de recherche, les instruments publics de financement, les universités et les principales entreprises technologiques. Cette architecture, davantage réticulaire que strictement hiérarchique, traduit une conception partenariale de l’État stratège, fondée moins sur une direction centralisée que sur une coordination permanente entre les différents niveaux de décision, d’expertise et d’innovation. La continuité de ces interactions, préservée malgré les alternances politiques, constitue l’un des principaux facteurs de stabilité et d’efficacité de la politique industrielle taïwanaise, tout en lui conférant une remarquable capacité d’adaptation aux évolutions technologiques et géopolitiques. Les principaux acteurs de cette gouvernance sont présentés dans l’encadré ci-après.

Encadré n°1 – Les principaux acteurs de la politique industrielle taïwanaise

Pilotage stratégique : Executive Yuan (coordination gouvernementale), National Development Council (planification stratégique et développement économique) et Ministry of Economic Affairs (MOEA) (politique industrielle, énergie, investissements et compétitivité).

Recherche et innovation : National Science and Technology Council (NSTC), responsable de la politique nationale de recherche ; Industrial Technology Research Institute (ITRI), principal organisme de transfert technologique ; Institute for Information Industry (III), spécialisé dans la transformation numérique, les technologies de l’information et l’intelligence artificielle.

Financement et soutien à l’industrie : National Development Fund, principal instrument financier de l’État pour les secteurs stratégiques, complété par les banques publiques et les dispositifs d’aide à l’innovation et au capital-investissement.

Écosystème industriel : grandes entreprises technologiques (TSMC, UMC, ASE, MediaTek, Foxconn), universités, parcs scientifiques (notamment Hsinchu Science Park) et réseaux de PME innovantes, associés dans un modèle de coopération étroite entre pouvoirs publics, recherche et industrie.

Cette période apparaît ainsi comme une étape décisive dans la recomposition de l’État industriel taïwanais. Sans remettre en cause les principes de l’économie ouverte, les autorités publiques redéfinissent progressivement les priorités de leur intervention autour de la protection des capacités technologiques nationales. Cette évolution prépare les instruments qui seront développés au cours de la décennie suivante afin d’encadrer plus directement les investissements sensibles, de sécuriser les technologies critiques et d’intégrer pleinement les objectifs de sécurité économique au cœur de la politique industrielle.

C. Les premiers instruments de sécurisation des technologies stratégiques et des investissements sensibles

La montée des interdépendances industrielles avec la Chine continentale conduit progressivement les autorités taïwanaises à compléter les instruments traditionnels de la politique industrielle par des mécanismes destinés à préserver les intérêts économiques les plus sensibles. Cette évolution demeure progressive au cours des années 2000. Elle ne remet nullement en cause l’ouverture de l’économie ni la volonté de maintenir des relations commerciales étroites avec le continent. Elle traduit plutôt une prise de conscience : dans une économie fondée sur la connaissance, certaines technologies, certains savoir-faire et certaines capacités industrielles acquièrent une dimension stratégique qui dépasse leur seule valeur économique.[18]

Les autorités publiques développent ainsi progressivement un ensemble de règles destinées à encadrer les investissements dans les secteurs les plus sensibles, à contrôler les transferts de certaines technologies et à préserver les capacités nationales dans les domaines jugés essentiels pour la compétitivité de long terme. Les mécanismes d’autorisation préalable, les restrictions applicables à certains investissements vers la Chine continentale, ainsi que les dispositifs de contrôle concernant les technologies avancées, demeurent encore relativement limités, mais ils traduisent une évolution importante des priorités publiques. La politique industrielle ne poursuit plus uniquement des objectifs de croissance ; elle commence également à intégrer des considérations relatives à la maîtrise des actifs stratégiques.[19]

Cette évolution concerne tout particulièrement les secteurs des semi-conducteurs, de la microélectronique, des équipements de communication, des biotechnologies et, plus largement, des industries intensives en recherche et développement. Les autorités cherchent à éviter que l’internationalisation des entreprises ne se traduise par un affaiblissement durable de la base scientifique et industrielle de l’île. Les arbitrages portent moins sur les volumes de production que sur la localisation des activités de recherche, des technologies les plus avancées, des procédés de fabrication les plus complexes et des fonctions de direction stratégique. Il s’agit déjà de préserver les segments les plus créateurs de valeur des chaînes de production mondiales.[20]

Cette orientation conduit également à une transformation progressive des instruments administratifs. Les politiques d’innovation, les soutiens publics à la recherche, les dispositifs de financement des entreprises technologiques, les règles relatives aux investissements et les premiers mécanismes de coordination interministérielle tendent à être appréhendés comme les composantes d’une même stratégie. L’État n’agit plus uniquement comme régulateur des marchés ou comme soutien financier de l’industrie ; il devient progressivement l’organisateur d’un environnement destiné à préserver les capacités technologiques nationales dans un contexte d’interdépendance croissante.[21] L’originalité de cette période réside précisément dans cette évolution silencieuse. Aucun changement institutionnel majeur ne vient encore consacrer une politique explicite de sécurité économique. Pourtant, les principaux instruments qui seront considérablement renforcés au cours des années 2010 sont déjà en gestation. La protection des technologies critiques, la surveillance des investissements sensibles, le maintien sur le territoire national des capacités scientifiques essentielles et l’attention croissante portée à la résilience industrielle annoncent les orientations qui s’imposeront ultérieurement sous l’effet des rivalités technologiques sino-américaines et des perturbations des chaînes de valeur mondiales.

Ainsi, entre 2001 et la fin de la première décennie du XXIᵉ siècle, la politique industrielle taïwanaise connaît une évolution dont la portée dépasse largement l’adaptation de quelques instruments administratifs. Les fondements de l’État développeur demeurent présents, mais ils sont progressivement réorientés vers de nouvelles finalités. Cette première phase marque ainsi le point de départ de la recomposition de l’État industriel taïwanais : l’innovation devient progressivement indissociable de la maîtrise des technologies critiques, préludant à l’émergence d’un véritable État stratège de la sécurité économique. Les alternances politiques intervenues depuis la démocratisation n’ont pas remis en cause les fondements de la politique industrielle taïwanaise. Le tableau suivant retrace les principales étapes de cette évolution.

Tableau 1 – Les principales évolutions de l’État stratège taïwanais depuis 2000
PériodePrésident (parti)Orientation dominantePriorités industriellesÉvolution de l’État stratège
2000-2008Chen Shui-bian (Parti démocrate progressiste – DPP)Modernisation technologique et affirmation économiqueSemi-conducteurs, électronique, biotechnologies, innovationConsolidation du système national d’innovation, renforcement du rôle de l’État dans les technologies de pointe
2008-2016Ma Ying-jeou (Kuomintang – KMT)Ouverture économique et intégration régionaleTIC, investissements, commerce avec la Chine continentale, compétitivitéInternationalisation accrue des entreprises, approfondissement des chaînes de valeur asiatiques
2016-2024Tsai Ing-wen (DPP)Sécurité économique et résilience industrielleSemi-conducteurs, intelligence artificielle, cybersécurité, défense, « Five plus Two Innovative Industries Plan » puis « Six Core Strategic Industries »Retour affirmé de l’État stratège, diversification des partenariats et réduction des dépendances critiques
Depuis 2024Lai Ching-te (DPP)Consolidation de la sécurité économique et coopération technologiqueTechnologies critiques, IA, informatique avancée, chaînes d’approvisionnement sécuriséesApprofondissement de l’intégration dans les réseaux technologiques des démocraties industrielles

Si les gouvernements successifs ont accordé une importance variable à l’ouverture économique, aux relations avec la Chine continentale ou à la sécurité économique, tous ont maintenu un soutien durable aux secteurs technologiques de pointe, à l’innovation et à la montée en gamme de l’appareil productif. Cette continuité distingue Taïwan de nombreux États industrialisés, où les changements de majorité s’accompagnent souvent d’inflexions plus marquées des priorités économiques. Elle illustre la capacité des institutions taïwanaises à préserver, au-delà des alternances partisanes, une vision stratégique de long terme fondée sur la compétitivité technologique, la coordination public-privé et l’adaptation permanente aux transformations de l’environnement international.

II. L’affirmation d’un État innovateur : technologies stratégiques, écosystèmes industriels et montée en gamme (2008-2016)

La première décennie qui suit l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce révèle progressivement les limites d’une stratégie reposant principalement sur l’internationalisation de la production. Si cette ouverture contribue au dynamisme des entreprises taïwanaises, elle met également en évidence la nécessité de préserver durablement les avantages technologiques qui constituent le principal fondement de leur compétitivité internationale. La crise financière mondiale de 2008, l’accélération des politiques industrielles chinoises et l’intensification de la concurrence dans les secteurs de haute technologie renforcent encore cette prise de conscience. L’enjeu n’est plus seulement d’accompagner les mutations de la mondialisation ; il devient de consolider les capacités d’innovation qui permettront à Taïwan de conserver sa place dans les segments les plus stratégiques des chaînes de valeur mondiales.[22]

Cette évolution marque une nouvelle étape dans la recomposition de l’État industriel taïwanais. Sans rompre avec les principes hérités de l’État développeur, les pouvoirs publics réorientent progressivement leurs instruments vers la production de connaissances, le soutien à la recherche, l’organisation d’écosystèmes technologiques et la montée en gamme des activités industrielles. La politique industrielle tend ainsi à devenir une politique de l’innovation, fondée sur la coordination entre administrations, instituts de recherche, universités, entreprises technologiques et instruments financiers. L’État ne se contente plus de soutenir l’industrie ; il organise les conditions de son renouvellement permanent.[23]

Cette seconde phase permet de comprendre les modalités concrètes de cette transformation. Elle conduit d’abord à analyser le rôle des grands instituts de recherche et des pôles technologiques dans la structuration d’un écosystème national de l’innovation (A), avant d’examiner la spécialisation progressive de la politique industrielle autour des technologies critiques et des secteurs stratégiques (B). Elle montrera enfin comment cette montée en gamme industrielle prépare l’intégration croissante des considérations de résilience et de sécurité économique qui caractériseront la période suivante (C).[24]

A. Le rôle des grands instituts de recherche et des pôles technologiques dans la structuration d’un écosystème national de l’innovation

La montée en gamme de l’industrie taïwanaise ne résulte pas uniquement de la capacité d’adaptation des entreprises privées. Elle repose également sur la constitution progressive d’un écosystème d’innovation dont l’État assure la cohérence, la continuité et le financement. À partir de la fin des années 2000, cette organisation devient l’un des principaux instruments de la politique industrielle. Les pouvoirs publics ne se limitent plus à soutenir certains secteurs d’activité ; ils favorisent l’émergence d’un environnement institutionnel destiné à accélérer la production de connaissances, le transfert des technologies, la création d’entreprises innovantes et la diffusion des innovations vers le tissu industriel.[25]

Cette stratégie s’appuie d’abord sur les grands instituts publics de recherche, dont le rôle dépasse largement la seule production scientifique. L’Industrial Technology Research Institute (ITRI) occupe à cet égard une place centrale. Depuis sa création en 1973, il assure une fonction d’interface entre la recherche fondamentale, les applications industrielles et les entreprises privées. Au cours des années 2000, cette mission est progressivement renforcée afin d’accompagner le développement des semi-conducteurs, des technologies de l’information, des communications, des matériaux avancés, de la robotique, des biotechnologies et, plus récemment, de l’intelligence artificielle. D’autres organismes publics, tels que les National Applied Research Laboratories (NARLabs), ainsi que les agences gouvernementales chargées de la science et de la technologie, contribuent à cette même logique de coordination entre recherche publique et innovation industrielle.[26]

