RECENSION – David Baverez, Après le chaos : L’Europe doit-elle enfin cesser d’être une puissance spectatrice ?

RECENSION – David Baverez, Après le chaos : L’Europe doit-elle enfin cesser d’être une puissance spectatrice ?

lediplomate.media — imprimé le 19/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
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Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0

Publié chez Novice le 1er octobre 2026, Après le chaos de David Baverez n’est pas un livre de plus sur la « fin de la mondialisation ». C’est un brûlot géoéconomique contre la naïveté européenne. Son message est simple : le monde s’est recomposé, Washington et Pékin se livrent une lutte sans merci, et l’Europe continue de croire qu’elle pourra traverser la tempête en réglementant, en taxant et en espérant.

La fin des illusions

David Baverez fait de 2025 un tournant historique. La doctrine commerciale américaine annoncée le 2 avril 2025, qu’il lit comme une guerre monétaire autant que tarifaire, et le défilé chinois du 3 septembre 2025 à Tiananmen marqueraient la fin d’un ordre mondial fondé sur l’interdépendance pacifique.

L’auteur refuse la confortante notion de multipolarité. Il parle d’une reglobalisation apolaire : les États-Unis et la Chine demeurent des géants, mais aucun ne parvient plus à incarner un modèle universel ni à garantir la stabilité du système international. Le chaos n’est donc pas une parenthèse : c’est le nouveau cadre de la compétition mondiale.

Washington, Pékin : deux modèles en crise

Le regard de David Baverez sur les deux superpuissances est sans complaisance. Les États-Unis, selon lui, misent sur une bulle financière dopée à l’intelligence artificielle ; la Chine s’enferme dans une économie de guerre qui érode son attractivité et sa capacité à séduire.

Mais cette symétrie ne doit pas tromper. L’enjeu n’est pas de savoir qui « gagne » demain. Il est de comprendre que la rivalité sino-américaine structure désormais l’énergie, les technologies, les monnaies, les chaînes d’approvisionnement et les stratégies industrielles. Ceux qui croient pouvoir rester neutres seront les premiers à en payer le prix.

L’Europe, l’auto-stoppeur dépassé

C’est ici que l’essai devient une charge contre Bruxelles et, plus largement, contre une certaine Europe technocratique. David Baverez dénonce une Union qui a vécu pendant des décennies comme une « auto-stoppeuse » : protégée par l’Amérique, approvisionnée par la Chine, enrichie par la mondialisation, mais incapable de construire sa propre puissance.

Sa prescription est une « étrange conquête » : non pas militaire, mais économique, politique et sociale. Les entreprises doivent réduire leurs dépendances critiques ; l’État doit renouer avec une véritable stratégie industrielle ; la société doit accepter un « pacte inversé », dans lequel chaque génération se met au service de la suivante.

Un livre qui dérange

On pourra discuter les diagnostics de David Baverez, notamment sa lecture très tranchée de la bulle américaine ou de la stratégie chinoise. On regrettera aussi que la « conquête » européenne reste parfois plus incantatoire que programmatique : qui décide, avec quels moyens, contre quels intérêts nationaux et bruxellois ?

Mais l’essai a le mérite de poser la question que nos élites préfèrent éluder : une Europe qui ne produit plus, qui ne protège plus ses frontières technologiques et qui délègue sa sécurité peut-elle encore parler d’indépendance ? La réponse de David Baverez est clairement négative.

Verdict

Après le chaos est un livre salutaire parce qu’il refuse les euphémismes. Il rappelle que la liberté européenne, véritable avantage compétitif face à Pékin comme à Washington ne se conserve pas par décret, mais par puissance, production et volonté politique.

À lire comme un avertissement : si l’Europe ne se reconquiert pas, elle deviendra non pas l’arbitre du chaos, mais sa première victime


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Olivier d'Auzon

Olivier d’Auzon est consultant juriste auprès des Nations unies, de l’Union européenne et de la Banque mondiale. Il a notamment publié : Piraterie maritime d’aujourd’hui (VA Éditions), Et si l’Eurasie représentait « la nouvelle frontière » ? (VA Éditions), L’Inde face à son destin (Lavauzelle), ou encore La Revanche de Poutine (Erick Bonnier).

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