Le Grand Entretien avec Alain Bauer – La Vérité sur le système Epstein : Quand un réseau criminel mondial défie l’ordre géopolitique

Le Grand Entretien avec Alain Bauer – La Vérité sur le système Epstein : Quand un réseau criminel mondial défie l’ordre géopolitique

lediplomate.media — imprimé le 27/06/2026
Entretien avec Alain Bauer
Réalisation Le Lab Le Diplo

Publié le 4 juin 2026 aux éditions First, La Vérité sur le système Epstein, Paris, Londres, New York… le réseau criminel mondial qu’ils ont voulu cacher est le fruit de vingt ans d’enquête criminologique rigoureuse. Alain Bauer y démontre que Jeffrey Epstein n’était pas seulement un prédateur récidiviste, mais l’architecte d’un dispositif mondial d’exploitation sexuelle, d’espionnage, de chantage et de trafic d’influence, un outil de renseignement parallèle protégé par les élites qu’il compromettait. 

Banquiers, avocats, scientifiques, politiciens, procureurs, tous ont, à des degrés divers, contribué à l’impunité d’un système que la mort suspecte de son organisateur en août 2019 n’a pas entièrement démantelé. Le livre explore aussi le volet français de l’affaire, révélant des mécanismes comparables de protection des puissants. Dans la continuité de ses deux précédents entretiens accordés au Diplomate, sur le pouvoir des mots chez Trump et sur la revanche impériale de la Chine, Alain Bauer, professeur émérite de criminologie au CNAM, conseiller de plusieurs gouvernements et Senior Research Fellow au John Jay College of Criminal Justice de New York, revient sur les ressorts d’un scandale qui dépasse l’individu pour toucher aux fondements du pouvoir mondial.

Le Diplomate : Vous avez consacré des années d’enquête à cette affaire. En quoi votre lecture criminologique du « système Epstein » diffère-t-elle fondamentalement des récits médiatiques qui ont saturé l’espace public depuis la mort du financier en août 2019 

Alain Bauer : Elle les complète. Les récits portent sur des éléments de vie ou de très importants entretiens avec des victimes. Mais beaucoup datent d’avant la diffusion de millions de documents (dont certains ouvrent sur d’autres milliers de lignes de virement bancaires par exemple) en janvier 2026. Mon livre est la première synthèse, vérifiée et revérifiée le mieux possible en état des découvertes presque quotidiennes, qui dépasse des « affaires » ou des évènements pour autopsier un système. Et même un système de systèmes. Mon livre se veut le décodeur du système Epstein.

À lire aussi : RENSEIGNEMENT – France, tournant dans les services : Alain Bauer évincé, un ancien du MI6 entre en scène. Le CNAM réforme son “intelligence académique”

Vous démontrez qu’Epstein a construit un outil de renseignement et de chantage d’une efficacité redoutable. Dans quelle mesure ce dispositif s’apparentait-il, dans sa logique opérationnelle, aux méthodes des services secrets d’État ? Et des États ou des agences ont-ils, selon vous, sciemment utilisé ce réseau à leurs propres fins ?

Tout dispositif associant le « Kompromat » et l’usage du sexe ou de l’argent comme incitatif à la trahison ou rendant vulnérable au chantage utilise les mêmes ressorts. Mais c’est plus rare lorsqu’un opérateur privé, agissant pour ses propres intérêts, lui-même prédateur sexuel, père-maquereau pédocriminel, maître chanteur, escroc et voleur, agent de renseignement multiservices, rassemble toutes ses « compétences » pour établir un outil lui assurant pouvoir et richesse.

Paris, Londres, New York : votre livre explore la dimension résolument transnationale du réseau. Quels sont les mécanismes institutionnels, judiciaires, politiques et financiers qui ont permis à ce système de traverser les frontières et de neutraliser les tentatives de mise en cause dans chacun de ces trois pays ?

