DÉCRYPTAGE – Israël aux urnes : Changer le gouvernement, changer la guerre ?

DÉCRYPTAGE – Israël aux urnes : Changer le gouvernement, changer la guerre ?

lediplomate.media — imprimé le 15/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Les majorités et la fracture du pays

Deux clés aident à comprendre les prochaines élections israéliennes du 27 octobre : la fragmentation de la société et le traumatisme collectif du 7 octobre 2023. Des communautés aux intérêts différents peuvent converger vers une même coalition ; les opposants à Netanyahu doivent clarifier leurs relations avec les partis arabes. Dans quelle mesure la politique étrangère israélienne peut-elle changer si seule sa direction change ? 

Les colons et les ultraorthodoxes ne constituent pas un bloc homogène. Les premiers visent surtout le contrôle du territoire ; les seconds défendent les institutions religieuses, leur financement et les exemptions du service militaire. Netanyahu a su concilier ces exigences. Sa force consiste aussi à transformer des intérêts différents en une majorité parlementaire capable de les protéger.

L’opposition doit construire une majorité. Le sondage publié le 8 octobre par Times of Israel attribue 55 sièges aux formations juives opposées à Netanyahu, 51 à son camp et 14 aux partis arabes. Celui d’i24NEWS leur attribue respectivement 48, 60 et 12 sièges. Des résultats très différents, qui ont en commun l’absence d’une majorité autonome assurée. Il faut 61 députés sur 120 : un sondage mesure les intentions de vote, il ne garantit pas la formation d’un gouvernement. 

Le poids des citoyens arabes devient décisif. Solliciter leurs voix tout en prévoyant d’exclure ensuite leurs représentants des décisions revient à restreindre soi-même les possibilités d’alternance. Les divergences entre les partis arabes et entre leurs interlocuteurs potentiels doivent être prises en compte. Mais une coalition ne naît pas de l’addition des hostilités : elle exige des engagements communs sur le budget, les institutions et la sécurité.

La supériorité militaire et le vide politique

Le sentiment d’être assiégé rend difficile un changement substantiel pour les Palestiniens, même après une éventuelle défaite de Netanyahu. Cette prévision doit être confrontée aux choix des partis. L’agence Associated Press souligne le peu de place que la campagne accorde à la situation de Gaza et aux perspectives de paix. L’exigence de rendre des comptes pour le 7 octobre peut coexister avec une forte continuité des politiques envers les Palestiniens. 

Sur le plan stratégique, la question concerne les objectifs assignés à la force. Détruire les infrastructures adverses, frapper des commandants et contrôler des territoires peut réduire une menace dans l’immédiat. Garantir une sécurité durable exige aussi un cadre politique permettant de gouverner le lendemain. Sans cette perspective, chaque succès opérationnel risque d’engendrer de nouvelles obligations de contrôle territorial, de nouvelles mobilisations et d’autres fronts à surveiller.

C’est pourquoi l’alternance aurait une valeur si elle modifiait les rapports entre l’armée et le pouvoir politique. Il faut des objectifs vérifiables, un calcul des coûts de l’occupation et une perspective pour la population palestinienne. Confier la solution à la seule expérience militaire d’un candidat laisserait le problème intact. Un passé de commandant ne contient pas automatiquement un programme pour sortir de la guerre.

Le coût économique de la sécurité

L’économie empêche de traiter ces élections comme une querelle personnelle. Dans ses prévisions de juillet, la Banque d’Israël annonçait une croissance de 4 % en 2026 et une dette publique équivalant à 69 % du produit intérieur brut. Il s’agit de prévisions, non de résultats acquis. Elles montrent néanmoins pourquoi il serait erroné de présenter le pays comme économiquement proche de l’effondrement : capacité productive et tensions financières peuvent coexister. 

L’évaluation décisive porte sur la répartition du coût. Les dépenses militaires, les rappels de réservistes et la reconstruction détournent des ressources et de la main-d’œuvre d’autres activités. Une extension de la guerre pourrait freiner les investissements et la consommation ; une stabilisation pourrait favoriser leur reprise. Dans les deux cas, le gouvernement devra choisir qui finance la sécurité et quels services protéger. L’affrontement entre communautés devient ainsi également un conflit fiscal.

Washington et les scénarios de l’après-élections

Sur le plan géopolitique, Trump a évité de soutenir explicitement Netanyahu à l’approche des élections.  Ce geste suggère de la prudence, sans démontrer une rupture avec Israël. À mon sens, Washington a intérêt à disposer d’un interlocuteur capable de traduire les accords régionaux en stabilité. L’énergie, les liaisons commerciales et les investissements exigent eux aussi une prévisibilité que la poursuite de la guerre remet en cause.

Trois possibilités se dessinent : le maintien de Netanyahu au pouvoir, une coalition alternative ou un blocage. La première laisserait aux alliés un fort pouvoir de négociation ; la deuxième devrait résoudre immédiatement ses propres divergences ; la troisième prolongerait l’incertitude. Le changement réel doit se mesurer aux décisions : protection des institutions, participation des citoyens arabes et avenir des Palestiniens. C’est sur ces points qu’un nouveau gouvernement doit démontrer qu’il possède une stratégie.


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gagliano

Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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http://www.cestudec.com/biografia.asp
 
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