L’organisation territoriale constitue un second pilier de cette politique industrielle. Les pouvoirs publics taïwanais ont progressivement développé de véritables écosystèmes territoriaux d’innovation, associant sur un même espace les établissements d’enseignement supérieur, les organismes publics de recherche, les entreprises technologiques, les incubateurs, les investisseurs et les administrations spécialisées. Le parc scientifique de Hsinchu en offre l’illustration la plus emblématique.[27] Loin de se limiter à une zone d’activités, il constitue un environnement intégré favorisant la circulation des compétences, le transfert de technologies, la création d’entreprises innovantes et les coopérations entre recherche publique et industrie. Ce modèle sera ensuite étendu aux pôles scientifiques de Tainan et de Taichung, participant à la constitution d’un véritable réseau national d’innovation.[28]

Les universités occupent également une place essentielle dans cette architecture institutionnelle. Les établissements les plus spécialisés, notamment la National Tsing Hua University, la National Yang Ming Chiao Tung University ou encore la National Taiwan University, développent des relations étroites avec les instituts de recherche et les entreprises technologiques. Les formations d’ingénieurs, les laboratoires communs, les programmes de recherche appliquée et les dispositifs de transfert de technologies contribuent à réduire les délais entre la production des connaissances scientifiques et leur valorisation industrielle. Cette articulation étroite entre enseignement supérieur, recherche et entreprises constitue l’une des principales spécificités du modèle taïwanais, pourtant trop peu imité en Europe, notamment en France pour des motifs essentiellement idéologiques de la part des syndicats de gauche et de l’extrême gauche.[29]

L’intervention publique ne se limite toutefois pas à la coordination institutionnelle. Elle mobilise également un ensemble d’instruments financiers destinés à soutenir durablement l’innovation : programmes nationaux de recherche, financements compétitifs, capital-risque, aides à la création d’entreprises technologiques, soutien à l’internationalisation de la recherche et dispositifs de coopération entre laboratoires publics et secteur privé. L’État agit ainsi comme catalyseur d’un écosystème dans lequel les investissements publics visent moins à se substituer aux entreprises qu’à réduire les risques inhérents aux technologies émergentes et à favoriser l’apparition de nouvelles capacités industrielles.[30]

Cette organisation témoigne d’une évolution profonde de la politique industrielle taïwanaise. Les pouvoirs publics ne cherchent plus seulement à promouvoir quelques secteurs stratégiques ; ils mettent progressivement en place les conditions institutionnelles permettant une innovation continue. L’État devient ainsi l’architecte d’un écosystème national d’innovation fondé sur la coopération entre recherche publique, universités, entreprises et investisseurs. Cette transformation constitue l’une des manifestations les plus significatives de la recomposition de l’État industriel. Elle explique largement la capacité de Taïwan à conserver durablement une position de premier plan dans les technologies les plus avancées malgré l’intensification de la concurrence internationale et prépare la spécialisation croissante de la politique industrielle autour des technologies critiques.

B. La spécialisation progressive de la politique industrielle autour des technologies critiques et des secteurs stratégiques

L’organisation d’un écosystème national d’innovation conduit progressivement les autorités taïwanaises à préciser les priorités de leur politique industrielle. À mesure que la concurrence technologique internationale s’intensifie, l’objectif n’est plus seulement de soutenir la recherche ou de favoriser la diffusion de l’innovation. Il devient également d’identifier les secteurs dont la maîtrise conditionne durablement la compétitivité de l’économie nationale et son autonomie technologique. Cette évolution marque une nouvelle étape dans la recomposition de l’État industriel : les instruments publics tendent désormais à se concentrer sur un nombre limité de technologies critiques, considérées comme essentielles à la croissance, à la souveraineté technologique et, de manière encore implicite, à la sécurité économique.[31]

Les semi-conducteurs occupent naturellement une place centrale dans cette stratégie. Depuis plusieurs décennies, Taïwan dispose d’un avantage comparatif exceptionnel dans la conception et la fabrication des circuits intégrés. Les pouvoirs publics cherchent toutefois à dépasser cette spécialisation historique en accompagnant la montée en gamme des procédés de fabrication, le développement des composants les plus avancés, l’amélioration continue des capacités de recherche et la maîtrise des technologies de nouvelle génération. Cette politique ne vise pas seulement à préserver une position dominante sur les marchés mondiaux ; elle tend également à empêcher que les compétences scientifiques et industrielles les plus sensibles ne soient progressivement transférées hors du territoire national.[32] Ainsi, Taïwan a évité le processus de dévitalisation de compétences scientifiques et industrielles observé spécialement, en France depuis une quinzaine d’années avec l’inertie des pouvoirs publics français renforcée par le contrôle des aides d’Etat exercé par la Commission Européenne comme « alibi » pour l’inaction et le laisser-faire. 

Autour de ce premier pilier gravitent d’autres domaines jugés prioritaires : intelligence artificielle, calcul à haute performance, robotique, électronique avancée, cybersécurité, biotechnologies, technologies médicales, nouveaux matériaux, énergie et industries vertes. Ces secteurs ne sont pas appréhendés de manière isolée. Les autorités publiques privilégient une approche systémique fondée sur les complémentarités entre recherche fondamentale, innovation industrielle, développement des compétences, investissements privés et coopération internationale. La politique industrielle tend ainsi à favoriser la constitution de véritables chaînes nationales de création de valeur dans les technologies les plus prometteuses.[33]

Cette spécialisation croissante s’accompagne d’une évolution des modalités d’intervention publique. Les financements publics deviennent plus sélectifs ; les programmes nationaux de recherche sont davantage orientés vers les technologies émergentes ; les partenariats entre instituts de recherche, universités et entreprises se renforcent ; enfin, les mécanismes d’évaluation des projets accordent une importance accrue à leur potentiel industriel et technologique. L’État conserve son rôle de coordinateur mais intervient désormais selon une logique de priorisation stratégique qui distingue plus nettement les secteurs d’intérêt national des autres activités économiques.[34]

Cette transformation ne traduit pas un retour au dirigisme industriel. Elle reflète davantage une adaptation des politiques publiques à un environnement technologique caractérisé par des investissements très intensifs, des cycles d’innovation rapides et une concurrence mondiale particulièrement concentrée. Dans un tel contexte, les pouvoirs publics considèrent que certaines technologies présentent des externalités économiques, scientifiques et stratégiques justifiant une intervention spécifique de l’État. La politique industrielle tend ainsi à devenir une politique d’allocation prioritaire des ressources publiques au bénéfice des technologies jugées déterminantes pour l’avenir économique de l’île.[35]

Cette spécialisation constitue une nouvelle étape de la recomposition de l’État industriel taïwanais. Les principes hérités de l’État développeur demeurent présents, mais ils sont désormais orientés vers un objectif plus précis : assurer la maîtrise durable des technologies critiques qui conditionnent simultanément la compétitivité, l’innovation et l’autonomie stratégique. Cette évolution prépare directement l’émergence d’une politique de sécurité économique pleinement assumée, qui se développera à partir de la seconde moitié des années 2010 sous l’effet de l’intensification des rivalités technologiques et géopolitiques.

C. La montée en gamme industrielle comme prélude à la résilience et à la sécurité économique

La spécialisation progressive de la politique industrielle autour des technologies critiques ne modifie pas seulement la structure productive de l’économie taïwanaise. Elle transforme également la manière dont les pouvoirs publics appréhendent les risques économiques et industriels. À mesure que les secteurs les plus innovants deviennent le principal moteur de la croissance nationale, leur protection apparaît comme une condition essentielle du maintien de la compétitivité internationale. Les notions de résilience, de maîtrise technologique et de continuité des capacités productives commencent ainsi à s’intégrer progressivement aux objectifs traditionnels de la politique industrielle.[36]

Cette évolution résulte d’une double prise de conscience. D’une part, les chaînes de valeur mondiales, longtemps perçues comme un facteur de compétitivité, révèlent également leur vulnérabilité face aux crises économiques, aux tensions commerciales ou aux ruptures d’approvisionnement. D’autre part, la valeur stratégique des technologies avancées s’accroît à mesure que celles-ci deviennent indispensables aux industries civiles comme aux applications de défense, aux infrastructures numériques et aux systèmes de communication. L’innovation technologique cesse ainsi d’être exclusivement un levier de croissance pour devenir progressivement un élément de résilience économique et de puissance nationale.[37]

Dans ce contexte, les autorités taïwanaises renforcent progressivement les politiques destinées à consolider les capacités nationales de recherche, de production et de formation dans les secteurs les plus stratégiques. Les investissements publics privilégient de plus en plus les activités susceptibles de préserver la continuité des compétences scientifiques, de favoriser l’émergence de nouvelles générations de technologies et de limiter les dépendances excessives dans les domaines les plus sensibles. Cette approche demeure encore principalement économique, mais elle traduit déjà une évolution profonde des finalités assignées à l’action publique.[38]

La montée en gamme industrielle contribue également à renforcer la coopération entre les différents acteurs de l’écosystème national d’innovation. Les administrations économiques, les organismes de recherche, les universités, les entreprises technologiques et les investisseurs développent progressivement des mécanismes de coordination plus étroits afin d’anticiper les évolutions technologiques et d’orienter les ressources vers les secteurs jugés prioritaires. Cette capacité d’anticipation devient progressivement un instrument de politique industrielle à part entière. L’État ne se borne plus à corriger les défaillances du marché ; il cherche à organiser collectivement la préparation des transformations industrielles futures.[39]

L’originalité de cette période réside ainsi moins dans l’adoption de nouveaux instruments juridiques que dans la transformation des finalités de la politique industrielle. Les objectifs de compétitivité, d’innovation et de croissance demeurent pleinement présents, mais ils s’accompagnent désormais d’une attention croissante portée à la résilience des capacités productives, à la protection des technologies critiques et à la maîtrise des dépendances industrielles. Sans constituer encore une véritable politique de sécurité économique, cette évolution en dessine déjà les principaux fondements conceptuels et institutionnels.

Ainsi, entre la crise financière mondiale de 2008 et le milieu des années 2010, la politique industrielle taïwanaise franchit une nouvelle étape de sa recomposition. Après avoir adapté son environnement institutionnel puis organisé un écosystème national de l’innovation, l’État commence à intégrer les exigences de résilience au cœur même de sa stratégie industrielle. Cette évolution prépare directement les transformations plus profondes qui accompagneront, à partir de la seconde moitié des années 2010, la montée des rivalités technologiques, les tensions sino-américaines et l’affirmation d’une véritable politique de sécurité économique.

