EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec Son Excellence le Dr. Mohammed Ibrahim Al Dhaheri – Les Émirats arabes unis, une diplomatie de l’équilibre dans un Moyen-Orient en mutation

Depuis plus d’une décennie, les Émirats arabes unis se sont imposés comme l’un des acteurs diplomatiques les plus influents du Moyen-Orient. Grâce à une politique étrangère fondée sur le pragmatisme, le dialogue et la diversification des partenariats, Abou Dhabi joue aujourd’hui un rôle croissant dans les grands dossiers régionaux et internationaux : médiation, sécurité régionale, diplomatie économique, innovation, intelligence artificielle ou encore formation des futures élites diplomatiques.
Dans un contexte marqué par le cessez-le-feu intervenu entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les négociations qui se poursuivent autour de la sécurité régionale et du programme nucléaire iranien, ainsi que par les profondes recompositions géopolitiques du Moyen-Orient, les Émirats apparaissent plus que jamais comme une puissance d’équilibre, attachée à la stabilité régionale et au dialogue. Parallèlement, les relations franco-émiriennes n’ont jamais été aussi étroites, qu’il s’agisse de défense, d’économie, de culture, d’enseignement supérieur ou d’innovation.
Pour évoquer son parcours, la mission de l’Académie diplomatique Anwar Gargash, les ambitions diplomatiques des Émirats arabes unis et les grands défis stratégiques de la région, Le Diplomate Média a eu l’honneur de s’entretenir avec Son Excellence le Dr. Mohammed Ibrahim Al Dhaheri, Directeur général adjoint de l’Académie diplomatique Anwar Gargash et Directeur du département Stratégie et Prospective du ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. Diplômé en stratégie, diplomatie et prospective stratégique, il participe activement à la définition de la vision diplomatique émirienne et au rayonnement international de l’Académie.
Propos recueillis par Roland Lombardi
Le Diplomate : Votre parcours est à la croisée de la diplomatie, de la stratégie et de la prospective. Quelles ont été les principales étapes de votre carrière et comment ont-elles façonné votre vision des relations internationales ?
Mohammed Ibrahim Al Dhaheri : Mon parcours n’est pas linéaire. J’ai intégré le service diplomatique à une période où le ministère des Affaires étrangères lui-même était en pleine transformation, passant d’une diplomatie essentiellement réactive à une approche plus réfléchie, plus stratégique et davantage tournée vers l’avenir. Cette évolution a profondément marqué ma manière d’appréhender notre métier dès le début de ma carrière.
J’ai ressenti le besoin de comprendre en profondeur cette mutation. C’est ce qui m’a conduit à entreprendre un doctorat en management et prospective stratégique, avant de poursuivre des études de troisième cycle à Londres, puis de suivre des programmes exécutifs à Harvard, Berkeley et Duke.
La prospective est parfois perçue comme une discipline relativement abstraite. En réalité, c’est tout le contraire. Il s’agit de se poser des questions très concrètes : qu’est-ce qui est susceptible d’évoluer dans cinq ou dix ans ? Et surtout, que devons-nous entreprendre dès aujourd’hui tant que nous disposons encore du temps nécessaire pour agir ?
Cette réflexion est restée au cœur de mon action lorsque j’ai pris la direction du département de la Stratégie et de la Prospective au ministère des Affaires étrangères. La diplomatie consiste, par nature, à répondre aux événements qui se présentent. Notre mission était presque l’inverse : dépasser les impératifs de l’actualité immédiate pour imaginer ce que seraient la région et le monde dans dix ans, et déterminer la place que les Émirats arabes unis devraient y occuper.
Depuis février 2026, j’exerce les fonctions de conseiller auprès du Cabinet du ministre des Affaires étrangères et je suis aujourd’hui Directeur général adjoint de l’Anwar Gargash Diplomatic Academy (AGDA). Je siège également au Conseil consultatif du College of Public Policy de l’Université de Sharjah, ce qui me permet de conserver un lien étroit avec le monde universitaire.
S’il existe un fil conducteur dans l’ensemble de ce parcours, c’est la conviction que la diplomatie, la stratégie et la prospective sont différentes dimensions d’une même pratique. Un diplomate qui ne pense pas de manière stratégique sera toujours en retard sur les événements. À l’inverse, un stratège qui n’est pas ancré dans l’expérience diplomatique aura les plus grandes difficultés à traduire la prospective en politiques publiques concrètes.
