RENSEIGNEMENT – Le plan kurde pour conquérir Téhéran : La guerre secrète d’Israël contre la République islamique

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Un projet ambitieux fondé sur les fragilités de l’Iran
Une progression de combattants kurdes depuis la frontière irakienne jusqu’à Téhéran, un soulèvement populaire capable d’emporter la République islamique et, au terme de l’opération, le retour au pouvoir de l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Tel est le scénario attribué au Mossad par la chaîne israélienne Canal 13 et repris par i24NEWS.
Le projet, baptisé « Le Chat botté », aurait été conçu pour transformer les bombardements israéliens contre l’Iran en une véritable opération de renversement du système politique.
Le plan prévoyait des frappes aériennes contre les casernes, les centres de commandement, les dépôts de missiles et les installations des Gardiens de la révolution situés au Kurdistan iranien. L’objectif n’aurait pas seulement été d’affaiblir l’appareil militaire de Téhéran, mais aussi d’ouvrir un corridor permettant à plusieurs milliers de combattants kurdes de pénétrer dans le nord-ouest de l’Iran.
Dans l’esprit des planificateurs israéliens, l’offensive devait rapidement prendre la forme d’une insurrection générale. Aux unités venues d’Irak se seraient joints de jeunes Kurdes iraniens, des opposants au pouvoir central et des secteurs de la population épuisés par la répression, la crise économique et la dégradation des conditions de vie.
La marche vers Téhéran aurait dû provoquer, dans les principales villes, des manifestations rassemblant des millions de personnes et entraîner l’effondrement progressif des institutions de la République islamique…
L’illusion d’une guerre éclair politique
Ce projet révèle une conception de la guerre devenue récurrente dans les stratégies occidentales et israéliennes : frapper depuis les airs, détruire les centres de commandement, exploiter les fractures ethniques et confier aux forces locales la tâche d’occuper le territoire.
Mais l’Iran n’est pas une construction étatique récente et artificielle. C’est un pays de plus de quatre-vingt-dix millions d’habitants, doté d’une tradition impériale, d’une identité nationale profondément enracinée et d’un appareil de sécurité capable de survivre même à la disparition d’une partie de ses dirigeants.
Imaginer que quelques milliers de combattants kurdes puissent parcourir plusieurs centaines de kilomètres, conquérir des villes, protéger leurs lignes d’approvisionnement et atteindre Téhéran revenait à sous-estimer les dimensions géographiques de l’Iran et la capacité de réaction de ses forces armées.
Sur le plan militaire, une avancée kurde aurait exigé une couverture aérienne permanente, des livraisons de munitions, de carburant et de véhicules blindés, des moyens de défense contre les drones ainsi qu’un dispositif logistique installé au Kurdistan irakien.
Il ne se serait donc pas agi d’une simple rébellion populaire, mais d’une opération terrestre soutenue directement par les États-Unis et Israël.
Washington aurait effectivement discuté avec des responsables kurdes iraniens et irakiens de la possibilité d’ouvrir un front occidental, en promettant une assistance militaire et une couverture aérienne.
Cependant, les divisions entre les organisations kurdes, la crainte de représailles iraniennes et le souvenir des précédents abandons américains auraient réduit leur volonté de participer à l’offensive.
À lire aussi : ANALYSE – La fin de l’interlude kurde en Syrie : Autonomie, levier sécuritaire et recomposition régionale
Ahmadinejad, le paradoxe de l’homme choisi par Israël
L’aspect le plus surprenant du projet concerne Mahmoud Ahmadinejad, président de l’Iran de 2005 à 2013, longtemps présenté comme l’un des principaux ennemis d’Israël.
Selon plusieurs reconstitutions journalistiques, les services israéliens auraient tenté pendant des années de se rapprocher de lui, le considérant comme une possible figure de transition après la chute de la République islamique.
L’ancien président aurait rencontré des représentants du Mossad en dehors de l’Iran. L’une de ces rencontres aurait eu lieu à Budapest avec David Barnea, directeur du service de renseignement israélien.
Ces informations, fondées sur des sources anonymes et qui n’ont été officiellement confirmées ni par Israël ni par l’Iran, doivent être considérées avec prudence. Leur convergence indique néanmoins qu’au moins une partie de l’appareil israélien aurait cessé de voir Ahmadinejad uniquement comme un ennemi idéologique pour le considérer comme un instrument susceptible d’être utilisé contre la direction religieuse iranienne.
