DÉCRYPTAGE – Le G7 d’Évian et l’Occident face à sa propre limite

DÉCRYPTAGE – Le G7 d’Évian et l’Occident face à sa propre limite

lediplomate.media — imprimé le 19/06/2026
Capture d’écran

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Le sommet des grands qui ne commandent plus seuls

À Évian-les-Bains, sur les rives du Léman, le G7 se présente avec toute la solennité des grands rendez-vous diplomatiques, mais aussi avec le poids d’une transformation historique désormais impossible à dissimuler. Les sept pays qui, pendant des décennies, ont représenté le cœur politique, économique et financier de l’Occident se retrouvent une nouvelle fois autour de la même table, mais ils n’y siègent plus dans la position d’autrefois. Ils ne sont plus le directoire incontesté de la mondialisation, ils ne sont plus la cabine de pilotage d’un monde disposé à accepter automatiquement leurs décisions, ils ne sont plus le centre exclusif de l’économie mondiale.

Ils demeurent puissants, riches, armés, technologiquement avancés. Mais ils ne sont plus seuls. Et surtout, ils ne sont plus obéis.

Le G7 d’Évian naît au cœur de cette contradiction. D’un côté, l’Occident a encore besoin de se coordonner, d’afficher son unité, d’éviter que ses divisions ne deviennent des fractures irréparables. De l’autre, chaque dossier inscrit à l’ordre du jour confirme que le centre de gravité du monde s’est déplacé. Ukraine, Iran, détroit d’Ormuz, Chine, dette des pays pauvres, climat, matières premières critiques, sécurité énergétique : chaque question renvoie au même problème. L’ordre international n’est plus gouvernable selon les anciennes hiérarchies.

Le G7 n’a pas disparu. Mais il a changé de nature. Il n’est plus le lieu où se décide le destin de la planète. Il est devenu l’espace dans lequel l’Occident tente de contenir ses propres tensions internes, de conserver un minimum de cohérence stratégique et de ne pas apparaître divisé devant un monde qui a appris à traiter, à résister, à négocier et, lorsque c’est nécessaire, à désobéir.

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Trump au centre de la scène européenne

L’arrivée de Donald Trump domine le sommet parce que les États-Unis restent le pivot indispensable de tout équilibre occidental. L’Europe peut parler d’autonomie stratégique, évoquer la souveraineté industrielle, proclamer des ambitions géopolitiques, mais face aux grandes crises, la réalité revient toujours à la même conclusion : sans Washington, il n’existe aucune ligne occidentale crédible, ni sur l’Ukraine, ni sur le Golfe, ni sur la Chine.

Pour les dirigeants européens, Trump est à la fois une ressource et un problème. Une ressource, parce que seuls les États-Unis peuvent encore garantir le poids militaire, financier et diplomatique nécessaire pour tenir les fronts ouverts. Un problème, parce que Trump ne raisonne pas selon le langage classique du multilatéralisme. Il n’aime pas les compromis interminables, croit peu aux architectures diplomatiques traditionnelles, préfère le rapport direct, la négociation bilatérale, la pression commerciale, la menace comme instrument politique.

L’Europe voudrait reconstruire une synergie transatlantique ordonnée. Trump, lui, se comporte comme l’actionnaire majoritaire d’une alliance qu’il juge trop coûteuse, trop lente et trop portée à faire peser le fardeau de la sécurité sur les États-Unis. Dans cette asymétrie se lit toute la faiblesse européenne. Paris accueille, Bruxelles finance, Berlin pèse économiquement, Rome cherche sa place, mais la direction réelle continue de dépendre de Washington.

Le sommet d’Évian révèle donc une vérité inconfortable : l’Europe est riche mais pas pleinement souveraine, normative mais pas stratégique, ambitieuse dans les discours mais dépendante dans les passages décisifs. C’est le continent qui paie le plus les conséquences de la guerre en Ukraine, des crises énergétiques et des tensions commerciales, mais c’est aussi celui qui parvient le moins à transformer son poids économique en puissance géopolitique.

