EXCLUSIF – Le Grand Entretien avec S.E.M. DENG Li, Ambassadeur de la République populaire de Chine en France – Rivalité USA-Chine, Ukraine, Moyen-Orient, Taiwan, Europe : La vision de Pékin sur le monde en 2026

En janvier 2025, S.E.M. Deng Li arrivait à Paris pour prendre ses fonctions à la tête de l’Ambassade de Chine en France.
Diplomate parmi les plus expérimentés de sa génération, ancien vice-ministre des Affaires étrangères, il a consacré l’essentiel de sa carrière aux dossiers du Moyen-Orient, de l’Europe, et de l’Afrique, après avoir notamment dirigé le département Asie occidentale et Afrique du Nord du ministère chinois des Affaires étrangères et exercé les fonctions d’ambassadeur en Turquie.
Un an et demi plus tard, le monde a radicalement changé. Les sommets Xi-Trump de mai et septembre 2026 ont confirmé que les deux premières puissances mondiales cherchent à stabiliser leur relation tumultueuse : trêve commerciale maintenue depuis octobre 2025, droits de douane mutuellement réduits, suspension des restrictions chinoises sur les terres rares. La Chine a également joué un rôle important dans la médiation qui a conduit à l’accord Trump-Iran du 13 juin 2026. Mais l’été 2026 a vu Pékin resserrer ses liens stratégiques avec Moscou, avec les exercices navals conjoints « Joint Sea-2026 » au large de Qingdao suivis de patrouilles communes dans le Pacifique, tout en posant, selon Volodymyr Zelensky, une ligne rouge inédite à la Russie sur l’emploi de l’arme nucléaire contre l’Ukraine. En Europe, les tensions commerciales se sont durcies : le déficit commercial de l’Union avec Pékin a atteint un niveau record au premier trimestre 2026, poussant Bruxelles, sous la pression de plusieurs États membres, à hausser le ton face à ce qu’elle qualifie de concurrence déloyale, cognac et véhicules électriques chinois en toile de fond, tandis qu’un sondage Pew Research publié le 15 juillet montre que l’image de la Chine dépasse désormais celle des États-Unis dans la majorité des pays sondés.
Dans ce contexte mondial en recomposition rapide, Le Diplomate média a souhaité donner la parole à l’Ambassadeur de la République populaire de Chine, qui répond ici en exclusivité à nos questions.
Propos recueillis par Roland Lombardi
Le Diplomate : En mai et en septembre 2026, le président Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump ont réalisé des visites croisées et ont obtenu une série de consensus. Quelle est la réalité de la relation sino-américaine, est-ce une compétition stratégique durable ou une coexistence pragmatique provisoire ?
S.E.M. DENG Li : Les relations sino-américaines sont aujourd’hui les relations bilatérales les plus importantes au monde. Elles concernent le bien-être de plus de 1,7 milliard de Chinois et d’Américains, ainsi que les intérêts de plus de 8 milliards de personnes à travers le monde. Ces dernières années, elles ont connu des hauts et des bas, mais sont restées globalement stables grâce au rôle irremplaçable des échanges entre les chefs d’État, qui en fixent les grandes orientations.
En mai dernier, lors de la visite d’État du président Donald Trump en Chine, les deux dirigeants sont convenus d’œuvrer à l’établissement de relations sino-américaines constructives de stabilité stratégique. Cette vision repose sur quatre éléments : faire de la coopération le pilier de la relation, maintenir la concurrence dans des limites appropriées, gérer les divergences et préserver des perspectives de paix. Elle traduit à la fois une dynamique de stabilisation des relations sino-américaines et la volonté des deux parties de continuer à les améliorer. Elle constitue une étape importante dans la recherche d’une entente durable entre nos deux pays.
Il y a peu de temps, le président Xi Jinping a effectué avec succès une visite d’État aux États-Unis. Les deux chefs d’État se sont ainsi rendus dans le pays de leur homologue en moins de six mois. Accueilli avec les plus grands honneurs, le président Xi Jinping a eu avec le président Donald Trump des échanges francs et approfondis, dans une atmosphère amicale et de respect mutuel. Leurs discussions ont porté sur les grandes orientations des relations sino-américaines et sur les principales questions internationales.
