EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Pierre Vermeren – « Le Grand Dérèglement » : La France au bord de la rupture ?

Les violences qui ont secoué la France le 17 octobre 2026 ont brutalement remis au premier plan les fractures politiques, sociales et territoriales qui traversent le pays. Pillages, affrontements avec les forces de l’ordre, attaques contre des bâtiments publics : au-delà de la colère exprimée par les manifestants, ces événements interrogent la capacité de l’État à maintenir l’ordre et à préserver la cohésion nationale. Dans son dernier ouvrage, Le Grand Dérèglement. Ce que la France refuse de voir, publié aux éditions Odile Jacob, Pierre Vermeren dresse précisément le portrait d’une France profondément transformée, fragilisée par les crises économiques, l’affaiblissement de ses institutions et la désagrégation de ses références communes.
Historien, professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire contemporaine, Pierre Vermeren analyse pour Le Diplomate les racines de cette crise française, les violences du 17 octobre et les perspectives d’un pays confronté à de profondes interrogations sur son avenir.
Le Diplomate : Votre dernier ouvrage s’intitule : Le Grand Dérèglement. Ce que la France refuse de voir. Les violences du 17 octobre, marquées par des affrontements, des pillages et des attaques contre des symboles de la République, semblent faire écho à votre diagnostic. Comment avez-vous interprété ces événements ? S’agit-il d’une explosion de colère ponctuelle ou du symptôme d’une crise française beaucoup plus profonde ?
Propos recueillis par Roland Lombardi
Pierre Vermeren : Hélas, je crains que la crise soit profonde. Elle est à la fois ancienne et plurielle, et comme les maux dont souffrent les Français et leur société ne trouvent pas de remèdes, les symptômes s’aggravent. Affrontements, pillages et attaques contre les symboles de la République sont en effet des symptômes de maux plus profonds. Le chômage, les fermetures d’usines, la crise agricole, l’endettement, les déficits publics, la crise de l’école, l’affaiblissement des services publics sont des maux constamment évoqués depuis les années 1980 -parfois 1970-, et aucun d’eux n’a trouvé de remède. Pire, d’autre maux sont venus s’ajouter à eux comme la montée de l’insécurité, la crise migratoire ou la baisse du pouvoir d’achat, perçue à travers la smicardisation des salariés français etc. A ce niveau de gravité, la classe dirigeante aurait dû depuis longtemps décréter l’alerte générale, et trouver des voies de sortie, au moins pour ce qui dépend de nous comme l’école ou la délinquance. Mais les stratégies d’enrichissement personnel des élites et leur éloignement du peuple, consacré par la métropolisation, les a empêché de percevoir la gravité de la situation. Nous nous sommes endettés de plusieurs milliers de milliards d’euros pour financer nos démissions, mais cela n’a rien réglé. De sorte que les Français ont manifesté leur colère croissante à travers plusieurs canaux : le « non » à la constitution européenne en 2004 ; la désaffection électorale, qui touche même les municipales aujourd’hui ; la montée des votes aux extrêmes, qui dépassent maintenant 50% ; et enfin la violence. Mais il est vrai qu’il y a violence et violences, car elles émanent de groupes socioculturels très différents, et que l’apparente convergence actuelle des luttes est selon moi un trompe-l’œil.
Le 17 octobre, des centaines de milliers de Français sont descendus dans la rue pour dénoncer notamment la vie chère et la dégradation des services publics, mais certains rassemblements ont dégénéré en violences. Comment expliquer que des revendications sociales puissent déboucher sur de tels affrontements ? Assiste-t-on à une banalisation de la violence dans la vie politique française ?
Depuis cet été, le 17 octobre a été proposé comme le nouveau rendez-vous des gilets jaunes sur les réseaux sociaux. Il s’agissait des gilets jaunes version 2008, la France périphérique des classes populaires, à nouveau affectée par un cocktail ravageur fait d’inflation, de licenciements, de choc sur les carburants et de régression du pouvoir d’achat.
