TRIBUNE – Ukraine, Iran : est-ce la fin des guerres ?

Par François Martin
A rebours des analyses catastrophistes et bellicistes, il semble bien que l’étude dépassionnée des conflits en cours montre autre chose : une désescalade, et en vérité la fin des guerres, tant en Ukraine qu’en Iran. Cette fin annonce la mise en place d’un nouvel ordre du monde, avec des grands gagnants et de graves perdants.
Imiter Juan de Toledo
L’Homme est affublé d’une drôle de tendance, paradoxale, que l’on constate dès l’enfance, et qui perdure chez l’adulte : une attirance viscérale vers le danger et vers la peur. En politique internationale, en particulier, la moindre montée des violences, dans les discours ou dans les actes, va ainsi, inévitablement, et même si d’autres éléments montrent le contraire, être interprétée pour beaucoup comme une promesse de « guerres mondiales », qu’il faudra traduire forcément par « guerres nucléaires ». Parfois, c’est l’envie, commerciale, de « vendre du papier » ou celle, politique, de « faire du bruit » pour se faire remarquer, qui motive ces excès, mais pas toujours et pas seulement. La plupart du temps, il y a aussi, comme une sorte de retour à l’enfance, l’envie, tout simplement, d’avoir peur. Pour l’analyste, qui doit chercher la vérité, souvent à travers des signaux faibles, de la façon la plus dépassionnée possible, il est très difficile de se libérer, et de libérer ses lecteurs, de l’idée (et de l’envie…) que, quelque part, forcément, « ça va péter ». Si on ne dit pas cela, on est un pacifiste de la pire espèce… Pourtant, chercher et prouver qu’il existe, plus souvent qu’on ne le pense, des chemins vers la paix (même si ces processus ne sont pas garantis !) doit faire partie de notre éthique et de notre travail. C’est un aspect très important de notre recherche, qu’il faut poursuivre inlassablement, comme le célèbre Juan de Toledo, la vigie de la Santa Maria, le vaisseau amiral de Christophe Colomb, devait sans arrêt scruter l’horizon, à la recherche d’une terre que, peut-être, il ne verrait jamais.
Dans les conflits actuels, on peut le dire, c’est plus facile à voir ! En effet, tant la guerre d’Ukraine que celle d’Iran montrent des signes assez clairs comme quoi on arrive à leur fin.
En Ukraine, l’objectif premier de Poutine : émasculer l’OTAN
En Ukraine, la guerre, depuis fin Juillet, a totalement changé de format. On est passé (enfin ! diront certains russes…), d’une guerre de dévitalisation à une guerre de décapitation, et d’une guerre géopolitique à une guerre locale. En effet, jusqu’ici, seuls les idiots, les naïfs et les malhonnêtes pouvaient affirmer que la Russie faisait la guerre à l’Ukraine : tant les armes, que les financements, que l’information satellitaire, que le renseignement, que les plans de guerre, que les décisions politiques, tout venait du camp occidental, dont l’Ukraine n’était que le parfait « proxi ». La Russie, qui sait ce que c’est qu’une réflexion géopolitique, faisait donc la guerre à l’OTAN, et non pas à l’Ukraine. Mais en même temps, très soucieuse de ne pas « envenimer les choses » plus que nécessaire avec l’OTAN, pour ne pas prêter la main à une réaction trop brutale, et pour ne pas fermer la porte à une possible réconciliation, une fois que les adversaires « va-t-en-guerre » (les dirigeants européens, principalement) auraient éte discrédités et chassés par leurs propres peuples, elle s’est obligée, par le choix assumé de Poutine, à une forme de guerre très particulière, très lente, consistant d’une part à ménager ses propres troupes, pour ne pas risquer une conquête trop rapide qui aurait pu la « vietnamiser », et d’autre part, à détruire systématiquement le potentiel militaire otanien, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus, chez son adversaire, ni armement, ni financement à offrir, ni finalement volonté politique de poursuivre la guerre. Et de fait, on voit, aujourd’hui, que déjà chez le partenaire américain, il n’y a plus d’armement ni de financements à donner. Tout doit être vendu. Le financement reste à la charge des européens, et pour combien de temps ? Bien loin d’être « aux abois » et « acculé par les drones » sur son propre territoire, Poutine attendait seulement son heure, celle où l’émasculation de son adversaire occidental serait complète, pour passer à la deuxième phase, l’anéantissement de l’Ukraine. Il ne pouvait, en effet, le faire trop tôt, car il était nécessaire, pour continuer à vider de ses forces son adversaire otanien, que l’Ukraine reste en vie, jusqu’à ce que l’occident n’ait plus rien à lui donner. Ce moment est aujourd’hui venu.
