ANALYSE – Émeutes du 17 octobre : L’alibi du Golfe et la France face à sa crise intérieure

ANALYSE – Émeutes du 17 octobre : L’alibi du Golfe et la France face à sa crise intérieure

lediplomate.media — imprimé le 22/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
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Par Angélique Bouchard

Le 17 octobre, la révolte lycéenne qui secouait la France depuis la fin de septembre a rejoint une journée nationale contre la vie chère. Le soir même, des bâtiments publics brûlaient et des commerces étaient pillés dans plusieurs villes. Emmanuel Macron a imputé une partie de la colère au conflit dans le Golfe persique et à la flambée des carburants ; son propre gouvernement accuse l’ultra-gauche ; de Washington à Budapest, on y voit le fruit de l’immigration. Chacun de ces récits éclaire une part de la crise. Le premier, lui, sert surtout à ne pas regarder les deux autres.

Début octobre, ces colonnes décrivaient une rue lycéenne qui avait déjà commencé la campagne présidentielle. Trois semaines plus tard, le mouvement a changé d’échelle. Né de revendications scolaires documentées — classes surchargées, enseignants non remplacés, locaux dégradés —, il a basculé dans les incendies et les pillages avant de se fondre, le samedi 17 octobre, dans une journée nationale contre le coût de la vie. Dès le 6 octobre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, comptait devant la commission des lois 6 629 interpellations depuis le début du mouvement lycéen. La veille du 17, il redoutait sur France 2 des « dégradations de l’ultragauche » autour de quelque 250 actions et 80 cortèges annoncés.

Les estimations de participation divergent : environ 200 000 manifestants, dont 40 000 à Paris, selon une légende de l’AFP ; plus d’un odemi-million selon Bloomberg. Les bilans d’interpellations varient tout autant. Les autorités ont fait état de 1 800 arrestations, dont plus de 800 à Paris, rapporte Fox News, quand l’analyste Lisa Daftari évoque près de 2 400 interpellations en une seule journée. L’hôtel de ville de Limoges a été ravagé par les flammes. Le lundi 19, Sébastien Lecornu a demandé aux préfets d’instaurer des couvre-feux partiels, tandis qu’Emmanuel Macron ordonnait une revue de sécurité après ce que Fox News décrit comme un échec majeur du renseignement : 60 000 policiers débordés, des responsables reconnaissant que l’ordre avait été perdu dans plusieurs grandes villes, et un ministre de l’Intérieur qui a présenté sa démission au président.

Le Golfe, une explication commode

Dans son allocution télévisée du dimanche 18 octobre, Emmanuel Macron a relié une partie du mécontentement à la guerre dans le Golfe. Les manifestants, a-t-il déclaré, ont exprimé leur inquiétude face au coût de la vie et au prix du carburant, « tous deux tirés par le conflit lancé dans le Golfe persique, un conflit auquel la France n’a pris aucune part mais dont nous subissons les conséquences ». Il a dit comprendre une préoccupation partagée « dans plusieurs autres capitales européennes », annoncé des initiatives internationales pour sécuriser l’approvisionnement en carburant et en gaz, ainsi qu’une tournée dans trois pays du Golfe consacrée à la crise énergétique. Ceux qui ont tenté « de faire tomber la République », a-t-il ajouté, en répondront.

Cette grille de lecture a aussitôt été contestée. Interrogée par Fox News Digital, Lisa Daftari, spécialiste de l’Iran et rédactrice en chef de The Foreign Desk, retourne d’abord l’argument : si le carburant est cher, c’est que le régime iranien a fermé le détroit d’Ormuz et pris en otage l’approvisionnement énergétique mondial. Surtout, les faits ne collent pas au récit présidentiel. Infrastructures et monuments incendiés, commerces pillés dans tout le pays, près de 2 400 interpellations en une journée : rien de cela, selon elle, ne ressemble à une protestation contre le prix du gazole, mais à un désordre organisé que le gouvernement lui-même reconnaît en accusant l’ultra-gauche et les délinquants. La France traverse une crise intérieure, conclut-elle, et la géopolitique du moment ne saurait lui servir d’alibi. Le correspondant de Fox News relève d’ailleurs qu’on peine à identifier les manifestants auxquels le président prêtait ces inquiétudes sur les carburants.