Dans la plupart des cas il n’y a pas eu de tentatives réelles visant à neutraliser Jeffrey Epstein. Les institutions ont en général ignoré, minimisé ou caché les faits. Ce sont les journalistes (et surtout Julie Brown du Mïami Herald) qui ont déclenché en 2018 une affaire datant déjà de 1996 pour le premiers faits connus. Peu d’éléments étaient connus hors des États Unis et les services judiciaires de Floride ont largement contenu les éléments avant les révélations du journal de Miami.

Vous consacrez un volet spécifique à la filière française. Sans dévoiler l’intégralité de vos révélations, pouvez-vous nous dire en quoi les mécanismes de protection des élites que vous identifiez en France présentent des spécificités nationales, ou si l’on retrouve au contraire les mêmes logiques systémiques qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni ?

Le même mécanisme, décrit et décortiqué dans mon livre, permet de constater qu’il s’est reproduit en Angleterre et en France avec la complicité d’un dirigeant d’agence de mannequins déjà mis en cause en 1999 par des émissions de télévision américaines et anglaises et remis sur pied financièrement grâce à Jeffrey Epstein. En 2019, Jean Luc Brunet est interpellé par la police française mais se suicide en prison. Il faudra attendre 2026 et les révélations imposées par le congrès américains pour que plusieurs enquêtes puissent être ouvertes en France. Une dizaine de plaintes ont été enregistrées depuis le début 2026 et des informations fournissent de nouveaux noms et indiquent la ferme volonté de Jeffrey Epstein d’acheter des châteaux en France.

Les services de renseignement comme la CIA, le Mossad ou le MI6, ont été régulièrement cités dans les spéculations entourant l’affaire Epstein. En criminologue rigoureux, que distinguez-vous entre les faits établis, les hypothèses documentées et les théories conspirationnistes qui parasitent encore la compréhension de ce dossier ?

Mon livre fait le point des faits vérifiés, des faits vraisemblables mais non prouvés, des impossibilités et des inventions. Le vrai sujet dans ce dossier réside dans la capacité des conspirationnistes (au sens de conspiracy prévu par le code pénal américain pour lutter contre le crime organisé) à manipuler les complotistes pour, à partir de petits éléments de cette affaire, la rendre incroyable aux yeux des institutions et l’opinion.

La mort d’Epstein en détention fédérale en août 2019 reste officiellement classée comme un suicide, mais elle est contestée par de nombreux experts légistes. Vingt ans après les premières alertes sur ses agissements, et sept ans après sa mort, où en est réellement la justice, américaine, britannique et française dans le démantèlement de ce réseau ?

Les identifications se poursuivent (mon livre fournit des schémas les plus complets possibles) mais toute mention d’un nom ne vaut ni complicité ni culpabilité. Il y a de tout : simples contacts, corrompus, complices, … Mais on est très loin d’avoir démantelé un système de systèmes aussi complexe et aussi enraciné.

À lire aussi : EXCLUSIF – « Chine, la revanche de l’empire » : Pékin à l’assaut du XXIe siècle – Le grand entretien avec Alain Bauer


#AlainBauer, #JeffreyEpstein, #SystemeEpstein, #AffaireEpstein, #ReseauEpstein, #EpsteinFiles, #EnqueteEpstein, #Criminologie, #CrimeOrganise, #ReseauCriminel, #CriminaliteTransnationale, #Geopolitique, #PouvoirMondial, #EliteMondiale, #TraficInfluence, #Chantage, #Kompromat, #Espionnage, #Renseignement, #ServicesSecrets, #Justice, #Impunite, #Corruption, #ProtectionDesElites, #ScandalePolitique, #ScandaleInternational, #EnqueteCriminelle, #DocumentsEpstein, #RevelationsEpstein, #GhislaineMaxwell, #JeanLucBrunel, #Paris, #Londres, #NewYork, #AlainBauerEpstein, #LivreEnquete, #GrandEntretien, #LeDiplomate, #AnalyseGeopolitique, #PouvoirEtInfluence

Avatar photo

Le Diplomate

▼ Lire la biographie complète
Retour en haut