DÉCRYPTAGE – Gaza, le refus de Netanyahou et l’effacement américain au Moyen-Orient ?

DÉCRYPTAGE – Gaza, le refus de Netanyahou et l’effacement américain au Moyen-Orient ?

lediplomate.media — imprimé le 17/08/2026
Gaza, le refus de Netanyahou
Réalisation Le Lab Le Diplo

Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

Le plan de paix se heurte aux intérêts politiques israéliens

Le refus de Benyamin Netanyahou d’accepter le plan en quinze points pour Gaza ne constitue ni un accident diplomatique ni une simple divergence avec Donald Trump. Il révèle l’incompatibilité croissante entre les objectifs affichés par Washington et les intérêts immédiats du gouvernement israélien.

Le projet du Conseil de la paix reposait sur trois étapes : le désarmement du Hamas et des autres organisations palestiniennes, le retrait progressif des forces israéliennes et la reconstruction de la bande de Gaza sous l’autorité d’une administration technocratique palestinienne. Chaque phase devait être contrôlée et pouvait être suspendue en cas de violation des engagements.

Mais Netanyahou ne pouvait accepter un mécanisme qui aurait limité la liberté d’action militaire d’Israël sans garantir la disparition politique et opérationnelle du Hamas. L’annonce selon laquelle celui-ci aurait accepté un « désarmement complet » demeure d’ailleurs ambiguë. Un mouvement armé peut remettre une partie de ses armes lourdes, disperser ses combattants ou transférer ses capacités dans des structures clandestines sans renoncer à son influence réelle.

Le problème n’est donc pas seulement de récupérer des fusils ou des missiles. Il consiste à déterminer qui contrôlera les tunnels, les réseaux de financement, les communications, la sécurité locale et la distribution de l’aide. Sans réponse crédible, le désarmement risque de devenir une formule diplomatique dépourvue de contenu militaire.

Gaza prisonnière des élections israéliennes et américaines

La décision de Netanyahou obéit aussi à une logique intérieure. À l’approche des élections législatives, le premier ministre doit préserver une coalition dépendante de la droite la plus radicale. Itamar Ben Gvir et ses alliés considèrent toute négociation avec le Hamas comme une capitulation. Accepter le plan américain exposerait donc Netanyahou à une crise gouvernementale et à l’accusation d’avoir transformé les sacrifices militaires israéliens en compromis politique.

Donald Trump se trouve face au dilemme inverse. Il voudrait présenter le Conseil de la paix comme la démonstration de sa capacité à conclure les guerres que ses prédécesseurs n’ont pas su arrêter. Mais exercer une pression trop forte sur Israël risquerait de diviser son propre camp et d’affaiblir un allié indispensable au moment où les crises iranienne et yéménite s’aggravent.

Gaza devient ainsi l’otage de deux calendriers électoraux. Chacun des dirigeants cherche moins à résoudre le conflit qu’à éviter d’apparaître comme celui qui a cédé le premier.

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Les Houthis rouvrent le front yéménite

L’attaque menée par un appareil sans pilote contre la raffinerie saoudienne de Jazan, après celle visant le port de Mocha, montre que le front yéménite peut redevenir actif. Les Houthis disposent désormais d’une combinaison de missiles, d’appareils sans pilote, de mines navales et de moyens d’interdiction maritime capable de menacer simultanément les installations énergétiques saoudiennes et les routes commerciales de la mer Rouge.

Leur objectif n’est pas nécessairement de remporter une victoire militaire conventionnelle. Il consiste plutôt à imposer un coût économique permanent à leurs adversaires. Une attaque limitée contre une raffinerie, un terminal pétrolier ou un navire marchand peut faire augmenter les primes d’assurance, détourner les bâtiments commerciaux et accroître les dépenses de défense des monarchies du Golfe.

Cette stratégie offre aux Houthis un rendement considérable : des moyens relativement peu coûteux obligent leurs adversaires à mobiliser des systèmes antimissiles, des avions, des navires et des renseignements dont le coût est bien supérieur. Elle permet également à l’Iran de maintenir la pression régionale sans engager directement ses propres forces.

Hormuz, cœur de la guerre économique

La fermeture partielle ou la réouverture conditionnelle du détroit d’Ormuz donne à Téhéran un instrument de négociation d’une tout autre ampleur. Une perturbation durable du passage ferait immédiatement monter le prix du pétrole, augmenterait le coût du transport maritime et toucherait les économies asiatiques et européennes dépendantes des importations du Golfe.

L’Iran cherche ainsi à transformer sa faiblesse économique en capacité de nuisance géoéconomique. Si Washington compte sur les sanctions et l’épuisement financier iranien, Téhéran répond en menaçant les circuits dont dépend une partie de l’économie mondiale. C’est une forme de dissuasion fondée non sur la promesse de vaincre les États-Unis, mais sur la possibilité de rendre leur victoire excessivement coûteuse.

Les échanges indirects entre les deux pays ne constituent pas encore une négociation. Ils servent surtout à fixer les lignes rouges et à tester la volonté adverse. Dans ce contexte, le durcissement israélien sur Gaza offre à l’Iran un argument supplémentaire pour présenter les États-Unis comme incapables d’imposer une discipline même à leur principal allié régional.

Le pacte de La Mecque et l’autonomie stratégique régionale

L’accord de défense mutuelle entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie constitue la conséquence la plus importante de cette évolution. Il ne s’agit pas encore d’une alliance comparable à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Les trois pays possèdent des intérêts différents, des chaînes de commandement séparées et des relations contradictoires avec Israël, l’Iran et les États-Unis.

Cependant, leur rapprochement réunit des capacités complémentaires. L’Arabie saoudite apporte les ressources financières et une position centrale dans le marché énergétique. La Turquie dispose d’une industrie militaire en expansion, d’une armée expérimentée et d’une implantation stratégique entre Méditerranée, mer Noire et Moyen-Orient. Le Pakistan possède une armée importante et surtout l’arme nucléaire, même si rien ne permet d’affirmer que sa dissuasion serait automatiquement étendue à ses partenaires.

Le pacte constitue donc avant tout une assurance politique contre l’incertitude américaine. Riyad ne rompt pas avec Washington, mais cherche à ne plus dépendre exclusivement de sa protection. Ankara tente de devenir l’un des organisateurs du nouvel équilibre régional. Islamabad peut convertir sa puissance militaire en influence diplomatique et en avantages économiques.

Une puissance américaine condamnée à réagir

Les États-Unis conservent des bases, des forces navales, des moyens de renseignement et une puissance de frappe sans équivalent dans la région. Pourtant, leur influence politique diminue parce qu’ils interviennent désormais sur des crises dont d’autres acteurs déterminent le rythme.

Israël décide de poursuivre ou de refuser le compromis sur Gaza. Les Houthis choisissent quand frapper les installations énergétiques et les routes maritimes. L’Iran utilise le détroit d’Ormuz comme levier économique. L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan construisent leurs propres mécanismes de sécurité.

Washington reste militairement indispensable, mais stratégiquement moins souverain. C’est tout le paradoxe de la situation actuelle : les États-Unis disposent encore de la force nécessaire pour frapper presque partout, mais de moins en moins de l’autorité politique permettant d’organiser durablement le Moyen-Orient. Le refus de Netanyahou ne signe donc pas seulement l’échec possible d’un plan pour Gaza. Il révèle un système régional dans lequel les alliés de l’Amérique ne lui obéissent plus, ses adversaires ne la craignent plus comme autrefois et les puissances intermédiaires commencent à préparer l’après-protection américaine.

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Giuseppe Gagliano

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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