Or fin septembre, à l’initiative d’organisations lycéennes groupusculaires relais de la France Insoumise, l’agitation s’est emparée d’une poignée de lycées de banlieue. L’agitprop des députés LFI, missi dominici de la révolution envoyés sur le terrain, alliée à la forte voix du Maire de Saint-Denis, porte-parole de la révolte lycéenne incitant au passage à la violence, ont fait flamber les lycées de banlieue, vite rejoints par les enfants de bourgeois des lycées du centre des métropoles -privilégiés mais solidaires… Il est vrai que la déréliction de l’enseignement secondaire général et professionnel de banlieue, dont les lycées peinent à recruter des professeurs fautes de volontaires, ajouté au spectre de Parcoursup, qui affecte tous les bacheliers, y compris les plus médiocres, dans des établissements parfois repoussoirs, créent un terreau favorable à la contestation. Au total, un lycée sur 5 ou 6 a été bloqué, mais la révolte a pris, à grands recours de poubelles et de matériaux urbains entassés pour bloquer l’entrée des établissements. Pendant trois semaines, la Sorbonne a été fermée sans qu’on sache vraiment si les étudiants le voulaient…
Aussi, quand le 17 octobre est arrivé, LFI et ses proxys tenaient déjà fermement la rue. L’arrivée à leur côté des syndicats d’une part, et des gilets jaunes de l’autre, a créé un maelstrom propice à toutes les infiltrations. Les black-blocks venus de France et d’Europe du Nord, en une sorte de tourisme de dévastation, sont venus pour saccager les symboles du capitalisme. Les anarchistes et les nervis de l’ultragauche sont venus casser des symboles de la République, comme à Limoges. Et les jeunes de banlieues, dont une part non-négligeable de précaires étrangers, sont venus faire leur marché et participer à la grande kermesse collective. Les consignes de modération données à la police, la faiblesse des juges et l’absence de places de prison étaient favorables. Cette convergence des luttes a laissé les gilets jaunes les mains vides, discrédités par l’extrême-gauche des métropoles en campagne électorale. Un remake de l’hiver 2019, avec en prime le pillage de 3000 magasins. Ces violences sont devenues si récurrentes en France depuis quelques années que de plus en plus de pays étrangers nous plaignent où nous méprisent. A regarder la gourmandise des commentaires sur les chaînes islamistes ou en Algérie, cette Intifada française a des goûts de revanche. Algérie Patriotique évoque des « opérations de représailles » et la « loi du Talion » pour la colonisation. La question d’interdire les prochaines finales du PSG se pose si cela doit encore dévaster une seule fois la capitale. Au Qatar de calmer ses aficionados s’il le veut. Que Paris soit épargnée comme les rutilants palaces parisiens qui appartiennent souvent aux fortunes du Golfe.
Les attaques contre des mairies, des préfectures et les forces de l’ordre ont particulièrement marqué cette journée. Que révèle selon vous cette hostilité envers les institutions ? Est-ce avant tout une crise de l’autorité de l’État, une rupture de confiance avec les dirigeants ou quelque chose de plus profond dans le rapport des Français à la République ?
La crise d’autorité de l’État ne fait aucun doute. Rappelons-nous la manière dont les autorités ont nettoyé Paris et sa proche banlieue pour faire place nette pour les JO. Le résultat a été unanimement loué. Quand on veut on peut. Mais pour les temps ordinaires, une immense fatigue parcourt la société française et ses dirigeants. C’est ce qui a rendu possible le 17 octobre 2026, après tant d’autres journées de pillages ou d’émeutes quasi-insurrectionnelles ces dernières années. Assumer la force et exercer le pouvoir n’est pas une sinécure. Les juges peinent à condamner les émeutiers et l’individualisation absolue des peines ne facilite pas leur tâche. Les prisons sont pleines. Le président de la République semble tétanisé envers les banlieues : a-t-il peur d’une insurrection ? Ou est-il culpabilisé par l’idée qu’il se fait de notre histoire coloniale ? Ou bien est-il lui-même imprégné de « décolonialisme », cette idéologie qui imagine que loin de s’être arrêtée en 1962 en Algérie, l’idéologie coloniale régit encore nos rapports sociaux ? Le syndrome Malik Oussekine conduit nos dirigeants à préférer la casse de masse à l’exercice du pouvoir, réputé dangereux.
