REPORTAGE – Érythrée : un État singulier dans la Corne d’Afrique

REPORTAGE – Érythrée : un État singulier dans la Corne d’Afrique

lediplomate.media — imprimé le 19/06/2026
Ville de Cheren (Photo auteur)

Par Vincent Sinacola

Asmara : Un voyage hors du temps, entre paradoxe architectural et isolement

Un voyage en Érythrée commence avec des épreuves de patience, des préjugés, et surtout un grand sentiment d’inconnu. Après une longue escale au Caire le dépaysement commence dès l’embarquement, plus aucun occidental, des locaux qui essaient de nous charger de leur valise car dépassant très largement la limite autorisée. Seul un petit groupe de chinois partage notre statut d’étrangers sur ce vol ; nous comprendrons la raison de leur présence un peu plus tard. L’immersion en Érythrée débute à trois heures du matin à l’aéroport d’Asmara où, sans grande surprise, notre avion est quasiment le seul présent sur le tarmac. Après une longue attente à l’aéroport pour l’obtention du visa à un coût de 125 dollars et un voyage d’une durée totale d’environ quinze heures, nous sommes finalement arrivés dans le pays.

Ce pays, stratégiquement ancré dans la Corne de l’Afrique, s’étend entre le Soudan, l’Éthiopie, Djibouti et la mer Rouge. Le pays peut sembler petit à première vue mais dispose d’une grande diversité d’espaces. Tandis que le littoral et le port millénaire de Massawa (dérivé du mot metsiwa en langue tigrinya, qui signifie « appel ») subissent une chaleur sahélienne étouffante et humide, les hauts plateaux proposent une tout autre atmosphère. Asmara est en effet postée à 2300 mètres d’altitude, ce qui lui confère un climat agréable tout au long de l’année. Climat si tempéré d’ailleurs que sont quasiment absents tout système de chauffage ou de climatisation.

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Cette capitale, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est le joyau d’un pays d’environ 3,6 millions d’habitant qui figure parmi les plus jeunes au monde, ayant arraché son indépendance en 1993 après trente ans d’une guerre d’usure contre l’Éthiopie, comme en témoigne les nombreuses reliques de véhicules blindés abandonnés dans le pays. Cette souveraineté récente et son important isolement diplomatique aujourd’hui lui a valu le surnom de « Corée du Nord de l’Afrique », une comparaison réductrice qui peine à rendre compte de la réalité du pays.

Les trois principales langues du pays sont le tigrinya, l’arabe et l’anglais. Le tigrinya est la langue maternelle d’environ la moitié de la population et s’écrit avec l’alphabet gue’ez, un système syllabique complexe comprenant plus de 200 caractères. Cette complexité et diversité linguistique a favorisé l’usage de l’anglais comme langue d’enseignement à partir du secondaire (non uniforme dans tout le pays). Il en résulte qu’une partie de la population d’Asmara maîtrise très bien l’anglais, parfois avec une aisance supérieure à celle observée dans certains pays européens. En ce qui concerne la religion, le

pays est composé d’environ 60% de chrétiens, avec une majorité de coptes orthodoxes, et de 60% de musulmans, sunnites.

Plusieurs choses frappent immédiatement le visiteur à Asmara : la première concerne l’héritage architectural italien, et aussi culturel dans une moindre mesure, le pays reste en effet profondément marqué par son passé de colonie italienne entre 1890 et 1947 avant de passer sous contrôle britannique. Cet héritage est omniprésent dans le paysage urbain d’Asmara, où l’on peut voir des bâtiments modernistes et rationalistes très typés années 1930. Les cafés maintenus dans le style d’époque avec leur nom comme le bar Zili, Bar Torino, Bar Roma et bien d’autres côtoient les vieux cinémas d’époques comme le Cinéma Impero ou le Cinéma Roma, des lieux encore très appréciés et fréquentés par les habitants.