Ma vision des relations internationales s’est construite autour de cette articulation permanente entre réflexion stratégique et pratique diplomatique. Elle repose également sur une conviction profonde : les États qui seront les mieux préparés aux défis de demain seront ceux qui auront investi, suffisamment tôt et avec constance, dans les femmes et les hommes appelés à les relever.
L’Académie diplomatique Anwar Gargash est aujourd’hui devenue une référence régionale en matière de formation diplomatique. Quelle est sa mission, quelles sont ses ambitions et comment prépare-t-elle les futurs diplomates à un monde devenu toujours plus complexe et multipolaire ?
Au cœur de sa mission, AGDA poursuit un objectif clair : former les diplomates émiriens et les professionnels des relations internationales en leur apportant les connaissances, les compétences et les réseaux indispensables pour représenter et promouvoir les intérêts des Émirats arabes unis sur la scène internationale. L’Académie a également vocation à s’imposer comme un véritable centre d’excellence en matière de recherche, de réflexion stratégique et de production intellectuelle sur les questions de politique étrangère et de pratique diplomatique.
Fondée en 2014, l’Académie a été rebaptisée en 2021 en hommage au Dr Anwar Gargash, l’un des principaux artisans de la diplomatie moderne des Émirats arabes unis. Cet héritage revêt une importance particulière à nos yeux, car il nous rappelle que l’Académie doit faire vivre et transmettre une tradition diplomatique en constante évolution.
À cette fin, nous proposons des programmes universitaires de deuxième et troisième cycles, accrédités, couvrant des domaines tels que les relations internationales, l’action humanitaire et le droit international. En parallèle, nous développons des programmes de formation exécutive destinés aux diplomates, mais également, de plus en plus, aux responsables gouvernementaux et aux dirigeants d’entreprise appelés à évoluer dans un environnement international.
Nous avons également noué des partenariats avec plusieurs établissements universitaires parmi les plus prestigieux au monde, notamment la School of Advanced International Studies de l’Université Johns Hopkins. Nous sommes convaincus que la formation diplomatique s’enrichit au contact de traditions intellectuelles différentes et par la confrontation des expériences.
Par ailleurs, compte tenu du monde auquel nous préparons nos étudiants, nous accordons une importance croissante à la recherche et à la prospective stratégique.
Il ne suffit plus aujourd’hui d’enseigner les principes traditionnels de la diplomatie. Nos étudiants comme les participants à nos programmes exécutifs doivent apprendre à raisonner en termes de scénarios, à anticiper la manière dont les évolutions technologiques, le changement climatique, les recompositions géopolitiques ou encore la compétition économique transformeront la conduite de la politique étrangère au cours de la prochaine décennie, plutôt que de se limiter à gérer les crises au fur et à mesure qu’elles surviennent.
C’est dans cet esprit que l’ensemble de nos travaux de recherche, qu’ils portent sur les négociations multilatérales, la sécurité régionale ou encore les enseignements tirés de la présidence de la COP28, sont conçus pour apporter des réponses concrètes aux besoins des praticiens et des décideurs.
Notre ambition est qu’AGDA soit reconnue comme un véritable pôle régional de référence, où diplomates, universitaires et responsables publics de différents pays peuvent se rencontrer, confronter leurs analyses et surtout construire ces relations de confiance qu’aucune négociation officielle ne saurait remplacer.
Dans un monde multipolaire, marqué par une incertitude croissante, je suis convaincu que l’investissement dans le capital humain, tout comme dans les liens de confiance qui unissent les femmes et les hommes, revêtira une importance aussi déterminante que les décisions politiques elles-mêmes.
Les relations entre les Émirats arabes unis et la France n’ont cessé de se renforcer ces dernières années dans les domaines diplomatique, militaire, économique, culturel et universitaire. Cela a été confirmé durant la forte et profonde collaboration entre l’armée française et émiratie durant la guerre USA/Iran. Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux axes de cette relation stratégique et quelles nouvelles coopérations pourraient encore être développées ?
La France occupe une place tout à fait particulière dans la politique étrangère des Émirats. Elle est l’un de nos partenaires stratégiques les plus anciens et les plus fiables, une relation construite avec patience, constance et confiance au fil des décennies.
Cette continuité est essentielle et s’enracine dans une histoire commune particulièrement riche. La France fut le premier pays occidental visité par notre Père fondateur, feu Cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan. Plus récemment, elle a également été la destination de la première visite d’État effectuée par Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan après son accession à la présidence des Émirats arabes unis. Ces moments revêtent une forte portée symbolique et traduisent l’importance que nos dirigeants ont toujours accordée à la relation avec la France.
