GRAND ENTRETIEN – Valérie Boyer : « De Ceuta à Mayotte, le même combat : reprendre la maîtrise de nos frontières »

De Ceuta à Mayotte, la pression migratoire met à l’épreuve la souveraineté, la sécurité et la cohésion de nos sociétés. Au moment où Bruno Retailleau présente un pacte constitutionnel pour rendre à l’État sa capacité d’agir et après l’adoption du règlement européen « retour », pour lequel François-Xavier Bellamy s’est battu, Valérie Boyer détaille les mesures qu’elle défend depuis des années au Parlement : lutte contre les passeurs, rétablissement du délit de séjour irrégulier, exécution des OQTF, réforme du droit du sol, protection des maires et dispositions spécifiques à Mayotte. Dans cet entretien accordé au Diplomate média, elle relie l’urgence de Ceuta à la situation mahoraise et expose une ligne politique autant qu’un bilan législatif.
Propos recueillis par Roland Lombardi
Le Diplomate média : Beaucoup présentent Ceuta comme une nouvelle crise migratoire. Vous affirmez au contraire qu’il s’agit d’un tournant géopolitique. Pourquoi ?
Valérie Boyer : Parce que nous commettrions une grave erreur si nous réduisions Ceuta à un simple épisode migratoire.
Ce qui s’est produit à la frontière de cette enclave espagnole concerne l’ensemble des Européens. Une frontière extérieure de l’Union a été franchie massivement en quelques heures. Lorsqu’un tel événement survient, ce n’est pas seulement l’Espagne qui est concernée, c’est toute l’architecture de sécurité européenne qui vacille.
Une frontière n’est jamais une simple ligne sur une carte. Elle matérialise l’exercice de la souveraineté. Elle permet à un État de savoir qui entre sur son territoire, dans quelles conditions et pour quelles raisons. Dès lors qu’elle cesse d’être maîtrisée, c’est l’autorité publique elle-même qui est fragilisée.
Depuis trop longtemps, certains responsables politiques ont considéré les frontières comme un héritage du passé. Je pense exactement l’inverse. Les frontières sont le premier instrument de la liberté des peuples. Elles permettent de concilier l’ouverture au monde avec la maîtrise de son destin.
Ceuta est donc un signal d’alarme. Nous avons déjà connu Lampedusa, Lesbos, les Balkans, Mayotte. Aujourd’hui, Ceuta nous rappelle que les crises migratoires ne sont jamais uniquement humanitaires. Elles deviennent rapidement des crises sécuritaires, diplomatiques, économiques et politiques.
Si l’Europe refuse d’en tirer les conséquences aujourd’hui, elle s’exposera demain à des crises encore plus graves.
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Giorgia Meloni a immédiatement demandé une réaction européenne forte. Vingt-deux dirigeants ont réclamé une réunion d’urgence. Emmanuel Macron, lui, est resté particulièrement discret. Comment interprétez-vous cette différence d’attitude ?
Elle révèle malheureusement deux visions différentes de ce que doit être la responsabilité politique.
L’Italie connaît depuis des années une pression migratoire considérable. Giorgia Meloni a parfaitement compris qu’aucun État européen ne pouvait faire face seul à ce phénomène. Elle a donc immédiatement replacé Ceuta dans son véritable cadre : celui des frontières extérieures de l’Union.
La France aurait dû adopter la même attitude.
Notre pays est directement concerné. Les flux migratoires qui atteignent l’Espagne ou l’Italie concernent ensuite toute l’Europe, et donc la France. Nous sommes l’une des principales destinations des migrations irrégulières. Faire comme si cette crise ne nous concernait pas serait une illusion.
Je regrette que la France n’ait pas pris l’initiative politique de réunir rapidement ses partenaires européens. Notre pays dispose encore d’une influence diplomatique considérable. Il devrait être en première ligne pour défendre une politique européenne de protection des frontières extérieures, de lutte contre les réseaux criminels et d’exécution effective des décisions d’éloignement.
L’Europe n’a pas besoin d’une addition de réactions nationales improvisées. Elle a besoin d’une véritable stratégie commune. Encore faut-il que certains États acceptent d’assumer pleinement leur rôle.
