DÉCRYPTAGE – Iran, la potence comme instrument de gouvernement

DÉCRYPTAGE – Iran, la potence comme instrument de gouvernement

lediplomate.media — imprimé le 01/08/2026
Iran, la potence comme instrument
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Deux jeunes hommes pendus en public à Ispahan après un procès collectif contesté par les Nations unies

À l’aube du 28 juillet, sur la place Alikhani à Ispahan, Amirhossein Safari Hosseinabadi, âgé de 27 ans, et Abolfazl Sepahi Badjani, âgé de 23 ans, ont été pendus en public. Les autorités iraniennes les avaient reconnus coupables d’avoir participé au meurtre de quatre membres des forces de sécurité lors des manifestations de janvier 2026, ainsi qu’à l’incendie d’un commissariat de police et à la dégradation de bâtiments publics. Leur exécution a été confirmée par la justice iranienne et par l’agence de presse américaine Associated Press.

Le problème, cependant, ne concerne pas seulement la gravité des accusations. Il porte également sur la manière dont les condamnations ont été prononcées et sur la signification politique attribuée à leur exécution publique.

Le 27 juillet, quelques heures avant l’installation de la potence, un groupe d’experts indépendants des Nations unies avait demandé à Téhéran d’annuler les condamnations à mort prononcées contre les douze accusés dans l’affaire dite de la place Alikhani. Selon ces experts, les douze personnes auraient été condamnées au cours d’une unique audience collective, tenue à huis clos, sans que les responsabilités individuelles aient été clairement établies.

Les accusations formulées par les Nations unies sont particulièrement graves : arrestations arbitraires, disparitions forcées, mauvais traitements, refus de l’accès à des avocats choisis par les accusés et aveux obtenus sous la contrainte. Certains de ces aveux auraient été diffusés par la télévision d’État avant même l’ouverture du procès, transformant la procédure judiciaire en une mise en scène politique destinée à l’opinion publique.

Une exécution destinée à la société iranienne

Le choix de pendre les deux condamnés sur la même place où s’étaient déroulées les manifestations ne semble pas fortuit. La peine n’a pas seulement été exécutée contre deux individus : elle a été montrée à une ville entière.

La potence devient ainsi un moyen de communication politique. L’État ne se contente pas de punir, mais met en scène sa capacité à frapper. Le message s’adresse avant tout aux jeunes, aux étudiants, aux travailleurs et aux familles qui avaient participé aux manifestations de l’hiver dernier ou qui en avaient été témoins.

La fonction stratégique de l’exécution publique est la dissuasion. Dans une phase marquée par les tensions sociales, les difficultés économiques et une pression internationale croissante, les autorités iraniennes cherchent à empêcher que de nouvelles protestations ne se transforment en une contestation permanente du système politique.

Au cours de la nuit précédant l’exécution, de nombreux habitants se seraient rassemblés à proximité de la place. Certaines images diffusées sur les réseaux sociaux montreraient des tensions et des affrontements avec les forces de sécurité, mais tous les détails n’ont pas encore pu être vérifiés de manière indépendante. L’important dispositif de surveillance déployé autour de la potence indique néanmoins que les autorités redoutaient une mobilisation populaire.

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Quatre exécutions et huit autres condamnés en danger

Le 19 juillet, Erfan Esfandiari et Golmohammad Mohammadi, également impliqués dans la même procédure, avaient déjà été pendus. Avec les exécutions du 28 juillet, quatre des douze condamnés ont été mis à mort en un peu plus d’une semaine. Les huit autres restent exposés au risque d’une exécution imminente.

Cette accélération ne peut être dissociée de l’augmentation plus générale du nombre d’exécutions en Iran. Dans les prisons iraniennes, la protestation des détenus condamnés à mort s’est intensifiée : dans la prison de Ghezel Hesar, environ mille cinq cents prisonniers auraient participé à une grève de la faim contre le recours de plus en plus fréquent à la peine capitale.

Le recours à la potence répond donc également à une logique de contrôle intérieur. Lorsque la légitimité politique s’affaiblit, le pouvoir tend à remplacer le consentement par la peur. Mais la répression peut produire un résultat opposé à celui qui est recherché : transformer les condamnés en symboles et nourrir un sentiment d’injustice destiné à survivre aux manifestations elles-mêmes.

La faiblesse de la réponse européenne

La France et l’Union européenne disposent de moyens diplomatiques limités, mais non inexistants. Elles peuvent convoquer les ambassadeurs iraniens, promouvoir une résolution internationale, demander la suspension des exécutions et imposer des mesures ciblées contre les magistrats, les responsables pénitentiaires et les fonctionnaires directement impliqués dans les procédures contestées.

Une action efficace devrait toutefois éviter les condamnations générales et se concentrer sur les huit personnes encore en vie. La priorité n’est pas seulement de condamner ce qui s’est déjà produit, mais d’empêcher l’exécution des autres sentences.

Sur le plan géopolitique, la question est également délicate. L’Iran est engagé dans une confrontation extérieure de plus en plus dure et peut utiliser les pressions occidentales pour renforcer le récit d’un pays assiégé par des puissances étrangères. Toute initiative européenne devra donc s’appuyer sur le droit international et sur l’exigence de procédures individuelles, publiques et respectueuses des garanties fondamentales, sans offrir aux autorités iraniennes le prétexte de présenter les condamnés comme des instruments au service de puissances ennemies.

La peur comme signe de fragilité ?

Téhéran veut démontrer qu’il conserve le contrôle des places publiques, des tribunaux et des prisons. Mais un État contraint d’élever une potence sur le lieu même d’une manifestation révèle aussi sa propre peur.

Les exécutions d’Ispahan ne constituent pas seulement une violation des droits fondamentaux. Elles montrent un pouvoir qui, face à la crise économique, à la pression internationale et à la rupture croissante avec une partie de sa propre société, considère la mort publique comme un instrument de gouvernement.

Les huit condamnés encore détenus constituent désormais une épreuve concrète pour la communauté internationale. Le temps des déclarations générales est terminé. Chaque jour de silence peut conduire à une nouvelle aube devant la potence.

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Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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