Les deux dirigeants sont convenus de construire une relation constructive de stabilité stratégique fondée sur le respect, l’équité et la réciprocité. Ces principes donnent une orientation plus claire aux efforts de la Chine et des États-Unis pour trouver une manière durable de s’entendre.
Ils ont également décidé de se soutenir mutuellement dans l’organisation de la réunion des dirigeants du forum de Coopération économique Asie-Pacifique, l’APEC, et du sommet du G20. Leurs échanges ont permis de dégager des positions communes et de faire progresser la coopération sur plusieurs sujets : le nucléaire iranien, les relations économiques et commerciales, la lutte antidrogue et la coopération entre les services chargés de faire respecter la loi. Ils sont également convenus d’établir un dialogue sino-américain sur l’intelligence artificielle. Le prêt de pandas géants par la Chine aux États-Unis figure aussi parmi les résultats annoncés.
Nous sommes convaincus qu’en suivant les principes de respect, d’équité et de réciprocité, la Chine et les États-Unis pourront, par le dialogue et la concertation, trouver la voie d’une coexistence pacifique durable, malgré leurs différences de civilisation, de système politique et de voie de développement.
Cette visite historique a donné un contenu plus concret à l’objectif de stabilité stratégique et contribué à maintenir la stabilité d’ensemble des relations sino-américaines. Elle a envoyé un signal positif en faveur d’une volonté d’agir ensemble, d’une coexistence pacifique et d’une coopération mutuellement bénéfique. Elle a ouvert un nouveau chapitre dans les relations entre nos deux pays et aura des répercussions profondes sur la paix et le développement dans le monde.
La Chine a joué un rôle décisif dans la médiation ayant conduit à l’accord Trump-Iran du 13 juin 2026. Comment Pékin articule-t-il ses intérêts économiques, premier importateur de pétrole iranien, avec ses ambitions de médiateur de paix au Moyen-Orient ?
Tant que la stabilité ne sera pas rétablie au Moyen-Orient, il n’y aura pas de paix dans le monde. Cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu et ne profite à personne. Aujourd’hui, la région connaît de nouvelles turbulences et les répercussions du conflit continuent de se faire sentir au-delà de ses frontières. Selon des rapports de l’ONU et du FMI, ce conflit pourrait entraîner une récession mondiale, freiner la croissance économique en 2026, causer près de 200 milliards de dollars de pertes économiques dans les pays de la région et plonger plus de 32 millions de personnes dans la pauvreté. La priorité immédiate est que les parties concernées règlent leurs différends par le dialogue et la négociation et reprennent la mise en œuvre du consensus consigné dans le mémorandum d’entente. C’est aussi ce qu’attend la communauté internationale. Le détroit d’Ormuz est une voie de navigation internationale. Le rétablissement rapide d’une navigation libre et sûre dans ce détroit est dans l’intérêt de tous. Les questions relatives à la circulation dans le détroit doivent être traitées de manière appropriée, et les préoccupations communes de la communauté internationale doivent recevoir une réponse adéquate.
Depuis le début du conflit, la Chine œuvre à la cessation des hostilités et au rétablissement de la paix, en s’efforçant de jouer un rôle constructif. En tant que grand pays responsable, elle a toujours adopté une position objective et juste et s’est engagée à favoriser les pourparlers de paix et à faciliter un cessez-le-feu. Elle continue de renforcer le dialogue avec toutes les parties concernées, y compris celles qui sont engagées dans le conflit, afin de contribuer à mettre fin au plus vite aux hostilités et à rétablir la paix au Moyen-Orient.
Au-delà du dossier nucléaire iranien, le Moyen-Orient demeure confronté à de multiples foyers de crise, tandis que les tensions entre les États-Unis, l’Iran et Israël connaissent un regain d’intensité avec notamment une reprise des frappes américaines. En tant qu’ancien ambassadeur de Chine en Turquie et fin connaisseur de la région, comment analysez-vous les recompositions stratégiques actuellement à l’œuvre et quelle vision Pékin porte-t-il sur l’architecture de sécurité régionale des prochaines années ?
Ces derniers temps, l’escalade se poursuit au Moyen-Orient, où les différents foyers de tension s’enchevêtrent. Les peuples de la région aspirent profondément au rétablissement de la paix. Obtenir un cessez-le-feu et mettre fin à la violence devrait être la priorité absolue. Comme l’a souligné le président Xi Jinping, le dialogue et la négociation constituent la voie à suivre, tandis que le recours à la force mène à une impasse. Dans ces circonstances, il est plus impératif que jamais que toutes les parties fassent preuve de la plus grande sincérité et restent engagées dans la recherche d’un règlement politique de la situation au Moyen-Orient.
