ANALYSE – Mer Rouge : Les Houthis transforment Bab el-Mandeb en piège à milliards

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Les attaques des rebelles houthis contre les navires commerciaux en mer Rouge ont repris de plus belle. Après une accalmie observée à l’automne 2025 suite à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, les milices yéménites soutenues par Téhéran ont rouvert les hostilités.
Le 20 juillet 2026, elles ont décrété un embargo maritime contre l’Arabie saoudite, visant désormais spécifiquement les pétroliers du royaume.
De fait, les grandes compagnies maritimes, qui avaient timidement recommencé à utiliser le canal de Suez, sont de nouveau contraintes de faire le tour de l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
Des surcoûts vertigineux
Ce détour n’a rien d’anodin. Il allonge les trajets de 14 à 20 jours et fait flamber la facture. Pour un pétrolier saoudien, chaque expédition coûterait désormais 5 millions de dollars supplémentaires.
En cause, la consommation de carburant, la prolongation des temps de transit, la hausse des primes d’assurance et la réduction de la disponibilité des navires.
Les primes de risque de guerre ont bondi de manière spectaculaire, passant d’environ 0,05 % à plus de 1 % de la valeur assurée du navire.
Pour un grand pétrolier, l’addition se chiffre en millions. Le Fonds monétaire international estime que plus de 60 % du trafic conteneurisé a été redirigé via le cap de Bonne-Espérance.
Un bouleversement logistique qui n’a pas seulement des conséquences économiques : il fragilise l’ensemble du commerce mondial déjà éprouvé par l’inflation.
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Une cascade de contentieux en perspective
Mais au-delà des seuls surcoûts opérationnels, c’est un véritable raz-de-marée juridique qui se profile. Les contrats d’affrètement, ces conventions qui lient armateurs et affréteurs, vont se retrouver au cœur de batailles judiciaires. Qui doit payer la note du détour ? L’armateur, qui décide de la route ? L’affreteur, qui loue le navire ? L’assureur ? Les clauses « risque de guerre » sont au centre du débat.
Comme l’explique Hannah Chua, associée chez Clyde & Co à Singapour, les récentes attaques contre des navires saoudiens pourraient donner lieu à des tensions similaires à celles déjà observées-.
Les questions juridiques sont multiples. Le détour par le Cap constitue-t-il une « déviation » contractuelle, susceptible d’être qualifiée de rupture de contrat ? Les attaques houthis peuvent-elles être assimilées à une situation d’hostilité, de violence ou de terrorisme, justifiant l’invocation des clauses de guerre?
Les contrats peuvent-ils être résiliés ou déclarés frustrés ? Les avocats spécialisés s’attendent à des mois, voire des années de contentieux. Les pertes se chiffrent déjà en milliards de dollars.
Une nouvelle donne géopolitique
Cette crise n’est pas seulement un problème de contrats ou de logistique. Elle marque un tournant dans la stratégie des Houthis.
Après avoir multiplié les attaques « destructrices » entre 2023 et 2025, ils semblent désormais chercher à instaurer un contrôle économique sur les voies maritimes, à l’image du modèle mis en place par l’Iran dans le détroit d’Ormuz.
L’objectif ? décider qui peut transiter et à quel prix ? Une évolution inquiétante qui transforme le détroit de Bab el-Mandeb en un passage sous influence milicienne.
Des conséquences mondiales
Les répercussions de cette crise dépassent largement le cadre du transport maritime. L’Égypte, qui percevait des revenus cruciaux du canal de Suez, voit son trafic chuter de 70 %. L’Inde, pays importateur de pétrole, pourrait voir sa facture énergétique augmenter de 8 à 10 milliards de dollars en raison des détours imposés.
Les assureurs de Londres, eux, refusent désormais de couvrir les navires liés à l’Arabie saoudite en mer Rouge.
Une leçon de géopolitique
Cette crise nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : la liberté de navigation n’est jamais acquise.
Elle est le fruit d’un ordre international fragile, que des acteurs comme les Houthis, soutenus par l’Iran, peuvent remettre en cause en quelques semaines. Et c’est, in fine, le consommateur et le contribuable qui paieront la facture de ces détours imposés, sous la forme de prix plus élevés et d’une inflation persistante. Une leçon de géopolitique que les décideurs européens feraient bien de méditer, alors que la mer Rouge redevient un théâtre d’opérations où se joue, aussi, la stabilité de nos économies.
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Sources :
Yemen’s Houthis declare naval blockade against Saudi Arabia », Reuters, 20 juillet 2026
« Houthis Claim Strikes on 2 Saudi Oil Tankers in Red Sea », The New York Times, 23 juillet 2026
« The Daily View: See you in court » – Worldports / Lloyd’s List, 3 août 2026
« Red Sea crisis redux: Bab el Mandeb could be the next tanker chokepoint », Lloyd’s List, 21 juillet 2026
« Saudi tanker U-turns may add $10 billion to India’s oil bill », Financial Express, 23 juillet 2026
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