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La phase finale : la destruction de l’Ukraine
Très logiquement, et comme toujours, politiquement protégé, vis-à-vis de ses propres opinions, contre l’accusation de tuer des « frères ukrainiens », par le besoin de se défendre contre les attaques de drones (pas très dangereuses, il faut dire la vérité !), Poutine a lancé la phase finale, celle de la destruction de l’Ukraine. Pour cela, en premier lieu, et grâce au travail de sape préalable, le ciel lui appartient. L’Ukraine ne dispose plus d’aucun système pour arrêter ses tirs. Il a ainsi pu s’attaquer d’abord aux multiples usines, entrepôts d’armes et de munitions, disséminés dans les villes, et en particulier à Kiev, conformément à la méthode ukrainienne bien connue, consistant à utiliser systématiquement les civils comme boucliers humains pour accuser la Russie. Il y aura ainsi plus de civils tués, mais dans une période de fin de régime, c’est, logiquement, Zelensky qui en sera accusé, plutôt que les russes. Et de fait, c’est ce qui se passe. Ensuite, il s’attaque aux raffineries, aux dépôts d’essence, et même aux stations, pour priver totalement le pays de son énergie. Enfin, et c’est bien le pire, il détruit systématiquement tous les ports de la Mer Noire et du Danube, pour priver le pays de ses exportations. La Mer Noire est en effet vitale pour l’Ukraine, qui y fait passer 85% de ses marchandises, et la totalité de l’export de ses grains, qui représentent 60% du total. Empêcher les sorties par la Mer Noire conduit donc inévitablement l’Ukraine à la faillite à brève échéance. De plus, une grande partie des grains appartient à trois compagnies américaines, DuPont de Nemours, Monsanto et Cargill. La destruction des installations portuaires, et des silos, en pleine récolte, porte à ces entreprises un coup extrêmement dur.
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Retour à Anchorage
Ce changement complet des objectifs et du rythme de la guerre ne manque pas d’avoir l’effet attendu : après avoir « temporisé », depuis son arrivée au pouvoir en Janvier 2025, essentiellement pour satisfaire les appétits de ses marchands d’armes, Trump, sentant l’hallali, renoue rapidement avec « l’esprit d’Anchorage » : en quelques jours, il envoie à Moscou le chef de la CIA John Ratcliffe, puis invite aux USA, à la réunion du G20 Finance, le ministre russe Anton Silouanov, puis envoie ses deux négociateurs Witkoff et Kushner d’abord à Moscou, puis à Kiev. Certainement, le thème de ces rencontres a dû être : « Ukraine has lost, the game is over. What’s next now ? ». On peut dire, dès lors, que la guerre est virtuellement finie, et que le dernier « problème à régler », c’est que Zelensky veuille bien laisser sa place pour que d’autres orchestrent la suite d’une façon plus souple. Et de fait, clairement, l’étau se resserre sur lui : les accusations de corruption augmentent, les prétendants s’identifient (Fedorov), les services de renseignements se battent entre eux (SBU et GUR), une tentative d’assassinat échoue de peu (contre son avion, le 9 Septembre). On voit se dessiner la suite : outre la prise de l’ensemble Slaviansk/Kramatorsk, qui consacrera la victoire finale et spectaculaire de Poutine, et sa justification vis-à-vis de ses détracteurs internes, la « réconciliation » entre les USA et la Russie, transformant les « dividendes de la guerre » finissants en nouveaux « dividendes de la paix », déjà étudiés à Anchorage.
Alors, les européens, toujours aussi c… ?
Dans cette affaire, les stupides européens seront trahis, humiliés et oubliés. Après avoir été, honteusement, les financiers des « marchands de canons » américains, sans contreparties, ils ne recevront, comme salaire, que la ruine et le pillage de leurs avoirs par leurs maîtres. « Vae victis ». Mais parodiant le Général de Gaulle dans sa célèbre adresse à Massu, on aurait pu leur dire : « Alors, les européens, toujours aussi c… ? ».