Le président Xi Jinping a formulé une proposition en quatre points pour préserver et promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient.
Premièrement, s’en tenir au principe de la coexistence pacifique. Les pays du Golfe sont des voisins proches, indissociablement liés. La Chine soutient les efforts des pays de la région pour améliorer leurs relations et consolider les fondements d’une coexistence pacifique.
Deuxièmement, s’en tenir au principe de la souveraineté nationale. Tous les pays de la région sont des membres égaux de la communauté internationale. Leur souveraineté, leur indépendance, leur sécurité et leur intégrité territoriale doivent être effectivement respectées.
Troisièmement, s’en tenir au principe de l’état de droit international. Il est nécessaire d’en préserver l’autorité, de rejeter toute application sélective du droit international et d’empêcher le monde de retomber dans la loi de la jungle.
Quatrièmement, s’en tenir à une approche équilibrée du développement et de la sécurité. La sécurité est une condition préalable au développement, et le développement est une garantie de sécurité. Toutes les parties doivent s’efforcer de créer un environnement propice au développement des pays du Golfe.
Cette proposition en quatre points reflète la position constante de la Chine et ses efforts pour favoriser un cessez-le-feu et la paix, ainsi que le règlement des différends par le dialogue. Elle constitue une solution proposée par la Chine pour mettre fin au conflit et instaurer une paix durable dans la région. Guidée par l’esprit de cette proposition, la Chine œuvrera avec la communauté internationale en faveur d’une paix durable au Moyen-Orient et apportera sa contribution à la paix, à la stabilité, à la prospérité et au développement de la région.
Plus de quatre ans après l’invasion russe de l’Ukraine, la Chine maintient une position de non-condamnation de Moscou, tout en menant cet été des exercices navals conjoints avec la marine russe et en posant, selon Volodymyr Zelensky, une ligne rouge inédite à Moscou sur l’emploi de l’arme nucléaire contre l’Ukraine. Comment Pékin concilie-t-il ce resserrement stratégique avec la Russie, cette mise en garde nucléaire et sa posture affichée de défenseur du droit international ?
La Chine et la Russie ont établi un partenariat de coordination stratégique global à l’ère nouvelle, fondé sur les principes de non-alliance, de non-confrontation et de non dirigé contre des tiers. Les relations sino-russes ne constituent une menace pour aucun autre pays et restent à l’abri de toute pression ou ingérence extérieure.
Sur la question ukrainienne, la Chine a toujours suivi les orientations fondamentales des « quatre impératifs » proposés par le président Xi Jinping : Nous estimons que la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être respectées, que les buts et principes de la Charte des Nations Unies doivent être intégralement observés, que les préoccupations légitimes de tous les pays en matière de sécurité doivent être prises au sérieux et que tout effort en faveur d’un règlement pacifique de la crise doit être soutenu. La Chine soutient fermement un cessez-le-feu et des pourparlers de paix. Elle a maintenu un dialogue étroit avec les parties concernées, notamment la Russie et l’Ukraine, et a mené une diplomatie de navette active. Elle a également lancé, avec des pays du Sud global, la plateforme des « Amis de la paix » sur la crise ukrainienne. Elle a ainsi œuvré, à sa manière, en faveur de la paix. La position de la Chine a toujours été objective et impartiale, et sa voix, calme et équilibrée. Notre objectif est de créer les conditions d’un règlement de la crise et de construire un consensus à cette fin. Nous sommes prêts à poursuivre notre travail avec la communauté internationale pour jouer un rôle constructif dans le règlement politique de la crise.
À Pékin, Xi Jinping a évoqué le fameux « piège de Thucydide » qu’il fallait éviter. Il a par ailleurs averti Donald Trump qu’une « mauvaise gestion » de Taiwan pourrait déclencher un conflit. Où se situent exactement les lignes rouges de la Chine sur cette question, et le rapprochement sino-américain est-il compatible avec les ambitions de réunification ?