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Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a estimé que la diffusion massive des images de Ceuta pouvait poser problème. Beaucoup de Français ont eu le sentiment que le Gouvernement semblait davantage inquiet de voir ces images circuler que de ce qu’elles révélaient. N’y a-t-il pas aujourd’hui une forme de décalage entre le discours officiel et la réalité que les citoyens découvrent désormais en temps réel ?
Je crois qu’une démocratie ne doit jamais craindre la réalité.
Les images de Ceuta n’ont pas créé les événements. Elles ont simplement montré ce qui se passait sur une frontière extérieure de l’Union européenne.
Ce qui m’interroge, c’est que le débat se soit parfois davantage concentré sur leur diffusion que sur ce qu’elles révélaient. Les Français ont le droit de voir la réalité. Ils sont suffisamment lucides pour comprendre les enjeux auxquels notre pays est confronté. La confiance démocratique ne peut se construire ni sur l’occultation ni sur l’euphémisation des faits.
La véritable question est donc beaucoup plus simple : comment une telle situation a-t-elle pu se produire ? Pourquoi des dizaines de milliers de personnes ont-elles pu franchir cette frontière ? Quels réseaux ont organisé ces passages ? Quelles failles juridiques, politiques ou opérationnelles ont rendu cela possible ?
Voilà les questions auxquelles le Gouvernement devrait répondre en priorité.
Depuis des années, je combats les filières de passeurs. Ce sont des organisations criminelles qui exploitent la détresse humaine, mettent des familles en danger et tirent des profits considérables de ces trafics. Je les ai souvent qualifiées d’esclavagistes du XXIᵉ siècle. Tant que ces réseaux prospéreront, nous continuerons de voir se reproduire les mêmes drames.
Les Français n’attendent pas qu’on leur explique ce qu’ils devraient penser des images. Ils attendent que l’État protège les frontières, démantèle les réseaux criminels et fasse appliquer les décisions qu’il prend.
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Depuis les attentats du Bataclan, il est établi que plusieurs terroristes de Daech avaient profité des flux migratoires de 2015 pour pénétrer en Europe. Les services de renseignement rappellent régulièrement qu’un afflux massif et non contrôlé complique considérablement les vérifications d’identité. Craignez-vous que l’Europe ait oublié les leçons de 2015 ?
Je crois d’abord qu’il faut être extrêmement rigoureux.
L’immense majorité des personnes qui migrent ne sont évidemment pas des terroristes. Personne ne doit entretenir cette confusion.
En revanche, il serait tout aussi irresponsable d’ignorer une réalité parfaitement documentée : les flux migratoires massifs et incontrôlés peuvent être exploités par des individus radicalisés, des criminels ou des membres d’organisations terroristes.
Les attentats du 13 novembre 2015 nous l’ont tragiquement rappelé. Plusieurs terroristes avaient emprunté les routes migratoires ouvertes cette année-là. Les services européens l’ont établi. Depuis lors, l’ensemble des services de renseignement n’ont cessé de rappeler qu’un contrôle efficace des frontières constitue aussi un instrument essentiel de la lutte contre le terrorisme.
Une frontière ne sert pas uniquement à contrôler des flux administratifs. Elle permet de vérifier des identités, de détecter des documents falsifiés, de croiser des fichiers de renseignement et d’empêcher l’entrée de personnes représentant une menace pour la sécurité nationale.
Il suffit de quelques individus radicalisés pour provoquer une tragédie. Notre responsabilité est précisément d’empêcher que de telles infiltrations deviennent possibles.
C’est pourquoi je refuse que l’on oppose systématiquement humanité et sécurité. Les deux sont complémentaires. Une politique migratoire responsable consiste justement à protéger les personnes réellement persécutées tout en empêchant les organisations criminelles ou terroristes de détourner ces mouvements à leur profit.
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Les événements de Ceuta rappellent également que les flux migratoires peuvent devenir un instrument de puissance. Le Maroc est-il aujourd’hui un simple partenaire de l’Union européenne ou un acteur géopolitique capable d’utiliser cette question comme un levier diplomatique ?