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L’Ukraine et la guerre sans issue claire

La guerre en Ukraine reste le premier grand test de la cohésion occidentale. Kiev continue de se défendre avec ténacité, a montré une remarquable capacité d’adaptation militaire, a su utiliser les drones, le renseignement, la communication et la mobilisation nationale avec efficacité. Mais la guerre est entrée depuis longtemps dans sa phase la plus difficile : celle de l’usure.

Dans les guerres d’usure, le courage, la légitimité politique ou la supériorité morale revendiquée ne suffisent pas. Ce qui compte, ce sont les munitions, les hommes, les usines, l’énergie, la logistique, la profondeur territoriale, la capacité de remplacer les pertes. La Russie apparaît fatiguée, frappée, alourdie par les coûts du conflit. Mais elle ne semble pas encore proche de l’effondrement. Elle dispose de ressources, de territoire, d’une industrie militaire, d’une capacité de mobilisation et d’un soutien extérieur suffisants pour prolonger la guerre.

L’Ukraine, au contraire, demeure fortement dépendante de l’aide occidentale. Sans financements, systèmes antiaériens, munitions, renseignement, entraînement et soutien diplomatique, sa capacité de résistance serait considérablement réduite. Cela ne diminue pas la valeur de la résistance ukrainienne, mais clarifie le cadre stratégique. Kiev peut combattre, mais elle ne peut pas tenir indéfiniment sans une décision politique de l’Occident sur le but final du conflit.

C’est précisément ici que le G7 rencontre sa limite. Il peut promettre de nouveaux fonds, de nouveaux prêts, de nouvelles livraisons, de nouvelles garanties. Mais la question demeure ouverte : vers quelle issue ? Victoire militaire complète ? Gel de la ligne de front ? Accord avec Moscou ? Sécurité européenne négociée ? Entrée différée de l’Ukraine dans de nouvelles garanties occidentales ? Personne ne veut le dire clairement, parce que chaque réponse comporte des coûts politiques énormes.

L’Europe, plus que tout autre acteur, se trouve piégée. Elle a fait de la défense de l’Ukraine une épreuve de son identité politique, mais elle n’a pas construit les instruments nécessaires pour soutenir seule ce choix. Elle a coupé les ponts énergétiques avec la Russie sans disposer d’une véritable alternative structurelle à bas coût. Elle a invoqué le réarmement, mais sa base industrielle militaire reste insuffisante. Elle a parlé de sécurité continentale, mais continue de dépendre de l’OTAN et donc des États-Unis.

Le résultat est une guerre que l’Europe finance, subit et interprète, mais qu’elle ne dirige pas.

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Ormuz, Iran et sécurité énergétique

La possible entente entre les États-Unis et l’Iran pèse sur Évian autant que la guerre en Ukraine. Le détroit d’Ormuz est l’une des grandes artères de l’économie mondiale. Chaque tension dans cette zone se traduit immédiatement par une pression sur les prix de l’énergie, les assurances maritimes, les marchés financiers, l’inflation et la stabilité politique interne des pays importateurs.

L’Iran est souvent présenté comme un problème régional, mais cette lecture est réductrice. Téhéran est une puissance située au point le plus sensible de la géographie énergétique mondiale. Elle peut être sanctionnée, isolée, menacée, mais elle ne peut pas être retirée de la carte. Elle se trouve au centre du Golfe Persique, près du Caucase, connectée à l’Asie centrale, projetée vers l’océan Indien, en relation avec la Russie et la Chine, capable de parler au Sud global dans le langage de la souveraineté et de la résistance aux pressions occidentales.

La question iranienne ne concerne pas seulement le nucléaire. Elle concerne le pétrole, le gaz, le dollar, les routes maritimes, les sanctions, Israël, les monarchies du Golfe, la Chine, la Russie et la possibilité de voir se consolider des circuits commerciaux moins dépendants du système occidental. Un Iran réinséré, même partiellement, dans les échanges internationaux pourrait renforcer les connexions eurasiatiques et réduire l’efficacité de l’isolement économique. Un Iran de nouveau frappé ou repoussé dans l’angle pourrait au contraire rouvrir la crise énergétique, accélérer la militarisation de la région et pousser d’autres pays à chercher des voies alternatives au dollar.