Dans ce contexte, black-blocks et milieux anarcho-révolutionnaires ultra-minoritaires, bien connus des services de police au demeurant, ont un boulevard pour agir. Leur haine de la démocratie libérale, du capitalisme, de l’État bourgeois, de la démocratie et de ses institutions, trouvent donc à s’exprimer dans l’espace public. Il faut être là au bon moment pour s’introduire dans la mairie de Limoges et y mettre le feu avec grand soin. Nul doute que le traitement serait le même à l’Élysée si une dernière barrière de policiers -comme en 2008- n’en avait empêché l’accès. Mais ne nous trompons pas, si les Français en veulent à leurs politiques pour leur incurie, ils réclament en majorité davantage de protection et ils aimeraient que les institutions travaillent à résoudre leurs problèmes et leurs angoisses. Loin d’eux la volonté d’abattre un régime dont ils attendent beaucoup… La confiance déçue ou trahie n’est pas une marque de rejet.
Le gouvernement met en cause des groupes d’ultragauche, tandis que d’autres observateurs insistent sur les frustrations sociales et la dégradation des conditions de vie. Quelle lecture faites-vous de ces violences et des responsabilités politiques qui peuvent les entourer ? Les mouvements radicaux exploitent-ils une colère populaire préexistante ou contribuent-ils eux-mêmes à l’entretenir ?
L’ultragauche est présente dans les actions les plus violentes (black-blocks contre forces de l’ordre) et les plus symboliques (attaques de banques ou de lieux publics). A côté de cela, il y a évidemment des frustrations sociales qui s’expriment, et c’est d’ailleurs grâce à elles et au milieu d’elles que l’ultragauche agit. Quant à la violence de masse contre les commerces, qui est une violence d’appropriation, nihiliste ou purement destructrice, elle est conduite par le lumpenprolétariat de la révolution selon sa tradition, elle n’est pas la tasse de thé des politiques. Elle discrédite en effet l’action collective aux yeux du peuple, et transforme des émeutes politiques quasi-insurrectionnelles en pillages à visées criminelles. Les casseurs de banlieues, et les groupes de très jeunes ouvriers, chômeurs, inactifs ou désœuvrés, ne rendent pas service à l’agenda révolutionnaire, même s’ils peuvent créer des diversions et faire nombre. Il ne faut donc pas se tromper face à la surimposition des forces et des objectifs des protagonistes, et toute tentative de généralisation semble vaine. Ce n’est pas le problème du juge qui réprime les crimes et les infractions, ni celui du policier qui combat le désordre, mais l’observateur doit tenter de comprendre les diverses forces en présence et les logiques à l’œuvre. En l’espèce, il semble qu’il s’agisse moins d’une convergence (politique) des luttes, qu’une d’une mise en commun de la manifestation puis de l’émeute pour satisfaire des objectifs différents. On a vu des drapeaux étrangers, essentiellement palestiniens et algériens, chacun ayant ses propres références et combats (Gaza versus le 17 octobre 1961). On a entendu des slogans ou vu des agitateurs islamistes dans les cortèges, mais ces compagnons de route ont leurs propres agendas… On notera que le saccage des magasins des « kouffars » (« hérétiques » pour l’islam – y compris ce pauvre gérant de supérette d’origine musulmane qui vend de l’alcool) épargne les magasins hallal comme Masterpoulet à Paris : un seul a-t-il été pillé sur les 3000, comme un Quick hallal versus le ou les Macdo dévastés ?
Après les émeutes de 2005 et de 2023, le mouvement des Gilets jaunes et désormais les violences du 17 octobre, la France semble régulièrement confrontée à des épisodes de contestation particulièrement intenses. Peut-on identifier un fil conducteur entre ces crises pourtant différentes ? Qu’ont-elles changé dans notre société et dans notre rapport à l’autorité ?
C’est certain qu’il y a un continuum dans les pratiques et dans les violences. De 1981 à 2005, les émeutes urbaines se cantonnaient aux banlieues des très grandes villes. Depuis 2006, on assiste à une généralisation aux quartiers dits de la politique de la ville (pour dire que c’est « une non ville » selon la tradition urbaine française), et à des intrusions de plus en plus fréquentes dans les centres des métropoles (Paris), voire de villes petites et moyennes (Montargis en 2024). La France est un des seuls pays au monde où l’on brûle depuis plusieurs décennies des écoles, des lycées, des gymnases et des médiathèques. Elle est l’un des seuls pays où des fêtes nationales comme le Nouvel An, le 14 juillet ou Halloween-Toussaint se transforment en nuits blanches dans certaines banlieues, où des milliers de voitures partent en fumée. Elle est l’un des seuls pays où les victoires d’équipes nationales de football et même des matchs étrangers se transforment en émeutes quasi-insurrectionnelles, notamment à l’encontre de supporters étrangers (des milliers d’Anglais de Liverpool et d’Espagnols supporters du Réal ne reviendront jamais en France de leur vie après la nuit de terreur qu’ils ont vécue à Saint-Denis le 28 mai 2022). Enfin, la France est le seul pays au monde où de manière continue et crescendo, depuis l’été 2009, les forces de l’ordre doivent affronter des manifestants agressifs munis de mortiers d’artifices, qui tirent à jets continus pour maintenir les policiers éloignés en respect, lors des émeutes, lesquels mortiers sont importés de manière frauduleuse par camions et containers entiers à cette fin.