Le gouvernement ne s’en tient pas, en effet, à l’explication énergétique. Le Premier ministre accuse le « mouvement d’ultra-gauche » d’orchestrer un « désordre profond » à l’approche de la présidentielle. Dès le début du mois, selon Le Monde, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, avait reproché à LFI d’avoir alimenté les premières manifestations, avant de décrire un mouvement « pris en otage par des groupes d’ultra-gauche ». Jean-Luc Mélenchon et les députés insoumis rejettent toute responsabilité et accusent l’exécutif de politiser la crise. Marine Le Pen réclame pour sa part une loi anti-casseurs : « Il ne s’agit plus de manifestations de lycéens. Il s’agit d’émeutes organisées par des professionnels et supervisées par des députés de La France insoumise. » L’exécutif tient donc deux discours : lorsqu’il s’adresse au pays, il parle du Golfe ; lorsqu’il désigne des responsables, il parle de l’ultra-gauche.

Cinquante-quatre organisations derrière la rue

Le 19 octobre, une enquête de Fox News Digital signée Asra Q. Nomani a recensé 54 organisations et mouvements à l’œuvre dans la mobilisation d’octobre, de l’organisation directe à l’amplification médiatique, au sein de ce qu’elle nomme une « Chaos Inc. » aux ramifications internationales. Le chiffre qui compte est celui-ci : seize de ces structures seulement, à peine un tiers, sont étudiantes ou lycéennes. Les trente-huit autres sont des organisations d’adultes : partis communistes et révolutionnaires (Parti communiste français, Nouveau Parti anticapitaliste, Révolution permanente, Parti de l’égalité socialiste, Ligue communiste internationale), La France insoumise, les grandes confédérations syndicales et leurs fédérations de l’éducation (CGT, FO, FSU, SUD, Solidaires, CNT), les Gilets jaunes, les Soulèvements de la Terre, le Parti des Indigènes de la République, des structures propalestiniennes comme Urgence Palestine, et plusieurs relais liés au réseau de Neville Roy Singham, magnat américain de la tech installé à Shanghai : l’institut Tricontinental, CodePink et le média new-yorkais BreakThrough News. Côté jeunesse, l’Union de la jeunesse communiste, Le Poing levé, la Fédération syndicale étudiante et ses drapeaux rouges, l’Union syndicale lycéenne, l’UNEF, et les Étudiants musulmans de France, dont l’enquête note que le rôle exact le 17 octobre reste à confirmer.

L’inventaire a ses limites, que son auteure signale elle-même : plusieurs entités n’y figurent qu’au titre de la solidarité publique ou de la couverture médiatique, et quelques-unes, telles Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme ou la fédération de parents d’élèves FCPE, y sont rangées pour avoir appelé à manifester ou dénoncé la police, non pour avoir organisé quoi que ce soit. Mais l’ossature est bien là. Une mobilisation présentée comme lycéenne repose, pour les deux tiers, sur des appareils adultes, partisans ou syndicaux, dont une partie possède une longue expérience de la confrontation de rue. C’est cette ossature qui a élargi les revendications scolaires initiales à une confrontation générale avec le gouvernement, l’austérité, la police et, pour certains, les dépenses militaires. Le député insoumis Louis Boyard agitant un drapeau palestinien aux côtés d’étudiants de l’université Paris-Est-Créteil, Fabien Roussel défilant à Paris sous les drapeaux du PCF, les militants de la FSE lançant à Bordeaux « une seule solution, la révolution » : les photographies des cortèges, où faucilles et marteaux, keffiehs, drapeaux palestiniens, algériens et marocains côtoient les chasubles de la CGT et les gilets jaunes, en portent la trace.