La question de Taiwan est au cœur même des intérêts fondamentaux de la Chine. Elle touche aux sentiments nationaux de plus de 1,4 milliard de Chinois et constitue une ligne rouge qui ne doit en aucun cas être franchie. L’« indépendance de Taiwan » signifie la guerre et n’a pas d’avenir. Nous avons la détermination, la volonté et les capacités nécessaires pour écraser tout acte séparatiste et toute ingérence extérieure visant à l’« indépendance de Taiwan », et pour sauvegarder la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine, ainsi que la sécurité et le bien-être des habitants de Taiwan. Le grand renouveau de la nation chinoise est irrésistible, et la réunification complète de la mère patrie se réalisera avec certitude.
Dans les relations sino-américaines, la question de Taiwan est la plus importante, la plus centrale et la plus sensible, car elle touche directement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine. Sur cette question fondamentale, la Chine ne fera jamais de compromis. Lors de son entretien avec son homologue américain Donald Trump, le président Xi Jinping a souligné que la question de Taiwan était la plus importante dans les relations sino-américaines. Une gestion appropriée de cette question assurera la stabilité d’ensemble des relations bilatérales. À l’inverse, une mauvaise gestion provoquera des affrontements, voire des conflits, qui mettront gravement en danger l’ensemble de ces relations. Préserver la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan constitue le principal point de convergence entre la Chine et les États-Unis. Cette analyse souligne le lien intrinsèque entre la question de Taiwan et la stabilité stratégique sino-américaine.
Ce n’est qu’en respectant le principe d’une seule Chine, les trois communiqués conjoints sino-américains et ses obligations internationales que la partie américaine pourra assurer un développement stable des relations sino-américaines ainsi que la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan. Au cours de cette rencontre, nous avons constaté que la partie américaine comprenait la position de la Chine et accordait de l’importance à ses préoccupations. À l’instar de la communauté internationale, elle ne soutenait ni n’acceptait que Taiwan s’engage sur la voie de l’« indépendance ». Le président Trump a également déclaré publiquement qu’il « n’a pas envie que quelqu’un déclare l’indépendance ». Il a souligné qu’il ne voulait ni parcourir 9 500 miles pour faire la guerre, ni devenir le soutien des « séparatistes » de Taiwan, ni s’engager à la légère à vendre des armes à Taiwan.
La trêve commerciale d’octobre 2025 entre Washington et Pékin, avec des droits de douane réduits contre la suspension des restrictions sur les terres rares, est-elle le début d’une normalisation durable, ou une pause tactique dans une guerre économique structurelle ?
Les relations économiques et commerciales sino-américaines sont, par nature, mutuellement bénéfiques. En cas de divergences ou de frictions, les consultations d’égal à égal constituent la seule voie appropriée.
Lors de la visite d’État du président Donald Trump en Chine, en mai dernier, les deux pays sont convenus de créer un Conseil du commerce et un Conseil de l’investissement. Ces mécanismes ont pour vocation de leur offrir un cadre pour examiner de manière pragmatique leurs préoccupations respectives. L’objectif est de passer d’une « gestion des crises » à une « gestion institutionnalisée ».
Récemment, les équipes chinoise et américaine ont tenu leur huitième cycle de consultations économiques et commerciales à New York et à Washington. Elles se sont entendues sur les procédures de travail du Conseil du commerce, sur les termes de référence définissant les modalités du dispositif de réductions tarifaires réciproques et sur les listes de produits concernés. Ce dispositif porte sur environ 30 milliards de dollars de marchandises importées par chacun des deux pays en provenance de l’autre.
Nous estimons que ces avancées contribuent à stabiliser les relations économiques et commerciales sino-américaines et à renforcer la confiance des acteurs économiques. Elles bénéficient aux entreprises et aux populations de nos deux pays, ainsi qu’à l’économie mondiale.
Le centenaire de la République populaire de Chine en 2049 est l’horizon du « rêve chinois » de Xi Jinping et le début du « Siècle chinois » pour certains. Quel ordre mondial la Chine souhaite-t-elle voir en place d’ici là, et quelle place y reste-t-il pour les démocraties occidentales ?
Depuis le début de l’époque moderne, la nation chinoise œuvre sans relâche à son grand renouveau. C’est le sens du rêve chinois : la prospérité du pays, le renouveau de la nation et le bonheur du peuple. Ce rêve est celui de la paix, du développement, de la coopération et de bénéfices mutuels. Il peut aller de pair avec les aspirations au bonheur des autres peuples du monde. Le développement de la Chine ne peut se passer du monde, pas plus que le développement du monde ne peut se passer de la Chine.