Naturellement, la défense et la sécurité demeurent les piliers historiques de ce partenariat. Notre coopération militaire, qui s’inscrit dans la durée, repose sur un niveau de confiance exceptionnel, des échanges opérationnels réguliers ainsi qu’une volonté commune de contribuer à la stabilité régionale. C’est le socle sur lequel notre partenariat a progressivement pu s’étendre à de nombreux autres domaines.
Ce qui me paraît particulièrement remarquable aujourd’hui est l’évolution de cette relation. Nous dépassons désormais le cadre d’un partenariat essentiellement économique pour construire une véritable dynamique de co-innovation. L’intelligence artificielle, le nucléaire civil, les technologies spatiales, l’aéronautique, la santé ou encore la recherche de pointe figurent désormais parmi les principaux axes de notre coopération.
La France apporte une expertise scientifique, technologique et industrielle de tout premier plan, tandis que les Émirats arabes unis offrent un environnement particulièrement propice à l’innovation, capable d’accélérer le développement des technologies émergentes et de favoriser la concrétisation rapide des projets les plus ambitieux.
À mes yeux, c’est précisément dans cette complémentarité que résident les plus grandes perspectives d’avenir. Les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés, des ruptures technologiques aux profondes mutations économiques, sont devenus trop complexes pour qu’un seul pays puisse y répondre isolément.
L’avenir du partenariat franco-émirien reposera donc sur notre capacité à unir nos forces afin de développer les technologies de demain, de former les nouvelles générations de talents et de concevoir des solutions qui bénéficieront non seulement à nos deux pays, mais également à l’ensemble de la communauté internationale.
Après plusieurs mois de tensions militaires entre Israël, les États-Unis et l’Iran, un cessez-le-feu fragile est désormais en vigueur et des négociations en cours. Comment les Émirats arabes unis ont-ils vécu cette crise et quel rôle peuvent-ils jouer dans la consolidation d’une paix durable au Moyen-Orient ?
Pour les Émirats arabes unis, l’instabilité dans le Golfe a des effets concrets. Chaque montée des tensions a des répercussions directes sur notre sécurité nationale ainsi que sur la vie de nos concitoyens.
Les attaques menées par l’Iran contre les Émirats étaient inacceptables. Elles ont constitué une violation flagrante de notre souveraineté ainsi que du droit international. Plus de 3 000 missiles et drones ont été lancés contre notre territoire et nos infrastructures civiles. Grâce au professionnalisme et à l’efficacité de nos forces armées, plus de 90 % de ces attaques ont pu être neutralisées.
Comme tout État souverain, nous avons non seulement le droit, mais aussi le devoir de protéger notre territoire et notre population. Nous avons exercé ce droit à la légitime défense avec détermination, tout en faisant preuve d’une retenue délibérée. Nous ne sommes pas partie à ce conflit et, dès son déclenchement, nous avons constamment plaidé en faveur d’un règlement négocié.
Nous avons naturellement salué l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, car mettre un terme aux hostilités est indispensable. Nous avons toutefois également rappelé avec la plus grande clarté qu’un cessez-le-feu, à lui seul, ne constitue pas une stratégie.
Tant que les causes profondes de l’instabilité ne seront pas traitées, notre région demeurera exposée au risque de nouvelles escalades. Une stabilité durable suppose la mise en place d’un cadre régional plus large. C’est pourquoi les Émirats arabes unis défendent depuis longtemps le principe selon lequel toute future architecture de sécurité devra pleinement associer les États du Golfe, directement concernés par ces crises.
La sécurité régionale ne peut être pensée ni organisée sans la participation des États dont la stabilité est directement en jeu.
Toute architecture crédible devra notamment garantir la liberté de navigation, le respect de la souveraineté des États, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures ainsi que l’existence de mécanismes fiables permettant d’assurer la mise en œuvre effective des engagements pris par chacune des parties.
Le rôle des Émirats arabes unis est de continuer à promouvoir cette vision d’ensemble. Nous avons toujours considéré que la diplomatie est plus efficace si elle demeure pragmatique. Notre objectif est de prévenir les conflits futurs en réduisant les facteurs qui les rendent possibles.
Cette tâche est infiniment plus exigeante que l’obtention d’un simple cessez-le-feu, mais c’est la seule voie susceptible de conduire à une paix véritablement durable au Moyen-Orient.
Les négociations entre Washington et Téhéran semblent avoir repris sous différentes formes. Les Émirats considèrent-ils qu’un accord durable sur le nucléaire iranien et la sécurité régionale est aujourd’hui possible ou demeurent-ils prudents face aux incertitudes de la situation ?
