ANALYSE – Inde-Chine : Derrière les sourires du sommet des BRICS, le retour d’un équilibre stratégique

ANALYSE – Inde-Chine : Derrière les sourires du sommet des BRICS, le retour d’un équilibre stratégique

lediplomate.media — imprimé le 14/09/2026
Narendra Modi a accueilli à New Delhi Xi Jinping
Capture d écran

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Le 12 septembre 2026, Narendra Modi a accueilli à New Delhi Xi Jinping, arrivé en Inde pour participer au 18ᵉ sommet des BRICS. Première visite du président chinois en Inde depuis octobre 2019, cette rencontre intervient six ans après l’affrontement meurtrier de Galwan et près de deux ans après l’accord de désengagement d’octobre 2024. Elle marque une nouvelle étape dans le rapprochement prudent entre les deux géants asiatiques.

La photographie de Narendra Modi accueillant Xi Jinping à New Delhi, le 12 septembre 2026, a une portée qui dépasse largement le cérémonial diplomatique. Pour la première fois depuis près de sept ans, le président chinois effectue une visite officielle en Inde. Le sommet des BRICS, organisé les 12 et 13 septembre 2026, fournit ainsi aux deux dirigeants l’occasion de renouer un dialogue au plus haut niveau.

Il serait pourtant excessif de parler de réconciliation. Ce qui se dessine entre New Delhi et Pékin ressemble davantage à un modus vivendi entre deux puissances rivales, qui ont compris qu’une confrontation permanente serait contraire à leurs intérêts.

Six ans après Galwan, la frontière reste le cœur du problème

Pour comprendre la prudence actuelle, il faut revenir au 15 juin 2020.

Ce jour-là, dans la vallée de Galwan, au Ladakh, un affrontement particulièrement violent oppose les forces indiennes et chinoises. Vingt soldats indiens et quatre soldats chinois sont tués, selon les chiffres officiellement communiqués par les deux pays. Cet épisode constitue le plus grave affrontement sino-indien depuis plusieurs décennies et provoque une dégradation brutale de la relation bilatérale.

À partir de 2020, les deux armées renforcent considérablement leur présence le long de la Ligne de contrôle effectif, cette frontière de fait de quelque 3 500 kilomètres, dont plusieurs secteurs restent contestés.

Pendant plusieurs années, les négociations militaires et diplomatiques progressent difficilement.

Un premier tournant intervient le 21 octobre 2024, avec un accord destiné à permettre une désescalade sur certains secteurs de la frontière. Cet accord ouvre la voie à une reprise progressive du dialogue politique entre Narendra Modi et Xi Jinping.

Les deux dirigeants se retrouvent ensuite à Tianjin, en Chine, en août 2025, avant leur nouvelle rencontre de New Delhi le 12 septembre 2026.

La chronologie est révélatrice : le rapprochement actuel n’est pas le résultat d’un changement soudain d’attitude, mais l’aboutissement de près de deux années de désescalade progressive.

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Le 12 septembre 2026, Modi et Xi choisissent de contenir leur rivalité

Lors de leur entretien du 12 septembre 2026, Narendra Modi et Xi Jinping ont réaffirmé la nécessité de préserver la paix et la tranquillité le long de leur frontière.

Les autorités indiennes ont notamment insisté sur le fait que les divergences entre les deux pays ne devaient pas dégénérer en conflit et que la question frontalière devait être traitée de manière constructive.

Le message chinois est comparable sur le fond : Pékin affirme vouloir maintenir le dialogue avec New Delhi et éviter que les différends territoriaux ne compromettent l’ensemble de la relation bilatérale.

La nuance est importante.

L’Inde ne considère pas la question frontalière comme un simple dossier parmi d’autres. Pour New Delhi, la normalisation politique et économique suppose que les tensions militaires demeurent sous contrôle.

Pékin semble, de son côté, privilégier une logique de compartimentation : le différend frontalier doit être géré sans empêcher la reprise des échanges économiques, diplomatiques et humains.