Le Maroc est un partenaire majeur de la France et de l’Europe. Personne ne le conteste. Nos liens sont anciens, denses et stratégiques. Ils concernent la sécurité, la lutte contre le terrorisme, l’économie, la coopération méditerranéenne et les échanges humains.
Mais précisément parce qu’il s’agit d’un partenaire stratégique, nous devons pouvoir nous parler avec franchise.
Les migrations sont désormais devenues un enjeu géopolitique majeur. Aucun responsable sérieux ne peut encore considérer qu’elles relèvent uniquement de politiques sociales ou humanitaires. Elles sont aussi un facteur de puissance.
Depuis plusieurs années, nous observons que certains États comprennent parfaitement le poids que représente la maîtrise des flux migratoires dans leurs relations avec l’Union européenne. Ils savent que l’Europe redoute avant tout une nouvelle crise migratoire.
Il appartient donc aux Européens de bâtir une relation équilibrée avec leurs partenaires. Cette relation doit être fondée sur le respect mutuel mais aussi sur des responsabilités clairement assumées.
La coopération migratoire ne peut être un sujet secondaire. Elle doit devenir un élément central de notre politique étrangère. Les accords conclus avec les pays d’origine doivent être pleinement appliqués. Les États qui coopèrent doivent être soutenus. Ceux qui refusent systématiquement de reprendre leurs ressortissants ou qui manquent à leurs engagements doivent savoir que cela aura des conséquences sur notre politique de visas, sur certaines formes de coopération et sur notre dialogue bilatéral.
La fermeté n’est pas dirigée contre un pays. Elle est simplement la condition d’une relation équilibrée entre partenaires souverains.
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En 2015, Recep Tayyip Erdoğan avait démontré qu’un État pouvait utiliser les flux migratoires comme un véritable instrument de pression sur une Union européenne faible et inconséquente sur ce sujet. Assiste-t-on aujourd’hui à une nouvelle forme de guerre hybride où les migrations deviennent une arme géopolitique ?
Le mot « guerre » mérite toujours d’être employé avec prudence. En revanche, il est évident que les migrations sont désormais devenues un facteur stratégique majeur dans les relations internationales.
Nous avons connu la crise de 2015. Nous avons vu ensuite la Biélorussie instrumentaliser des migrants contre la Pologne et la Lituanie. Nous observons aujourd’hui que plusieurs États savent parfaitement que la maîtrise — ou l’absence de maîtrise — des flux migratoires constitue un puissant moyen de pression sur l’Europe.
Il serait naïf de ne pas voir cette évolution.
Une pression migratoire massive produit immédiatement des effets politiques, économiques, sociaux et sécuritaires. Elle fragilise les démocraties, nourrit les tensions internes et divise les opinions publiques. Certains dirigeants en ont parfaitement conscience.
C’est précisément pour cette raison que l’Europe doit cesser de subir.
Je refuse que nos politiques migratoires soient dictées par les passeurs, par les trafiquants ou par les stratégies d’États tiers.
L’Union européenne représente près de 450 millions d’habitants. Elle dispose d’une puissance économique considérable. Elle devrait être capable d’imposer des relations fondées sur la responsabilité réciproque plutôt que de donner le sentiment d’agir sous la pression permanente des événements.
La maîtrise des frontières n’est donc pas seulement une question migratoire. Elle relève désormais pleinement de notre politique de sécurité et de notre politique étrangère.
François-Xavier Bellamy s’est battu au Parlement européen pour que le règlement « retour » soit adopté sans délai et immédiatement applicable. Ce texte peut-il réellement changer la donne ?
Oui, et je veux saluer le travail patient et déterminé de François-Xavier Bellamy. Après huit années de blocage, il a contribué à obtenir un règlement directement applicable qui cesse de faire de l’Europe l’alibi de notre impuissance. Sa ligne est la bonne : il ne s’agit pas de répartir les migrants en situation irrégulière entre les États européens, mais de permettre leur retour effectif.
