TRIBUNE – David Lisnard : Les marches d’une candidature

Par Pierre Sassine
De l’hypothèse présidentielle au Campus de Cannes, David Lisnard, le maire de Cannes et le président de Nouvelle Énergie, a construit sa candidature par paliers successifs. À chaque rendez-vous ou presque, une pièce supplémentaire a été ajoutée : l’ambition, la légitimité électorale, l’indépendance politique, le programme, la confrontation, la stature institutionnelle, puis l’organisation d’une véritable campagne. Les 29 et 30 août, Nouvelle Énergie tentera d’en franchir une nouvelle : celle de l’élargissement.
De l’ambition à l’émancipation
À première vue, ce pourrait être une université d’été politique parmi beaucoup d’autres. Les 29 et 30 août, Nouvelle Énergie réunira à Cannes élus, experts, militants et personnalités de la société civile pour son « Campus de la Gagne ». Tables rondes et ateliers précéderont, samedi soir sur la butte de Saint-Cassien, le discours de rentrée de David Lisnard. Le candidat précisera sans doute certaines propositions, mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Replacé dans le chemin parcouru depuis plusieurs mois, Cannes apparaît comme la prochaine étape d’une construction politique menée avec méthode. Car la candidature Lisnard n’est pas née d’une déclaration spectaculaire. Elle s’est installée, marche après marche.
Il faut remonter au début de 2025 pour saisir cette évolution. Le 17 janvier, alors que la droite cherche encore comment elle désignera son candidat pour 2027, David Lisnard sort véritablement du bois. Il plaide pour une grande primaire et prévient : « Je serai de la compétition. » La formule exprime une ambition sans encore la transformer en candidature irrévocable. Lisnard demeure alors membre des Républicains et pense encore son chemin présidentiel dans le cadre d’une compétition permettant de départager les différentes sensibilités de la droite et du centre.
Un an plus tard, le ton change. Le 20 janvier 2026, à la Maison de la Mutualité à Paris, devant plus de 1 800 personnes réunies pour les vœux de Nouvelle Énergie, il répond cette fois sans détour : « Oui, j’irai. » La présidentielle n’est plus une possibilité mais l’horizon autour duquel le reste va désormais s’ordonner.
Avant la rupture politique intervient cependant une échéance locale. Le 15 mars, David Lisnard est réélu dès le premier tour à Cannes avec 81,11 % des suffrages exprimés. Un résultat municipal ne préjuge évidemment en rien d’une élection nationale, et Cannes n’est pas la France. Mais cette victoire lui permet de présenter son territoire comme la démonstration concrète de sa méthode de gouvernement.
Quelques jours plus tard, il annonce son intention de quitter Les Républicains. Le 31 mars, après avoir remis sa démission à Bruno Retailleau, il formalise son départ et affirme au journal de 20 heures de France 2 : « Je suis candidat » à l’élection présidentielle de 2027. Jusqu’alors, il pouvait encore apparaître comme l’un des prétendants d’une famille politique cherchant son champion. Désormais, il poursuit son chemin avec son propre mouvement, Nouvelle Énergie, tout en continuant à défendre l’idée d’une compétition permettant de départager les candidats de la droite et du centre.
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De Taverny à Saint-Raphaël : donner corps à la candidature
Une candidature ne peut rester une déclaration d’intention. Dès le 7 avril à Paris, Lisnard revient sur l’un de ses marqueurs les plus anciens, la lutte contre la bureaucratie, en présentant ses propositions à l’issue d’une enquête nationale sur « l’enfer administratif ». La mise en scène de codes passés à la broyeuse frappe les esprits, mais elle traduit surtout la volonté de transformer une identité politique déjà connue, liberté économique, réduction de la norme, réforme de l’État, en propositions de campagne. D’autres thèmes viennent ensuite compléter progressivement l’offre.