La Chine poursuit résolument une politique étrangère indépendante et pacifique et suit la voie du développement pacifique. Elle œuvre pour la paix et le développement dans le monde et pour la construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité. Elle promeut une gouvernance mondiale fondée sur la concertation, la synergie et le partage, met en pratique les valeurs communes de l’humanité et s’attache à construire un nouveau type de relations internationales. Elle met en œuvre l’Initiative pour le développement mondial, l’Initiative pour la sécurité mondiale, l’Initiative pour la civilisation mondiale et l’Initiative pour la gouvernance mondiale. Elle promeut également la construction conjointe de qualité de « la Ceinture et la Route ». Elle œuvre pour que les pays relèvent ensemble les défis et bâtissent un monde caractérisé par une paix durable, une sécurité universelle, une prospérité commune, l’ouverture et l’inclusivité, ainsi que par la propreté et la beauté.
La Chine appelle à une mondialisation économique inclusive et bénéfique pour tous, et promeut le développement commun à travers le monde. Nous poursuivons une stratégie d’ouverture mutuellement bénéfique. Nous élargissons sans cesse notre ouverture de haute qualité sur l’extérieur et offrons au monde de nouvelles possibilités grâce aux progrès de notre développement. Nous nous opposons au protectionnisme et aux sanctions unilatérales. Nous soutenons fermement la libéralisation et la facilitation du commerce et de l’investissement, et apportons notre soutien et notre aide aux autres pays en développement pour accélérer leur développement.
La Chine appelle à la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable et pratique un véritable multilatéralisme. Nous préconisons la démocratisation des relations internationales, la préservation du rôle central de l’ONU et des buts et principes de sa Charte, ainsi que le renforcement de l’autorité et de la capacité d’action du Conseil de sécurité. Nous soutenons une meilleure représentation et une plus grande voix au chapitre pour les pays émergents, les pays en développement et les petits et moyens pays. Nous soutenons également la nécessité de remédier en priorité à l’injustice historique faite à l’Afrique. La Chine participe activement aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, soutient l’amélioration et la réforme de la gouvernance mondiale et œuvre pour accroître l’influence de mécanismes de coopération tels que les BRICS et l’Organisation de coopération de Shanghai.
La Chine s’engage à promouvoir les échanges et l’inspiration mutuelle entre les civilisations, et à favoriser le progrès de la civilisation humaine. Tous les pays doivent respecter la diversité des civilisations, promouvoir ensemble les valeurs communes de l’humanité, encourager la valorisation et le renouvellement des civilisations, et renforcer la coopération ainsi que les échanges humains et culturels à l’échelle internationale. Aucun pays ne doit imposer ses propres valeurs ou modèles aux autres, ni s’engager dans une confrontation idéologique.
La Chine et la France sont toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous souhaitons défendre avec la France un véritable multilatéralisme et construire ensemble un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable. En renforçant la stabilité stratégique des relations sino-françaises, nous pourrons contribuer davantage à la paix et à la stabilité mondiales.
La Chine et l’Union européenne sont toutes deux des forces constructives en faveur du multilatéralisme, de l’ouverture et de la coopération. Leurs échanges et leur coopération s’inscrivent dans une tradition de respect mutuel et de bénéfices réciproques. La Chine entend travailler avec la partie européenne pour relever les défis mondiaux et continuer à contribuer à la paix et au développement dans le monde, ainsi qu’à défendre l’ordre international.
Le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine a atteint un niveau record au premier trimestre 2026, et Bruxelles durcit le ton, entre tarifs sur les véhicules électriques chinois et droits sur le cognac français. Comment sortir de cette spirale, et la France peut-elle jouer un rôle de pont entre la Chine et l’Union européenne ?
Il existe deux façons de remédier au déficit commercial. La première consiste à rechercher un équilibre par la contraction des échanges, en fermant les marchés. La seconde consiste à mobiliser le potentiel de coopération et à accroître les exportations pour parvenir à un équilibre reposant sur des échanges plus importants. La Chine est prête à travailler avec la partie européenne pour favoriser ce rééquilibrage par le développement des échanges plutôt que par leur réduction.