Le texte apporte des outils très concrets. Il permet la création de centres de retour hors de l’Union européenne en coopération avec des pays tiers. Il prévoit de sanctionner les États qui refusent de reprendre leurs ressortissants, notamment par la politique des visas. Il supprime le caractère systématique du délai de départ volontaire, allonge la durée possible de rétention, limite les recours dilatoires, rétablit le délit de séjour irrégulier et renforce les interdictions d’entrée visant des étrangers condamnés pour un crime ou un délit.
Ceuta donne à ces dispositions une urgence très concrète. Une frontière ne se protège pas seulement au moment de l’entrée : elle se protège aussi par la certitude qu’une décision d’éloignement sera exécutée. Quand moins d’une OQTF sur dix est appliquée, la loi perd sa force et les filières de passeurs gagnent en crédibilité.
La France doit donc se saisir pleinement de ce règlement : préparer des centres de retour, négocier avec des pays partenaires et faire de la délivrance des visas comme de l’aide au développement de véritables leviers de coopération. Le droit européen nous donne désormais davantage de moyens ; au Gouvernement de démontrer qu’il a la volonté de les employer.
Ceuta n’est pas la seule frontière soumise à une pression extrême. Vous évoquez régulièrement Mayotte. Que nous enseigne la situation du 101e département français ?
Mayotte n’est ni une périphérie lointaine ni une exception que l’on pourrait oublier. C’est un département français, un avant-poste de notre souveraineté dans l’océan Indien, dont les habitants ont choisi la France avec une constance et un courage remarquables.
Le cyclone Chido a rendu la reconstruction encore plus urgente, mais il n’a pas créé les difficultés structurelles de l’archipel. Lors de l’examen du projet de loi d’urgence pour Mayotte, j’ai soutenu la reconstruction rapide des logements et des infrastructures, une meilleure association des élus et de la population, ainsi que la lutte contre les bidonvilles. J’ai aussi rappelé une vérité simple : nous ne reconstruirons pas durablement Mayotte sans combattre l’immigration clandestine, le travail illégal et les marchands de sommeil qui exploitent la misère humaine.
Je n’ai pas attendu la catastrophe pour agir. Lors du débat sur la loi immigration, j’ai défendu l’amendement n° 71 rect. bis afin que l’acquisition ultérieure de la nationalité française par le droit du sol à Mayotte soit subordonnée à la résidence régulière et ininterrompue des deux parents depuis plus de deux ans au moment de la naissance. J’ai également porté l’amendement de repli n° 72 rect. bis, qui proposait de faire passer de trois mois à deux ans la durée de résidence régulière exigée pour au moins l’un des parents.
Ces amendements répondaient à une situation propre à Mayotte et aux contraintes particulières reconnues par notre Constitution. L’égalité républicaine ne consiste pas à traiter de manière identique des territoires confrontés à des réalités radicalement différentes ; elle consiste à garantir partout la même protection de l’État et la même dignité à nos compatriotes.
Au-delà de Mayotte, quelles mesures avez-vous personnellement défendues au Parlement pour lutter contre l’immigration irrégulière et rendre les décisions de l’État réellement exécutoires ?
Mon travail suit depuis des années une ligne cohérente : supprimer les mécanismes qui entretiennent l’irrégularité, rendre aux forces de l’ordre des moyens d’enquête et faire en sorte qu’une décision prise au nom de la République soit effectivement appliquée.
J’ai défendu le rétablissement du délit de séjour irrégulier, afin que policiers et gendarmes disposent du temps et des pouvoirs nécessaires pour établir l’identité, retracer les parcours et remonter les filières. J’ai proposé qu’un rejet définitif de l’asile puisse valoir obligation de quitter le territoire français. Je me suis battue pour renforcer les sanctions contre les passeurs, ces esclavagistes du XXIe siècle, et pour que la coopération consulaire, les visas et les réadmissions cessent d’être traités comme des sujets séparés.
J’ai également défendu une acquisition de la nationalité qui ne soit plus automatique, mais repose sur une démarche volontaire, une durée de résidence renforcée et une assimilation réelle à la communauté française. Devenir français n’est pas une formalité administrative : c’est une adhésion à une histoire, à une langue, à des devoirs et à des valeurs communes.