III. De l’État innovateur à l’État stratège : l’affirmation de la sécurité économique (2016-2026)

À partir du milieu des années 2010, la politique industrielle taïwanaise entre dans une nouvelle phase de son évolution. Les transformations engagées depuis l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce se trouvent profondément accélérées par la dégradation de l’environnement stratégique régional et international. L’affirmation de la puissance technologique chinoise, les tensions croissantes dans le détroit de Taïwan, la rivalité sino-américaine, les restrictions à l’exportation de certaines technologies sensibles, les conséquences de la pandémie de Covid-19 puis les perturbations durables des chaînes de valeur mondiales conduisent les autorités à reconsidérer les finalités mêmes de la politique industrielle. Celle-ci ne vise plus uniquement à soutenir la croissance, à favoriser l’innovation ou à accompagner la montée en gamme de l’économie nationale. Elle devient progressivement un instrument de résilience, d’autonomie stratégique et de sécurité économique.[40]

Cette évolution ne constitue pas une rupture avec les phases précédentes. Elle en prolonge au contraire la logique. Les institutions créées ou renforcées au cours des décennies antérieures, les écosystèmes d’innovation, les pôles technologiques et les capacités scientifiques nationales fournissent désormais les fondements d’une politique publique intégrant explicitement les impératifs de protection des technologies critiques, de sécurisation des chaînes d’approvisionnement, de maîtrise des investissements sensibles et de coopération avec les partenaires stratégiques partageant des intérêts communs. L’État développeur puis l’État innovateur se trouvent ainsi investis d’une fonction supplémentaire : garantir la résilience de l’économie face aux risques géopolitiques et technologiques.[41]

Cette troisième étape de la recomposition de l’État industriel conduit d’abord à analyser l’intégration progressive de la sécurité économique dans la politique industrielle et les nouvelles priorités assignées aux technologies critiques (A). Elle examinera ensuite le renforcement des instruments de contrôle des investissements, des transferts de technologies et de la résilience des chaînes d’approvisionnement (B). Enfin, elle montrera que cette évolution dépasse désormais le seul cadre national pour inscrire la politique industrielle taïwanaise dans un réseau croissant de coopérations internationales avec les principales démocraties industrielles, faisant de la sécurité économique un enjeu partagé autant qu’un objectif de politique intérieure (C).[42]

A. L’intégration progressive de la sécurité économique dans la politique industrielle et la redéfinition des technologies critiques

À partir de la seconde moitié des années 2010, la politique industrielle taïwanaise connaît une inflexion qualitative majeure. Sans abandonner ses objectifs traditionnels de compétitivité et d’innovation, elle intègre progressivement des considérations relevant de la sécurité économique. Cette évolution ne résulte pas d’une rupture doctrinale immédiate, mais de la convergence de plusieurs dynamiques : intensification des rivalités technologiques entre grandes puissances, durcissement des politiques industrielles chinoises, restrictions croissantes sur les exportations de technologies sensibles et vulnérabilités révélées par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.[43]

Dans ce contexte, la notion de « technologie critique » acquiert un contenu plus précis et plus normatif. Elle ne renvoie plus seulement aux secteurs à forte valeur ajoutée ou à haute intensité de recherche et développement, mais aux technologies dont la maîtrise conditionne la capacité de l’économie taïwanaise à préserver son autonomie fonctionnelle et sa position stratégique dans les chaînes de valeur globales. Les semi-conducteurs demeurent au centre de cette architecture, en particulier les segments les plus avancés de la conception et de la fabrication, mais cette catégorie s’étend désormais à l’intelligence artificielle, aux technologies de communication avancées, à la cybersécurité, aux systèmes embarqués, ainsi qu’aux technologies duales susceptibles d’applications civiles et militaires.[44]

Cette redéfinition progressive s’accompagne d’une évolution des instruments publics. Les autorités renforcent les mécanismes de coordination entre ministères économiques, agences de science et technologie et organismes de sécurité nationale. Les politiques d’innovation sont de plus en plus articulées avec des objectifs de résilience industrielle et de protection des capacités technologiques stratégiques. L’État conserve une approche largement incitative, mais celle-ci s’inscrit désormais dans une logique de hiérarchisation explicite des priorités technologiques, où certaines filières bénéficient d’un soutien renforcé en raison de leur importance systémique.[45]

L’un des traits les plus significatifs de cette période réside dans l’évolution du langage même des politiques publiques. Les notions de « compétitivité », de « montée en gamme » ou « d’innovation » coexistent progressivement avec celles de « résilience », de « sécurité des chaînes d’approvisionnement » et de «souveraineté technologique ». Cette hybridation terminologique reflète une transformation plus profonde : la politique industrielle cesse d’être pensée exclusivement comme un instrument de croissance pour devenir également un instrument de gestion des vulnérabilités stratégiques.

Cette évolution est particulièrement visible dans les secteurs les plus sensibles, au premier rang desquels figure l’industrie des semi-conducteurs, dominée par des acteurs comme Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (plus connue sous l’acronyme TSMC). Les pouvoirs publics cherchent à concilier le maintien de l’ouverture internationale, indispensable à la compétitivité du secteur, avec la limitation des transferts technologiques les plus sensibles vers des environnements jugés stratégiquement risqués. Cette tension structure désormais l’ensemble de la politique industrielle taïwanaise.

Ainsi, entre 2016 et le début des années 2020, la sécurité économique s’impose progressivement comme une dimension intégrée de la politique industrielle. Elle ne constitue pas encore un régime autonome ni un cadre institutionnel pleinement stabilisé, mais elle reconfigure déjà les objectifs, les instruments et les priorités de l’action publique. Cette phase marque ainsi une transition décisive : celle du passage d’un État innovateur à un État stratège, dans lequel la maîtrise des technologies critiques devient indissociable de la préservation de l’autonomie économique nationale.

B. Le renforcement des instruments de contrôle des investissements, des transferts de technologies et de la résilience des chaînes d’approvisionnement

À partir de la seconde moitié des années 2010, l’intégration de la sécurité économique dans la politique industrielle taïwanaise se traduit par un renforcement progressif des instruments de contrôle et de régulation des flux économiques sensibles. Cette évolution ne repose pas sur la création ex nihilo de nouveaux dispositifs, mais sur l’adaptation et l’intensification de mécanismes existants, initialement conçus dans une logique de gestion des investissements étrangers et de soutien à l’industrialisation. Dans un contexte marqué par la montée des tensions géopolitiques et technologiques, ces instruments sont progressivement réinterprétés comme des outils de protection des capacités stratégiques nationales.[46]

Le premier axe de cette transformation concerne le contrôle des investissements sortants et entrants dans les secteurs sensibles. Les autorités renforcent les procédures d’autorisation préalable pour certains investissements vers la Chine continentale, notamment dans les industries de haute technologie, tout en encadrant plus strictement les investissements étrangers dans les secteurs considérés comme stratégiques pour la sécurité économique de l’île. L’objectif n’est pas de restreindre l’ouverture économique, mais de prévenir les risques de transfert de technologies critiques, de perte de contrôle sur des actifs industriels essentiels ou de dépendance excessive à l’égard de partenaires susceptibles d’adopter des comportements économiques ou géopolitiques imprévisibles.[47]

Le deuxième axe porte sur la protection des technologies et du capital immatériel. Les dispositifs relatifs à la propriété intellectuelle, aux secrets industriels et aux transferts de savoir-faire sont progressivement renforcés. Les autorités publiques accordent une attention croissante aux conditions dans lesquelles les entreprises taïwanaises coopèrent avec des partenaires étrangers, en particulier dans les domaines des semi-conducteurs, de la microélectronique et des technologies avancées. Cette évolution traduit une prise de conscience accrue de la valeur stratégique des actifs immatériels dans les économies fondées sur la connaissance, où la perte d’un avantage technologique peut avoir des effets structurels durables.[48]

Le troisième axe concerne la résilience des chaînes d’approvisionnement. La crise financière mondiale, puis surtout la pandémie de Covid-19, mettent en évidence la vulnérabilité des systèmes de production fortement internationalisés. Les autorités taïwanaises développent alors des politiques visant à sécuriser l’accès aux intrants critiques, à diversifier certaines sources d’approvisionnement et à renforcer les capacités nationales dans les segments les plus sensibles des chaînes de valeur. Sans remettre en cause le modèle d’intégration mondiale, ces politiques introduisent une logique de sécurisation et de continuité des flux industriels essentiels.[49]

Dans ce cadre, les semi-conducteurs occupent une place centrale. L’importance systémique de ce secteur, illustrée notamment par la position dominante de TSMC, conduit les pouvoirs publics à renforcer les dispositifs de détection et de protection des capacités de production les plus avancées, tout en maintenant un haut niveau d’intégration dans les chaînes de valeur globales. Cette tension entre ouverture et sécurisation devient l’un des traits structurants de la politique industrielle taïwanaise contemporaine.

L’ensemble de ces évolutions traduit une transformation plus générale de la gouvernance économique. Les instruments juridiques, administratifs et financiers ne sont plus uniquement mobilisés pour soutenir la croissance ou l’innovation, mais également pour anticiper et réduire les vulnérabilités stratégiques. L’État conserve une approche largement incitative et coordonnatrice, mais il intègre désormais explicitement la dimension de sécurité économique dans la hiérarchisation de ses priorités d’action.

Ainsi, entre la fin des années 2010 et le début des années 2020, la politique industrielle taïwanaise franchit une étape supplémentaire dans sa recomposition. Les instruments de régulation économique deviennent progressivement des instruments de sécurité, sans rupture formelle mais par relecture progressive de leurs finalités. Cette évolution prépare directement la consolidation d’un véritable État stratège, dans lequel la gestion des dépendances économiques et technologiques devient un élément central de l’action publique.

C. L’inscription croissante de la politique industrielle taïwanaise dans les réseaux internationaux de sécurité économique et de coopération technologique

À partir de la seconde moitié des années 2010 et plus encore au début des années 2020, la politique industrielle taïwanaise cesse d’être exclusivement définie dans un cadre national pour s’inscrire progressivement dans un ensemble de coopérations internationales structurées autour des enjeux de sécurité économique et de technologies critiques. Cette évolution résulte directement de l’intensification des rivalités technologiques entre grandes puissances, de la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales et de la montée des préoccupations relatives à la dépendance stratégique dans les secteurs les plus avancés de l’économie numérique et industrielle.[50]

Cette internationalisation de la sécurité économique se manifeste d’abord par un renforcement des coopérations technologiques avec les principales démocraties industrielles. Taïwan développe ainsi des relations de plus en plus étroites avec les États-Unis, le Japon et certains partenaires européens (Pays-Bas) dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des technologies de communication avancées. Ces coopérations ne relèvent pas uniquement de la logique classique d’échange scientifique ou de complémentarité industrielle ; elles s’inscrivent dans une logique de sécurisation des chaînes de valeur et de réduction des dépendances critiques dans les technologies stratégiques.[51]

Cette dynamique est particulièrement visible dans le secteur des semi-conducteurs, où la position centrale déjà soulignée plus haut de TSMC en fait un acteur systémique des chaînes de valeur mondiales. La coopération avec les États-Unis et le Japon, notamment en matière de relocalisation partielle de certaines capacités de production et de diversification géographique des chaînes d’approvisionnement, illustre la manière dont la politique industrielle taïwanaise s’articule désormais avec des stratégies industrielles alliées. L’enjeu n’est plus seulement économique ; il devient explicitement stratégique.