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L’audace architecturale fasciste s’y exprime avec une force brute, notamment à travers l’ancienne Casa del Fascio, reconvertie aujourd’hui en ministère de l’Éducation, dont la structure en forme de « F » incarne le rationalisme italien et la dimension propagandiste du régime. Non loin, le Fiat Tagliero, emblématique station-service de l’époque coloniale italienne, est aujourd’hui classé monument historique et, comme tous les vieux bâtiments coloniaux de Asmara, dont l’état témoigne du passage du temps. Certaines enseignes comme Agip, devenues Tamoil, rappellent la permanence des structures italiennes. Un autre lieu intéressant est la bibliothèque nationale d’Asmara car elle contient de nombreux documents d’archive des journaux de l’époque qui agissent comme une capsule temporelle lorsqu’on les consulte. On y découvre les actualités de l’époque, en passant par “Il Corriere Eritreo”, “Il Popolo d’Italia” ou encore des dossiers fascistes destinés à la propagande de l’Empire.

Cinéma Roma dans une des rues principales d’Asmara (Photo auteur)

Mais l’héritage de la colonisation ne se limite pas à l’architecture : il se retrouve aussi dans certaines pratiques locales, comme la forte culture du cyclisme. Située en altitude et bénéficiant d’un climat relativement doux toute l’année, Asmara offre des conditions idéales pour l’entraînement. On y voit ainsi en permanence des cyclistes de tous âges s’entraîner sur les routes de la capitale, vêtus de tenues comparables à celles que l’on observe en France ou dans le nord de l’Italie. Au-delà de cet aspect sportif, le vélo s’impose aussi comme un moyen de transport essentiel dans un pays où les contraintes économiques et les difficultés d’approvisionnement en carburant limitent fortement l’usage de la voiture. En raison de la crise du détroit d’Ormuz, le prix de l’essence a connu une hausse brutale, passant d’environ 2 à près de 10 dollars le litre en quelques semaines. En conséquence dans le pays le peu de véhicules en service sont principalement les taxis et les camions. Les voitures individuelles comme celle que nous avions (que nous faisions d’ailleurs fonctionner au nafta achté au marché noir) faisant partie des exceptions.

Un autre aspect que les érythréens ont gardé de l’Italie concerne la nourriture et le café. Aujourd’hui dans les restaurants les plats d’origine italienne côtoient les plats locaux. Aux côtés des Zighini on retrouve les lasagnes ou les pâtes au ragoût, agrémentées d’épices locales comme le berbéré. On peut également trouver des fromages qui sont encore fabriqués comme le Parmigiano Reggiano, la mozzarella ou le Provolone.

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La tradition des bars est également fortement présente, à Asmara les locaux aiment passer du temps dans les bars, qui sont très nombreux, pour l’apéritif, le café et discuter, un peu à la manière des italiens.

On en vient donc au café, véritable exemple du mélange entre héritage italien et tradition locale, comme en Éthiopie voisine où la boisson occupe une place centrale. Le résultat est assez atypique : le matin, on se retrouve au bar pour un café macchiato, tandis que l’après-midi est souvent consacré à la tradition du café sous forme de cérémonie. Elle se déroule généralement chez l’habitant ou dans des lieux de convivialité, où l’on s’installe pour assister à un rituel bien codifié. Les grains de café encore verts sont d’abord torréfiés sur un feu artisanal jusqu’à brunir et libérer leurs arômes, que l’on fait ensuite circuler devant chacun pour en respirer la fumée. Ils sont ensuite pilés à la main dans un mortier, parfois mélangés à du gingembre. La poudre obtenue est versée avec de l’eau dans une cafetière en terre cuite en forme d’amphore, la jebena, portée à ébullition. Le café est ensuite filtré en obstruant partiellement le goulot, puis servi dans de petites tasses (il faut penser à utiliser le mot traditionnel tigrinya pour dire “bon” lors de la première tasse, sous peine de devoir recommencer). La cérémonie se termine lorsque la jebena est vide, soit environ trois tasses. Le café étant particulièrement fort, on en ressort généralement bien éveillé — ce qui devient vite la norme, tant les cafés et les cérémonies rythment la journée. Autre invention insolite, ce qu’ils appellent le « Sciacquato » un mélange audacieux de thé noir et de café.

Par ailleurs, l’atmosphère générale à Asmara est très chaleureuse et positive malgré la crise et l’isolement du pays. La population étant très jeune, la société reste dynamique en dépit de ces contraintes. Les jeunes étudient et travaillent lorsqu’ils le peuvent, et sortent dans les bars le soir.