Ce désaccord de méthode n’empêche cependant plus les deux capitales de rechercher une stabilisation.

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Un rapprochement imposé aussi par les réalités économiques

L’économie constitue l’autre grande raison du rapprochement.

L’Inde souhaite réduire sa dépendance industrielle à l’égard de la Chine et développer ses propres capacités de production. Mais cette stratégie se heurte à une réalité : la Chine demeure un partenaire commercial incontournable.

En 2025, les échanges commerciaux sino-indiens ont atteint environ 155,6 milliards de dollars, selon les données citées par Reuters. Le problème pour New Delhi est le déséquilibre considérable de cette relation : les importations indiennes en provenance de Chine dépassent très largement les exportations indiennes vers le marché chinois.

L’Inde cherche donc simultanément à diversifier ses chaînes d’approvisionnement et à préserver ses échanges avec Pékin.

Cette contradiction est au cœur de la politique de Narendra Modi.

Il ne s’agit pas de choisir entre confrontation et dépendance, mais de réduire la vulnérabilité indienne tout en conservant les bénéfices du commerce avec la Chine.

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Les BRICS : coopération contre compétition

Le choix de New Delhi pour le sommet des BRICS n’est évidemment pas neutre.

Le sommet des 12 et 13 septembre 2026 réunit les principales puissances émergentes et constitue une vitrine du poids croissant du « Sud global ».

Le groupe, initialement constitué du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, s’est considérablement élargi. Il compte désormais onze membres.

Cette évolution est particulièrement importante pour Pékin et New Delhi.

La Chine souhaite faire des BRICS un instrument majeur de coopération économique et politique entre puissances non occidentales. Xi Jinping défend notamment le renforcement des échanges, des investissements, des infrastructures et de la coopération technologique entre les membres.

L’Inde partage une partie de cette ambition, mais elle refuse une domination chinoise du groupe.

C’est ici que se trouve l’une des grandes contradictions des BRICS : l’Inde et la Chine peuvent coopérer pour contester certains équilibres de l’ordre international tout en se livrant à une compétition féroce pour le leadership du monde émergent.

New Delhi ne souhaite pas remplacer une dépendance à l’égard des puissances occidentales par une dépendance à l’égard de Pékin.

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L’Inde refuse de choisir son camp

C’est probablement la principale leçon du rapprochement actuel.

Depuis plusieurs années, Washington cherche à renforcer son partenariat stratégique avec New Delhi. L’Inde participe notamment au Quad, aux côtés des États-Unis, du Japon et de l’Australie, et partage avec ces pays certaines inquiétudes concernant l’expansion de la puissance chinoise en Asie.

Mais cela ne fait pas de l’Inde un allié américain au sens classique du terme.

New Delhi conserve ses relations historiques avec Moscou, participe activement aux BRICS et poursuit simultanément un dialogue avec Pékin.

Cette politique porte un nom : l’autonomie stratégique.

Elle signifie que l’Inde entend pouvoir coopérer avec plusieurs puissances sans se placer sous la tutelle d’aucune.

La rencontre Modi-Xi du 12 septembre 2026 doit donc être interprétée dans ce cadre. Elle ne signifie pas que l’Inde abandonne son rapprochement avec les États-Unis. Elle montre au contraire que New Delhi entend conserver suffisamment de marge de manœuvre pour dialoguer directement avec son principal rival asiatique.

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Ni alliance, ni réconciliation

Il faut donc résister à deux interprétations excessives.

La première consisterait à considérer que l’Inde et la Chine sont de nouveau proches. Rien ne permet de l’affirmer. Les contentieux territoriaux demeurent, le déficit commercial indien reste considérable et la compétition stratégique entre les deux pays est profonde.

La seconde serait de considérer que les tensions de 2020 ont définitivement condamné la relation bilatérale. Là encore, les faits disent le contraire.