Parallèlement, Taïwan participe de manière indirecte mais croissante aux réflexions menées dans les enceintes internationales sur la résilience des chaînes d’approvisionnement et la sécurité des technologies critiques. Les travaux de l’Organisation de coopération et de développement économiques, du G7 ou encore des organisations économiques internationales mettent en évidence la nécessité de renforcer la coordination entre États partageant des préoccupations communes en matière de dépendances industrielles. Dans ce cadre, les expériences taïwanaises en matière d’organisation d’écosystèmes technologiques et de montée en gamme industrielle deviennent un point de référence implicite pour les politiques publiques de nombreux pays industrialisés.[52]

Cette insertion dans les réseaux internationaux de sécurité économique ne signifie pas une dilution de la stratégie industrielle nationale. Au contraire, elle en constitue un prolongement. L’État taïwanais continue de définir ses priorités industrielles de manière autonome, mais il les articule désormais avec des cadres de coopération plus larges visant à renforcer la résilience collective des économies avancées face aux risques technologiques et géopolitiques. Cette articulation entre autonomie stratégique et interdépendance organisée constitue l’une des caractéristiques les plus originales de la politique industrielle taïwanaise contemporaine.

Ainsi, la période récente marque l’achèvement progressif d’une transformation entamée au début des années 2000. Après avoir adapté son économie à la mondialisation, structuré un écosystème national d’innovation, puis intégré les exigences de la sécurité économique, Taïwan inscrit désormais sa politique industrielle dans un espace transnational de coopération technologique et stratégique. Cette évolution prépare directement la phase comparative finale de l’analyse, consacrée aux enseignements que cette trajectoire peut offrir aux grandes économies avancées, en particulier à l’Union européenne et à ses États membres.

Pour récapituler, observons que depuis le début des années 2000, la politique industrielle taïwanaise a connu plusieurs évolutions successives qui traduisent moins des ruptures que des adaptations progressives aux mutations technologiques et géopolitiques de l’économie mondiale. Si les instruments mobilisés et les priorités sectorielles ont évolué au gré des transformations de l’environnement international, la logique d’ensemble demeure remarquablement constante : renforcer la compétitivité technologique, favoriser l’innovation et préserver la capacité d’adaptation de l’appareil productif. Le tableau suivant met en évidence les principales étapes de cette évolution.

Tableau 3 – Les principales mutations de la politique industrielle taïwanaise depuis 2001
PériodeOrientation stratégiquePriorités industriellesPrincipaux instrumentsÉvolution du modèle
2001-2008Montée en gamme technologique et économie de la connaissanceSemi-conducteurs, électronique, biotechnologies, R&DPlans nationaux d’innovation, ITRI, Hsinchu Science Park, soutien à la R&D, incitations fiscalesPassage d’une industrie manufacturière exportatrice vers une économie fondée sur l’innovation
2008-2016Internationalisation et intégration régionaleTIC, électronique, investissements internationaux, chaînes de valeur asiatiquesAccords économiques, soutien aux exportations, développement des investissements, coopération industrielleRenforcement de l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales, notamment avec la Chine continentale
2016-2020Innovation stratégique et diversification« Five plus Two Innovative Industries », IA, biomédecine, énergies vertes, économie numériqueCoordination du MOEA, financement public, soutien aux clusters, investissements technologiquesRééquilibrage des partenariats internationaux et réduction progressive des dépendances
2020-2024Sécurité économique et résilience industrielleSemi-conducteurs avancés, cybersécurité, technologies critiques, chaînes d’approvisionnementNational Development Fund, politique de relocalisation partielle, coopération avec les États-Unis et le Japon, soutien renforcé à TSMCIntégration de la politique industrielle dans les stratégies de sécurité économique
Depuis 2024Consolidation de la souveraineté technologiqueIA, informatique avancée, composants critiques, technologies dualesCoopérations internationales, investissements stratégiques, renforcement des capacités nationales d’innovationAffirmation d’un État industriel pleinement intégré aux réseaux internationaux de sécurité économique

IV. Enseignements de la recomposition de l’État industriel taïwanais pour l’Union européenne et ses États membres

L’analyse de la trajectoire taïwanaise depuis l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001 permet de dégager un ensemble d’enseignements qui dépassent largement le cadre d’une étude nationale. L’évolution observée ne relève pas d’un simple ajustement de politique industrielle à un environnement international changeant. Elle révèle, plus profondément, un processus de recomposition progressive de l’État industriel, marqué par la superposition de fonctions successives : développement économique, innovation technologique, puis intégration des impératifs de sécurité économique.[53]

Cette dynamique présente un intérêt particulier pour l’Union européenne et ses États membres, dans la mesure où elle met en évidence une transformation structurelle des capitalismes avancés confrontés à la montée des rivalités technologiques, à la fragmentation des chaînes de valeur mondiales et à la réaffirmation des logiques de puissance économique. À cet égard, le cas taïwanais constitue un laboratoire particulièrement révélateur des tensions contemporaines entre ouverture économique, compétitivité industrielle et autonomie stratégique.[54]

Trois enseignements principaux peuvent être tirés de cette trajectoire. Le premier concerne la nature même de l’État industriel contemporain, qui apparaît de plus en plus comme un système cumulatif de fonctions plutôt que comme un modèle institutionnel substitutif. Le second renvoie au rôle central des écosystèmes d’innovation dans la structuration des capacités industrielles et technologiques. Le troisième met en lumière l’émergence progressive de la sécurité économique comme dimension transversale des politiques industrielles dans les économies avancées.[55]

Dans cette perspective, l’Union européenne se trouve confrontée à une question structurante : comment articuler un cadre juridique fondé sur la concurrence et l’ouverture des marchés avec la nécessité croissante de préserver des capacités industrielles et technologiques critiques dans un environnement international marqué par la rivalité stratégique ? La réponse à cette question ne peut être uniquement normative ou institutionnelle ; elle suppose une relecture plus profonde des fonctions de l’État économique au XXIᵉ siècle.

Ainsi, l’expérience taïwanaise ne constitue pas seulement un objet d’analyse comparée. Elle fournit une grille de lecture permettant d’éclairer les tensions contemporaines qui traversent l’ensemble des économies avancées. Elle ouvre surtout la voie à une réflexion plus large sur les conditions de recomposition de l’État industriel européen dans un contexte de transformation structurelle de la mondialisation.

A. La nécessité d’une lecture cumulative de l’État industriel européen : dépasser l’opposition entre politique de concurrence et politique industrielle

L’un des principaux enseignements de la trajectoire taïwanaise réside dans la mise en évidence d’une évolution cumulative des fonctions de l’État économique. Loin de se substituer les unes aux autres, les logiques de développement, d’innovation et de sécurité économique se superposent progressivement, formant un ensemble cohérent d’interventions publiques adaptées aux transformations de la mondialisation. Cette observation invite à dépasser une lecture strictement normative de la politique économique européenne, longtemps structurée par l’opposition entre politique de concurrence et politique industrielle.¹[56]

Dans le cas européen, cette opposition a historiquement constitué un principe organisateur central de l’action publique. La politique de concurrence, conçue comme garantie de l’ouverture des marchés et de la protection du consommateur, a longtemps été pensée comme potentiellement incompatible avec des interventions industrielles sectorielles. À l’inverse, la politique industrielle a souvent été envisagée comme une dérogation exceptionnelle à un ordre concurrentiel général. Or, l’expérience taïwanaise montre que cette distinction tend à perdre de sa pertinence dans un environnement économique caractérisé par des économies d’échelle massives, des externalités technologiques fortes et une concentration accrue des capacités d’innovation.²[57]

Dans ce contexte, la politique industrielle ne peut plus être analysée comme une simple correction des défaillances du marché. Elle devient un instrument structurant de la compétitivité systémique, intégrant des objectifs de long terme liés à la maîtrise des technologies critiques, à la structuration des chaînes de valeur et à la réduction des dépendances stratégiques. Cette évolution implique une relecture de la politique de concurrence elle-même, non plus comme un cadre autonome et auto-suffisant, mais comme un élément parmi d’autres d’un ensemble plus large de politiques économiques orientées vers la puissance productive.³[58]

L’Union européenne est déjà engagée dans cette transformation, notamment à travers les évolutions récentes de sa politique industrielle, la mise en place de dispositifs de filtrage des investissements étrangers et le développement d’instruments de soutien aux technologies critiques. Toutefois, ces évolutions demeurent souvent fragmentées et insuffisamment articulées dans une vision d’ensemble. L’enseignement principal du cas taïwanais réside précisément dans la nécessité de penser ces instruments comme les composantes d’un même système institutionnel, et non comme des ajustements ponctuels à des contraintes externes.

Ainsi, la recomposition de l’État industriel européen suppose moins une rupture radicale qu’une intégration progressive de nouvelles finalités au sein des instruments existants. La sécurité économique, la résilience des chaînes de valeur et la maîtrise des technologies critiques ne doivent pas être conçues comme des objectifs concurrents de la politique de concurrence, mais comme des dimensions complémentaires d’un même projet de souveraineté économique.

B. La montée en puissance des instruments européens de sécurité économique : filtrage des investissements, politiques industrielles ciblées et souveraineté technologique

L’Union européenne a progressivement intégré, au cours de la dernière décennie, des instruments relevant de la sécurité économique, sans toutefois en avoir encore pleinement stabilisé la doctrine d’ensemble. Cette évolution résulte de la convergence de plusieurs facteurs : la prise de conscience des dépendances stratégiques dans les chaînes de valeur mondiales, la montée des tensions commerciales et technologiques entre grandes puissances, ainsi que les effets structurels des crises successives, notamment la pandémie de Covid-19 et les perturbations énergétiques et industrielles qui en ont résulté.[59] En outre, les politiques ou instruments mis au point à l’échelon de Bruxelles sont loin d’avoir été appliqués par les Etats membres (il suffit de considérer la protection contre la cybercriminalité et la protection contre les attaques sur le cyberespace pour s’en convaincre). Parfois, les politiques européennes contrarient même directement les intérêts industriels de certains Etats membres les plus innovants, comme pour la France dans le domaine des industries de défense.[60]

Le premier instrument structurant de cette évolution est le mécanisme de filtrage des investissements directs étrangers. Initialement conçu comme un outil de coordination entre États membres, il s’est progressivement affirmé ces dernières années comme un dispositif de protection des actifs stratégiques européens dans les secteurs sensibles tels que les infrastructures critiques, les technologies avancées, la cybersécurité ou encore la défense. Sans constituer un véritable régime d’autorisation centralisé, ce mécanisme marque néanmoins une inflexion importante dans la manière dont l’Union appréhende enfin l’ouverture de ses marchés aux capitaux extra-européens.[61] Pour autant des mesures et normes nationales parfois excessives continuent de décourager ces investissements extra-européens qui se placent parfois sur des « niches » (cf. cas des investissements qatari sur l’immobilier exonéré fiscalement, sans produit pour l’économie française, sinon tendance inflationniste du secteur immobilier dans les grandes villes en bénéficiant, comme Paris). 

Le deuxième axe concerne le renforcement des politiques industrielles ciblées, notamment à travers les instruments liés aux technologies critiques. Les initiatives – encore une fois trop récentes par comparaison avec les stratégies industrielles asiatiques, telles que les projets importants d’intérêt européen commun (PIIEC), le Chips Act européen ou encore les programmes de soutien à la transition numérique et écologique, témoignent d’une certaine volonté de structurer des capacités industrielles européennes dans des secteurs jugés stratégiques. Ces politiques traduisent enfin une évolution significative quoique de faible antériorité: l’intervention publique n’est plus conçue uniquement comme une correction ponctuelle des défaillances de marché, mais comme un levier de structuration de filières industrielles complètes, sur les modèles japonais et sud-coréen.[62]

Le troisième axe porte sur la souveraineté technologique, entendue comme la capacité à maîtriser les infrastructures numériques, les données, les capacités de calcul et les technologies de pointe. Dans ce domaine, l’Union européenne développe – encore très récemment – une approche hybride combinant régulation, investissement public et coopération avec des partenaires industriels privés. Cette stratégie vise à réduire les dépendances critiques dans des domaines tels que le cloud, l’intelligence artificielle ou les semi-conducteurs, tout en maintenant un haut degré d’ouverture économique et de compatibilité avec les règles du commerce international.[63]

Dans ce contexte, l’exemple taïwanais apparaît particulièrement éclairant. La position systémique de TSMC dans les chaînes de valeur mondiales met en évidence les enjeux liés à la concentration des capacités technologiques et à la nécessité de sécuriser des segments critiques de production. Sans viser une reproduction institutionnelle du modèle taïwanais, l’Union européenne est ainsi conduite à développer des instruments de sécurisation fonctionnelle comparables dans leurs objectifs, sinon dans leurs modalités.

