TRIBUNE – Pour une relation nouvelle entre la France et l’Afrique

Réalisation Le Lab Le Diplo
Par David Saforcada
Il y a presque vingt ans, à Dakar, un président français prononçait un discours qui allait marquer durablement les relations entre la France et l’Afrique. Certaines de ses intentions pouvaient sembler légitimes comme vouloir tourner la page d’une relation parfois ambiguë, appeler au développement, encourager la responsabilité et le refus du fatalisme. Mais une phrase a profondément marqué les esprits : celle affirmant que « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire ».
Cette formule, au-delà de la polémique qu’elle a suscitée, révélait une erreur de regard car l’Afrique n’est pas un continent qui attendrait d’entrer dans l’Histoire. L’Afrique est l’une des grandes terres de l’Histoire humaine.
Avant même l’arrivée des puissances européennes, l’Afrique avait ses civilisations, ses royaumes, ses empires, ses routes commerciales, ses penseurs et ses cultures. Du royaume du Mali à l’empire du Songhaï, de l’Éthiopie ancienne aux civilisations du Nil, des cités swahilies aux grands royaumes d’Afrique centrale, ce continent n’a jamais été en dehors de l’Histoire.
L’erreur serait donc de considérer l’Afrique comme un enfant qu’il faudrait accompagner vers l’âge adulte. Les peuples africains ne demandent ni paternalisme, ni leçons de morale. Ils demandent ce que toutes les nations demandent, c’est-à-dire le respect, la souveraineté et la possibilité de construire leur propre avenir.
La France doit regarder l’Afrique non comme un ancien espace d’influence, mais comme un ensemble de nations partenaires. Cela ne signifie pas nier l’histoire commune, la relation entre la France et l’Afrique est faite de pages douloureuses, de pages glorieuses, de drames et de fraternités. Des soldats africains ont combattu pour la France dans les deux guerres mondiales. Des liens humains, culturels et économiques se sont tissés au fil des siècles. Cette histoire doit être regardée avec lucidité, sans nostalgie impériale, mais sans amnésie non plus.
La France n’a pas à rougir de ce qu’elle est, pas plus qu’elle ne doit demander aux autres peuples de renier ce qu’ils sont.
L’avenir ne sera pas celui d’une France donnant des leçons à l’Afrique, ni celui d’une France qui tournerait le dos à un continent avec lequel elle partage tant. L’avenir doit être celui d’une coopération entre nations libres.
La Francophonie doit redevenir une grande ambition. Non pas comme le prolongement d’une domination passée, mais comme un espace de dialogue, de savoir, de création et d’innovation. Le français doit être une langue de rencontre entre Dakar, Abidjan, Antananarivo, Montréal, Beyrouth ou Paris.
La coopération doit également changer de nature. L’Afrique n’a pas besoin d’une aide qui entretient parfois la dépendance ; elle a besoin d’investissements, de formations, d’industries, d’infrastructures et de partenariats qui créent de la richesse. La France doit contribuer à bâtir avec ses partenaires africains des filières communes, des universités, des échanges technologiques et des projets industriels.
Une relation adulte suppose aussi d’accepter les désaccords. La France doit pouvoir défendre ses intérêts et ses valeurs, comme les nations africaines doivent pouvoir défendre les leurs. Le respect ne signifie pas l’accord permanent ; il signifie la reconnaissance mutuelle de la souveraineté de chacun.
La grande erreur serait de croire que la France doit choisir entre deux extrêmes, la domination d’hier ou l’effacement de demain.
Il existe une troisième voie, celle du partenariat. Une France qui assume son histoire, sa culture et sa langue. Une Afrique qui assume ses civilisations, ses identités et ses ambitions. Des nations qui coopèrent parce qu’elles y trouvent un intérêt commun, et non parce que l’une devrait guider l’autre.
Le XXIᵉ siècle ne sera pas celui des anciens empires, mais celui des puissances capables de proposer une vision.
La France peut continuer à jouer un rôle en Afrique, non pas parce qu’elle impose sa présence, mais parce qu’elle apporte quelque chose : une langue commune, une expérience, des savoir-faire, une capacité scientifique, une culture du dialogue.
La France ne doit pas regarder l’Afrique comme un continent à éduquer, elle doit regarder l’Afrique comme un continent avec lequel construire.
Car l’Histoire n’appartient pas à ceux qui prétendent la donner aux autres. Elle appartient aux peuples qui choisissent de l’écrire ensemble.
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