TRIBUNE – Du rififi à Bangui : Le Quai dans les brumes 

TRIBUNE – Du rififi à Bangui : Le Quai dans les brumes 

lediplomate.media — imprimé le 02/09/2026
Du rififi à Bangui 
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Jean Daspry, Pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques

« Alors, Dejean, on baise ? ». Telle est la répartie bien connue du Général de Gaulle à l’endroit de son Ambassadeur à Moscou, Maurice Dejean[1], à la suite d’une tentative de chantage aux mœurs organisée par le KGB ! Ainsi va l’Histoire au Quai d’Orsay comme ailleurs. De vulgaires coucheries – nous ne portons aucun jugement de valeur sur les personnes mises en causes tant ces situations sont fréquentes, variées et parfois croustillantes – qui peuvent brusquement se transformer en affaires d’État. N’est-ce pas la désagréable mésaventure que connaît actuellement, l’Ambassadeur de France en RCA, Bruno Foucher si l’on en croit les dernières révélations d’une presse avide de scandales à l’instar du Canard enchaîné, aujourd’hui déchaîné, toujours prompt à défendre la morale. L’un des deux rédacteurs de l’article porte le nom prédestiné de Labbé[2]. Lui emboîtent immédiatement le pas, Le MondeLe FigaroLibération … par un effet de meute bien connu. Une sorte de police de la pensée et des mœurs qui ne dit pas son nom. Rappelons qui est ce diplomate au parcours jusqu’ici sans faute avant de prendre connaissance des accusations de frivolité qui sont portées contre lui et de nous interroger sur le risque d’arbitraire auquel il est confronté comme dans toutes ces affaires nauséabondes !

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Un diplomate au parcours sans faute 

Né en 1960, Bruno Foucher est un diplomate français, issu de la prestigieuse ENA, qui a occupé diverses fonctions tant à l’administration centrale (Quai d’Orsay) qu’à l’étranger (dans nos ambassades).  Diplomate chevronné, il est fin connaisseur de l’Afrique centrale et du Moyen-Orient. Au début de sa Carrière, il est successivement affecté à la direction des Nations-Unies et organisations internationales, à la Mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York, comme deuxième conseiller à Téhéran, puis premier conseiller à Riyad.

Il est ambassadeur de France au Tchad de 2006 à 2011, période pendant laquelle une guerre oppose le feu président Idriss Deby Itno à des mouvements rebelles armés par le Soudan. Il est ambassadeur de France en Iran de 2011 à 2016, où l’actualité est dominée par les négociations nucléaires qui aboutiront à l’accord sur le nucléaire iranien en juillet 2015. 2016 à 2017, marque une pause dans sa carrière à l’étranger. Période pendant laquelle il revient à Paris, et occupe la présidence de l’Institut français, en tant qu’ambassadeur chargé de l’action culturelle extérieure. Il reprend du service hors de l’hexagone de 2017 à 2020, où il est ambassadeur de France au Liban qu’il quitte au lendemain de l’explosion de Beyrouth en août 2020, et des deux visites au Liban du Président Emmanuel Macron. En novembre 2020, il devient envoyé spécial du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du rayonnement et de l’influence dans le monde arabo-musulman. Dans le cadre de ses fonctions, Bruno Foucher participe au côté de la médiation qatarie désignée à Doha, aux négociations visant à permettre aux 58 mouvements politico-militaires de signer un accord avec le gouvernement tchadien, pour la paix et la participation des groupes politico-militaires tchadiens au Dialogue National Inclusif et Souverain qui s’ouvre à N’Djamena le 20 août 2022[3]. Tel est le portrait qu’en dresse un média africain où ce haut fonctionnaire lorsqu’il rejoint son affectation en RCA en août 2023.

Que dire de plus d’une Carrière sans accroc d’un diplomate discret jusqu’au jour où la meute médiatique se lance à ses trousses pour l’accabler de tous les maux de la planète diplomatique ?

Un diplomate accusé de frivolités coupables 

Qu’apprenons-nous à la lecture du volatil qui tient ses informations du Marquis de source sûre et qui ne fait pas preuve de la moindre distance avant de porter des accusations graves et uniquement à charge contre la personne mise en cause ?

