RENSEIGNEMENT – Émeutes du 17 octobre : Macron donne des leçons à Israël, mais Paris reçoit le patron du Shin Bet !

RENSEIGNEMENT – Émeutes du 17 octobre : Macron donne des leçons à Israël, mais Paris reçoit le patron du Shin Bet !

lediplomate.media — imprimé le 23/10/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
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Par Ulysse J Capella

Alors que la France peine à retrouver son calme après les violences du 17 octobre 2026, une visite aussi discrète que révélatrice vient rappeler les contradictions de sa diplomatie. Le 20 octobre, David Zini, directeur du Shin Bet, le puissant service israélien de sécurité intérieure, s’est rendu à Paris pour rencontrer de hauts responsables de la DGSI et de la DGSE. Au programme, selon les médias israéliens : terrorisme, radicalisation islamiste et coopération sécuritaire. Un déplacement prévu bien avant les émeutes, mais dont le calendrier prend une dimension particulièrement symbolique. Car tandis qu’Emmanuel Macron multiplie les critiques envers Israël, reconnaît un État palestinien et restreint la participation des industriels israéliens aux salons français de défense, les professionnels du renseignement poursuivent leur coopération. Une leçon de Realpolitik : la diplomatie peut s’offrir le luxe des postures. La sécurité nationale, beaucoup moins.

Un paradoxe qui n’échappe pas à Roland Lombardi, historien, géopolitologue spécialiste du Moyen-Orient et directeur du Diplomate, pour qui les motivations de la diplomatie française ne font guère de doute : « Sauf à être stupide – et il ne l’est absolument pas –, Emmanuel Macron a reconnu la Palestine pour apaiser la rue arabe en France et, surtout, satisfaire ses amis du Qatar. Quel succès ! Heureusement que nos responsables du renseignement et de la sécurité sont, eux, des pragmatiques, toujours connectés au réel ! »

Il fallait presque attendre que la France s’embrase pour que cette évidence retrouve toute sa force : en matière de terrorisme, les alliances ne se choisissent pas à l’applaudimètre des conférences internationales. Elles se construisent dans le secret des échanges de renseignements, l’identification des réseaux, la prévention des attentats et la connaissance précise d’adversaires qui, eux, ne s’embarrassent guère de subtilités diplomatiques.

Le contraste est saisissant. D’un côté, Emmanuel Macron et une diplomatie française qui, depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, ont multiplié les critiques à l’égard du gouvernement israélien, jusqu’à provoquer une crise profonde entre Paris et Jérusalem. De l’autre, les responsables des services de renseignement français qui continuent de travailler avec leurs homologues israéliens, conscients de la valeur d’une coopération forgée par plusieurs décennies de lutte contre le terrorisme.

Le 17 octobre, des manifestations contre la vie chère et la dégradation des services publics ont dégénéré en violences dans plusieurs villes françaises. Pillages, razzias, incendies, attaques contre les forces de l’ordre : ces événements ont révélé de graves difficultés de maintien de l’ordre, même si l’immense majorité des manifestants n’a pas participé aux exactions. Quelques jours plus tard, le patron du Shin Bet se trouvait à Paris.

La visite n’a pas été décidée en réaction aux émeutes. Mais sa concomitance avec la crise française donne à cette rencontre une résonance politique que personne ne peut raisonnablement ignorer.

David Zini à Paris : Quand le renseignement rappelle les réalités que la politique préfère oublier

L’information a été révélée le 21 octobre par la chaîne publique israélienne Kan, puis reprise par le Jerusalem Post, le Times of Israel et plusieurs médias francophones : David Zini, directeur du Shin Bet depuis octobre 2025, s’est rendu en France le mardi 20 octobre pour une visite de travail auprès des responsables du renseignement français.

Selon ces informations, le général israélien a rencontré des représentants de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Les discussions auraient notamment porté sur la lutte antiterroriste et la radicalisation islamiste. Le Shin Bet n’a pas souhaité commenter officiellement ces rencontres, dont le contenu précis demeure confidentiel.

Il serait donc excessif d’affirmer que Paris a fait venir en urgence le chef du renseignement israélien parce que ses propres services auraient été dépassés par les événements. Le déplacement était programmé avant les violences. Mais il n’en illustre pas moins une réalité stratégique : la coopération entre la France et Israël survit aux tensions politiques, parce que les menaces communes ne disparaissent pas au gré des déclarations présidentielles.