Je suis prudemment optimiste, convaincu que la diplomatie et la négociation sont toujours préférables à la confrontation, en particulier lorsqu’il s’agit d’un enjeu aussi déterminant que le programme nucléaire iranien et l’avenir de la sécurité régionale. La reprise des discussions est, à cet égard, un signal encourageant.
Cela étant, l’expérience nous enseigne qu’un accord durable ne peut reposer sur de simples déclarations d’intention. Il doit être mis en œuvre avec rigueur, s’appuyer sur des mécanismes de vérification crédibles et s’inscrire dans un dialogue politique continu.
L’expérience montre également qu’un cadre de sécurité pérenne ne peut être que global. Un accord limité au seul dossier nucléaire ne durera pas si des questions telles que les missiles balistiques, les drones, le soutien à des groupes armés ou encore la sécurité maritime sont exclues des négociations. Tous ces enjeux sont étroitement liés.
Du point de vue des Émirats, l’objectif est clair : nous soutenons toute initiative diplomatique susceptible de réduire les tensions, de renforcer le respect de la souveraineté des États et du droit international, de garantir la liberté de navigation et de contribuer à l’émergence d’un ordre régional plus stable. La liberté de navigation revêt, pour nous, une importance fondamentale et ne saurait faire l’objet d’aucun compromis.
Si les négociations se poursuivent dans cet esprit, il existe des raisons légitimes d’espérer des avancées significatives. Mais la diplomatie exige du temps, et une paix durable dépendra, en définitive, de la volonté politique constante de l’ensemble des parties concernées.
Les Émirats arabes unis ont développé une diplomatie singulière, fondée sur le dialogue avec l’ensemble des grandes puissances – États-Unis, Chine, Russie, Inde ou encore Europe – sans logique d’alignement exclusif. Cette politique d’équilibre est-elle appelée à devenir le modèle des puissances moyennes dans le monde multipolaire qui se dessine ?
Je suis convaincu que cette approche gagne en pertinence à mesure que le système international devient plus complexe. Les interdépendances entre les États ne cessent de s’intensifier, tandis que la compétition stratégique s’affirme avec une vigueur croissante. Dans un tel contexte, le dialogue devient plus indispensable que jamais. La communication doit être privilégiée, car elle crée les conditions de la confiance, même lorsque les intérêts des États divergent.
Cette approche a toujours été au cœur de la politique étrangère des Émirats arabes unis. Notre géographie y est certainement pour beaucoup. Situés au carrefour de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud, nous appartenons à une région qui, depuis des siècles, est un lieu de rencontre entre les peuples, les échanges commerciaux et les idées.
Cette réalité nous impose de dialoguer avec tous nos partenaires, d’être à l’écoute de chacun et de rechercher, avec pragmatisme, des solutions concrètes aux défis communs.
Certains qualifient cette politique de diplomatie d’équilibre ou de non-alignement. Pour ma part, je préfère une autre lecture. Il s’agit avant tout de préserver notre capacité à coopérer avec l’ensemble de nos partenaires, tout en demeurant guidés par nos intérêts nationaux ainsi que par des principes constants : la stabilité, le dialogue et le respect mutuel.
Le monde n’a rien à gagner à contraindre les États à choisir entre des blocs rivaux. Les grands défis de notre époque, sécuritaires, technologiques, climatiques, sanitaires, ne peuvent être relevés dans une logique d’affrontement entre puissances.
Notre approche est-elle appelée à devenir le modèle de toutes les puissances moyennes ? Il appartient à chaque État d’en décider en fonction de son histoire, de sa géographie et de ses intérêts propres.
En revanche, je suis convaincu que les pays capables de construire des passerelles entre les différentes puissances et de maintenir ouverts les canaux de dialogue avec l’ensemble de leurs partenaires verront leur rôle devenir toujours plus précieux. À mesure que les incertitudes se multiplient, le besoin d’interlocuteurs crédibles et de confiance, capables de rapprocher les positions et de favoriser l’émergence de terrains d’entente, ne fera que croître.
Les Émirats investissent massivement dans les technologies de rupture, l’intelligence artificielle, l’enseignement supérieur et l’économie de la connaissance. Dans quelle mesure considérez-vous que la puissance de demain reposera autant sur l’innovation, la formation et le capital humain que sur les capacités militaires traditionnelles ?