En Iran, l’affaire est différente, mais l’issue est la même
En Iran, l’affaire est différente. Là-bas, les américains, après une longue attente, sont finalement tombés dans le piège tendu de longue main par Ali Kamenei, avec l’aide des russes et des chinois. Trump, là aussi, fait, ne l’oublions pas, un magnifique cadeau à ses marchands de canons, qui auront tout loisir, une fois la guerre finie, de « rempoter » les stocks d’armements américains complètement à sec, avec, on peut le penser, de multiples commissions à la clef pour les parlementaires, les intermédiaires… et le patron et sa famille… Sur le plan stratégique, les choses sont moins brillantes : la stratégie de bombardements a raté, celle d’envahir le territoire a fait pschitt, celle du blocus ne donne pas les résultats escomptés, contre un pays habitué au blocus depuis 45 ans et qui, aujourd’hui, est tout sauf isolé, puisque soutenu en sous-main par tout le « sud global », et d’abord par la Russie et la Chine.
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De son côté, l’Iran a fait plus que se défendre, puisqu’il a frappé les bases américaines terrestres jusqu’à les repousser jusqu’à la Jordanie (où elles sont aujourd’hui également frappées), et les bases maritimes (porte-avions) bien loin de ses côtes. Il a aussi mis la main sur le détroit d’Ormuz, qu’il ne compte évidemment pas lâcher. Mais surtout, par le truchement du blocus imposé aux hydrocarbures du Golfe, il a mis le doigt sur le « bouton rouge nucléaire » de la crise économique mondiale, et d’abord américaine : le cours du brent est aujourd’hui remonté au-dessus des 100 USD le baril, et ne redescendra plus, malgré les déclarations fracassantes de Trump et le relâchage des stocks stratégiques. De plus, l’Iran sait qu’il dispose aussi de « l’arme fatale », puisqu’il lui suffit de frapper, demain, les usines de dessalement d’eau des pays d’en face pour arrêter non seulement les flux, mais toute la production du Golfe pour plusieurs années. Deux mois avant ses « mid-terms », Trump ne pourra pas le supporter. Pour cette raison, on peut dire, là aussi, que la guerre est finie.
L’après-guerre d’Iran a déjà commencé
Trump sait mieux que personne qu’il ne gagnera pas cette guerre. Pour cette raison, il organise déjà sa défaite, tout en faisant semblant, sous la risée de tous, de célébrer sa victoire… En effet, la défaite américaine est déjà actée, essentiellement à travers la signature du « Pacte de La Mecque », dont on ne peut penser, compte tenu de son importance majeure, et avec la présence de ses trois promoteurs que sont le Pakistan, la Turquie et l’Arabie Saoudite, qu’il a pu être conçu sans un aval tacite de la puissance américaine, puisqu’il tend à la remplacer régionalement à terme, tout en « chamboulant » entièrement l’architecture de sécurité du Golfe. Par la présence, demain, de troupes pakistanaises et turques sur le sol du Golfe, il rend inutile la présence américaine. Par la présence, avec le Pakistan, d’un « garant nucléaire », il permet (enfin !) d’équilibrer la menace nucléaire israélienne, en évitant que l’Iran ne s’en dote lui-même. Très logiquement, l’approche est faite en ce moment pour que l’Iran rejoigne ce pacte. Ce « chaperonnage » par le trio des fondateurs, tout en sauvant la face des américains, impliquera, dans ce cas, l’arrêt de la menace occidentale sur l’Iran et la fin des sanctions. C’est, véritablement, une révolution. Au stade actuel, on peut dire, d’ores et déjà, que la suite de la guerre est déjà largement en construction.
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Le détroit d’Ormuz, dernier point de friction
Si la guerre est finie, pourquoi donc continue-t-on à se battre, et à se bombarder aujourd’hui, entre iraniens et américains ? Parce qu’un point reste encore non résolu, et il n’est pas mineur, c’est celui de la « propriété » du détroit d’Ormuz. L’Iran en fait « une question de principe », sans doute pour « laver l’affront » de l’attaque israélo-américaine, et Trump aussi, pour essayer d’éviter non pas la défaite (elle est actée), mais la honte de cette défaite, par sa capitulation sur ce point sensible. Par ailleurs, ne l’oublions jamais, Trump a toujours besoin de contenter, parmi ses électeurs, les pacifistes ET les bellicistes, ce qui l’oblige à un « grand écart » permanent : il faut dire que la guerre est finie et gagnée, mais en même temps, il est bon de continuer à bombarder « un peu », pour des raisons d’image, pour complaire aux va-t-en-guerre, et spécialement aux sionistes (qu’il « caresse » tout en s’évertuant, en même temps, à les marginaliser autant que possible…).