Pour l’Union européenne, le profit tiré de l’exportation vers la Chine d’une seule machine de lithographie équivaut à celui que procure l’exportation de 20 000 tonnes de porc. Il est impossible de parvenir à un équilibre commercial entre la Chine et l’Union européenne en comptant uniquement sur une augmentation des achats chinois de produits agricoles et de cosmétiques européens. L’Europe devrait assouplir ses restrictions à l’exportation de produits de haute technologie vers la Chine afin de mieux exploiter son potentiel d’exportation.
Dans le commerce des services, l’Union européenne occupe depuis longtemps une position dominante : c’est avec elle que la Chine enregistre son déficit le plus important dans ce secteur. La Chine ouvre un nombre croissant d’activités de services et approfondit cette ouverture, tandis que la demande intérieure de services progresse rapidement. Les deux parties peuvent donc étendre leur coopération dans ce domaine.
Selon les chiffres de la Commission européenne, entre 2023 et 2025, le volume des importations européennes de marchandises est resté stable, de même que l’excédent commercial, qui s’est maintenu autour de 150 milliards d’euros. Les importations en provenance de Chine ont pourtant augmenté de 9 % sur cette période. Cette hausse s’explique par le bon rapport qualité-prix des produits chinois, qui témoigne de leur compétitivité. Ni les subventions ni le protectionnisme ne permettent d’assurer une compétitivité durable. Celle de la Chine repose sur son écosystème économique et sa capacité d’innovation.
La Chine est le deuxième marché de consommation au monde. Son taux d’investissement dans la recherche et le développement est de 2,8 %, ce qui la place au deuxième rang mondial. Elle forme chaque année plus de quatre millions d’étudiants en sciences et en ingénierie. Elle dispose également d’un système industriel complet. Dans le delta du Yangtsé, tous les composants nécessaires à la fabrication d’un véhicule à énergies nouvelles sont accessibles dans un rayon de quatre heures de route. À Shenzhen, les activités de conception, de production et d’essai des robots humanoïdes sont regroupées dans un périmètre que l’on peut parcourir en trente minutes.
Nous espérons que la France, en tant qu’État membre clé de l’Union européenne, pourra jouer un rôle positif et constructif en encourageant l’Union à avancer de concert avec la Chine et à répondre, par le dialogue et la négociation, aux préoccupations de chacune des deux parties. La Chine et l’Europe disposent d’un vaste potentiel de coopération. Elles devraient se tourner vers l’avenir et renforcer leur coopération dans les secteurs émergents, afin de favoriser un développement durable de leurs échanges commerciaux et un rééquilibrage fondé sur leur expansion.
L’Europe est prise en étau entre la pression américaine pour réduire ses liens économiques avec la Chine et les opportunités que représente le marché et les investissements chinois. Que demande Pékin à l’Europe, et à la France en particulier, pour construire une relation réellement autonome et équilibrée ?
La Chine a toujours envisagé et développé ses relations avec l’Union européenne dans une perspective stratégique et de long terme. Elle considère l’Union comme un pôle important d’un monde multipolaire et a toujours soutenu l’intégration européenne ainsi que son autonomie stratégique. Nous espérons que l’Union européenne respectera, elle aussi, la voie et le système choisis par le peuple chinois, ainsi que les intérêts fondamentaux et les préoccupations majeures de la Chine, et qu’elle soutiendra son développement et sa prospérité. Les relations sino-européennes ne sont dirigées contre aucune tierce partie, ne dépendent d’aucune et ne sont subordonnées à aucune.
Le commerce sino-européen se caractérise par l’interdépendance. Dans des secteurs comme l’aéronautique et la fabrication de semi-conducteurs, l’Europe est un fournisseur important de la Chine. La coopération ne porte pas atteinte à la souveraineté économique, et défendre cette souveraineté ne signifie pas non plus tout produire soi-même. La mondialisation a élargi les marchés, approfondi la division du travail et favorisé les échanges commerciaux, créant ainsi une interdépendance entre les économies. Entre souveraineté économique et sécurité il doit y avoir des limites, et l’interdépendance doit être encadrée par des règles. La Chine et l’Europe doivent mener un dialogue patient et pragmatique, fondé sur le respect mutuel, l’égalité et les bénéfices réciproques, afin d’établir une confiance durable.