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La dureté du régime est toutefois bien présente. L’accès à internet est quasiment inexistant : le peu de connexion disponible est limité dans le temps et payant, uniquement dans certains hôtels ou coffee shops prévus à cet effet, avec un débit extrêmement faible. Des applications comme WhatsApp ou Telegram sont par ailleurs totalement bloquées par le gouvernement. Certaines règles du quotidien peuvent également surprendre : il est par exemple interdit de fumer à proximité d’autres personnes. Il n’est pas non plus permis de prendre des gens en stop. Le service militaire est obligatoire et avec la particularité d’être à durée illimitée : c’est le gouvernement qui décide de sa fin. Il faut toutefois préciser que ce service ne concerne pas uniquement des fonctions militaires, mais aussi des postes dans l’administration ou d’autres emplois au service de l’État. Les déplacements à l’intérieur du pays sont également encadrés. Des autorisations gouvernementales sont nécessaires pour rejoindre certaines villes, et des checkpoints sont présents le long des routes pour contrôler les déplacements. Une autorisation différente est requise pour chaque nouvelle destination, que notre guide devait demander au préalable. Ces restrictions concernent aussi bien la population locale que les étrangers, qu’ils soient touristes ou travailleurs. Enfin, certaines zones du pays sont tout simplement interdites d’accès.

Le Tissu Social et la géographie : Une mosaïque d’identités et de paysages

Le pays présente une grande variété de paysages. Les hauts plateaux du centre forment la région centrale du pays et se composent d’une chaîne montagneuse dont le point culminant est le mont Soira à 3 018 m, ainsi que de zones agricoles. C’est dans cette région que se trouve la capitale, Asmara (2 300 m). On trouve ensuite toute la zone littorale, qui commence en descendant des hauts plateaux après Asmara et qui se poursuit jusqu’à la mer Rouge, qu’elle longe d’un bout à l’autre. Cette zone offre un décor plus typé sahélien, semi-aride et plus chaud. C’est là que se trouvent les ports de Massawa et d’Assab. Massawa occupe une place particulière dans l’histoire du pays. Véritable sentinelle au carrefour des mondes ottoman, arabe et italien, la ville conserve un patrimoine architectural de corail1 marqué par le temps. Elle abrite également la mosquée des Compagnons, également en corail,

1 Architecture utilisant des blocs de corail fossile comme matériau de construction, caractéristique de nombreuses villes côtières de la mer Rouge

construite en 652 par les premiers disciples de Muhammad fuyant les persécutions de La Mecque. Considérée comme l’une des plus anciennes mosquées d’Afrique, elle présente la particularité d’être orientée vers Jérusalem.

Port de Massawa et Mosquée des Compagnons (Photo auteur)

Entre les hauts plateaux et la mer Rouge, les paysages se caractérisent par des teintes ocres et rougeoyantes, rappelant l’étymologie même du nom de l’Érythrée, donné par les Italiens à partir du grec Erythraia, qui signifie « rouge ». Et puis finalement, on trouve les zones frontalières avec le Soudan et l’Éthiopie, avec des paysages volcaniques, des plaines salées comme la dépression de Danakil et des zones arides. Lorsque l’on parcourt les hauts plateaux du nord au sud, on traverse, vers la ville de Segeneiti, la vallée des sycomores. On y découvre ces arbres gigantesques, à la fois célèbres et rares, dont le plus imposant a été représenté sur le billet de 5 nakfas, la monnaie locale. Ces arbres sont bien plus qu’un simple symbole. Ils sont considérés comme sacrés et servent de lieux de rassemblement pour les discussions importantes des villages, mais aussi de refuge pour la réflexion. Sous leurs immenses branches règne en effet une agréable fraîcheur. Le plus majestueux d’entre eux peut accueillir jusqu’à 500 personnes à son ombre.