Cette montée en puissance des instruments européens de sécurité économique ne constitue donc pas une rupture avec l’ordre juridique antérieur, mais une transformation progressive de ses finalités. L’ouverture des marchés et la politique de concurrence demeurent des principes structurants, mais ils coexistent désormais avec une logique croissante de protection des capacités industrielles et technologiques essentielles. L’Union européenne se trouve ainsi engagée dans un processus d’hybridation institutionnelle, dans lequel les objectifs de compétitivité, de résilience et de souveraineté économique tendent à s’articuler au sein d’un même ensemble normatif.

C. Vers un modèle transnational de sécurité économique : convergences, différences et reconfiguration des capitalismes avancés

L’ensemble des trajectoires analysées — Taïwan, mais aussi, en arrière-plan, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Union européenne — met en évidence une évolution convergente des capitalismes avancés vers une intégration progressive des objectifs de sécurité économique dans les politiques industrielles. Cette convergence ne signifie pas l’émergence d’un modèle unique, mais la diffusion d’un même ensemble de contraintes structurelles liées à la transformation de la mondialisation, à la concentration technologique et à l’intensification des rivalités géoéconomiques.[64]

Dans ce cadre, Taïwan apparaît comme un cas particulièrement avancé d’intégration fonctionnelle entre politique industrielle et sécurité économique, en interaction avec les équivalents normatifs ou institutionnels du Japon et de Corée du Sud. La centralité des semi-conducteurs dans l’économie taïwanaise, la densité de ses écosystèmes d’innovation et la forte internationalisation de ses chaînes de valeur ont conduit à une articulation précoce entre compétitivité technologique et résilience stratégique, ce que n’a pas encore réalisé l’Europe, loin s’en faut. Cette évolution présente des points de convergence avec les stratégies américaines de relocalisation partielle des chaînes de valeur critiques, les politiques japonaises de sécurisation des technologies stratégiques et les efforts coréens de consolidation de leurs capacités industrielles dans les secteurs de pointe.[65]

Ces convergences s’accompagnent de différences institutionnelles significatives. Le modèle taïwanais repose sur une forte intégration entre instituts publics de recherche, entreprises privées et écosystèmes technologiques territorialisés. Le modèle américain privilégie une articulation entre innovation privée dominante et intervention publique ciblée dans les secteurs stratégiques. Le modèle japonais conserve une forte tradition de coordination administrative sectorielle, tandis que le modèle coréen s’appuie encore largement sur la centralité des grands conglomérats industriels. L’Union européenne, quant à elle, se caractérise par une structure plus fragmentée, encore en voie de consolidation progressive autour d’instruments communs de régulation et de soutien industriel.[66]

Dans ce contexte, la sécurité économique apparaît moins comme une doctrine unifiée que comme un principe structurant transversal, réinterprété selon les traditions institutionnelles propres à chaque économie. Elle constitue un point de convergence fonctionnelle plutôt qu’un modèle institutionnel homogène. Cette logique explique pourquoi les instruments adoptés — filtrage des investissements, politiques industrielles ciblées, soutien aux technologies critiques, diversification des chaînes d’approvisionnement — présentent des similarités croissantes, tout en conservant des modalités de mise en œuvre très différenciées.

Cette évolution marque ainsi une transformation plus profonde de la gouvernance économique mondiale. La mondialisation fondée sur l’hypothèse d’une interdépendance neutre cède progressivement la place à une mondialisation structurée par des considérations de résilience, de souveraineté technologique et de sécurité économique. Dans ce nouvel environnement, les États ne cherchent plus seulement à optimiser leur insertion dans les chaînes de valeur globales, mais à en sécuriser les segments stratégiques et à en maîtriser les points de vulnérabilité.

Ainsi, la trajectoire taïwanaise, loin de constituer une exception, s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des capitalismes avancés. Elle en constitue même l’une des expressions les plus abouties, en raison de la centralité des technologies critiques dans son économie et de l’intensité de son insertion dans les rivalités géopolitiques contemporaines. Cette lecture comparative permet dès lors de comprendre la sécurité économique non comme une rupture paradigmatique, mais comme une reconfiguration progressive et différenciée des instruments de l’État industriel au XXIᵉ siècle.

C. Vers un modèle transnational de sécurité économique : convergences, différences et reconfiguration des capitalismes avancés

L’ensemble des trajectoires analysées — Taïwan, mais aussi, en arrière-plan, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Union européenne — met en évidence une évolution convergente des capitalismes avancés vers une intégration progressive des objectifs de sécurité économique dans les politiques industrielles. Cette convergence ne signifie pas l’émergence d’un modèle unique, mais la diffusion d’un même ensemble de contraintes structurelles liées à la transformation de la mondialisation, à la concentration technologique et à l’intensification des rivalités géoéconomiques.[67]

Dans ce cadre, Taïwan apparaît comme un cas particulièrement avancé d’intégration fonctionnelle entre politique industrielle et sécurité économique. La centralité des semi-conducteurs dans son économie, la densité de ses écosystèmes d’innovation et la forte internationalisation de ses chaînes de valeur ont conduit à une articulation précoce entre compétitivité technologique et résilience stratégique. Cette évolution présente des points de convergence avec les stratégies américaines de relocalisation partielle des chaînes de valeur critiques, les politiques japonaises de sécurisation des technologies stratégiques et les efforts coréens de consolidation de leurs capacités industrielles dans les secteurs de pointe.[68]

Toutefois, ces convergences s’accompagnent de différences institutionnelles significatives. Le modèle taïwanais repose sur une forte intégration entre instituts publics de recherche, entreprises privées et écosystèmes technologiques territorialisés. Le modèle américain privilégie une articulation entre innovation privée dominante et intervention publique ciblée dans les secteurs stratégiques. Le modèle japonais conserve une forte tradition de coordination administrative sectorielle, tandis que le modèle coréen s’appuie encore largement sur la centralité des grands conglomérats industriels. L’Union européenne, quant à elle, se caractérise par une structure plus fragmentée, mais en voie de consolidation progressive autour d’instruments communs de régulation et de soutien industriel.[69]

Dans ce contexte, la sécurité économique apparaît moins comme une doctrine unifiée que comme un principe structurant transversal, réinterprété selon les traditions institutionnelles propres à chaque économie. Elle constitue un point de convergence fonctionnelle plutôt qu’un modèle institutionnel homogène. Cette logique explique pourquoi les instruments adoptés — filtrage des investissements, politiques industrielles ciblées, soutien aux technologies critiques, diversification des chaînes d’approvisionnement — présentent des similarités croissantes, tout en conservant des modalités de mise en œuvre très différenciées.

Cette évolution marque ainsi une transformation plus profonde de la gouvernance économique mondiale. La mondialisation fondée sur l’hypothèse d’une interdépendance neutre cède progressivement la place à une mondialisation structurée par des considérations de résilience, de souveraineté technologique et de sécurité économique. Dans ce nouvel environnement, les États ne cherchent plus seulement à optimiser leur insertion dans les chaînes de valeur globales, mais à en sécuriser les segments stratégiques et à en maîtriser les points de vulnérabilité.

Ainsi, la trajectoire taïwanaise, loin de constituer une exception, s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des capitalismes avancés. Elle en constitue même l’une des expressions les plus abouties, en raison de la centralité des technologies critiques dans son économie et de l’intensité de son insertion dans les rivalités géopolitiques contemporaines. Cette lecture comparative permet dès lors de comprendre la sécurité économique non comme une rupture paradigmatique, mais comme une reconfiguration progressive et différenciée des instruments de l’État industriel au XXIᵉ siècle.

Conclusion

L’expérience taïwanaise confirme que la politique industrielle ne saurait plus être appréhendée comme un ensemble ponctuel de mesures destinées à soutenir certains secteurs de l’économie. Loin de constituer une résurgence conjoncturelle de l’intervention publique, elle apparaît désormais comme une fonction permanente de l’action de l’État, mobilisée pour accompagner les transformations technologiques, renforcer la compétitivité productive et préserver l’autonomie stratégique dans un environnement international marqué par une intensification durable des rivalités économiques et géopolitiques.

L’étude du cas taïwanais met en évidence plusieurs caractéristiques qui dépassent largement les spécificités nationales. La continuité de l’action publique, la capacité de coordination entre l’administration, la recherche et les entreprises, l’investissement constant dans les technologies de pointe, ainsi que l’aptitude à adapter les priorités industrielles aux évolutions de l’environnement international illustrent une conception renouvelée de la politique industrielle, fondée moins sur la protection des secteurs existants que sur l’organisation continue de leur transformation.

Cette évolution conduit également à redéfinir les rapports entre politique économique et politique de sécurité. Les semi-conducteurs, les infrastructures numériques, les technologies de l’information, l’intelligence artificielle ou encore les capacités de recherche ne constituent plus seulement des facteurs de croissance ; ils sont devenus des déterminants essentiels de la souveraineté, de la résilience économique et de l’influence internationale des États. La politique industrielle s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large d’intégration des objectifs économiques, technologiques et stratégiques, dont Taïwan offre aujourd’hui l’une des illustrations les plus abouties.

Cette trajectoire ne saurait toutefois être interprétée comme un modèle universel susceptible d’être transposé mécaniquement dans d’autres contextes nationaux. Elle demeure indissociable des caractéristiques historiques, institutionnelles et géopolitiques propres à Taïwan. En revanche, elle met en lumière des mécanismes plus généraux — investissement de long terme, coordination public-privé, soutien à l’innovation, adaptation permanente aux ruptures technologiques et insertion dans des réseaux internationaux de coopération — dont la portée dépasse largement le seul cas taïwanais.

À cet égard, l’expérience de Taïwan participe d’une transformation plus profonde des politiques industrielles observée dans la plupart des grandes économies avancées. Après plusieurs décennies durant lesquelles l’ouverture des marchés et la spécialisation internationale semblaient devoir constituer l’horizon privilégié des politiques publiques, la succession des crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques a replacé au premier plan les exigences de résilience, de maîtrise des technologies critiques et de sécurité économique. Sans remettre en cause les principes de l’économie de marché, cette évolution conduit les pouvoirs publics à redéfinir les conditions d’exercice de leur responsabilité stratégique dans l’organisation des capacités productives nationales.

Le cas taïwanais suggère ainsi que la politique industrielle du XXIᵉ siècle ne se réduit plus à une politique de soutien à l’industrie. Elle tend à devenir une politique de gouvernance des transformations économiques, technologiques et géopolitiques, mobilisant simultanément les instruments de l’innovation, de l’investissement, de la coopération internationale et de la sécurité économique. C’est probablement dans cette capacité permanente d’adaptation, davantage que dans l’importance des moyens mobilisés, que réside aujourd’hui l’un des principaux facteurs de la compétitivité des États industrialisés.

