ANALYSE – Guerre hybride, un terme bien pratique pour manipuler les foules

Par Alain Rodier
Un mélodrame vient de se terminer (jusqu’au suivant). Les dirigeants européens se disent très préoccupés par l’attitude de Moscou et ont affirmé que la Russie pourrait tester la détermination de l’OTAN – et l’engagement de Trump envers l’article 5, la clause de défense collective de l’Alliance – par une attaque limitée ou autres provocations militaires.
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a effectué un déplacement – tout sauf secret via sa médiatisation – le 25 août à Moscou pour y rencontrer son homologue russe, le chef du SVR (service beaucoup moins médiatisé que le FSB et pourtant héritier du prestigieux premier directorat du KGB qui a recruté tous les grands espions de la Guerre froide dont les cinq de Cambridge qui ont fait un mal fou à l’Occident) Sergueï Narychkine.
Plusieurs médias avides de sensationnalisme ont expliqué que cette visite était avertissement Moscou pour ne pas attaquer un pays de l’OTAN.
Mais le président Donald Trump a par la suite nié cette version des faits rapportant que Ratcliffe n’était pas porteur d’un tel message. A propos de la « menace russe », il a précisé : « je ne suis pas du tout inquiet… Il n’y a pas de problème […] Ratcliffe voit son homologue russe une fois tous les six mois ou une fois par an. Ils ont une très bonne relation. Il n’y avait pas de message et il n’y avait rien d’inhabituel. » Il a ajouté ultérieurement à propos des Russes : « Ils ne vont pas attaquer le territoire de l’OTAN. » Il est vrai que dans l’esprit de beaucoup Trump est un « agent » russe tenu par le Kompromat des « golden showers » (voir wikipedia) dont d’ailleurs, on n’entend plus parler…
De son côté, Naryshkin le directeur du SVR a confirmé jeudi qu’il avait rencontré Ratcliffe lors de sa visite à Moscou précisant que ces échanges faisaient « une partie régulière de leur travail » et qu’« il n’y avait rien d’extraordinaire. » Pour ceux qui sont un peu dans la partie, les rencontres entre directeurs des services de renseignement sont effectivement un poncif.
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La guerre hybride, une construction ?
Il serait peut-être un peu temps de réfléchir un petit peu face à cette tension entre la Russie et l’Europe qui monte alimentée, d’un côté par les « lanceurs d’alerte » russes qui menacent depuis des années de raser Londres ou/et Paris, et par les médias européens mais plus grave encore, par leurs représentants politiques. Les termes de « guerre hybride » sont repris en boucle sans se soucier de ce que cela peut recouvrir.
Il faut avoir aucune notion d’Histoire pour le pas savoir que c’était bien pire du temps de la Guerre froide. L’Union soviétique – extrêmement agressive à l’époque vis-à-vis du monde libre car elle défendait son idéologie du communisme internationaliste – se livrait alors à des conflits par procuration depuis la fin de le Seconde guerre mondiale attaquant les pays colonialistes via les mouvements de libération et, dans les années 1970 via des groupuscules terroristes comme la Fraction Armée rouge (la bande à Baader), les Brigades rouges, Action directe, Septembre noir, etc…
Pour que l’on ne pas remonter pas à la source qui se trouvait au Kremlin, de multiples coupe-circuits passaient par les mouvements palestiniens, par la Libye, par des pays de l’Est, par des ONG dont certaines avaient été montées de toutes pièces et existent encore aujourd’hui sous couvert de guerre écologique…
De plus, l’intelligentsia européenne était totalement imprégnée par la doctrine marxiste-léniniste et/ou le maoïsme (ce qui semble être encore le cas aujourd’hui malgré les faits actés qui prouvent la responsabilité de ces doctrines dans des dizaines de millions de morts.) Ce n’était alors pas de l’« influence » mais du matraquage. Les Américains faisaient dans le moins subtil en passant tout simplement par le cinéma dont ils dominaient l’industrie…
À l’époque, les pays européens ont payé un lourd tribut à cette guerre sans nom (qui n’était pas appelée « hybride ») à travers de multiples attentats dont personne de voulait désigner les commanditaires. Aujourd’hui, le nombre de morts européens tués dans cette confrontation (hors Ukraine) est quasi nul.
Le négationnisme de la guerre secrète qui existait alors était tel que dans les forces françaises, il était prohibé lors des exercices militaires, de désigner l’ennemi par la couleur « rouge » (on disait alors « carmin » jugé plus politiquement correct.)
Aujourd’hui, les pays frontaliers de la Russie crient au loup pour obtenir plus de crédits, plus de présence militaire, etc. Le risque n’est certainement pas nul étant donné l’importance des populations d’origine russe vivant dans ces régions. Leurs responsables politiques jouent donc sur la hantise d’un interventionnisme à la « criméene »…
Ce n’est certainement pas faux les états-majors de tous bords ayant des « plans préétablis » pour faire face à toutes les situations.
Vers un conflit « de haute intensité »
Autre terme sorti des cartons est le conflit de « haute intensité. » Il est évident que si le Pacte de Varsovie avait attaqué l’Europe militairement durant la Guerre froide, cela aurait une guerre de très, très haute intensité atteignant rapidement l’engagement des armes nucléaires du champ de bataille. Mais avec le temps, la mémoire s’estompe…
Il convient uniquement de savoir si aujourd’hui les Français – en dehors des plus convaincus – sont prêts à abandonner famille, travail et le reste pour aller se faire trouer la peau pour d’autres…
Un doute m’effleure et j’en parle d’autant plus aisément que mon âge fait que je ne suis plus mobilisable après trente ans de services plus une quinzaine d’années de réserviste. Je fais désormais partie de ceux qui peuvent prendre des coups sans aucune capacité de répondre…
Au moment où nos sociétés européennes sont réellement menacées par une crise sociétale et économique qui peut tourner au chaos que personne ne sera en mesure de juguler, est-ce le moment de s’inventer des « guerres hybrides » ou est-ce le moyen de détourner l’attention du public ? Partez en week-end braves gens – le pétrole est encore abordable – mais si vous croisez un spetsnaz(1) russe, alertez vite la gendarmerie… Je crois rêver.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Ratcliffe à Moscou : Le vol secret qui révèle la peur d’une escalade
- Forces spéciales russes qui devaient s’emparer des centres de commandement de l’OTAN en cas de guerre d’invasion.
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