Nous établissons parfois, à tort, une distinction entre l’innovation et les formes traditionnelles de la puissance. L’histoire nous enseigne pourtant que chacune des grandes évolutions des capacités militaires a toujours été rendue possible par les progrès de la science, de la technologie et des connaissances humaines. Les technologies évoluent au fil du temps ; le principe, lui, demeure inchangé.
C’est précisément pour cette raison que les Émirats arabes unis ont, depuis plusieurs décennies, fait de l’éducation, de la recherche et de l’innovation des priorités nationales.
Nous avons très tôt compris que préparer l’avenir impliquait de diversifier notre économie et d’investir dans notre capital humain. En définitive, la technologie ne se crée pas spontanément. Elle est le fruit du travail des chercheurs, des entrepreneurs, des ingénieurs, des enseignants, des étudiants et, plus largement, de tous ceux qui font progresser la connaissance. Investir dans ces femmes et ces hommes, c’est investir dans notre résilience, notre souveraineté et notre prospérité à long terme.
L’intelligence artificielle en constitue une illustration particulièrement éclairante. Elle transformera incontestablement les questions de défense et de sécurité nationale. Mais son impact sera tout aussi profond dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de l’énergie et, plus largement, dans l’ensemble des secteurs de notre économie.
Réduire l’intelligence artificielle à une simple technologie militaire serait donc une erreur. Son véritable potentiel réside dans sa capacité à améliorer la vie de nos sociétés, à ouvrir de nouvelles perspectives de développement économique et à renforcer la coopération internationale.
C’est également la raison pour laquelle les partenariats internationaux revêtent une importance stratégique. Aucun pays ne pourra, à lui seul, prétendre exercer durablement un leadership dans ces technologies. Les Émirats arabes unis ont fait le choix de travailler avec des partenaires de confiance, parmi lesquels figure la France, car l’innovation progresse beaucoup plus rapidement lorsque les États mettent en commun leurs compétences, leurs ressources et leurs savoir-faire.
Nous considérons la technologie comme un levier au service de la prospérité, du renforcement de notre résilience et de la recherche de solutions responsables aux grands défis communs auxquels notre monde est confronté.
Enfin, le Moyen-Orient connaît une profonde recomposition stratégique depuis plusieurs années. Quelle est, selon vous, la vision des Émirats arabes unis pour la région à l’horizon 2035, et quel rôle votre pays entend-il jouer dans la construction d’un espace plus stable, plus prospère et davantage tourné vers la coopération internationale ?
Au regard de la rapidité avec laquelle évoluent les équilibres internationaux, il serait difficile de dresser aujourd’hui un tableau précis de ce que sera le Moyen-Orient à l’horizon 2035.
En revanche, je sais que les Émirats entendent progresser dans la continuité des principes qui guident notre politique étrangère depuis de nombreuses années et qui trouvent leur traduction dans notre vision nationale « We the UAE 2031 », ainsi que dans la perspective de long terme portée par notre stratégie Centennial 2071.
Notre conviction est que la stabilité régionale reposera avant tout sur la construction d’une architecture durable : économique, diplomatique et sécuritaire, capable de réduire les risques d’escalade avant même qu’ils ne se matérialisent. Cela implique de poursuivre les efforts en faveur d’une intégration économique régionale plus approfondie, de promouvoir des économies diversifiées, résilientes et moins vulnérables aux chocs extérieurs, ainsi que de mettre en place une architecture de sécurité associant pleinement les États du Golfe, dont la stabilité est directement en jeu.
Cela suppose également de continuer à élargir le cercle de la coexistence pacifique et de la coopération concrète entre les pays de la région, dans la conviction qu’une interdépendance économique construite avec discernement constitue l’une des garanties les plus solides contre le retour des conflits.
J’ajouterais que les Émirats arabes unis ne considèrent nullement cette ambition comme un projet qu’ils pourraient, ou souhaiteraient, porter seuls. Notre démarche a toujours consisté à agir avec nos partenaires, qu’il s’agisse des États du Golfe, des pays de l’ensemble de la région ou encore de partenaires stratégiques tels que la France, qui partagent notre intérêt commun pour un Moyen-Orient plus stable, plus prospère et davantage tourné vers la coopération.
D’ici à 2035, nous entendons continuer à renforcer notre rôle de partenaire fiable, responsable et constructif : un pays qui maintient ouverts les canaux du dialogue, y compris dans les périodes les plus difficiles, et qui œuvre, avec constance et dans la durée, à promouvoir un ordre régional fondé sur le respect de la souveraineté des États, du droit international et de la coopération.
Je suis convaincu que cette ambition exigeante qui guide l’action des Émirats arabes unis est à notre portée.
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