Depuis l’accord du 21 octobre 2024, puis la rencontre de Tianjin en août 2025, New Delhi et Pékin ont progressivement rétabli certains canaux de dialogue. La visite de Xi Jinping à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026 confirme cette évolution.

Il ne s’agit donc ni d’une alliance, ni d’une véritable réconciliation.

Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus pragmatique : l’organisation d’une coexistence entre deux puissances qui savent qu’elles resteront rivales pendant encore longtemps.

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La leçon pour l’Occident

Cette évolution devrait être attentivement observée à Washington, mais aussi dans les capitales européennes.

Une partie de la stratégie occidentale envers l’Inde repose sur l’idée que la rivalité sino-indienne poussera mécaniquement New Delhi dans les bras des États-Unis et de leurs alliés.

C’est une lecture trop simple.

L’Inde peut simultanément renforcer ses liens avec Washington, conserver des relations avec Moscou, participer aux BRICS et renouer avec Pékin.

New Delhi ne cherche pas à choisir entre les blocs : elle cherche à devenir suffisamment puissante pour ne pas avoir à choisir.

La rencontre de Narendra Modi et Xi Jinping, le 12 septembre 2026, est précisément révélatrice de cette nouvelle réalité.

Les deux dirigeants ne mettent pas fin à leur rivalité. Ils cherchent à empêcher cette rivalité de devenir une guerre.

Pour la Chine, il s’agit d’éviter l’ouverture d’un nouveau front stratégique alors que sa compétition avec les États-Unis demeure centrale. Pour l’Inde, il s’agit de poursuivre son ascension économique et son affirmation internationale sans être enfermée dans une confrontation permanente avec Pékin.

Le véritable message du sommet des BRICS de New Delhi est donc moins le rapprochement entre l’Inde et la Chine que l’affirmation d’un monde dans lequel les puissances émergentes entendent désormais définir elles-mêmes leurs alliances, leurs intérêts et leurs équilibres.

Et l’Inde de Narendra Modi entend manifestement être au cœur de ce nouvel équilibre.

Sources

  1. Le Monde, Carole Dieterich, « Le sommet des BRICS acte une nouvelle étape dans le dégel prudent des relations entre l’Inde et la Chine », 13 septembre 2026.
  2. Reuters, Sakshi Dayal, Shilpa Jamkhandikar et Liz Lee, « India’s Modi and China’s Xi push business links, border peace as ties revive », 12 septembre 2026. L’article documente notamment la rencontre Modi-Xi, la reprise des liens économiques et le règlement de la question frontalière.
  3. Ministère chinois des Affaires étrangères, « President Xi Jinping Meets with Prime Minister Narendra Modi of India », 12 septembre 2026. Compte rendu officiel de l’entretien entre Xi Jinping et Narendra Modi.
  4. Reuters, « Factbox – India-China relations, from conflict to cautious thaw », 12 septembre 2026. Chronologie des relations sino-indiennes depuis l’affrontement de Galwan en juin 2020, le désengagement d’octobre 2024 et la reprise progressive des relations.
  5. Associated Press, « India’s Modi and China’s Xi seek to reset ties on BRICS sidelines », 12 septembre 2026. Éléments sur la rencontre de New Delhi, le contentieux frontalier et le bilan humain de l’affrontement de 2020.
  6. Chatham House, « The India–China reset will continue at the BRICS summit », septembre 2026. Analyse de la politique d’autonomie stratégique de l’Inde et du rapprochement prudent avec Pékin.
  7. Reuters, « The evolution of BRICS and its challenges today », 12 septembre 2026. Éléments sur l’évolution du groupe BRICS, son élargissement et ses ambitions dans l’ordre international.
  8. Reuters, « Xi pushes ‘Greater BRICS’ economic ties to give bloc larger global role », 13 septembre 2026. Éléments sur les propositions chinoises concernant la coopération économique, technologique et industrielle au sein des BRICS

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Olivier d'Auzon

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

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