Le 6 juin à Taverny constitue une étape différente. Lisnard débat publiquement avec Édouard Philippe lors d’une rencontre organisée par Florence Portelli. L’intérêt dépasse le contenu de l’échange : le maire de Cannes se retrouve directement confronté à un autre présidentiable déjà installé dans l’opinion. L’outsider ne parle plus seulement devant les siens ; il entre dans la confrontation avec l’un des principaux prétendants de l’espace politique qu’il veut occuper.
Onze jours plus tard, le 17 juin, nouvelle marche. David Lisnard choisit Bayeux, lieu chargé de symbole puisque Charles de Gaulle y avait exposé, le 16 juin 1946, sa conception des institutions. Il y présente à son tour son projet institutionnel : retour au septennat, recours accru au référendum, forte décentralisation et réaffirmation de la souveraineté démocratique. Il ne s’agit plus seulement de réforme économique ou administrative. Bayeux cherche à installer la dimension d’un candidat qui entend parler de l’architecture même de l’État et de l’exercice du pouvoir.
Le 30 juin, devant près de 200 chefs d’entreprise, un débat avec Sarah Knafo autour du libéralisme et de l’entreprise ajoute un nouvel exercice de confrontation. Puis, le 2 juillet, la préparation change de nature avec la désignation de Philippe Castanet, ancien préfet et haut fonctionnaire, à la direction de la campagne. La candidature devient aussi une organisation.
Le lendemain, à Saint-Raphaël, David Lisnard franchit une étape supplémentaire avec son premier grand meeting de campagne présidentielle. Devant environ 2 000 personnes, il ne s’agit plus d’un discours thématique ou d’un débat avec un concurrent, mais d’un rassemblement conçu pour présenter une vision d’ensemble. L’Institut Montaigne relève notamment la cohérence entre sa critique de la bureaucratie et de l’impuissance publique et la valorisation de son expérience locale comme démonstration d’une autre manière d’exercer le pouvoir.
Saint-Raphaël marque ainsi le passage à la campagne. Mais il révèle aussi la difficulté qui demeure. Testée pour la première fois fin juin, sa candidature recueille 2 % des intentions de vote dans le scénario étudié. La construction politique existe ; sa traduction électorale reste à accomplir.
Cannes : élargir pour changer d’échelle
C’est ce qui donne son importance au rendez-vous de Cannes. Les personnalités déjà annoncées composent un ensemble volontairement éclectique : Pierre Gattaz, Rachel Khan, Céline Pina, Laurent Alexandre, Sophie de Menthon, Willy Sagnol, Mickaëlle Paty ou encore Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement réformateur belge. Des profils issus des nouveaux univers numériques doivent également participer aux travaux. Entreprise, culture, débat intellectuel, technologies, sport, école, laïcité et réseaux : la diversité paraît assumée.
Elle est probablement plus significative que l’attente d’une nouvelle annonce programmatique. Les grands fondamentaux de Lisnard sont désormais identifiés. Cannes semble plutôt devoir montrer autour du candidat quelque chose qu’aucun programme ne peut fabriquer à lui seul : une capacité d’agrégation, au-delà de son appareil et de ses soutiens habituels.
Depuis janvier, chaque rendez-vous a ainsi ajouté une pièce à l’édifice. La Mutualité avait consacré la volonté. Les municipales avaient conforté l’assise locale. Le départ de LR avait donné naissance à la candidature indépendante. Avril avait renforcé le contenu. Taverny avait installé la confrontation. Bayeux avait recherché la hauteur institutionnelle. La désignation d’un directeur de campagne avait structuré l’organisation. Saint-Raphaël avait lancé la campagne. Cannes devra maintenant montrer si Nouvelle Énergie peut dépasser le cercle du candidat, de ses élus et de ses militants pour commencer à constituer autour de lui un espace politique plus large.
David Lisnard a donc franchi méthodiquement les marches d’une candidature. Il lui reste la plus difficile : transformer une construction politique en dynamique électorale.
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