TRIBUNE – Un remake de Munich à Versailles ? 

TRIBUNE – Un remake de Munich à Versailles ? 

lediplomate.media — imprimé le 19/06/2026
Capture d’écran

Par Jean Daspry, Pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

La divine surprise ou la divine comédie ?

« J’adore les surprises et quand on ne m’en fait pas, je les provoque pour me les faire moi-même » (Pierre Dac). N’est-ce pas le cas du 47ème Président des États-Unis, le jour de son quatre-vingtième anniversaire qu’il voulait absolument marquer d’une pierre blanche, d’un énième « deal » conduisant à la paix ? Ne voulait-il pas un accord à tout prix pour pouvoir crier victoire dans les allées du G7 à Évian les 16 et 17 juin 2026, voire à Versailles. Le monde retenait son souffle depuis des semaines. Enfin, l’heure de la délivrance arrive le dimanche 14 juin 2026 en fin de journée, à la surprise d’une majorité d’observateurs déboussolés par les foucades de l’homme à la crinière jaune. Les États-Unis et l’Iran annoncent la conclusion d’un protocole d’accord signé électroniquement qui fixe les principes de la cessation de la guerre entre les frères ennemis et dont les modalités concrètes devront être négociées dans les soixante jours. Obsédé par le temps court de la médiasphère, le monde occidental respire après la divine surprise du 14 juin tout en ne prenant pas suffisamment conscience que, dans le même temps, il s’enivre des parfums d’une paix introuvable.

Le monde occidental respire

Depuis le 14 juin 2026, le monde occidental respire à l’annonce de la conclusion d’une (esquisse de) paix entre Washington et Téhéran tout à fait bienvenue même si certains esprits chagrins ont le toupet d’y voir une paix en trompe-l’œil.

Une paix bienvenue : le devant de la scène médiatique

Ouf ! Nous sommes passés au bord du précipice. Oubliés les risques de crise économique, financière, énergétique, humaine, sociale, de privations de toutes sortes pour les plus démunis … Les marchés sont soulagés. Les dirigeants de la planète, en particulier ceux du G7, réunis aux bords du Lac Léman à Évian, se félicitent de ce résultat inattendu dans la moiteur du mois de juin 2026. Dans les capitales européennes, l’heure est à la joie de la paix retrouvée. Emmanuel Macron s’agite et sort de sa boîte à outils son gadget destiné à sécuriser la circulation dans le détroit d’Ormuz … que le Président américain refuse devant les caméras. Il envisage l’avenir du Moyen-Orient sereinement. Les dérangés que sont Donald Trump et Benjamin Netanyahou en sont pour leurs frais, eux qui n’ont pas cru opportun de suivre les conseils de prudence dispensés par les membres de l’Union européenne. En sa qualité de Président en exercice du G7, Jupiter pérore comme à son habitude sur les dividendes de la paix des braves conclus entre le Persan et le Ricain en dépit du cavalier seul de l’Israélien. Le peuple de France pousse un grand ouf de soulagement avec la baisse du prix de l’essence annoncée pour un proche avenir. Les Français vont pouvoir utiliser leur bagnole pour partir en vacances sans regarder leur porte-monnaie. Bienvenue dans le monde des bisounours, dans le monde de l’insouciance du temps de la coupe du monde de football aux States !

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Une paix en trompe (Trump)-l’œil ? : l’arrière des coulisses diplomatiques

Dans cette ambiance euphorique, certains esprits chagrins osent même prétendre, avec une mauvaise foi sans pareil, que ce premier pas vers un accord plus robuste serait totalement gagnant pour Téhéran et entièrement perdant pour Washington tant les Mollahs semblent ne rien avoir lâché sur les sujets délicats : nucléaire militaire, missiles balistiques, aide à leurs affidés remuants, ingérence dans les affaires libanaises sans parler de l’acquittement d’un droit de péage pour la circulation dans le détroit d’Ormuz. Qui plus est, ils réclament aux Américains, la prise en charge de la reconstruction de leur pays, omettant de mentionner les destructions occasionnées dans les États du Golfe. Mais, les plus optimistes leur clouent immédiatement le bec en leur rappelant que mieux vaut une mauvaise paix qu’une bonne guerre. Circulez, il n’y a rien à voir. La « pax americana » n’a pas de prix. De plus, elle serait porteuse d’une reconfiguration de la zone proche et moyen-orientale porteuse de stabilité et de sécurité dont on peine à imaginer la réalité. Laissons les persifleurs à leurs ratiocinations ! Embrassons-nous Folleville. La raison l’a finalement emporté pour le meilleur (la paix) et non pour le pire (la guerre). Après le temps honni du désespoir vient enfin le temps béni de l’espoir pour la région concernée mais aussi pour le reste du monde qui entrait, à l’insu de son plein gré, dans une zone de fortes turbulences.

Mais, à y regarder de plus près, la situation prête moins à l’optimisme qu’il n’y paraît tant la voie vers une paix robuste et durable est pavée de chausse-trappes. Tout va très bien Madame la Marquise mais à part ça un petit rien !

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Le monde occidental s’enivre

À Évian, alors que nos idiots utiles sourds et aveugles aux craquements du monde se gargarisent de bons mots après la tragi-comédie du 14 juin 2026, les bons esprits dressent un bilan plus que mitigé de la guerre de cent jours. Ne s’agit-il pas d’un bref répit avant une nouvelle déflagration ?