L’exemple taïwanais invite enfin à une réflexion plus générale sur l’évolution de la théorie de la politique industrielle. Les catégories classiques opposant intervention publique et marché concurrentiel, planification et libéralisme, protection et ouverture internationale rendent imparfaitement compte des transformations contemporaines. Les expériences convergentes observées en Asie orientale, mais également aux États-Unis, témoignent de l’émergence d’États qui ne se bornent plus à corriger les défaillances du marché ni à conduire une phase d’industrialisation, mais qui organisent de manière continue l’adaptation de leur appareil productif aux mutations technologiques et stratégiques. Sans prétendre épuiser cette question, l’étude de Taïwan offre ainsi un terrain particulièrement fécond pour l’élaboration d’une théorie renouvelée de la politique industrielle, conçue comme une fonction permanente de transformation stratégique des économies contemporaines. Cette évolution observée dans les pratiques depuis 2001 des Etats-Unis, du Japon, de la Corée du Sud, mais aussi de la Chine et de Taïwan, dépasse donc désormais le seul cadre taïwanais étudié ici : elle appelle une relecture plus générale des catégories traditionnelles de la théorie de l’État industriel, spécialement en Europe où les adaptations des structures productives, technologiques, scientifiques, mais aussi politiques et mentales ont largement tardé en ce premier quart du XXIe siècle.


Annexes

Les tableaux présentés en annexe visent à compléter les développements qui précèdent en offrant une lecture transversale de l’évolution de la politique industrielle taïwanaise et de ses principaux traits comparatifs. Ils n’ont pas vocation à remplacer l’analyse, mais à en faciliter la synthèse et la comparaison avec les autres modèles étudiés.

Annexe n° 1

Les métamorphoses de la politique industrielle taïwanaise

PériodeCaractéristiques dominantesFinalité de la politique industrielleRôle de l’ÉtatSecteurs emblématiques
Années 1950-1970Industrialisation orientée vers les exportationsDévelopper les capacités productives et les exportations manufacturièresÉtat développeur et planificateurTextile, industries légères, biens manufacturés
Années 1980-1990Montée en gamme technologiqueAccroître la valeur ajoutée et la compétitivité internationaleÉtat investisseur et coordinateurÉlectronique, informatique, parcs scientifiques
Années 2000-2015Économie de la connaissanceInnovation, recherche, internationalisationÉtat partenaire de l’innovationSemi-conducteurs, biotechnologies, TIC
Depuis 2016Sécurité économique et résiliencePréserver les technologies critiques et sécuriser les chaînes de valeurÉtat stratège et coordinateur des écosystèmesSemi-conducteurs avancés, IA, cybersécurité, technologies critiques
Annexe n° 2

Les grandes phases de financement de la politique industrielle taïwanaise (2001-2024)

PériodePrincipales prioritésPrincipaux financements publics*Effort national de R&DFinalité stratégique
2001-2008Innovation, électronique, semi-conducteurs, infrastructures scientifiquesDépenses publiques de R&D : ≈ 90 à 120 Md TWD/an (≈ 2,3 à 3,0 Md €)≈ 2,0 % à 2,4 % du PIBAccélérer la montée en gamme technologique et renforcer les capacités nationales d’innovation.
2008-2016Internationalisation, compétitivité industrielle, TICDépenses publiques : ≈ 120 à 150 Md TWD/an (≈ 3,0 à 4,0 Md €)≈ 2,8 % à 3,1 % du PIBConsolider l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales et soutenir l’innovation industrielle.
2016-2020« Five plus Two Innovative Industries », économie numérique, biotechnologiesNational Development Fund (capacité d’intervention : ≈ 1 000 Md TWD, soit ≈ 30 Md €) ; hausse continue des crédits publics de R&D≈ 3,3 % à 3,5 % du PIBDiversifier les secteurs stratégiques et réduire les dépendances industrielles.
2020-2024Semi-conducteurs avancés, IA, cybersécurité, technologies critiquesMobilisation cumulée de plusieurs centaines de milliards de TWD (≈ 10 à 20 Md  selon les programmes) ; R&D publique supérieure à 170 Md TWD/an (≈ 5 Md €)≈ 3,8 % à plus de 4 % du PIBIntégrer pleinement la politique industrielle à la stratégie de sécurité économique et de résilience technologique.

* Les montants indiqués correspondent aux principaux dispositifs publics de soutien à la politique industrielle (crédits budgétaires, fonds stratégiques, instruments financiers et programmes nationaux). Ils ne retracent pas l’ensemble des dépenses publiques ou privées de recherche et d’innovation.

Annexe n° 3

Tableau de synthèse – Les configurations contemporaines de l’État industriel en Asie orientale

CritèresJaponCorée du SudTaïwan
  Pilotage stratégique  METI  MOTIE  MOEA
  Organisme principal d’innovation NEDO KIST ITRI
  Organisation productive dominanteKeiretsuChaebolsClusters technologiques
Priorité historiqueAutomobile, électroniqueConstruction navale, électroniqueSemi-conducteurs
 Priorités actuelles Transition verte, robotique, numériqueIA, batteries, biotechnologiesSemi-conducteurs, IA, sécurité économique
  Logique dominante   Résilience industrielleLeadership technologiqueSécurité économique et résilience des chaînes de valeur

[1] « L’État doit développer les industries que le capital privé ne peut développer efficacement par lui-même. »

Sun Yat-sen, The International Development of China, New York et Londres, G. P. Putnam’s Sons, The Knickerbocker Press, 1922, X-265 p., spéc. Préface, p. V-VIII, et Programme I, p. 11-29. Dans cet ouvrage fondateur, le premier dirigeant de la République de Chine, Sun Yat-sen, a défendu l’idée selon laquelle l’État doit assumer le développement des infrastructures et des industries que le capital privé ne peut financer ou organiser efficacement. Cette conception d’un État moteur du développement économique préfigure, sous plusieurs aspects, les politiques industrielles mises en œuvre ultérieurement en Asie orientale et spécialement à Taïwan durant les dernières décennies écoulées après la seconde guerre mondiale. Le cas de Taiwan apparaît ainsi comme un véritable modèle de développement pour l’ensemble de l’Asie contemporaine.

[2] Voir notamment Dani Rodrik, « Industrial Policy for the Twenty-First Century », Harvard Kennedy School Faculty Research Working Paper Series, RWP04-047, Cambridge (Mass.), Harvard University, novembre 2004, 57 p., spéc. p. 1-12 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial State. Debunking Public vs. Private Sector Myths, Londres, Anthem Press, 2013 (2ᵉ éd., 2015), 266 p., spéc. p. 1-35 et 109-158 ; Robert H. Wade, Governing the Market. Economic Theory and the Role of Government in East Asian Industrialization, Princeton, Princeton University Press, 1990, XIV-438 p., spéc. p. 25-62 et 297-336. Ces travaux montrent que la mondialisation n’a pas supprimé les politiques industrielles mais en a profondément renouvelé les instruments.

[3] La présente étude s’inscrit dans le prolongement d’un programme de recherche consacré aux transformations contemporaines des politiques industrielles, du droit de la concurrence et de la sécurité économique dans les principales puissances économiques. V. notamment François Souty, « La transformation de la politique industrielle sud-coréenne (1997-2025) : De la crise asiatique à la sécurité économique, Le Diplomate Média, 24. Juin 2026, 40 p.F. Souty, « La transformation de la politique industrielle japonaise face au défi chinois et à la domination numérique américaine (2001-2025) : du Developmental State à l’Economic Security State»Le Diplomate Média, 17 juin 2026, 53 p. ; F. Souty, « Le retour de l’État stratège : la politique industrielle des États-Unis entre puissance, sécurité nationale et compétition technologique (2001-2025)», Le Diplomate Média, 11 juin 2026, 45 p. ; F. Souty, « Politique industrielle et politique de concurrence en Chine depuis 2001 : une convergence stratégique aux antipodes du modèle européen ? », Le Diplomate Média, 3 juin 2026, 43 p. ; F. Souty« Le droit chinois de la concurrence : de la loi anti-monopole de 2007 à la régulation stratégique d’une économie de marché intégrée (2008-2025) », Le Diplomate Média, 29 avril 2026 ; F. Souty, « « America First Antitrust » :  Le renouveau conservateur de l’antitrust américain par l’Administration Trump II, continuités, ruptures et recompositions doctrinales », Le Diplomate Média, 12 janvier 2026, 35 p. ; F. Souty, « Digital Markets Act européen, politique de la concurrence et souveraineté : conséquences géopolitiques et impact stratégique du droit sur l’économie digitale», Le Diplomate Média, 4 février 2026, 35 p. F. Souty, « Intelligence artificielle, souveraineté normative et géopolitique : la fragmentation de la gouvernance mondiale entre puissances technologiques », Le Diplomate Média, 4 mars 2026, 19 p. ; F. Souty, « Cyberespace, sécurité, souveraineté, technologie et rivalités géopolitiques mondiales : enjeux juridiques, régulation et priorités pour l’Union européenne et pour la France », Le Diplomate Média, 11 février 2026, 24 p. La présente contribution constitue le troisième volet asiatique de cette recherche comparative consacrée à la recomposition contemporaine de l’État économique face aux défis de la mondialisation, de la compétition technologique et de la sécurité économique.

[4] L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, le 11 décembre 2001, a profondément modifié les flux commerciaux, les investissements directs étrangers et l’organisation des chaînes de valeur en Asie orientale. Voir notamment Richard Baldwin, The Great Convergence. Information Technology and the New Globalization, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2016, 344 p., spéc. p. 1-28 et 145-188 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, 1978-2020, Mexico City, Universidad Nacional Autónoma de México, 2021, 72 p., spéc. p. 41-60 ; Organisation mondiale du commerce, World Trade Report 2008. Trade in a Globalizing World, Genève, OMC, 2008, 240 p., chap. II-III.

[5] Contrairement à une lecture opposant État développeur et économie de marché, cette étude défend l’hypothèse d’une recomposition de l’État industriel taïwanais, c’est-à-dire d’une transformation progressive des finalités et des instruments de l’intervention publique sous l’effet de la mondialisation, de la compétition technologique et de la sécurité économique. Cette approche s’inscrit dans le prolongement des analyses consacrées à l’évolution contemporaine de l’État stratège en Asie orientale, tout en proposant une lecture spécifiquement juridique des interactions entre politique industrielle, droit de la concurrence et sécurité économique.

[6] WTO-OMC, World Trade Report 2008, op.cit., p. 15-62 ; Richard Baldwin, The Great Convergence, op.cit., spéc. p. 145-188 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy,op.cit. spéc. p. 41-60.

[7] Robert H. Wade, Governing the Market. Economic Theory op.cit,, p. 297-336 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomy. States and Industrial Transformation, Princeton, Princeton University Press, 1995, X-323 p., spéc. p. 3-20 et 229-255 ; Dani Rodrik, « Industrial Policy for the Twenty-First Century », op.cit., spéc. p. 1-16 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial State, op.cit., p. 35-67.