Le principal fil conducteur de ces émeutes, qui n’ont rien à voir avec les souffrance de la France périphériques (et donc la crise des gilets jaunes) ni les revendications des fonctionnaires et des syndicats de la classe moyenne, c’est une hostilité enkystée envers les forces de l’ordre et les représentants de l’État (même les pompiers et les médecins), perçus comme des éléments hostiles ou étrangers à la vie des quartiers que divers groupes veulent sanctuariser et isoler du reste de la société (dealers et gros trafiquants, islamistes, groupes criminels divers, entrepreneurs illégaux etc.). Il s’ensuit une dégradation considérable du respect dû aux autorités, aux lois et aux corps constitués, et une accoutumance à des formes de rébellion et d’hostilité qui détruisent la confiance sociale, la paix civile et la possibilité même de faire société et de vivre ensemble. Même si ces acteurs sont minoritaires, l’influence de leurs actes est délétère, d’autant plus que ces « quartiers » accueillent souvent les étrangers arrivant en France. Pour ces derniers, la France apparaît d’emblée comme une terre de non-droit, ou plutôt de doit du plus violent. Tout repose donc sur l’autorité et le courage du maire, raison pour laquelle des élus sont de plus en plus pris pour cibles…
Dans votre livre, vous décrivez une France fragilisée par la désindustrialisation, l’endettement, les fractures territoriales et l’affaiblissement des références culturelles communes. Parmi ces transformations, lesquelles vous paraissent les plus déterminantes pour comprendre la situation actuelle ? Comment en sommes-nous arrivés à ce que vous appelez le « grand dérèglement » ?
Le grand dérèglement, c’est une forme de déconstruction lente mais globale qui frappe la France par rapport aux années soixante ou soixante-dix. La France était alors un des pays les plus dynamiques au monde, sans dettes, avec un niveau de vie égal à celui des États-Unis, des industries à la pointe dans tous les secteurs, une agriculture exportatrice qui nourrissait l’Europe, et une vie culturelle respectée et suivie dans le monde entier. Tout cela a pris fin en quelques décennies, ce qui attise crise et rancœurs sociales. Je renvoie les lecteurs à mon livre pour comprendre le mikado français et la manière dont il s’est déréglé, car la chose est complexe et que tout se tient. Je retiendrai ici trois symptômes majeurs qui me paraissent structurants : la métropolisation, la crise de l’école et la fin de l’économie de production.
La première a séparé les classes sociales et les activités, en regroupant dans les métropoles les fonctions tertiaires, la bourgeoisie et les cadres, mais aussi les immigrés récents, pour partie à leur service. Ce fut l’occasion d’abandonner la France périphérique à son sort, en compensant la déprise industrielle, agricole et administrative par des allocations et des pensions de toutes natures. La crise de l’école aggrave cette situation, car l’école à deux vitesses accompagne le mouvement de la métropolisation. Les écoles refuges du centre des grandes villes permettent aux enfants de la bourgeoisie de traverser sans trop de dégâts la désagrégation progressive de la méritocratie scolaire, tandis que les écoles de la périphérie (rurale, des petites villes et des banlieues) subissent de plein fouet l’effondrement des exigences culturelles et scolaires. Les conséquences sont immenses dans une société qui repose de plus en plus sur le travail intellectuel… Car le troisième, c’est justement l’abandon de la société de production : la France a perdu des millions d’emplois de production, pour devenir une économie tertiaire de l’intelligence… Encore aurait-il fallu maintenir l’école à son haut niveau, et garder le contrôle sur les secteurs productifs stratégiques. Ce ne fut pas le cas : nous avons bradé l’industrie électronique, l’acier, l’aluminium, l’automobile, le médicament, la pêche, les ressources minérales, désormais l’agriculture etc., et nous pensions rester en tête du fait de notre intelligence. Mais les Chinois et les Américains nous ont dépassé, et les Allemands, et même les Italiens, ont sauvé leur secteur productif. Outre l’armement, il nous reste des banques, de grands distributeurs (des produits des autres), du luxe, le tourisme, et une montagne de dettes.