Entre janvier 2024 et mars 2026, l’Ambassadeur Bruno Foucher aurait invité dans ses appartements de la résidence de France à Bangui une trentaine de jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans – aucune n’est donc mineure – aux superbes prénoms : Chancella, Pamela, Christina, Manuella, Gypsie ou Roxiline. Cet incessant va-et-vient froufroutant aurait fini par inquiéter les prudes supergendarmes du GIGN chargés de sécuriser l’enclave diplomatique à Bangui. Leur compte-rendu aurait conduit le Quai d’Orsay à diligenter une inspection in situ du 7 au 10 avril dernier. Cette dernière aurait comptabilisé pas moins d’une quinzaine de visiteuses par mois avec des pointes durant les fins de semaine. L’une d’entre-elles aurait séjourné dans l’appartement privé de notre Excellence en son absence. L’Ambassadeur aurait justifié cet incessant passage par la nécessité d’aider ces dames dans leur scolarité (il aurait financé les études de Gypsie en espèces sonnantes et trébuchantes), de leur fournir un havre de calme. Du bout des lèvres, Bruno Foucher reconnait avoir eu des relations sexuelles avec deux des amazones majeures et plus que consentantes. Son comportement inapproprié aurait eu des conséquences graves sur la sécurité et la réputation de la France à laquelle il aurait contribué à nuire. Ni plus, ni moins. Voici les faits tels qu’ils nous sont relatés crument et sans détour par nos deux Rouletabille du volatil, gardiens de la morale publique et protecteur de la vertu des hauts fonctionnaires[4].

Comme toujours dans ce genre de situations complexes, plusieurs questions méritent d’être soulevées ? Combien de résidences d’ambassadeurs de France à l’étranger ont accueilli des « parties pas très fines » sans que le Département n’y trouve à redire. Allez comprendre pourquoi ? Y aurait-il des « parties pas très fines » plus acceptables que d’autres ? Nous sommes dans le règne du deux poids, deux mesures (DPDM) dans tout ce qu’il a d’intolérable.

Un diplomate au risque de l’arbitraire 

Avec un minimum de connaissance des arcanes complexes du fonctionnement du Quai d’Orsay, cette grande Maison de tolérance pour certains, nous estimons utile de ne pas prendre pour argent comptant toutes ces accusations qui relèvent du procès stalinien ! À ce stade, plusieurs remarques élémentaires s’imposent.

Comme tout un chacun, Bruno Foucher est présumé innocent tant qu’un tribunal indépendant et impartial ne l’aura pas déclaré coupable au terme d’une instruction conduite à charge et à décharge et dont la charge de la preuve revient à l’accusation comme l’exige l’article 6 (« Droit à un procès équitable ») de la Convention européenne des droits de l’homme à laquelle la France est partie depuis 1974[5]. Nous n’en sommes pas encore là selon les informations dont nous disposons à ce stade. Manifestement, nos perroquets à carte de presse ignorent tout de ce document fondamental dans un État de droit, eux qui se drapent dans la vertu cardinale de la sacro-sainte protection des droits de l’homme et autres carabistouilles.

L’inspection générale des Affaires étrangères, à laquelle le volatil fait référence, n’a rien d’un corps d’inspection hors-hiérarchie comme il en existe dans d’autres ministères régaliens. Il est un service (rattaché directement au Ministre dont il peut recevoir les instructions) comme un autre au sein duquel servent – souvent servilement – des collègues du mis en cause[6]. En ce sens, elle n’est ni indépendante, ni impartiale au sens de l’article 6 cité plus haut mais ses rapports sont inattaquables d’après la jurisprudence administrative. Ils sont censés être confidentiels. Qui a fait fuiter le rapport concernant Bruno Foucher aux médias et qui a commis une faute lourde qui pourrait lui valoir des sanctions ? Pourquoi ? Vraisemblablement, pour charger la barque et, ainsi, rendre impossible la défense de l’intéressé. Une ficelle aussi vielle que le monde. Comme le disait un ex-inspecteur général adjoint du MAEE qui savait de quoi il parlait : « L’inspection générale trouve toujours ce qu’elle cherche et ne trouve jamais ce qu’elle ne cherche pas ». On imagine les dispositions d’esprit dans lesquelles se trouvaient les inspecteurs, mandatés par le Secrétaire général du Quai d’Orsay, Martin Briens, qui se sont rendus sur place pour « enquêter » sur le cas Foucher …. La messe était dite avant même qu’ils n’aient posé le pied sur le sol de la RCA. Un classique de ces inspecteurs perfides. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage !

