ÉCONOMIE – Angola : Le yuan s’impose au cœur de la finance africaine, nouveau revers pour l’hégémonie du dollar

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
Le mouvement est discret, presque technique. Pourtant, il en dit long sur les profondes recompositions de l’ordre économique mondial. La Banque nationale d’Angola a décidé d’autoriser le yuan chinois parmi les devises pouvant être utilisées par les banques commerciales pour satisfaire à leurs obligations de réserves en devises. La monnaie chinoise rejoint ainsi le cercle très fermé des devises de référence, aux côtés du dollar américain, de l’euro et du rand sud-africain.
À première vue, il ne s’agit que d’une modification réglementaire. En réalité, cette décision marque une nouvelle étape dans l’érosion progressive du monopole du dollar sur les échanges internationaux. Elle témoigne surtout de l’influence grandissante de Pékin sur le continent africain, où la Chine est devenue en deux décennies un partenaire économique incontournable.
L’empreinte chinoise sur l’économie angolaise
Le choix de Luanda n’a rien d’un hasard. L’Angola entretient avec la Chine une relation économique d’une intensité exceptionnelle. Premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne pendant de nombreuses années, le pays exporte une part considérable de son brut vers la Chine, qui demeure son principal client énergétique.
En retour, Pékin a financé la reconstruction de l’Angola après la guerre civile. Des dizaines de milliards de dollars ont été investis dans les routes, les ponts, les barrages, les chemins de fer, les hôpitaux ou encore les logements. Une grande partie de ces prêts a été adossée aux exportations pétrolières angolaises, faisant de la Chine le principal créancier du pays.
Dans ce contexte, l’intégration du yuan dans les réserves obligatoires des banques apparaît comme une évolution logique. Les établissements financiers pourront désormais conserver davantage d’actifs libellés en monnaie chinoise, réduisant leur dépendance au dollar pour financer leurs opérations avec leur premier partenaire commercial.
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La stratégie méthodique de Pékin
Cette décision s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus vaste. Depuis plusieurs années, la Chine mène une offensive financière visant à internationaliser le renminbi, plus connu sous le nom de yuan. L’objectif est clair : réduire la domination du dollar dans les échanges mondiaux et offrir une alternative crédible aux pays qui souhaitent diversifier leurs réserves monétaires.
Pour y parvenir, Pékin multiplie les accords de swap entre banques centrales, développe des systèmes de paiement indépendants du système SWIFT, encourage la facturation du commerce extérieur en yuan et pousse ses partenaires à détenir davantage d’actifs dans sa monnaie.
L’Afrique constitue l’un des principaux terrains de cette stratégie. Grâce aux nouvelles routes de la soie et à ses investissements massifs dans les infrastructures, la Chine dispose d’un levier économique considérable.
Plusieurs États africains utilisent déjà le yuan dans une partie de leurs transactions commerciales, tandis que certaines banques centrales commencent à l’intégrer dans leurs réserves.
Une remise en cause progressive de l’ordre monétaire
Il serait toutefois prématuré d’annoncer la fin du règne du billet vert. Le dollar demeure de très loin la première monnaie de réserve mondiale, la devise dominante des marchés financiers et l’instrument privilégié du commerce international. Son avance reste considérable.
Mais les signaux de diversification se multiplient. Les BRICS défendent depuis plusieurs années une réduction de la dépendance au dollar. Plusieurs producteurs d’hydrocarbures acceptent désormais des paiements en yuan. Les banques centrales augmentent progressivement la part des monnaies alternatives dans leurs réserves.
L’initiative angolaise illustre cette tendance de fond. Ce n’est pas une révolution monétaire, mais une étape supplémentaire dans un processus lent, méthodique et profondément géopolitique.
Un symbole de l’émergence d’un monde multipolaire
En ouvrant officiellement ses réserves bancaires au yuan, Luanda envoie un message qui dépasse largement le cadre de sa politique monétaire. L’Angola reconnaît implicitement que son avenir économique est désormais étroitement lié à la Chine, bien davantage qu’aux puissances occidentales.
Pour Pékin, cette décision constitue une victoire supplémentaire dans sa bataille d’influence. Chaque banque centrale qui accorde un statut officiel au yuan renforce la crédibilité internationale de la monnaie chinoise et contribue à dessiner les contours d’un ordre financier plus fragmenté, où le dollar demeure dominant, mais n’est plus sans rival.
Le basculement est encore progressif. Il n’en est pas moins révélateur d’une transformation historique : celle d’un monde où la puissance financière occidentale est désormais concurrencée par une Chine qui avance, patiemment, monnaie après monnaie, accord après accord.
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