Ce choix n’aurait pas été totalement irrationnel. Ahmadinejad bénéficie encore d’une certaine notoriété, conserve des liens avec des milieux nationalistes et populaires et appartient surtout au système politique iranien.
Une personnalité issue de l’intérieur du régime aurait pu donner au changement de pouvoir une apparence de continuité nationale, en évitant que l’opération ne soit perçue uniquement comme une occupation étrangère.
Mais c’est précisément ici qu’apparaît la contradiction fondamentale. Un gouvernement porté au pouvoir par les bombardements israéliens et par l’avancée de milices soutenues depuis l’étranger aurait immédiatement été accusé de trahison.
La légitimité d’Ahmadinejad, loin de se renforcer, se serait probablement effondrée.
Le veto de la Turquie et la crainte d’une contagion kurde
Le principal obstacle au projet aurait été la Turquie. Ankara ne pouvait accepter que des organisations kurdes armées, soutenues par les États-Unis et Israël, conquièrent des territoires le long de la frontière iranienne.
Une victoire kurde en Iran aurait renforcé les aspirations autonomistes en Irak, en Syrie et en Turquie, modifiant les équilibres régionaux d’une manière peut-être encore plus profonde que la chute du gouvernement de Téhéran.
Les pressions turques sur Washington, les fuites d’informations et les hésitations des organisations kurdes auraient donc poussé les États-Unis à abandonner l’opération.
La Turquie a une nouvelle fois démontré qu’elle disposait d’un pouvoir de blocage supérieur à son poids économique. En contrôlant les accès au Caucase, à la mer Noire, à la Syrie et au nord de l’Irak, Ankara peut faire échouer tout projet régional qui ignorerait ses intérêts de sécurité.
Pétrole, échanges commerciaux et risque de désintégration
Une insurrection au Kurdistan iranien aurait eu des conséquences économiques immédiates. Les régions occidentales de l’Iran abritent des axes de communication, des oléoducs, des infrastructures énergétiques et des voies commerciales essentielles reliant le pays à l’Irak et à la Turquie.
La guerre aurait interrompu les échanges, provoqué de nouveaux mouvements de population et accru le risque d’attaques contre les infrastructures énergétiques.
La chute soudaine du pouvoir central aurait également pu déclencher des révoltes dans les régions peuplées de Kurdes, d’Arabes, de Baloutches et d’Azéris.
Israël aurait obtenu l’affaiblissement de son principal adversaire régional, mais au prix de la création d’un espace fragmenté, traversé par des milices, des trafics illégaux et les interventions des puissances voisines.
Le projet du Mossad montre ainsi toute la différence entre la capacité à déstabiliser un État et celle de construire un nouvel ordre politique.
Israël peut pénétrer les appareils iraniens, éliminer des commandants, frapper des infrastructures et soutenir des oppositions armées. Il est beaucoup plus difficile de transformer ces succès tactiques en une victoire politique durable.
« Le Chat botté » apparaît donc comme le produit d’une dangereuse illusion : croire qu’un pays aussi complexe que l’Iran puisse être conquis en additionnant bombardements, révoltes ethniques et récupération d’un dirigeant appartenant au passé.
L’histoire récente du Moyen-Orient démontre au contraire que renverser un gouvernement est souvent la partie la plus facile. Le véritable problème commence le lendemain.
À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Syrie : Les Kurdes, alliés utiles puis variables sacrifiées
#Iran, #Israël, #Mossad, #Téhéran, #Renseignement, #Géopolitique, #MoyenOrient, #Kurdes, #RépubliqueIslamique, #Ahmadinejad, #GardiensDeLaRévolution, #Canal13, #i24NEWS, #IsraëlIran, #ConflitIran, #ServicesSecrets, #AnalyseStratégique, #SécuritéInternationale, #Déstabilisation, #ChangementDeRégime, #CriseIranienne, #Turquie, #ÉtatsUnis, #Kurdistan, #OpérationsSecrètes, #Défense, #StratégieMilitaire, #RenseignementMilitaire, #RelationsInternationales, #PolitiqueInternationale, #GuerreHybride, #GuerreSecrète, #IranNews, #IsraëlNews, #ActualitéInternationale, #AnalysePolitique, #Géostratégie, #MenacesGlobales, #Intelligence, #CentroStudiStrategici