L’attitude de Jean-Noël Barrot dans cette affaire est plus qu’équivoque, à en croire les révélations du volatil. Le Ministre serait prix entre deux feux : sanctionner l’Ambassadeur au titre d’un impératif d’exemplarité ou ne pas le faire pour des raisons diplomatiques tenant au fait que le Président centrafricain – qui l’a reçu en grandes pompes en mars dernier – a toute confiance en Bruno Foucher. Une authentique dilemme cornélien à la sauce diplomatique. Mais, face à l’emballement médiatique suscité par cette affaire de coucherie, le porte-parole du Quai annonce urbi et orbi le lancement d’une procédure disciplinaire contre l’Ambassadeur séducteur. Dans cette hypothèse, Jean-Noël Barrot a le choix entre deux hypothèses : la basse qui conduirait à infliger une sanction du 1er ou 2ème degré et se traduirait par un avertissement ou un blâme symbolique et la haute qui conduirait, après avis de la commission administrative paritaire réunie en formation disciplinaire, de lui infliger une sanction du 3ème ou 4ème degré pouvant aller jusqu’à la révocation (ceci nous semble exclu) ou à la mise à la retraite d’office (ceci nous semble plus probable). Hormis son caractère vexatoire, cette dernière n’aurait qu’un caractère théorique. En effet, à ce jour, Bruno Foucher a engrangé 46 ans de services (48 avec ses deux années de scolarité à l’ENA) et pareille mesure n’aurait aucune incidence sur le montant de ses droits à la retraite. Par contre, elle devrait conduire le Président de la République à mettre un coup d’arrêt à sa mission en RCA. Est-ce souhaitable dans le contexte de nos relations bilatérales avec ce pays ? Manifestement, nos journalistes de pacotille n’ont pas eu la présence d’esprit de se poser de telles questions inutiles. Cela dépasse largement leur esprit critique limité et leur QI de bulot.

L’attitude du GIGN, elle aussi pose problème, dans la mesure où c’est lui qui aurait signalé à Paris les faits coupables de notre Ambassadeur à Bangui au titre de la protection des intérêts de sécurité de la France menacés par de superbes amazones[7] qui auraient pu travailler pour la Russie via le groupe Wagner. Est-ce son rôle d’être le gendarme des mœurs de la chancellerie diplomatique ? Quels intérêts spécifiques défend-il dans le cas d’espèce ? Tout ceci est loin d’être limpide

Souvenons-nous des cas récents d’Ambassadeurs sanctionnés pour des motifs divers, voire futiles avec la bénédiction du très sérieux Conseil d’État dont la conception de l’impartialité (subjective et non objective) laisse rêveur les authentiques juristes. Ne parlons-pas de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui abdique devant la plus haute juridiction administrative face à la déraison d’État ! Pour ce qui est de la Centrafrique, souvenons-nous de notre ex-Ambassadeur, aussi intègre que compétent, qui a été injustement et indignement sanctionné par une mise à la retraite d’office alors qu’il était innocent de tous les griefs formulés à son encontre[8]. Surtout, dans l’ex-Afrique francophone, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas[9]. La France à fric a encore de beaux jours devant elle. Que se cache-t-il derrière le cas de Bruno Foucher ? Question que la meute médiatique ne se pose pas. Ne parlons pas de cette Ambassadrice experte en parties fines qui ne fut jamais sanctionnée si ce n’est en allant représenter notre pays près du Saint-Père pour expier ses fautes ! Ne parlons pas de tous ces diplomates discrètement exfiltrés vers quelques instituts de recherche parisiens où ils coulent des jours heureux en dépit des graves accusations fondées qui pèsent sur eux (attirance irrépressible pour les mineurs) !Ne parlons-pas, dans un passé très récent, de notre fringuant Ambassadeur à Alger publiquement désavoué par le Président de la République, le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, le Ministre de l’Intérieur sans oublier le Président algérien pour ses propos déplacés et mensongers qui continue de couler des jours heureux à la Résidence des Oliviers alors qu’il aurait dû faire sa valise diplomatique pour retrouver la canicule du Septième arrondissement de Paris ![10] Toutes choses que le prude volatil ignore ou feint d’ignorer… Pourquoi ? Y aurait-il des cas d’Ambassadeurs plus dignes d’attention de leur part que d’autres ?

