ANALYSE – Nigeria : Persécution des chrétiens, une litanie de massacres que la communauté internationale regarde sans agir

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
L’attaque du 21 août 2026 dans l’État du Niger n’est hélas qu’un épisode de plus dans une longue litanie de violences qui ensanglantent le Nigeria depuis près de dix-sept ans et où les chrétiens sont les premières cibles.
Ce pays, le plus peuplé d’Afrique, est en proie à une insurrection djihadiste qui n’a cessé de s’intensifier, transformant les enlèvements de masse en tactique systématique, triste souvenir de l’enlèvement, en 2014, de centaines de collégiennes à Chibok.
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Un conflit qui s’étend et se durcit
L’insurrection de Boko Haram a éclaté en 2009 dans le nord du Nigeria-. Depuis, le conflit s’est fragmenté et n’a cessé de gagner du terrain. Si le foyer principal reste le nord-est, l’ouest du pays connaît unerecrudescence inquiétante des activités des groupes armés locaux et des militants venus du Sahel.
Le groupe Lakurawa, responsable du dernier massacre, illustre cette nouvelle donne. Ses attaques meurtrières dans le nord-ouest ont attiré l’attention pour la première fois en 2024.
Entre novembre 2024 et septembre 2025, il a déjà tué près de 100 personnes, pour la plupart des membres de communautés rurales.
Ce groupe obscur, que certains chercheurs associent à la « Province du Sahel de l’État islamique » (ISSP), a été officiellement désigné organisation terroriste par les autorités nigérianes fin 2024-.
Les attaques se succèdent à un rythme effréné. En juin 2026, un raid de Lakurawa a causé une vingtaine de morts selon un rapport de l’ONU.
En avril 2026, des djihadistes ont pris d’assaut une base militaire dans le nord-est, tuant plusieurs soldats et un général de brigade-. Plus récemment, une semaine avant le massacre de Dikera, des hommes armés ont tué au moins 32 personnes pendant la prière du vendredi dans une mosquée de l’État de Sokoto. Et entre janvier et avril 2026, au moins 1 100 personnes ont été enlevées au Nigeria, selon Amnesty International. Des chiffres qui, reconnaît l’organisation, sous-estiment très probablement l’ampleur réelle du drame.
La communauté internationale : des paroles, des promesses, peu d’actes
Face à cette spirale de violence, la communauté internationale se contente bien souvent de condamnations verbales et d’initiatives cosmétiques.
L’Union africaine, comme elle le fait depuis des années, a condamné « fermement » les attentats – on se souvient de ses déclarations en 2014 après le massacre de Jos– et réitéré son « plein soutien » aux efforts du gouvernement nigérian-. Des paroles qui, hélas, n’ont jamais arrêté une seule balle.
L’Union européenne partage la « douleur » des familles des victimes soutient des programmes de « déradicalisation »et apporte une « assistance considérable » à la force multinationale du bassin du lac Tchad.L’Allemagne, premier contributeur, a dépensé plus de 120 millions d’euros ces dernières années dans des mesures de stabilisation. Soit. Mais où sont les résultats ?
La Francea renouvelé son engagement à soutenir le Nigeria dans sa lutte contre les extrémistes islamistes, avec un accent sur le partage de renseignements, les formations conjointes et le renforcement des capacités des forces de sécurité nigérianes. Un soutien qui rappelle les missions sahéliennes dont on connaît le bilan pour le moins contrasté.
Les États-Unis ont adopté une position plus musclée sur le plan rhétorique. Donald Trump a accusé le Nigeria de « génocide » contre les chrétiens et menacé d’une intervention militaire-. En janvier 2026, les États-Unis ont mené des frappes contre des cibles de l’État islamique au Nigeria et ont déployé 200 soldats pour des missions de formation. Mais ces actions restent ponctuelles et ne s’attaquent pas aux racines profondes du mal.
L’impuissance et le constat d’échec
La réalité est cruelle : les communautés rurales du gouvernorat de Borgu, isolées au cœur de zones difficiles d’accès, sont abandonnées à leur sort.
La police elle-même admet que le mauvais état des routes entrave les efforts des forces de sécurité L’armée nigériane, pourtant considérée comme mieux équipée que ses voisins sahéliens semble impuissante à endiguer un fléau qui la dépasse.
Pendant ce temps, les djihadistes imposent leurs « taxes » aux agriculteurs, saisissent les récoltes et le bétail et la communauté internationale regarde, condamne, promet, mais n’agit pas véritablement. Les déclarations de compassion et les programmes d’aide, aussi louables soient-ils, ne remplaceront jamais une stratégie de lutte antiterroriste cohérente et résolue.
Combien de massacres faudra-t-il encore pour que l’on cesse de parler pour parler ?
Le Nigeria s’enfonce jour après jour dans une guerre asymétrique que personne, ni à Abuja ni dans les capitales occidentales, ne semble en mesure de gagner. Et pendant ce temps, des dizaines de fidèles continuent de tomber sous les couteaux et les machettes des djihadistes, au nom d’un islam que ces mêmes djihadistes prétendent défendre en égorgeant ceux qui ne le pratiquent pas « correctement »
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