L’Érythrée repose sur un équilibre complexe entre neuf ethnies : les Tigrinya, majoritaires (environ 50 % de la population), les Tigré (environ 30 %) et les ethnies minoritaires que sont les Saho, Afar, Bilen, Rashaïda, Kunama, Nara et Hedareb. À noter que chaque groupe ethnique possède sa propre langue. Ces différentes communautés se répartissent également entre l’islam et le christianisme et cohabitent pacifiquement. À l’échelle de la société, cette coexistence est profondément ancrée et s’est notamment renforcée au cours de la longue guerre d’indépendance, qui a contribué à forger une solide identité commune. Sur le plan institutionnel, l’État encadre strictement la pratique religieuse et ne reconnaît officiellement que quatre courants : l’Église érythréenne orthodoxe, l’Église catholique, l’Église évangélique luthérienne et l’Islam sunnite, les autres groupes faisant l’objet de fortes restrictions. En effet, il est à noter que l’Érythrée représente un très bon exemple de vivre-ensemble ; les conflits communautaires y sont très rares et il est courant de voir des personnes de religions différentes se côtoyer sans distinction. Cette mixité se retrouve également dans l’espace urbain, notamment à Asmara, où les lieux de culte coexistent (églises, la cathédrale, la grande mosquée et même une synagogue). Il faut dire que le régime est très strict et que l’insécurité ainsi que la délinquance sous toutes leurs formes sont quasiment inexistantes. Enfin, un autre exemple de cette coexistence pacifique est le sanctuaire de la « Madonna del Baobab », un sanctuaire chrétien orthodoxe installé à l’intérieur même d’un baobab. Ce lieu, dédié à la fertilité, est fréquenté par des femmes aussi bien chrétiennes que musulmanes.

Église copte orthodoxe près d’Asmara (Photo auteur)

Carrefour des nouvelles routes de la soie et ports stratégiques

Pour comprendre le contexte, il faut rappeler la position géographique délicate de l’Érythrée, encerclée par des voisins instables ou rivaux. Entouré par le Soudan, qui traverse une crise civile majeure depuis 2023, par l’Éthiopie, avec laquelle les tensions demeurent importantes malgré la fin du conflit de 2020-2022. Et par Djibouti, qui accueille les bases militaires de plusieurs grandes puissances dont les Etats-Unis, la Chine et la France. À l’est, l’Érythrée bénéficie d’un accès direct à la mer Rouge et au détroit de Bab-el-Mandeb, via le port d’Assab. Cet accès maritime demeure son atout stratégique le plus important, au grand dam de l’Éthiopie qui souhaiterait elle-même un accès à la mer.

Cette localisation confère à Asmara un levier diplomatique et économique considérable. Le détroit de Bab-el-Mandeb constitue un corridor maritime vital entre l’Asie et l’Europe : plus de 20 % du commerce maritime mondial transite par ce détroit d’une trentaine de kilomètres de large seulement, ce qui en fait un point de passage majeur. Pour un État diplomatiquement isolé et confronté à des voisins plus puissants, cette position géographique représente l’un des rares atouts de négociation dont il dispose. On rappellera que les sanctions de l’ONU contre l’Érythrée ont été levées en 2018, mais que le pays demeure relativement isolé sur la scène internationale et peu ouvert sur l’extérieur.

En ce qui concerne ses relations avec des puissances étrangères. L’Érythrée a connu une relative accalmie dans ses relations avec l’Éthiopie à partir de 2018 mais qui se dégrade de nouveau jusqu’à devenir assez tendu en ce moment2. Par ailleurs l’Érythrée joue diplomatiquement de ces ports stratégiques, en 2015, les Émirats ont obtenu un bail de 30 ans pour l’usage du port et de l’aéroport d’Assab pour soutenir leur intervention au Yémen3. Dans ce contexte, ils ont investi dans la modernisation des infrastructures portuaires et aériennes d’Assab. Massawa, attire désormais d’autres puissances, l’escale officielle de la frégate russe Marshal Shaposhnikov en 20244 illustre l’intérêt croissant de Moscou pour cette zone. L’Érythrée a d’ailleurs refusé les sanctions contre la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine, et le président Afwerki s’est rendu en Russie en 2023 lors d’une visite officielle5. La même année le président érythréen a également rencontré Xi Jinping à Pékin6.

2 Laetitia Lago Dregnounou, avec AFP, « L’Éthiopie accuse le Tigré de préparer une offensive avec l’Érythrée », Africanews, 12 juin 2026.