Israël possède une expérience singulière de la lutte antiterroriste. Depuis des décennies, ses services affrontent des organisations structurées, des réseaux clandestins, des opérations suicides, des prises d’otages et des menaces transfrontalières. Le Shin Bet a développé des capacités importantes en matière de renseignement humain, d’analyse des réseaux, de prévention des attentats et de protection des infrastructures sensibles.

Cette expertise n’est ni infaillible ni exempte de controverses. Les défaillances israéliennes ayant précédé les massacres du 7 octobre 2023 en ont tragiquement rappelé les limites. Or précisément, l’expérience d’un échec majeur, les enseignements qui en sont tirés et les adaptations qui suivent constituent aussi des sujets essentiels pour les services partenaires.

La France, de son côté, n’a évidemment pas attendu Israël pour développer ses propres compétences. La DGSI, la DGSE, les services militaires et les unités spécialisées disposent d’une expérience considérable, acquise notamment dans la lutte contre les réseaux djihadistes et à travers les engagements français au Sahel et au Levant. La coopération franco-israélienne n’est donc pas une relation entre un maître et un élève, mais un échange entre deux appareils de sécurité expérimentés.

Et c’est précisément ce qui rend cette rencontre intéressante et importante. Les professionnels du renseignement savent qu’aucun pays ne peut prétendre détenir seul toutes les réponses.

Les terroristes coopèrent, circulent, s’adaptent et exploitent les failles des États. Il serait pour le moins absurde que les démocraties renoncent à échanger leurs informations au nom de leurs désaccords diplomatiques.

Encore faut-il ne pas confondre les menaces. Les violences urbaines du 17 octobre, aussi graves soient-elles, ne constituent pas en elles-mêmes une opération terroriste islamiste. Le renseignement doit justement permettre de distinguer les mouvements sociaux, les groupes violents, les réseaux criminels et les organisations terroristes, plutôt que de les amalgamer.

C’est dans cette capacité à qualifier précisément la menace que réside la première exigence d’une politique de sécurité sérieuse.

Macron, Gaza, Qatar : Les contradictions d’une diplomatie française qui s’éloigne d’Israël

Le paradoxe prend toute sa dimension lorsqu’on examine les relations franco-israéliennes depuis le 7 octobre 2023.

Ce jour-là, les terroristes du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ont perpétré des massacres de civils en Israël, commis des violences sexuelles et enlevé des otages. Ces crimes doivent demeurer un point de référence essentiel dans toute réflexion sur la sécurité israélienne. Ils n’effacent pas les souffrances des civils palestiniens ni les obligations du droit international humanitaire, mais ils rappellent la nature de la menace à laquelle Israël a été confronté.

Or, à mesure que la guerre à Gaza s’est prolongée, Emmanuel Macron a durci son discours envers le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Certaines critiques françaises portent sur des questions légitimes de protection des populations civiles et de respect du droit international. Mais leur accumulation, leur tonalité et les décisions politiques qui les ont accompagnées ont contribué à une dégradation spectaculaire des relations bilatérales.

Le point culminant est intervenu le 22 septembre 2025, lorsque la France a officiellement reconnu l’État de Palestine à l’Assemblée générale des Nations unies.

Pour l’Élysée, cette reconnaissance devait relancer la solution à deux États, renforcer l’Autorité palestinienne et marginaliser le Hamas. Pour ses détracteurs, au contraire et à juste titre, elle constituait une erreur stratégique majeure : reconnaître un État sans contrôle territorial unifié, sans désarmement préalable du Hamas et sans garanties sécuritaires suffisamment solides risquait de produire davantage de symboles diplomatiques que de résultats concrets.

La reconnaissance internationale ne saurait, à elle seule, créer les conditions politiques, institutionnelles et sécuritaires d’un État viable. Et lorsqu’une organisation terroriste a fait du massacre de civils un instrument de sa stratégie, toute initiative diplomatique doit être évaluée à l’aune de ses conséquences réelles, pas seulement de ses intentions proclamées.

La question du Qatar mérite également d’être posée. Doha entretient des relations privilégiées avec Paris, dispose d’investissements considérables en France et joue depuis longtemps un rôle d’intermédiaire dans les négociations avec le Hamas, dont il a accueilli des dirigeants politiques. Cette position lui confère une influence diplomatique importante, mais soulève aussi des interrogations sur les ambiguïtés de son rôle régional mais aussi, et ne l’oublions jamais, sur son soutien (avec la Turquie d’Erdogan) à l’organisation politico-religieuse radicale des Frères musulmans !