En vérité, il s’agit plus d’un problème de forme que de fond, puisque même si les iraniens acceptaient (on peut supposer qu’ils ne le feront pas) de « rendre » le détroit aux autorités internationales, leur proximité militaire est telle que s’ils le souhaitaient, ils en reprendraient le contrôle en 24 heures. Rien, à l’évidence, ne peut éviter une « menace » iranienne sur ce détroit… sauf la paix ! De toute façon, la crainte énorme que fait planer aujourd’hui le blocage du détroit sur l’économie américaine et, parallèlement, la proximité des mid-terms, tout cela fait penser qu’une solution sera rapidement trouvée, et qu’elle satisfera les iraniens, qui après 45 ans d’humiliations, veulent sortir la tête bien haute de cette affaire avec, comme diraient les espagnols, « les deux oreilles et la queue » de leur adversaire… Dans tous les cas, la présence, par ailleurs, du « pacte de La Mecque » laisse à penser que les bombardements sont une « queue de comète » de cette guerre, et non pas le prémice d’un nouveau conflit. Et Trump a trop besoin, pour les besoins de sa campagne électorale, que le détroit s’ouvre à nouveau, et que le cours du pétrole, véritable « épée de Damoclès » au-dessus de sa tête, redescende enfin de façon substantielle.
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Vers la paix ?
Peut-on penser que la fin de ces deux conflits, celui d’Ukraine et celui d’Iran, seront les signes d’une future paix pour le monde ? Pas forcément, puisqu’il reste plusieurs « mauvais coucheurs » qui persisteront à n’en pas vouloir : les européens, les grands financiers mondialistes, peut-être les lobbies militaro-industriels, s’ils en veulent encore plus (bien qu’ils se soient déjà bien « gavés »!), Zelensky et sa clique de corrompus… et de corrupteurs, Israël, Netanyahu et les sionistes. Par ailleurs, en Israël, en Palestine, au Liban, en Syrie, rien n’est résolu. De même, la guerre entre l’Arabie Saoudite et le Yemen a repris, même si l’on peut penser que ceci n’est qu’un épiphénomène, destiné à provoquer, pour l’Iran, une tension momentanée sur le pétrole saoudien en bloquant Bab el Mandeb. En effet, on ne peut pas penser que l’Iran continuera à activer son « proxi » yéménite s’il entre dans le pacte de La Mecque !
Il y aura donc beaucoup de choses à régler pour qu’une véritable paix s’installe. Cependant, indéniablement, une baisse des tensions aura lieu, avec, également, de nouveaux intérêts politiques et économiques qui voudront parier sur un nouvel ordre plus pacifique du monde. Qui seront les gagnants ? Evidemment, les « héros » de ces deux guerres « décoloniales », et en premier lieu la Russie, l’Iran et en sous-main, la Chine. Il n’est pas certain que les USA s’en sortent véritablement, compte tenu de ce qu’ils ont montré de leurs faiblesses, face à la Russie et face à l’Iran, et de leur perte d’image catastrophique. On peut penser que les deux « parrains » du « sud global », la Chine et la Russie, auront à cœur « d’amortir la chute » des USA, afin de ne pas perturber à l’excès l’ordre déjà si fragile du monde. C’était peut-être l’un des thèmes, très logique, de la récente visite de Ratcliffe à Moscou.
Par ailleurs, l’un des grands perdants sera certainement l’Europe : stratégie ruineuse, choix radical et désespéré du perdant dans la guerre d’Ukraine, manque incroyable de fermeté pour dénoncer l’affreuse attitude d’Israël face aux palestiniens, positionnement parfaitement contraire au droit en refusant de dénoncer l’agression israélo-américaine contre l’Iran, suivisme total des USA et d’Israël, l’Europe n’a fait que des fautes politiques depuis de nombreuses années, montrant à tous sa faiblesse et sa lâcheté. Elle en paiera un prix énorme, sauf à ce que, comme l’avait prophétisé Poutine dès le début de sa guerre, une nouvelle génération de dirigeants plus justes et plus fermes et d’élites plus intelligentes et, disons le mot, plus gaullistes, prennent la place, et « redorent le blason » du continent, comme le souhaitent, certainement, la plupart des dirigeants du monde, et même les américains. C’est ce que nous attendons tous ! Comme disent les bénédictins : « Ora et labora ». Prions et travaillons donc pour ce bel objectif !
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
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