Pour l’Europe, la stabilisation du Golfe serait un intérêt évident. Mais, une fois encore, l’Europe ne possède pas de politique autonome. Elle a suivi pendant des années la ligne de la pression, a accepté le cadre des sanctions, a vu se réduire ses marges économiques en Iran et espère maintenant qu’une négociation conduite par Washington produira de la stabilité. C’est une position faible, presque passive. Le continent qui aurait le plus besoin de sécurité énergétique reste spectateur de décisions prises par d’autres.

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Le Golfe n’est plus un protectorat politique

Les monarchies du Golfe évoluent elles aussi dans un cadre nouveau. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar conservent des relations profondes avec les États-Unis, mais ne veulent plus dépendre d’un seul garant. Ils parlent avec Pékin, négocient avec Moscou, investissent en Asie, cherchent un rôle autonome dans la finance mondiale, la logistique, l’énergie, les technologies et la diplomatie régionale.

L’ancien pacte était simple : sécurité américaine en échange de la centralité énergétique du dollar et d’une fidélité stratégique. Ce pacte n’est pas mort, mais il n’est plus automatique. Les monarchies du Golfe ont vu les États-Unis osciller, changer de priorités, se concentrer sur l’Indo-Pacifique, se retirer de certaines zones, puis revenir, puis menacer, puis négocier. Elles ont compris que la protection américaine reste fondamentale, mais ne peut plus être la seule assurance.

C’est pourquoi elles cherchent l’équilibre. Elles ne veulent pas se livrer à la Chine, mais ne veulent pas non plus rester prisonnières de Washington. Elles ne veulent pas une guerre totale avec l’Iran, mais ne veulent pas non plus un Iran hégémonique. Elles ne veulent pas renoncer au dollar, mais étudient des formes de diversification. C’est la diplomatie du multipolarisme : non pas une rupture brutale, mais la multiplication des options.

Le G7 doit tenir compte de ce nouveau comportement des acteurs régionaux. Les alliés non occidentaux ne sont plus des figurants. Ce sont des sujets qui négocient, demandent, résistent, achètent, vendent, investissent et changent de table lorsque cela leur convient. C’est peut-être la transformation la plus profonde de l’ordre mondial : tous ne défient pas ouvertement l’Occident, mais presque personne ne veut plus dépendre seulement de l’Occident.

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La Chine comme centre invisible du sommet

Derrière chaque discussion du G7 se profile la Chine. Pékin est le véritable centre invisible du sommet. La guerre en Ukraine concerne aussi la relation entre la Chine et la Russie. La crise iranienne concerne aussi l’énergie destinée à l’Asie. Les matières premières critiques renvoient aux chaînes de valeur contrôlées ou influencées par la Chine. La transition énergétique dépend largement de la capacité productive chinoise. Les déséquilibres commerciaux sont inséparables de la puissance de l’industrie chinoise. La sécurité économique occidentale naît de la peur de dépendre trop fortement de Pékin.

Le problème est que la Chine ne peut pas être simplement isolée. Elle est trop grande, trop intégrée, trop nécessaire. Elle est partenaire commercial, concurrent industriel, rival stratégique et créancier systémique. Pendant des décennies, l’Occident a construit une partie importante de sa prospérité sur la production chinoise à bas coût. Il découvre maintenant que ce choix n’a pas seulement réduit les prix : il a transféré des capacités productives, des compétences, des chaînes industrielles, un pouvoir de négociation.

La transition énergétique montre cette contradiction avec la plus grande clarté. L’Europe a fait du climat une grande architecture réglementaire. La Chine en a fait une puissance industrielle. Elle produit des panneaux solaires, des batteries, des composants, des turbines, des matériaux raffinés, des technologies pour la mobilité électrique. Les États-Unis réagissent par le protectionnisme, les subventions et les barrières. L’Europe cherche une voie intermédiaire, mais risque de se retrouver avec des règles très ambitieuses et des usines insuffisantes.

Le point est brutal : il ne suffit pas de vouloir diriger la transition verte, il faut produire les instruments de cette transition. Celui qui contrôle les mines, le raffinage, les composants, les brevets, la logistique et la capacité manufacturière contrôle aussi le rythme du changement. La Chine l’a compris plus tôt et mieux que les autres. Le G7 cherche maintenant à rattraper son retard, mais ce rattrapage exige des années, des investissements immenses, une énergie compétitive, une politique industrielle et une cohésion que l’Occident ne démontre pas toujours.