[8] Sur les premiers ajustements de la politique industrielle taïwanaise après l’entrée de la Chine à l’OMC, voir notamment Alice H. Amsden et Wan-wen Chu, Beyond Late Development. Taiwan’s Upgrading Policies, Cambridge (Mass.), MIT Press, 2003, XVI-224 p., spéc. p. 1-45 et 151-198 ; Dan Breznitz, Innovation and the State. Political Choice and Strategies for Growth in Israel, Taiwan and Ireland, New Haven, Yale University Press, 2007, XII-279 p., spéc. p. 91-162; Robert H. Wade, « The Developmental State: Dead or Alive? », Development and Change, vol. 49, n° 2, 2018, p. 518-546, spéc. p. 518-529.

[9] Organisation mondiale du commerce, World Trade Report 2003. Overview, Genève, OMC, 2003, spéc. p. 1-22 ; Richard Baldwin, The Great Convergence, op.cit. p. 145-188 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, op.cit., p. 41-60.

[10] Alice H. Amsden, Wan-wen Chu, Beyond Late Development, op.cit.,  p. 27-74 ; Dan Breznitz, Innovation and the State. op.cit., p. 91-162 ; Robert H. Wade, Governing the Market, op.cit.  p. 297-336.

[11] Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), OECD Economic Outlook, Paris, OECD Publishing, éditions de juin 2003, n° 73, p. 183-205 (Asie émergente), puis éditions successives jusqu’en 2010 ; Chung-Hua Institution for Economic Research, (CIER), Taiwan Economic Forecast, Taipei, publications trimestrielles et annuelles, notamment 2004-2010 ; Ministry of Economic Affairs (MOEA Taiwan), Statistical Yearbook of the Republic of China, Taipei, éditions annuelles 2003 à 2010, chap. I à III (Industrial Development, Foreign Trade, Manufacturing), p. 1-145.

[12] Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop.cit., p. 41-60 ; Dan Breznitz, Innovation and the Stateop.cit.., p. 163-208 ; OCDE, Science, Technology and Industry Scoreboard, Paris, différentes éditions.

[13] Alice H. Amsden, Wan-wen Chu, Beyond Late Development, op.cit., p. 47-89 ; MOEA, White Paper on Taiwan Industrial Technology 2005, Taipei, 2005, 156 p. ; MOEA, Industrial Development Bureau, Industrial Development Yearbook, Taipei, éd. annuelles 2005-2008.

[14] Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit., p. 91-176 ; Robert H. Wade, Governing the Market, op.cit., p. 297-336.

[15] OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p., spéc. p. 19-84 (vue d’ensemble du système national d’innovation), p. 85-164 (gouvernance de la recherche et politiques publiques), p. 165-233 (performance technologique, recherche industrielle et transfert de technologie) ; Ministry of Science and Technology (MST, anciennement National Science Council ou NSC), Indicators of Science and Technology, Taiwan (également publié sous le titre Science and Technology Indicators), Taipei, éditions annuelles, env. 180 à 250 p. selon les années, notamment les parties consacrées aux dépenses de R&D, aux ressources humaines scientifiques, aux brevets et aux comparaisons internationales ; Industrial Technology Research Institute (ITRI), Annual Report, Hsinchu, éditions annuelles, env. 90 à 150 p. selon les années, notamment les chapitres relatifs au transfert de technologies, à la coopération avec l’industrie, aux plateformes d’innovation et aux résultats de la recherche appliquée.

[16] Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial State, op.cit., p. 109-180 ; OCDE, Science, Technology and Industry Scoreboard, Paris, différentes éditions ; Korea Development Institute, Economic Outlook, Séoul, différentes éditions (comparaison des politiques d’innovation en Asie orientale).

[17] Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, op.cit., p. 41-67 ; Richard Baldwin, The Great Convergence, op.cit. p. 183-226 ; WTO-OMC, World Trade Report 2013. Factors Shaping the Future of World Trade, Genève, OMC, 2013, spéc. p. 177-220.

[18] MOEA, Annual Report, Taipei, éditions 2004-2009 ; OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, spéc. p. 37-84 ; Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit., p. 177-221.

[19] MOEA, Statute for Investment by Overseas Chinese and Foreign Nationals (versions consolidées et rapports d’application); MOEA, Regulations Governing Investment in Mainland China, différentes versions ; OCDE, Investment Policy Reviews: Chinese Taipei, Paris, différentes éditions ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, op.cit. p. 52-67.

[20] Industrial Technology Research Institute (ITRI), Annual Report, Hsinchu, différentes éditions ; Ministry of Science and Technology (MST), Science and Technology Indicators, Taipei, différentes éditions ; Alice H. Amsden, Wan-wen Chu, Beyond Late Development, op.cit. p. 151-198.

[21] Peter B. Evans, Embedded Autonomy, op.cit.p. 229-255 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial State, op.cit., p. 139-180 ; OCDE, Science, Technology and Industry Outlook, Paris, différentes éditions.

[22] OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p., p. 17-63 ; OCDE, Science, Technology and Industry Outlook 2010, Paris, OECD Publishing, 2010, p. 23-61 ; Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit.,  p. 177-221.

[23] OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p., p. 17-63 ; OCDE, Science, Technology and Industry Outlook 2010, Paris, OECD Publishing, 2010, p. 23-61 ; Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit.,  p. 177-221.

[24] ITRI, Annual Report, Hsinchu, éditions 2009-2016 ; MST, Science and Technology Indicators, Taipei, différentes éditions ; NSTC, White Paper on Science and Technology, Taipei, différentes éditions ; OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook, Paris, éditions 2012 et 2014.

[25] Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit., p. 91-176 ; OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p., spéc. p. 63-129.

[26] ITRI Annual Report 2012, Hsinchu, 2013, 164 p. ; ITRI, Annual Report 2015, Hsinchu, 2016, 172 p. ; National Applied Research Laboratories, Annual Report, Taipei, éditions 2012 à 2016 ; MST,  Indicators, Taipei, différentes éditions ; OCDE, Science, Technology and Industry Outlook 2014, Paris, OECD Publishing, spéc. p. 255-276/

[27] Wei-Tzen Yang et Wen-Hsiung Lee, « The Cradle of Taiwan High Technology Industry Development – Hsinchu Science Park (HSP) », Technovation, vol. 20, n° 1, janvier 2000, p. 55-59 ; Shiann-Far Kung, « Hsinchu Science-Based Industrial Park: Past Twenty Years and Prospects », in International Symposium on Seoul DMC: Challenges and Opportunities, Seoul, KDI, 2001, p. 67-94.

[28] Alice H. Amsden et Wan-wen Chu, Beyond Late Development, op.cit., p. 91-137 (organisation des écosystèmes d’innovation et articulation entre politique industrielle, recherche et entreprises) ; National Science and Technology Council, Hsinchu Science Park Annual Report 2023, Hsinchu, Hsinchu Science Park Bureau, 2024, env. 180 p., spéc. p. 12-35 (organisation institutionnelle du parc), p. 36-72 (recherche, innovation et entreprises technologiques) ; Hsinchu Science Park Statistical Yearbook 2023, Hsinchu, Hsinchu Science Park Bureau, 2024, env. 250 p. ; National Science and Technology Council, Southern Taiwan Science Park Annual Report 2023, Tainan, Southern Taiwan Science Park Bureau, 2024, env. 160 p., spéc. p. 14-46 ; Central Taiwan Science Park Annual Report 2023, Taichung, Central Taiwan Science Park Bureau, 2024, env. 160 p., spéc. p. 12-43 ; Ministry of Science and Technology, Indicators of Science and Technology, Taiwan, Taipei, éd. 2023, env. 220 p., chap. 3 à 6 ; Industrial Technology Research Institute (ITRI), Annual Report 2023, Hsinchu, 2024, env. 120 p., spéc. p. 18-52.

[29] Les rapports des universités taïwanaises soulignent chaque année les réalisations et applications industrielles développées avec leurs partenariats avec les  entreprises privées : National Tsing Hua University, Annual Report, Hsinchu, différentes éditions ; National Yang Ming Chiao Tung University, Annual Report, Hsinchu, différentes éditions ; National Taiwan University, Annual Report, Taipei, différentes éditions ; KAIST, Annual Report, Daejeon, différentes éditions (éléments de comparaison avec le modèle coréen).

[30] Dan Breznitz, Innovation and the State, op.cit., p. 91-176 ; OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p.,  p. 63-129.

[31] Dan Breznitz, op. cit., p. 177-221 ; OCDE, OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipeiop. cit., p. 131-188 ; Robert H. Wade, Governing the Marketop. cit., p. 315-336.

[32] ITRI, Annual Report 2015op. cit., p. 24-67 ; Hsinchu Science Park Bureau, Annual Report 2014op. cit., p. 31-82 ; Alice H. Amsden, Wan-wen Chu, Beyond Late Developmentop. cit., p. 181-198.

[33] MST, Science and Technology Indicatorsop. cit., p. 45-96 ; OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook 2014op. cit., p. 117-156 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 183-221.

[34] Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255 ; Dan Breznitz, op. cit., p. 201-221 ; OCDE, Science, Technology and Industry Outlook 2014op. cit., p. 255-276.

[35] Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 58-67 ; Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 183-226 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-221.

[36] OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook 2014op. cit., p. 145-182 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 183-221 ; Dan Breznitz, op. cit., p. 201-221.

[37] Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 183-226 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 58-67 ; WTO-OMC, World Trade Report 2013op. cit., p. 177-220.

[38] MST, Science and Technology Indicatorsop. cit., p. 72-108 ; ITRI, Annual Report 2015op. cit., p. 68-104 ; OCDE, OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipeiop. cit., p. 189-237.

[39] Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255 ; Robert H. Wade, Governing the Marketop. cit., p. 315-336 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-221.

[40] Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295 ; Organisation mondiale du commerce, World Trade Report 2023. Re-globalization for a Secure, Inclusive and Sustainable Future, Genève, 2023, spéc. p. 17-58 et 83-129 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 58-72 ; Organisation de coopération et de développement économiques, OECD Economic Outlookop. cit., chapitres consacrés aux chaînes d’approvisionnement et aux tensions géopolitiques.

[41] Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255 ; Dan Breznitz, op. cit., p. 201-221 ; OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook 2023, Paris, OECD Publishing, spéc. p. 35-92.

[42] OCDE, Supply Chain Resilience Reviewop. cit. ; WTO-OMC, World Trade Report 2023op. cit., p. 151-220 ; U.S. Center for Strategic and International Studies (CSIS), Reshoring, Friend-shoring and Allied Industrial Cooperation in the Indo-Pacific, Washington, différentes études 2022-2025 ; Daniel Fiott, Strategic Investment: Making Geopolitical Sense of the EU’s Defence Industrial PolicyChaillot Paper, n° 156, Paris, European Union Institute for Security Studies, décembre 2019, 70 p. (politique industrielle, innovation de défense et autonomie stratégique). Daniel Fiott et Roderick Parkes, Protecting Europe: The EU’s Response to Hybrid ThreatsChaillot Paper, n° 151, Paris, European Union Institute for Security Studies, 2019, 42 p. EUISS Yearbook of European Security, Paris, European Union Institute for Security Studies, éditions annuelles comptant de 220 à 300 p.

[43] Richard Baldwin, The Great Convergence, op.cit., p. 227-295 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, op.cit., p. 58-72 ; OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook 2017, Paris, OECD Publishing, p. 41-88.

[44] OCDE, OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipeiop. cit., p. 191-238 ; NSTC, Science and Technology White Paper, Taipei, éditions 2016-2021 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243.