Le réseau Singham, lui, offre à la mobilisation une caisse de résonance mondiale. Vijay Prashad, directeur exécutif de Tricontinental, a salué sur X un embrasement reliant Paris, New Delhi et Buenos Aires. BreakThrough News a diffusé un montage d’affrontements filmés de Montpellier à Saint-Étienne, sous le titre « Les manifestations anti-Macron secouent la France ». Jodie Evans, cofondatrice de CodePink et épouse de Neville Roy Singham, invite les Américains à « regarder la France, l’Espagne et l’Inde » avant la mobilisation prévue en novembre à Washington contre les dépenses militaires. Une coalition de 28 organisations de jeunesse communistes et socialistes, du Royaume-Uni à la Grèce, appelle enfin à une grève européenne le 20 novembre dans douze pays, sous le mot d’ordre « Fight for Our Future, Not Their Wars! », avec débrayages, blocages et occupations. La France n’est pas la fin de l’histoire ; elle en est le modèle.

Le lendemain de l’enquête, Barak Seener, chercheur associé à la Henry Jackson Society, en tirait auprès de Fox News une lecture plus large : celle d’une « alliance rouge-verte » où l’immigration illégale sert de cheval de Troie, et dont Macron continuerait d’ignorer l’existence. L’inventaire de Nomani ne va pas jusque-là — il ne recense qu’une organisation musulmane, étudiante, au rôle non établi —, mais il documente ce que l’Élysée refuse de nommer : une convergence d’appareils qui n’ont rien de lycéen. Les autorités ont par ailleurs ouvert des enquêtes sur des allégations de violences policières, et Amnesty International a mis en garde contre un usage disproportionné de la force contre des mineurs.

Milan, Liège, Bruxelles, Madrid : les échos européens

La France n’est pas seule, comme l’a d’ailleurs relevé Emmanuel Macron. Le même week-end, des mobilisations sur le coût de la vie, l’éducation ou le logement ont dégénéré chez plusieurs voisins, avec un trait commun : des cortèges de très jeunes gens, souvent mineurs, dont une fraction bascule dans la violence et le pillage.

En Italie, les manifestations « Italia in piazza » contre la vie chère et la dégradation des services publics ont tourné à l’émeute les 17 et 18 octobre. Le samedi, selon Euronews, un cortège d’environ 5 000 personnes à Milan a été débordé par des groupes de jeunes cagoulés qui ont pris d’assaut la place du Dôme et la galerie Victor-Emmanuel-II : 25 blessés, dont dix policiers, 50 interpellés, la moitié mineurs ; douze interpellations à Turin, dix mineurs parmi eux, trouvés en possession de cocktails Molotov et de pavés ; sept à Bologne. Le dimanche, la guérilla a repris dans le centre de Milan par petits groupes mobiles : un supermarché Carrefour et un magasin Decathlon pillés, des vitrines brisées de la via Torino au Castello Sforzesco, et 271 personnes conduites à la questure, dont 220 mineurs. Trente-deux ont été placées en état d’arrestation, 23 d’entre elles mineures, et 174 ont fait l’objet du nouveau « fermo di prevenzione » créé par le dernier décret sécurité. Sur deux jours, plus de cent policiers ont été blessés. « Manifester est un droit, mettre nos villes à feu et à sang ne l’est pas », a réagi Giorgia Meloni, qui a convoqué une réunion sur l’ordre public le lundi et sommé l’opposition de ne pas être « ambiguë », car « toute réticence devient une justification ». Matteo Salvini a dénoncé « centres sociaux, maranza et racaille de gauche » ; la Ligue réclame la rétention préventive des mineurs. Le maire de gauche Giuseppe Sala, qui a jugé les violences « injustifiables » tout en comprenant les motifs de la colère, s’est aussitôt disputé avec le ministre de l’Intérieur sur le manque d’effectifs. En Italie comme en France, la rue d’octobre est déjà un objet de campagne.