Le retour de l’État dans l’économie

Le débat sur les déséquilibres de l’économie mondiale marque la fin d’une illusion. Pendant trente ans, l’Occident a prêché l’ouverture des marchés, la libéralisation, la réduction du rôle de l’État, la supériorité des chaînes de valeur mondiales et la vertu automatique de l’interdépendance. Aujourd’hui, il redécouvre la sécurité économique, la politique industrielle, la protection des filières, le contrôle des investissements, les matières premières stratégiques, la souveraineté technologique.

Ce n’est pas un tournant idéologique proclamé, mais c’est un tournant réel. L’État revient au centre parce que le marché mondial ne suffit plus à garantir la sécurité. La pandémie, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, les tensions dans le détroit d’Ormuz, la compétition avec la Chine et la fragilité logistique ont montré que l’efficacité sans redondance est une vulnérabilité. Produire là où cela coûte moins cher fonctionne tant que le monde est stable. Lorsque le monde devient conflictuel, ne plus produire ce dont on a besoin signifie perdre sa souveraineté.

Les États-Unis ont réagi par une politique industrielle agressive, des subventions, un protectionnisme sélectif et l’attraction de capitaux. La Chine n’a jamais cessé d’utiliser l’État comme architecte du développement. L’Europe, elle, apparaît plus lente, divisée, réglementaire. Elle dispose d’épargne, de compétences, d’entreprises, de recherche, mais peine à transformer tout cela en puissance industrielle. Le risque est évident : devenir le continent des normes, tandis que d’autres deviennent les continents des usines.

Développement, dette et climat aux marges de la puissance

Alors que le G7 se concentre sur les guerres, la sécurité économique et la compétition avec la Chine, les grandes questions du Sud global glissent vers les marges. Coopération au développement, dette des pays pauvres, changement climatique, sécurité alimentaire et infrastructures ne disparaissent pas, mais perdent leur centralité politique. C’est une erreur stratégique.

La réduction des aides internationales signale une nouvelle hiérarchie des priorités. Les pays avancés dépensent davantage pour la défense, la sécurité, le soutien aux alliés et la protection des chaînes de valeur. Ils dépensent moins pour réduire les fractures économiques mondiales. Mais la pauvreté, la crise de la dette, l’instabilité climatique et le manque d’infrastructures ne restent pas des problèmes locaux. Ils produisent migrations, conflits, radicalisation, compétition pour les ressources, fragilités étatiques et nouveaux espaces pour l’influence chinoise, russe, turque, indienne ou venue du Golfe.

La dette est l’une des formes les plus dures de la dépendance contemporaine. De nombreux pays à faible revenu consacrent une part croissante de leurs recettes en devises au service de la dette. Cela signifie moins d’écoles, moins d’hôpitaux, moins de routes, moins d’électricité, moins d’investissements agricoles, moins de souveraineté. Formellement, ils restent indépendants. Matériellement, ils demeurent enchaînés aux créanciers, aux marchés, aux agences de notation, aux organismes financiers et aux monnaies étrangères.

Le climat subit un sort similaire. Il est évoqué, mais il ne gouverne plus réellement l’agenda. Les positions de Trump rendent difficile une ligne occidentale compacte. L’Europe continue de défendre la transition écologique, mais elle doit composer avec les coûts sociaux, la concurrence industrielle, la dépendance technologique et les résistances internes. Les pays émergents revendiquent le droit au développement et rejettent l’idée de devoir payer le prix d’une crise produite historiquement par les économies industrialisées.

Le Sud global n’écoute plus en silence

La présence de l’Arabie saoudite, du Brésil, de la Corée du Sud, de l’Égypte, de l’Inde et du Kenya montre que le G7 ne peut plus se suffire à lui-même. Ces pays représentent l’énergie, la démographie, l’industrie, l’agriculture, les routes commerciales, les matières premières, les marchés, la sécurité régionale et des ambitions politiques. Ils ne sont pas des invités décoratifs. Ils sont des interlocuteurs nécessaires.