[45] Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255 ; WTO-OMC, World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129 ; Dan Breznitz, Innovation and the Stateop. cit., p. 201-221.

[46] OCDE, OECD Investment Policy Reviews: Chinese Taipeiop. cit., p. 143-198 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 63-72 ; Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295.

[47] MOEA, Regulations Governing Investment in Mainland China, Taipei, versions consolidées 2015-2022 ; OCDE, Investment Policy Reviews: Chinese Taipeiop. cit., p. 201-244 ; Dan Breznitz, op. cit., p. 201-221.

[48] World Intellectual Property Organization (WIPO), World Intellectual Property Indicators 2020, Genève, WIPO, 2020, p. 35-78 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243 ; OCDE, Science, Technology and Innovation Outlook 2019, Paris, OECD Publishing, p. 97-142.

[49] WTO-OMC, World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129 ; OCDE, Supply Chain Resilience Review, Paris, éditions 2021-2023 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255.

[50] Sur l’internationalisation de la politique industrielle et l’alerte sur la sécurité économique, essentiellement dans les sphères anglo-saxonnes, v. OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipei, Paris, OECD Publishing, 2010, 294 p., notamment p. 19-84 ; Commission européenne, Updating the 2020 New Industrial Strategy: Building a Stronger Single Market for Europe’s Recovery, COM(2021) 350 final, Bruxelles, 5 mai 2021, 23 p., p. 3-20 ; OCDE, OECD Science, Technology and Innovation Outlook 2023. Enabling Transitions in Times of Disruption, Paris, OECD Publ., 2023, 680 p., spéc. chap. 2 et 3 (sur la résilience des chaînes de valeur, technologies critiques et sécurité économique).

[51] Sur la réorganisation des chaînes d’approvisionnement technologiques notamment dans les coopérations taïwanaises avec les États-Unis, le Japon et plusieurs partenaires occidentaux, v. notamment MOEA, Industrial Development Yearbook, Taipei, Industrial Development Bureau, éd. annuelles 2019-2024 ; MST, Indicators of Science and Technology, Taiwan, Taipei, éditions annuelles ; OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipeiop.cit., p. 165-233 ; Daniel Yergin, Peter Orszag et Thomas Stephenson, The New Map: Energy, Climate, and the Clash of Nations, New York, Penguin Press, 2020, 512 p., p. 365-412. 

[52] Sur la résilience des chaînes de valeur et la reconnaissance internationale du modèle taïwanais, v. notamment OCDE, OECD Science, Technology and Innovation Outlook 2023op.cit. ; G7, Hiroshima Leaders’ Communiqué, 20 mai 2023 (sections relatives à l’economic resilience and economic security) ; Commission européenne, European Economic Security Strategy, JOIN(2023) 20 final, Bruxelles, 20 juin 2023, 24 p. ; OCDE, OECD Reviews of Innovation Policy: Chinese Taipeiop.cit.

[53] François Souty, La transformation de la politique industrielle sud-coréenne (1997-2025) : De la crise asiatique à la sécurité économique, Le Diplomate Média, 24 Juin 2026, 41 p. ; F. Souty, « La transformation de la politique industrielle japonaise face au défi chinois et à la domination numérique américaine (2001-2025) : du Developmental State à l’Economic Security State », Le Diplomate Média, 17 juin 2026, p. 1-53 ; F. Souty, « Le retour de l’État stratège : la politique industrielle des États-Unis entre puissance, sécurité nationale et compétition technologique (2001-2025) », Le Diplomate Média, 11 juin 2026, p. 1-45.

[54] Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243 ; OCDE, OECD Science, Technology and Innovation Outlookop. cit., p. 35-92.

[55] Dan Breznitz, Innovation and the Stateop. cit., p. 201-221 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255 ; WTO-OMC, World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129.

[56] François Souty, « Politique de concurrence et Antitrust en Europe et aux États-Unis : Perspectives transatlantiques et enjeux géopolitiques », Le Diplomate Média,30 décembre 2025, 9 p. ; F. Souty, « Aides d’État, souveraineté énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du cas EDF et des réponses étatiques », Le Diplomate Média,07 avril 2026, 18 p. ; F. Souty, «  Droit et politique de la concurrence en Europe en 2025 : Un bilan de la première année de la Commission von der Leyen II »,  Le Diplomate Média,  24 mars 202633p. ; F. Souty, Les limites géopolitiques du règlement européen anti-subventions étrangères » Le Diplomate Média, 21 janvier 2026 , 20 p. F. Souty, « Digital Markets Act européen, politique de la concurrence et souveraineté : conséquences géopolitiques et impact stratégique du droit sur l’économie digitale », Le Diplomate Média, 4 février 2026, p. 1-35 ; OCDE, OECD Competition Policy Roundtables, Paris, OECD Publishing, plusieurs éditions récentes régulières; Eleanor M. Fox, « Competition, Development and Regional Integration », op. cit., p. 112-146.

[57] Carl Shapiro, Hal R. Varian, Information Rules, op.cit, p. 1-42 et 173-205 ; Nicholas Carr, The Big Switch. Rewiring the World from Edison to Google, New York, W. W. Norton, 2008, p. 87-131 ; OCDE, OECD Industrial Policy Papersop. cit., p. 55-98.

[58] La Commission a beaucoup traité de politique industrielle dans de multiples rapports plus ou moins lus depuis 2001, sans toutefois mettre des concept opérationnels en œuvre, pour des motifs directement liés à des divergences prononcées franco-allemandes sur le sujet, auxquelles on reviendra dans un prochain article. En tout cas, la désindustrialisation européenne démontre un échec de mise au point d’une stratégie industrie efficace, y compris et particulièrement dans le domaine digital mais aussi dans des domaines industriels plus classiques comme pharmaceutique, automobile, produits ménagers blancs et bruns etc. Seul le rapport de Mario Draghi sur la Compétitivité de l’Europe paru en septembre 2024 a marqué à haut niveau une volonté d’action d’urgence d’une politique industrielle européenne. Un an après, Mario Draghi a tiré un bilan peu amène de l’action de la Commission von der Leyen II en septembre 2025 dans un important discours « un an après » : Mario Draghi,  « Mario Draghi in Brussels—One Year On, Sep 2025 à https://geopolitique.eu/en/2025/09/16/mario-draghi-in-brussels-one-year-on/. V. aussi F. Souty,  « L’Union Européenne, le rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne : quelles conséquences stratégiques inspirantes pour la France ? », Le Diplomate Média, 09 décembre 2025, 14 p. Sur la longue succession de rapport européens, inutiles pour contrarier le processus de décrochage entraîné par la politique stratégique chinoise, on peut néanmoins consulter entre autres pour l’anecdote : Commission Européenne,  A New Industrial Strategy for Europe, COM(2020) 102 final, Bruxelles, 10 mars 2020, 16 p. ; Commission européenne, Updating the 2020 New Industrial Strategy: Building a Stronger Single Market for Europe’s Recovery, COM(2021) 350 final, Bruxelles, 5 mai 2021, 23 p., spéc. p. 3-20 ; Commission européenne, Commission Staff Working Document – Strategic Dependencies and Capacities, SWD(2021) 352 final, Bruxelles, 5 mai 2021 ; Commission Staff Working Document – Annual Single Market Report 2021, SWD(2021) 351 final, Bruxelles, 5 mai 2021.

[59] OECD Economic Outlook 2024, Paris, OECD Publishing, chapitres sur les chaînes de valeur et la fragmentation du commerce mondial ; WTO-OMC World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129 ; Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295.

[60] François Souty , « Industries de défense, politique de concurrence de l’UE et antitrust aux États-Unis : asymétries juridiques, questions industrielles et autonomie stratégique», Le Diplomate Média, 15 avril 2026, 23 p.

[61] Règlement (UE) 2019/452 du Parlement européen et du Conseil du 19 mars 2019 établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs étrangers dans l’Union ; Commission européenne, Report on the Implementation of the FDI Screening Regulation, Bruxelles, 2023 ; OCDE, Investment Screening in OECD Countries, Paris, OECD Publishing, éditions récentes.

[62] Commission européenne, European Chips Act, COM(2022) 46 final, Bruxelles, 2022 ; Commission européenne, Important Projects of Common European Interest (IPCEI): State of Play, Bruxelles, éditions 2020-2024 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243.

[63] Carl Shapiro, Hal R. Varian, Information Rulesop. cit., p. 173-205 ; Nicholas Carr, The Big Switchop. cit., p. 87-131 ; OCDE, Digital Economy Outlook 2024, Paris, OECD Publishing, p. 115-162.

[64] Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295 ; WTO-OMC, World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 58-72.

[65] Dan Breznitz, Innovation and the Stateop. cit., p. 201-221 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243 ; OCDE, OECD Science, Technology and Innovation Outlookop. cit., p. 35-92.

[66] Carl Shapiro, Hal R. Varian, Information Rulesop. cit., p. 173-205 ; Nicholas Carr, The Big Switchop. cit., p. 87-131 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255.

[67] Richard Baldwin, The Great Convergenceop. cit., p. 227-295 ; WTO-OMC, World Trade Report 2023, Genève, OMC, p. 83-129 ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policyop. cit., p. 58-72.

[68] Dan Breznitz, Innovation and the Stateop. cit., p. 201-221 ; Mariana Mazzucato, The Entrepreneurial Stateop. cit., p. 209-243 ; OCDE, OECD Science, Technology and Innovation Outlookop. cit., p. 35-92.

[69] Carl Shapiro, Hal R. Varian, Information Rulesop. cit., p. 173-205 ; Nicholas Carr, The Big Switchop. cit., p. 87-131 ; Peter B. Evans, Embedded Autonomyop. cit., p. 235-255.


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François Souty

François Souty

François Souty est Président exécutif du Cabinet LRACG Conseil en stratégies européennes et droit de la concurrence, enseignant à Excelia Business School (La Rochelle-Tours-Cachan), à l’Université Catholique de l’Ouest (Niort) et chargé d’enseignements à la Faculté de Droit de l’Université de Nantes. Auparavant Expert National Détaché auprès de la Commission Européenne (rapporteur antitrust sur les marchés financier de 2018 à 2021 et chargé d’affaires internationales de concurrence à la DG Concurrence de 2021 à 2024), il a été conseiller économique européen pour la politique de la concurrence auprès du gouvernement de Géorgie à Tbilisi en 2017-2018. Longtemps Directeur départemental de la DGCCRF au ministère de l’Économie et des Finances (1982 à 2024), il a été également professeur-associé à l’Université de La Rochelle (1996-2018). Membre des comités d’experts de la concurrence de l’OCDE et de la CNUCED de 1992 à 2018, il a participé aux travaux de l’OMC sur le commerce international et la politique de la concurrence de 1997 à 2004. Un des fondateurs du Cercle Jefferson, du Cercle K2, de la revue Concurrences en 2004, il est auteur d’une douzaine de livres ou rapports internationaux et de plus d’une centaine d’articles académiques en droit et politique de la concurrence et en histoire économique. Il prépare actuellement la 5e édition de «Droit et politique de la concurrence de l’Union Européenne »  chez LGDJ-Montchrestien (coll. Clefs). Il est auteur d’une thèse de doctorat en histoire économique à l’Université de Paris III sur les monopoles des Compagnies des Indes néerlandaises au XVIIIe siècle. François Souty est Officier de l’Ordre National du Mérite.

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