Un bilan plus que mitigé de la guerre de cent jours : la victoire iranienne

Un constat objectif s’impose à tout observateur objectif. Aucun des objectifs affichés par les États-Unis et Israël, au début de cette guerre le 28 février dernier, n’a été jusqu’à présent atteint. Même si les « élites » du gouvernement des mollahs, devenu celui des Gardiens de la révolution, ont été atteintes dès les premiers jours du conflit, les infrastructures souterraines iraniennes continueraient à produire des drones, des missiles et peut-être même à poursuivre des recherches nucléaires. On a certes, du mal à le croire, les autorités survivantes de la république islamique continuent à traiter d’égal à égal leurs agresseurs et à essayer de leur rendre coup pour coup jusqu’à la déclaration de cet « accord de paix » – ce « Super Deal » – qu’il faudra analyser de près avant de croire en une paix perpétuelle, au moins au Moyen-Orient. D’ailleurs, comment les Américains, les Européens ou bien l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pourraient-ils poursuivre des visites de vérification et de contrôle dans un pays aux infrastructures en partie détruites et dont plusieurs centres de recherche nucléaire souterrains resteraient encore hors d’atteinte de ces spécialistes ? De même, il sera impossible de déterminer avec précision si les autorités iraniennes ne seraient plus en mesure de continuer à fabriquer ou non des missiles balistiques. Quant au soutien des mouvements terroristes chiites du Moyen-Orient et d’ailleurs, ces derniers seront de nouveau en mesure de recevoir, sinon des armements ou des munitions de la part de la république islamique, du moins les sommes d’argent nécessaires à la poursuite de leurs actes néfastes. Donc, au terme de ces cent jours de guerre, le bilan reste incertain et il est probable que les hostilités reprennent, au moins de la part d’Israël, qui a accueilli avec beaucoup de tiédeur l’annonce de « l’accord de paix ». Nos grands experts autoproclamés ne sont pas à une contradiction près. Eux qui prônent le compromis à l’égard du régime odieux des mollahs pousse à l’emploi du rapport de force avec la Russie sur le dossier ukrainien ! Comprenne qui pourra …

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Un bref répit avant une nouvelle déflagration ? : la défaite de l’Occident

Cet « accord de paix » n’est en fait qu’un traité de pacotille à l’image des traités que signaient, lors de la « conquête de l’Ouest », les « tuniques bleues » de la nouvelle république américaine avec les tribus indiennes qu’elles allaient par la suite soumettre ou faire disparaître. Chacun y trouvera pourtant son compte… jusqu’à la reprise de la violence. Chacun continue d’avancer vers l’abîme avec une forme de lenteur solennelle, comme si la catastrophe devait suivre son cours jusqu’au bout. C’est exactement l’impression que donne aujourd’hui le monde occidental : les chancelleries temporisent, les diplomates « appellent à la retenue », les marchés s’emballent, les experts commentent, les télévisions spéculent sur les scénarios du futur. Pendant ce temps, un fait immense devient presque normal : ce sont les pyromanes qui dictent le rythme de l’incendie. L’Iran apparait comme le vainqueur incontestable de cette séquence en dépit des divisions au sein du pouvoir. Le régime est en position de force. L’Amérique est humiliée comme jamais elle ne l’a été. Le Premier ministre israélien est fragilisé par l’accord entre Washington et Téhéran à la négociation duquel il n’a pas été associé. En dépit de sa puissance militaire, Israël se trouve dans une impasse stratégique. Son alliance historique avec l’Amérique est mal en point. Otage de l’Iran, le Liban reste occupé par Tsahal. Abandonnés par les États-Unis, les Iraniens se retrouvent seuls face à la force brute du régime. Les États du Golfe doutent de la pertinence de l’assurance sécuritaire américaine. Quant aux pays membres de l’Union européenne qui déclaraient haut et fort que ce n’était pas leur guerre, ils découvrent, confus mais un peu tard, que c’est leur défaite. Le choc énergétique n’en est pas encore à sa fin.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

« Le privilège des grands, c’est de voir les catastrophes d’une terrasse » (Jean Giraudoux). L’Histoire nous apprend que les plus grandes catastrophes sont presque toujours précédées d’une même certitude : cela n’arrivera pas parce que cela ne doit pas arriver. Les dirigeants, obnubilés par leur approche court-termiste, ne s’aperçoivent pas que l’Histoire avance et pas toujours dans la bonne direction. Nombreuses sont les questions importantes qui restent sans réponses à ce jour ? Ne vivons-nous pas dans un monde irénique où les émotions l’emportent sur les contraintes de la géopolitique ? Ne vivons-nous pas dans un monde irénique où les dirigeants ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ? N’est-ce pas une paix empoisonnée permettant aux Iraniens de reculer pour mieux sauter ? A l’issue de la signature de l’accord américano-iranien (en langue persane) au château de Versailles le 17 juin 2026, Donald Trump ne ressemble-t-il pas de manière saisissante à Neville Chamberlain ou à Édouard Daladier – à l’issue de la Conférence de Münich du 30 septembre 1938 – qui pensaient avoir sauvegarder la paix en résolvant le conflit germano-tchèque ? Une sorte de remake de Münich de 1938 à Versailles en 2026 ?

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Jean Daspry

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