La Chine entame actuellement la mise en œuvre de son 15e Plan quinquennal. L’ouverture, la coopération et la recherche de bénéfices mutuels sont indispensables à sa modernisation. Elle continuera à s’ouvrir toujours davantage à la coopération. Elle poursuivra résolument une ouverture de haute qualité et partagera avec le reste du monde les nouvelles possibilités offertes par son développement de qualité.
Enfin, au cours de votre carrière diplomatique, vous avez acquis une connaissance approfondie de l’Afrique, où vous avez exercé d’importantes responsabilités diplomatiques au cours de votre carrière. C’est un continent qui occupe aujourd’hui une place centrale dans les recompositions de l’ordre international. Alors que les rivalités entre puissances s’y intensifient, que plusieurs États font face à des défis sécuritaires majeurs et que les attentes en matière de développement restent immenses, quelle vision la Chine porte-t-elle sur l’avenir de ses relations avec l’Afrique ? Quel rôle Pékin entend-il y jouer dans les prochaines décennies ?
Cette année marque le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique. Au cours de ces soixante-dix années, l’amitié sino-africaine a résisté aux aléas de la situation internationale et démontré sa vitalité. À l’ère nouvelle, le président Xi Jinping, très attaché aux relations sino-africaines, a énoncé le principe de sincérité, de résultats effectifs, d’amitié et de bonne foi, ainsi que la vision de la recherche du plus grand bien et des intérêts partagés. Il a ainsi donné une nouvelle dimension à la coopération sino-africaine. En 2024, lors du sommet de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine, il a solennellement appelé la Chine et l’Afrique à promouvoir ensemble une modernisation caractérisée par la justice et l’équité, l’ouverture et les bénéfices mutuels, la primauté accordée au peuple, la diversité et l’inclusion, le respect de l’écologie, ainsi que la paix et la sécurité. Cet appel a tracé la voie du développement futur des relations sino-africaines.
À ce jour, les entreprises chinoises ont participé à la construction et à la modernisation de plus de 10 000 kilomètres de voies ferrées, de près de 100 000 kilomètres de routes, de près de 1 000 ponts et de près de 100 ports dans différents pays africains. Elles ont ainsi apporté un soutien important au développement économique et social de l’Afrique.
À l’initiative du président Xi Jinping, la Chine, la Tanzanie et la Zambie ont lancé le projet de revitalisation du chemin de fer TAZARA. Sa remise en état permettra une amélioration majeure de ses performances : sa capacité de fret devrait passer d’environ 200 000 tonnes à 2,4 millions de tonnes par an.
Depuis le 1er mai dernier, la Chine applique une politique de droits de douane nuls sur 100% des lignes tarifaires à l’égard des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Au cours de trois mois après son entrée en vigueur, les importations chinoises en provenance d’Afrique ont enregistré une hausse de 28,9 % en glissement annuel. Tout en enrichissant et en diversifiant l’offre sur le marché chinois, cette politique permet aux peuples africains de bénéficier des possibilités offertes par le développement.
Convaincue qu’il vaut mieux apprendre à quelqu’un à pêcher que de lui donner des poissons, la Chine met ce principe en pratique dans sa coopération avec l’Afrique en matière de développement. Elle a mis en œuvre, avec des pays africains, le projet « Train direct à l’emploi », destiné aux étudiants africains en Chine. Elle a également créé plusieurs programmes de bourses et fondé l’Institut de coopération Sud-Sud et du développement, afin d’aider les pays africains à former des professionnels locaux qualifiés et à renforcer leur capacité de développement autonome et durable. Nous avons offert 60 000 places de formation et formé de nombreux spécialistes qualifiés pour les pays africains.
La Chine est prête à mettre en place avec les pays africains une plateforme institutionnalisée d’échange d’expériences en matière de gouvernance de l’État. Elle est également prête à les soutenir dans leur recherche d’une voie de réussite adaptée à leurs réalités nationales, bénéficiant largement à leurs populations et leur permettant de tirer pleinement parti de leurs ressources.
La Chine et les pays africains sont des membres importants du Sud global. Le renforcement de leur solidarité et de leur coopération favorise leur modernisation et apporte également de nouvelles idées pour relever les défis mondiaux. L’Afrique est un espace majeur de coopération internationale. La Chine est disposée à travailler avec toutes les parties, dans le respect de la souveraineté des pays africains, pour contribuer davantage à la paix, à la stabilité et au développement du continent.
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