3 Eleonora Ardemagni, « One Port, One Node: The Emirati Geostrategic Road to Africa », Italian Institute for International Political Studies (ISPI), 13 juin 2023.

4 Ministry of Information of Eritrea, « Russia’s Pacific Fleet Frigate Arrives in Massawa », Shabait, 28 mars 2024.

5 Présidence de la Fédération de Russie, « Meeting with President of Eritrea Isaias Afwerki », Kremlin.ru, 31 mai 2023.

6 Ambassade de Chine, « Xi Jinping s’entretient avec le président érythréen Isaias Afwerki », 16 mai 2023.

Ce qui nous amène à la Chine, qui s’est imposée comme l’un des principaux partenaires économiques de l’Érythrée, à l’image de nombreux autres pays africains, comme relaté par Shabait7, média officiel du ministère de l’Information érythréen. Ceci en particulier dans le secteur minier, l’un des rares ouverts aux investissements étrangers. La présence chinoise est d’ailleurs fortement visible par le nombre de camions jaunes “Sinotruck” en circulation que l’on croise sur les routes du pays.

La mine de Bisha, développée initialement par la canadienne Nevsun Resources en partenariat avec l’ENAMCO (Eritrea National Mining Company), est désormais un actif stratégique de la Chine8. Elle produit de l’or, du cuivre et du zinc dans la région du Gash-Barka. Le contrôle de l’entreprise exploitante a été repris par le groupe chinois Zijin Mining à la fin des années 2010, illustrant la montée en puissance des capitaux chinois dans le secteur. D’autres projets miniers, comme celui de Zara (or), dans lequel la société chinoise SFECO Group (filiale de Shanghai Construction Group) a acquis en 2012 une participation de 60 % dans Zara Mining Share Company pour un montant d’environ 80 millions de dollars. Et au-delà des infrastructures elles-mêmes, ce sont parfois les rencontres qui marquent : loin d’un flux touristique classique, les rares étrangers croisés sont surtout des groupes de Chinois présents pour le travail. Dans ce contexte, les entreprises chinoises participent également à divers projets d’infrastructures et de construction, contribuant à l’intégration logistique des zones d’extraction. La Chine a par exemple participé à la construction d’un hôpital à Asmara et à la mise en place de réseaux de télécommunications. La présence chinoise en Érythrée se manifeste également au travers de prêts et de financements, notamment pour la fourniture de machines destinées aux secteurs minier, agricole et des transports, comme le rapporte la Direction générale du Trésor9. Toutefois, ces investissements restent principalement tournés vers l’extraction, avec une main-d’œuvre très encadrée et peu d’effets sur le reste de l’économie nationale. Le gouvernement érythréen oblige cependant à ce que la main-d’œuvre soit locale, les chinois ne s’occupent donc “que” du management, de la gestion et du transport. Cette situation maintient une économie fortement dépendante des exportations minières, dont les revenus sont partagés entre l’État érythréen et ses partenaires étrangers, sans réelle diversification de l’économie nationale.

L’Érythrée, une terre singulière

Au-delà des clichés et des idées reçues, l’Érythrée se découvre comme un pays d’une grande diversité culturelle et naturelle, marqué à la fois par un riche héritage historique et colonial, un peuple accueillant et fier, et une réalité contemporaine marquée par l’isolement. Ce pays demeure une destination atypique et authentique, dont la richesse culturelle laisse une impression durable à ceux qui prennent le temps de le découvrir.

7 Shabait, « A rejuvenating China and strong China–Eritrea strategic partnership », 30 septembre 2023.

8 AidData, « China Eximbank provides $80 million loan for Phase 1 of Bisha Gold Mine Project », China Global Development Finance Database, fiche n°56386.

9 Direction générale du Trésor, « Érythrée – Indicateurs et conjoncture », tresor.economie.gouv.fr, 2020.


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Vincent Sinacola

Vincent Sinacola

Vincent Sinacola, ingénieur en énergie Franco-italien, travaille à Milan au sein du groupe Veolia en tant que responsable des plans de performance pour l’Italie et spécialiste en efficacité énergétique. Il est également membre de la Fondation E5T et ancien humanitaire au Moyen-Orient féru de géopolitique et co-auteurs d’ouvrages de relations internationales.

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