DÉCRYPTAGE – Starlink sous attaque : La Russie prépare la guerre de saturation

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Non pas éteindre le réseau, mais aveugler les zones décisives
La Russie ne dispose pas encore d’un interrupteur capable d’éteindre Starlink sur l’ensemble du territoire ukrainien. Le système Volna Kupol Garant peut toutefois en dégrader localement le fonctionnement, créant des zones d’ombre autour des aérodromes, dépôts, centres de commandement, ponts et corridors logistiques.
Le dispositif dirige de puissantes émissions vers les antennes réceptrices des satellites, perturbant le signal transmis par les équipements terrestres sur des fréquences comprises entre 14 et 14,5 gigahertz. Une seule installation couvrirait environ vingt kilomètres carrés. Selon des sources ukrainiennes, une dizaine de systèmes auraient déjà été repérés.
L’objectif n’est pas de détruire les satellites, mais de rendre la connexion instable au moment où un opérateur doit piloter un aéronef, corriger sa trajectoire ou transmettre les images de la cible. Des interruptions de quelques secondes peuvent suffire pour perdre un objectif mobile ou empêcher la phase finale d’une attaque.
Le choix russe répond à l’expansion des frappes ukrainiennes dans la zone située entre 25 et 200 kilomètres derrière le front. Grâce à Starlink, les opérateurs peuvent contrôler à distance des appareils relativement peu coûteux et frapper des convois, des dépôts de carburant, des pièces d’artillerie, des systèmes antiaériens et des postes de commandement. Ce qui constituait autrefois l’arrière relativement sûr de l’armée russe fait désormais partie du champ de bataille.
Le Volna Kupol Garant présente cependant des limites évidentes. Il serait composé de six grandes remorques, nécessiterait une alimentation électrique importante, émettrait des signaux facilement repérables et paraîtrait peu adapté à la protection d’unités en mouvement. Les Ukrainiens en ont déjà détruit plusieurs et affirment qu’après l’élimination d’une installation, les connexions Starlink ont retrouvé un fonctionnement normal. Son efficacité dépendra donc de sa production en série et de la capacité russe à dissimuler, déplacer et protéger les systèmes déployés.
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Banderol, le missile conçu pour la guerre d’usure économique
Le deuxième élément de la stratégie russe est le missile S8000 Banderol, développé par l’entreprise Kronstadt. Il ne s’agit pas d’un simple aéronef sans pilote, mais d’un petit missile de croisière : il pourrait atteindre une vitesse comprise entre 500 et 600 kilomètres par heure, disposer d’une portée d’environ 500 kilomètres et transporter une charge explosive à fragmentation de 114 kilogrammes.
Il peut être lancé depuis des aéronefs Orion, des hélicoptères Mi-28N et, dans ses versions les plus récentes, depuis des installations terrestres. Les lancements effectués depuis la Crimée réduisent considérablement le délai d’alerte dont disposent Odessa et les infrastructures portuaires du sud de l’Ukraine. Selon les estimations ukrainiennes, près de 70 % des attaques effectuées avec des Banderol se seraient jusqu’à présent concentrées sur cette région.
Sa caractéristique la plus importante réside dans son prix, estimé entre 50 000 et 150 000 dollars, contre environ deux millions de dollars pour un Kh-101. Moscou peut ainsi conserver ses vecteurs les plus perfectionnés pour les objectifs fortement protégés et utiliser les Banderol contre des dépôts, des terminaux portuaires, des entrepôts alimentaires et des nœuds logistiques.
Le missile utilise un petit moteur chinois, des composants électroniques américains, européens et japonais, un système de navigation inertielle chinois ainsi que l’antenne russe Kometa-8, conçue pour résister aux perturbations électroniques. Les sanctions ont donc compliqué la production russe, mais elles n’ont pas interrompu les chaînes d’approvisionnement passant par la Chine et différents marchés intermédiaires.
Les estimations de Kiev indiquent une production d’environ quatre-vingts Banderol par mois et un objectif annuel de mille exemplaires. Ces données ne peuvent être vérifiées de manière indépendante, mais elles décrivent le passage de l’expérimentation à la fabrication industrielle.
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Geran-4 et Geran-5 : quand l’aéronef devient presque un missile
Les Geran-4 et Geran-5 occupent l’espace intermédiaire entre l’aéronef d’attaque et le missile de croisière. Leur propulsion à réaction leur permet de dépasser une grande partie des intercepteurs ukrainiens les moins coûteux.
Le Geran-4 pourrait atteindre environ 500 kilomètres par heure et disposer d’une portée proche de 800 kilomètres. Le Geran-5, plus grand et davantage comparable à un missile, pourrait atteindre 600 kilomètres par heure, transporter une charge militaire de 90 kilogrammes et approcher les mille kilomètres d’autonomie. Là encore, des moteurs chinois et des composants électroniques occidentaux ont été découverts dans les appareils examinés.
Selon les services de renseignement ukrainiens, la Russie produirait au total environ trois mille Geran-4 et Geran-5 par mois. Ce chiffre doit être considéré avec prudence, mais l’augmentation des attaques menées avec des appareils à réaction est confirmée par la demande ukrainienne croissante d’intercepteurs plus rapides.
Les appareils actuellement disponibles atteignent souvent des vitesses inférieures à celles des nouveaux Geran. Les versions d’interception à réaction coûtent en outre entre 2 000 et 10 000 dollars, soit davantage que les précédents intercepteurs à hélice.
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La combinaison qui met Kiev en difficulté
Le danger ne provient pas d’une arme particulière, mais de leur emploi coordonné. Moscou peut lancer des appareils lents servant de leurres, des Geran à réaction, des Banderol, des missiles de croisière et des vecteurs balistiques suivant des trajectoires et des altitudes différentes. Simultanément, les systèmes de guerre électronique cherchent à perturber Starlink et les communications reliant les capteurs, les opérateurs et les armes antiaériennes.
La défense doit ainsi décider en quelques secondes quelle menace intercepter et avec quelle arme. Employer un missile antiaérien coûtant plusieurs centaines de milliers de dollars contre un Banderol à cent mille dollars peut être militairement nécessaire, mais économiquement ruineux. Le laisser passer peut en revanche signifier perdre une installation portuaire, une centrale électrique ou un dépôt de munitions.
La Russie cherche donc à l’emporter non pas grâce à une supériorité technologique absolue, mais par la quantité, la vitesse et la réduction du coût unitaire. Il s’agit d’une guerre industrielle dont le véritable objectif consiste à épuiser plus rapidement les réserves de munitions et les ressources financières de l’adversaire.
Starlink n’a pas été neutralisé. Mais son avantage ne peut plus être considéré comme permanent. Si Moscou parvenait à multiplier les zones de perturbation et à les protéger par des défenses superposées, Kiev devrait répartir ses communications entre les liaisons radio, la fibre optique, d’autres réseaux satellitaires et des systèmes de guidage autonome.
La leçon concerne également l’Europe : une capacité militaire essentielle ne peut dépendre d’une seule entreprise privée américaine. La souveraineté satellitaire, la production massive d’intercepteurs économiques et la sécurité des chaînes industrielles ne sont plus de simples questions commerciales. Elles sont devenues les conditions de la survie stratégique.
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https://www.pravda.com.ua/eng/news/2026/08/28/8050824
https://www.pravda.com.ua/eng/articles/2026/08/17/8049064
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