En Belgique, la contestation a précédé le 17 octobre. Des lycéens liégeois sont descendus dans la rue dès le 1er octobre contre les réformes de l’enseignement francophone et le relèvement du minerval dans les hautes écoles et universités, revendications vite élargies à l’austérité et à la « répression policière ». Vitrines brisées, poubelles et scooters incendiés, projectiles sur la police : en une semaine, la police de Liège a procédé à 194 arrestations, dont 114 de mineurs, et le bourgmestre socialiste Willy Demeyer a interdit les rassemblements de plus de trois personnes. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, a envoyé des unités fédérales, accusé les antifas d’instrumentaliser des mineurs et reproché aux enseignants mobilisés de ne pas garder leurs élèves en classe. Le 17 octobre, à Bruxelles, entre 500 et 600 manifestants partis de la gare Centrale ont été bloqués à la gare du Midi, où canons à eau et gaz lacrymogène ont répondu aux projectiles et aux barricades ; la police a interpellé 150 personnes, dont 32 arrestations judiciaires, et compté cinq policiers blessés ; le plus jeune interpellé avait douze ans. À Liège, le même jour, 45 arrestations, dont 12 de mineurs. « De la violence pure et simple », a tranché Bernard Quintin.

En Espagne, le contexte diffère mais obéit à la même mécanique. L’expulsion, fin septembre, de Maricarmen Abascal, 87 ans, de l’appartement madrilène qu’elle occupait depuis soixante-et-onze ans, après le rachat de l’immeuble par un fonds d’investissement qui voulait relever son loyer de 275 %, a cristallisé la crise du logement. Un campement s’est installé à la Puerta del Sol, que la justice madrilène a refusé de faire évacuer. Le 3 octobre, des manifestations ont rassemblé de 70 000 à 500 000 personnes à Madrid et jusqu’à 50 000 à Valence, où la police a chargé ; Barcelone a suivi le 5 avec des dizaines de milliers de manifestants. Le 2 octobre, le Congrès avait rejeté les deux décrets-lois sur le logement du gouvernement ; le 5, Pedro Sánchez dissolvait les Cortès et convoquait des élections anticipées pour le 29 novembre. Maricarmen Abascal est morte le 7 octobre sans avoir revu son logement. En Espagne, la rue a fait tomber un calendrier électoral ; en France, elle en prépare un.

Ces épisodes ne répondent à aucune coordination centralisée, mais ils se nourrissent les uns des autres, et les réseaux militants le revendiquent — Jodie Evans ne cite pas la France, l’Espagne et l’Inde par hasard. Les dirigeants, eux, convergent sur le vocabulaire : la distinction que pose Giorgia Meloni entre le droit de manifester et le saccage, Péter Magyar la reprend presque mot pour mot depuis Budapest, à propos de la France. Celle-ci n’est donc pas un cas isolé ; elle se distingue par l’intensité des violences et par leur politisation, à six mois d’une présidentielle.

Washington et l’Europe centrale lisent la crise par l’immigration

Les réactions américaines ont été immédiates. Donald Trump affirme avoir averti Emmanuel Macron dès leur première rencontre : « Je lui ai dit : vous devez fermer vos frontières. Vous allez ruiner votre pays. Et ils ont ruiné leur pays. Ce sera difficile de le récupérer. Mais j’espère que la France reviendra. » Il a enfoncé le clou le lendemain : « les migrants ont pris le contrôle de la France ». Sur X, le vice-président JD Vance accuse les « libéraux occidentaux » d’avoir « importé le tiers-monde en France et dans d’autres pays au nom de la diversité et de la compassion » : « Ils ont ignoré les questions fondamentales d’assimilation et de compatibilité. On leur avait dit que cela mènerait à cela, et ils n’ont pas écouté. »

Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, voit dans les émeutes un « avertissement glaçant » pour les Américains. La France, écrit-il, sombre dans le chaos parce qu’elle a voulu des frontières ouvertes, « exactement comme les démocrates socialistes en Amérique », et les États-Unis ne sont « pas seulement dans une bataille d’idéologies politiques », mais dans « une bataille pour la préservation de [leur] civilisation ». La déclaration intervient à deux semaines des élections de mi-mandat, et Mike Johnson en tire explicitement la leçon : une victoire démocrate signifierait des frontières ouvertes et des étrangers en situation irrégulière envahissant le pays. La France sert ici d’argument électoral autant que de sujet d’analyse.