Enfin, je travaille à protéger les maires confrontés à la célébration du mariage d’un étranger en situation irrégulière. Le procès de Robert Ménard, attendu le 30 septembre pour avoir refusé de marier une personne sous OQTF, illustre l’impasse dans laquelle l’État place les élus locaux. Le Président de la République avait lui-même qualifié cette situation d’« ubuesque » en 2025. J’ai proposé que le procureur soit saisi sans délai lorsqu’existe un soupçon de fraude migratoire, que l’enquête puisse durer deux mois renouvelables et que le maire ne soit plus laissé seul face à la responsabilité de célébrer une telle union.
Ce ne sont pas des slogans. Ce sont des dispositions rédigées, déposées, défendues et soumises au vote. Plusieurs mesures de fermeté ont été adoptées par le Parlement avant d’être censurées par le Conseil constitutionnel pour des motifs de procédure, sans examen de leur bien-fondé. C’est précisément ce décalage entre la volonté démocratique et l’impossibilité d’agir qu’il faut désormais résoudre.
Bruno Retailleau vient de présenter un pacte constitutionnel et affirme que la révision de la Constitution est « la mère de toutes les batailles ». Votre expérience parlementaire vous conduit-elle au même constat ?
Oui. Mon expérience au Parlement me conduit à partager pleinement son diagnostic : on ne peut pas promettre aux Français une politique de sécurité, d’immigration ou d’assimilation ambitieuse tout en refusant de lever les obstacles juridiques qui la rendent inapplicable.
Ce diagnostic est désormais largement partagé à droite. David Lisnard vient à son tour de rappeler que le « droit au peuplement » est fondamental pour une nation, qu’il faut réviser la Constitution pour sortir de l’étau de certaines jurisprudences européennes et rétablir le délit de séjour irrégulier. Cette convergence confirme que la question n’est plus de savoir s’il faut rendre à la France sa capacité d’agir, mais comment le faire rapidement et efficacement.
Le pacte proposé par Bruno Retailleau donne un contenu précis à cette réforme. Il prévoit d’élargir l’article 11 afin que les Français puissent se prononcer par référendum sur toute question législative, y compris en matière migratoire et pénale. Il propose un bouclier constitutionnel pour que les juridictions européennes et internationales n’étendent pas les traités au-delà de ce que les États et les peuples ont accepté. Il veut enfin permettre au peuple, ou à ses représentants réunis en Congrès, d’avoir le dernier mot lorsqu’une loi votée par le Parlement est censurée.
J’adhère également à l’idée d’une charte de l’ordre républicain plaçant la sécurité des Français au même niveau que la protection de leurs libertés et permettant de combattre plus efficacement l’immigration irrégulière, le séparatisme et l’entrisme religieux. Il ne s’agit pas de sortir de l’État de droit, mais d’empêcher que l’État de droit soit transformé en État d’impuissance.
La France doit naturellement tenir ses engagements européens. Mais le droit de l’Union doit rester dans le champ des compétences que les États lui ont confiées et respecter notre Constitution. En démocratie, la souveraineté populaire ne peut pas être une formule : ce que le Parlement peut décider, le peuple doit pouvoir le décider lui aussi.
Vous êtes sénatrice des Bouches-du-Rhône, un département qui concentre depuis de nombreuses années une forte pression migratoire et où les élus locaux sont confrontés à des défis croissants en matière de sécurité, de trafic de stupéfiants, d’économie souterraine et de cohésion sociale. En quoi les événements de Ceuta résonnent-ils particulièrement avec les réalités que vivent les maires et les habitants de votre département ?
Les Bouches-du-Rhône constituent malheureusement un concentré des défis auxquels la France est confrontée.
Marseille est une grande ville méditerranéenne, ouverte sur le monde, riche de son histoire et de sa diversité. Mais cette ouverture ne peut durablement s’accompagner d’un affaiblissement de l’autorité de l’État. Depuis plusieurs années, de nombreux maires, de toutes sensibilités politiques, m’alertent sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés : pression migratoire, saturation de certains services publics, développement de l’habitat indigne, progression de l’économie souterraine, trafics criminels et sentiment croissant d’abandon des élus locaux.