Vous accordez une place importante à la responsabilité des élites et à la rupture entre les dirigeants et une partie de la population. Les événements du 17 octobre illustrent-ils selon vous l’échec d’un modèle de gouvernement ? Comment expliquer que les différents pouvoirs qui se sont succédé aient eu autant de difficultés à répondre aux fractures que vous décrivez ?
Les élites ont en effet une grande responsabilité puisqu’elles dirigent et décident. Les Français n’ont jamais voté en faveur de la dette, de la désindustrialisation, de la désagrégation des services publics, de l’immigration de masse ou même de la construction européenne, ou seulement une fois. Or quand ils ont dit non en 2004, leur vote a été bafoué. Les élites dirigeantes ont fait ce qu’elles voulaient et le résultat n’est pas probant. Les crises dont on vient de parler démontrent année après année que le peuple est mécontent. Mais c’est là que l’on se heurte à un problème psychologique, et à une impasse très française.
Le problème psychologique tient au fait que les élites technocratiques françaises, qui sont de haut niveau et ont une très haute idée d’elles-mêmes, ne veulent pas se déjuger. Ayant remodelé la France, créé l’Union européenne et l’Euro, inventé l’OMC et libéralisé la France, elles s’entêtent en dépit de la dégringolade française à penser qu’elles ont raison envers et contre tout. Pas question de bouger et encore moins de reculer. Et cette position de principe nous ramène à l’histoire de France. Depuis la fin de l’Ancien régime, nos dirigeants refusent le compromis, la négociation et la révision stratégique pour sauver leur régime. Nous le payons très cher à chaque fois après une longue crise sans solution. Prenons deux exemples. Le refus de la noblesse et du clergé de payer l’impôt en 1789 : il a abattu la monarchie. Le refus de l’état-major français de s’adapter à la guerre technologique : il a perdu la France en mai-juin 1940. Moins d’un an avant, Paul Reynaud ne déclarait-il pas, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » ! Nous en sommes là, à la veille d’une terrible crise financière et économique. Or nos dirigeants refusent de diminuer la dépense publique…
Enfin, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la France paraît traversée par une défiance profonde et des tensions croissantes. Est-il encore possible de restaurer une véritable cohésion nationale ? Quelles seraient, selon vous, les priorités pour sortir de ce « grand dérèglement » et éviter que les crises sociales et politiques ne s’aggravent davantage ?
Il y a actuellement deux terribles crises en cours, la crise sécuritaire et la crise financière, qui risquent de tout emporter si elles ne sont pas contenues. La première est celle de l’autorité de l’État, nous en avons parlé. La seconde est celle de la dette, et personne ne bouge. Il va pourtant falloir dans les deux cas stopper l’incendie. Mais ces crises en cachent deux autres qui sont à certains égards plus profondes et plus systémiques pour l’avenir : en premier la crise de la natalité, qui, si elle se poursuit, compromet l’ensemble de notre État providence (pour parler clair, la sécurité sociale) et obère tout avenir. Si les jeunes Français ne sont pas incités et encouragés matériellement à faire plus d’enfants, notre société et notre modèle en crise sont condamnés. Le pari ancien de nos dirigeants de substituer des immigrés aux jeunes Français non-nés nous place dans une situation extrêmement délicate, comme nous le mesurons désormais, et les Français sont désormais ralliés à cette position. Mais quand bien même ce serait le cas, il faut réformer urgemment l’école, c’est le second point. Notre classement Pisa s’est effondré, et nous sommes passés en 30 ans de la première place en sciences à la dernière ou presque. Il n’y aura aucun progrès technique ni reconstruction économique dans ces conditions. La course de vitesse est donc engagée, et c’est sur tous les fronts à la fois. Le défi est immense, mais il y a de quoi enthousiasmer deux générations pour retrouver notre rang et des rêves.
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