Le même mécanisme joue en Europe centrale. Le Premier ministre hongrois, Péter Magyar, a assuré que « l’Europe peut compter sur la Hongrie » et que ces destructions montraient pourquoi Budapest défend « l’approche la plus stricte possible » en matière migratoire. Son homologue polonais, Donald Tusk, a promis que la Pologne « ne répétera pas les erreurs d’autres pays européens, ni ne paiera pour elles », qu’elle défendait fermement sa frontière contre l’immigration illégale et expulsait ceux qui enfreignent la loi polonaise. Son prédécesseur et possible adversaire, Mateusz Morawiecki, a renchéri : « La France brûle, et nous devons être sages avant que le mal ne soit fait. » Selon Eurostat, cité par Fox News, la France comptait en 2025 près de 10 millions de résidents nés à l’étranger et l’Italie environ 7 millions, contre environ un million en Pologne, dont la moitié venue d’Ukraine, et moins de 700 000 en Hongrie, pour l’essentiel originaires d’autres pays de l’Union. La France affichait en 2024 l’un des plus hauts totaux d’infractions enregistrées de l’Union ; la Pologne et la Hongrie, parmi les plus bas.

Les analystes interrogés par Fox News en donnent la clé. Pour le politologue Daniel Schatz, les images de chaos pèsent plus lourd qu’une centaine de discours programmatiques, et le message des dirigeants est simple : voilà ce que nous entendons éviter. Les rues sont françaises ou italiennes, résume-t-il, mais les électeurs visés sont hongrois ou polonais. Boštjan Udovič, de l’université de Ljubljana, rappelle que ces pays lient leur appartenance européenne à une identité nationale forgée dans les luttes d’indépendance, et qu’ils ne sauraient adopter le modèle d’une société multiethnique ; Donald Tusk, ajoute-t-il, entre dans une précampagne où la migration pèsera. L’Élysée invoque le Golfe ; Washington, Budapest et Varsovie invoquent la France. Mais l’argument électoral n’invalide pas le constat : les drapeaux algériens et marocains dans les cortèges, les quartiers d’où sont partis les premiers blocus, le profil des interpellés que les autorités se gardent de publier, tout cela pose la question de l’intégration que les gouvernements français successifs ont préféré écarter.

Une crise que les alibis n’expliquent pas

Les troubles d’octobre ne se réduisent ni à une flambée de colère sur le prix de l’essence ni à une conséquence mécanique de la guerre dans le Golfe. Ils naissent de la rencontre entre des revendications scolaires fondées, un écosystème militant d’extrême gauche rodé à la mobilisation de rue et doté de relais internationaux, et un calendrier préélectoral qui favorise toutes les instrumentalisations. L’explication énergétique ne rend compte ni de l’ampleur des dégâts, ni de la coordination observée, ni de l’échec du renseignement que l’Élysée a dû reconnaître. Les lectures américaines et centre-européennes, si intéressées soient-elles, posent une question que les autorités françaises ont largement éludée : celle des effets cumulés des politiques migratoires et de l’assimilation.

Les échos observés en Italie, en Belgique et, dans une moindre mesure, en Espagne confirment que plusieurs sociétés européennes affrontent des tensions comparables sur le coût de la vie et les services publics, avec des basculements violents impliquant une majorité de mineurs — 220 sur 271 à Milan, 114 sur 194 à Liège, 87 % des poursuivis en France. À six mois de la présidentielle, la lucidité exigera de distinguer ce qui relève de défaillances de gestion publique, ce qui procède de réseaux politiques organisés et ce qui découle des choix migratoires et sécuritaires des décennies passées. Faute de quoi chaque camp continuera de lire la crise à travers l’alibi qui l’arrange : le Golfe pour l’Élysée, la répression pour La France insoumise. Et les crises suivantes seront lues de la même façon, au risque d’en masquer, une fois encore, les ressorts réels.


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Angélique Bouchard

Angélique Bouchard

Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA - Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

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