Tout ceci devrait conduire à la plus grande prudence nos perroquets à carte de presse, experts en copier-coller et peu portés à des enquêtes journalistiques sérieuses à charge et à décharge. Entre information et délation, il n’y a souvent qu’un petit pas facile à franchir si on n’y prend garde. Pour relativiser cette vulgaire affaire de cornecul, ils devraient prendre connaissance des multiples turpitudes de la cohorte diplomatique exposées en son temps dans les ouvrages de Franck Renaud[11] et du sinistre, Vincent Jauvert[12]. Ceci leur donnerait matière à réflexion et à relativisation.

Savoir raison garder : l’enfer, c’est les autres 

« Prudence est commencement de sagesse » (Pierre-Louis Stahl). Manifestement, nos folliculaires à carte de presse et leurs idiots utiles ne font pas preuve de la prudence élémentaire lorsqu’ils « livrent aux chiens l’honneur d’un homme » pour reprendre la formule assassine de François Mitterrand concernant le traitement médiatique de l’affaire Pierre Bérégovoy. Peu leur chaut qu’ils pourraient peut-être démolir durablement la vie d’un innocent. Même si comparaison n’est pas raison, l’on peut s’interroger sur le point de savoir comment ces journaleux à l’intelligence limitée auraient traité le cas du capitaine Dreyfus que tout accusait ? La démonstration du Canard enchaîné n’a, à nos yeux, rien de probant. Elle procède par pétitions de principe. Elle est dangereuse et contraire à la déontologie d’un journalisme sérieux et objectif. Pourquoi persiste-t-elle à rester silencieuse sur les suites de l’affaire du diplomate Fabrice Aidan dont le MAEE nous annonçait, à grands coups de trompettes, les forfaits, les poursuites engagées contre lui et l’imminence d’une sanction administrative avant une sanction pénale[13]. Les voies du Seigneur sont impénétrables quand il en va des exigences de la déraison d’État. Le moins que l’on puisse dire est, qu’avec ce rififi à Bangui, le Ministère des étranges affaires[14] sis Quai d’Orsay se transforme en Quai des Brumes.

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Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur


[1] Après avoir rejoint le général de Gaulle à Londres, Maurice Dejean fut commissaire national aux Affaires étrangères au sein du Comité national français de la France Libre (CNF) de 1941 à 1942.

[2] Odile Benyahia-Kouider/Christophe Labbé, L’ambassadeur en Centrafrique pris dans des parties très fines, Le Canard enchaîné, 12 août 2026, pp. 1 et 3.

[3] https://centrafrica.com/qui-est-bruno-foucher-le-futur-ambassadeur-de-france-en-rca/

[4] Jérôme Lefilliâtre, Un établissement libertin contraint à la fermeture, Le Monde, 19 août 2026, p. 11.

[5] https://www.echr.coe.int/documents/d/echr/convention_FRA

[6] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/administration

[7] En Afrique, on dit qu’elles font boutique de leur c. (en langage plus poli, leur séant).

[8] Charles Malinas, Un intermède centrafricain. La France en Centrafrique 2013-2016, L’Harmattan, 2022.

[9] Pacôme Pahandji, L’affaire Bruno Foucher, dernier épisode d’une série de crises pour l’ambassade française en Afriquewww.jeuneafrique.com , 19 août 2026.

[10] Jean Daspry, L’Ambassadeur a dit la vérité ( ?), il doit être exécuté ( ?)www.lediplomate.media , 5 août 2026.

[11] Franck Renaud, Les diplomates. Derrière la façade des ambassades, Nouveau Monde éditions, 2011. 

[12] Vincent Jauvert, La face cachée du Quai d’Orsay. Enquête sur un ministère à la dérive, Robert Laffont, 2016.

[13] Jean Daspry, Le Quai d’Orsay, maison de tolérance ?www.lediplomate.media , 12 février 2026.

[14] Firicro L. P., Heurts, dérives et déboires des affaires étrangères (ou d’étranges hères aux affaires), La Maison du document, 2012.


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