Le Brésil parle au nom d’une partie du Sud global qui ne veut pas être enrôlée dans une nouvelle guerre froide. L’Inde incarne la puissance autonome qui dialogue avec tous et ne se lie définitivement à personne. L’Arabie saoudite représente la nouvelle diplomatie énergétique et financière du Golfe. L’Égypte reste fragile mais centrale pour la Méditerranée, l’Afrique et le Moyen-Orient. Le Kenya signale l’importance croissante de l’Afrique dans les équilibres démographiques, alimentaires et infrastructurels. La Corée du Sud confirme que la technologie asiatique est désormais une composante essentielle de la puissance occidentale élargie.

Ces acteurs ne refusent pas le G7. Mais ils ne le subissent pas. Ils veulent des investissements, de la technologie, de la sécurité, des infrastructures, du crédit, l’accès aux marchés, des marges diplomatiques. Ils n’acceptent plus les leçons sans contreparties. Ils n’entendent pas nécessairement rompre avec l’Occident, mais ne veulent pas lui livrer leur souveraineté. C’est le véritable signe du multipolarisme : pas toujours un défi frontal, souvent une négociation permanente.

Le G7 comme ombre nécessaire

Le G7 est désormais l’ombre du pouvoir qu’il fut. Mais les ombres peuvent aussi être utiles, si elles aident à comprendre la position du corps qui les produit. Pour l’Occident, ce format reste important parce qu’il maintient ouverts des canaux de dialogue entre des alliés qui risquent de diverger de plus en plus. Les États-Unis regardent vers la Chine et l’Indo-Pacifique. L’Europe regarde vers la Russie, l’Ukraine, la Méditerranée, l’énergie et les migrations. Le Japon regarde vers la sécurité asiatique. Le Canada cherche à défendre son propre espace entre les États-Unis, l’Arctique et le commerce mondial.

Sans lieu de coordination, ces trajectoires pourraient s’éloigner davantage. Le G7 sert donc à préserver une grammaire commune. Il ne suffit pas à gouverner le monde, mais il peut éviter que l’Occident perde aussi la capacité de se parler. C’est peu par rapport au passé, mais ce n’est pas insignifiant.

Le problème est que cette fonction défensive ne peut pas être confondue avec un leadership mondial. Si le G7 veut rester utile au-delà du périmètre occidental, il doit affronter ce qu’il a jusqu’ici différé : une réforme sérieuse de la finance internationale, une politique crédible face à la dette, une coopération au développement qui ne soit pas subordonnée seulement à la sécurité, une stratégie industrielle capable de rivaliser avec la Chine sans se réduire à un protectionnisme stérile, une ligne énergétique réaliste, une diplomatie moins moralisatrice et plus capable de reconnaître les intérêts des autres.

Évian et la fin de l’obéissance automatique

Évian raconte un Occident encore fort, mais plus aussi dominant qu’auparavant. Encore riche, mais moins capable d’orienter seul l’économie mondiale. Encore armé, mais moins habile à transformer la supériorité militaire en ordre politique. Encore influent, mais de plus en plus contesté par des puissances et des pays qui ne veulent plus être périphérie.

Le G7 reste nécessaire pour l’Occident, mais il ne suffit plus au monde. C’est la formule du temps nouveau. Les guerres en Ukraine et dans le Golfe, la pression sur l’Iran, la compétition avec la Chine, le poids de la dette, la crise climatique et la recherche de sécurité économique ne sont pas des dossiers séparés. Ils sont les symptômes d’une transition plus large : le passage d’un ordre centré sur l’Occident à un système plus fragmenté, plus compétitif, plus instable et plus négocié.

Le véritable défi n’est pas de sauver la forme du G7. Il est de comprendre si l’Occident est disposé à accepter que son leadership ne peut plus reposer sur l’automatisme de l’obéissance des autres. Il devra négocier davantage, concéder davantage, produire davantage, écouter davantage. Et peut-être prêcher moins.

S’il sait le faire, le G7 pourra encore avoir une fonction. S’il ne sait pas le faire, il deviendra le rite élégant d’un monde qui continue de se réunir pendant que l’histoire se déplace ailleurs.


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gagliano

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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