Je suis quotidiennement en contact avec eux. Ils ne demandent pas des discours. Ils demandent que l’État assume pleinement ses responsabilités.
Il serait d’ailleurs profondément injuste de laisser croire que ces difficultés ne concernent que Marseille. Elles touchent également de nombreuses communes de notre département, des plus grandes aux plus modestes, qui doivent faire face avec des moyens parfois limités à des situations devenues extrêmement complexes.
Les événements de Ceuta rappellent précisément que les crises migratoires ne s’arrêtent jamais aux frontières où elles apparaissent. Elles produisent des conséquences concrètes dans les territoires : sur les capacités d’accueil, sur les forces de sécurité, sur les services sociaux, sur les collectivités territoriales et, au final, sur le quotidien des habitants.
Je comprends donc l’inquiétude des élus locaux. Ils sont souvent en première ligne, alors même qu’ils ne disposent ni des compétences régaliennes ni des moyens permettant de répondre seuls à ces défis. C’est pourquoi je me suis toujours battue au Parlement pour que l’État retrouve toute son autorité dans les domaines qui relèvent de sa responsabilité : la maîtrise des frontières, l’exécution des obligations de quitter le territoire français, la lutte contre les filières de passeurs, la coopération avec les pays d’origine et le renforcement des moyens accordés aux forces de l’ordre.
La sécurité n’est pas une compétence parmi d’autres : c’est la première des libertés. Lorsqu’un maire ne peut plus garantir la tranquillité de ses administrés ou lorsque des quartiers entiers subissent l’emprise de réseaux criminels, c’est le pacte républicain lui-même qui est fragilisé.
Je veux également saluer le travail remarquable de nos policiers, de nos gendarmes, de nos douaniers, de nos magistrats et de l’ensemble des agents de l’État qui accomplissent leur mission dans des conditions souvent extrêmement difficiles. Ils ne manquent ni de courage ni de professionnalisme. Ce qui leur manque parfois, ce sont des outils juridiques adaptés et une volonté politique suffisamment constante pour leur permettre d’agir efficacement.
Les Français, et les habitants des Bouches-du-Rhône en particulier, n’attendent pas des promesses supplémentaires. Ils attendent que l’État exerce pleinement ses missions régaliennes. C’est cette exigence que je porte au Sénat depuis de nombreuses années et que je continuerai de défendre avec la même détermination.
Si rien ne change profondément dans les années à venir, à quoi ressemblera selon vous l’Europe de demain ? Et quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux Français comme aux dirigeants européens ?
Je refuse toute logique de fatalité. L’Europe dispose de frontières identifiées, d’institutions, de forces de sécurité, de moyens financiers considérables et de partenariats internationaux. Ce qui lui manque n’est pas la capacité d’agir : c’est trop souvent la volonté politique.
Si nous persistons à traiter chaque crise comme un épisode isolé, nous continuerons de courir derrière les événements. Si, au contraire, nous retrouvons une vision stratégique, nous pourrons bâtir une politique cohérente fondée sur la maîtrise des frontières extérieures, la lutte contre les réseaux criminels, une coopération exigeante avec les pays d’origine et une véritable solidarité européenne.
Contrôler une frontière, ce n’est pas se fermer au monde : c’est décider souverainement qui entre sur son territoire. L’Europe doit continuer de protéger ceux qui fuient réellement les persécutions, mais elle doit cesser d’être un espace où les organisations criminelles choisissent à la place des États.
Nous n’avons plus le droit de subir. Ceuta n’est pas un accident de l’Histoire et Mayotte n’est pas une périphérie que l’on pourrait abandonner : ce sont deux avertissements adressés à la France et à l’Europe.
Une frontière qui cède, qu’elle soit à Ceuta ou à Mayotte, c’est toujours un peu de souveraineté qui recule. À nous de démontrer que les démocraties européennes sont encore capables de protéger leurs citoyens, de faire respecter leurs lois et de défendre librement leur avenir.
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