On l’a dit, pour Roland Lombardi, il n’y a pas de doute, « sauf à être stupide, et il ne l’est absolument pas, Emmanuel Macron a reconnu la Palestine pour apaiser la rue arabe en France et surtout satisfaire ses amis du Qatar ». La véritable question est donc celle de la cohérence stratégique française : Paris sait-il défendre ses intérêts et ses alliances sans laisser ses relations économiques, ses ambitions diplomatiques ou ses calculs politiques brouiller ses priorités sécuritaires ?

À ces désaccords s’ajoute le traitement réservé aux entreprises israéliennes de défense.

En juin 2026, le gouvernement français a limité leur participation au salon Eurosatory aux équipements de défense antiaérienne et antimissile, excluant la présentation de systèmes offensifs. Le ministère israélien de la Défense a dénoncé cette décision comme discriminatoire. Quelques mois plus tard, un cadre restrictif comparable a été annoncé pour Euronaval 2026, organisé à Paris Nord Villepinte.

Le message politique est clair. Paris entend manifester sa désapprobation des opérations militaires israéliennes. Mais le contraste demeure troublant : la France restreint la visibilité commerciale de technologies de défense israéliennes tout en conservant un intérêt évident pour les compétences sécuritaires du même pays.

Cette politique est-elle cohérente ? On peut en douter. Un État peut parfaitement contester les choix militaires d’un gouvernement allié sans remettre en cause toute coopération stratégique. Encore faut-il assumer cette distinction et ne pas transformer chaque désaccord en démonstration publique de fermeté.

Car à force de vouloir donner des leçons à Jérusalem, Paris risque surtout de brouiller le message qu’il adresse à l’un de ses partenaires importants dans la lutte contre le terrorisme.

Émeutes, islamisme, LFI : La France doit choisir la lucidité stratégique plutôt que les postures

Les violences du 17 octobre ont également mis en lumière une autre difficulté française : la confusion croissante entre revendications sociales, radicalisation politique, violences opportunistes et instrumentalisation de causes internationales.

Les manifestations ont rassemblé des centaines de milliers de personnes aux motivations diverses, dont une très large majorité n’a commis aucune violence. Mais certains groupes ont profité de ces rassemblements pour attaquer les forces de l’ordre, incendier des véhicules, dégrader des bâtiments publics et piller des commerces.

Des drapeaux palestiniens ont également été visibles dans certains cortèges et des slogans liés au conflit proche-oriental ont été repris. Chez les casseurs des cités comme chez les nervis de l’ultra-gauche, le soutien aux droits des Palestiniens est une position politique qui rejoint souvent l’apologie du terrorisme. De fait, la récupération d’une cause internationale par des groupes violents ou des mouvances radicales mérite d’être examinée sans complaisance.

La question concerne aussi la responsabilité des acteurs politiques français.

Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, mais comme d’autres à l’instar de Dominique de Villepin, ont adopté des positions particulièrement critiques et virulentes envers Israël, tout en soutenant de nombreuses mobilisations sociales. Leur discours sur le conflit israélo-palestinien, notamment les controverses autour de la qualification des attaques du 7 octobre, a suscité, à raison, de vives critiques et des condamnations bienvenues.

Lorsque des responsables publics entretiennent une rhétorique de confrontation permanente, minimisent certaines violences ou refusent de condamner sans ambiguïté ou pire occultent les actes les plus graves, ils peuvent contribuer à dégrader le climat démocratique. Encore faut-il établir précisément les propos et les responsabilités de chacun.

Au fond, la leçon de la visite de David Zini est ailleurs.

Elle rappelle que les responsables du renseignement ne peuvent se contenter d’une lecture idéologique du monde. Ils doivent identifier les menaces telles qu’elles existent, comprendre leurs réseaux, anticiper leurs évolutions et travailler avec les partenaires capables de contribuer à leur neutralisation.

La France et Israël ont des ennemis communs dans les organisations djihadistes et les réseaux terroristes qui menacent leurs populations. Ils partagent aussi un intérêt majeur à la protection de leurs ressortissants, de leurs infrastructures et de leurs institutions. Cela ne signifie pas que toutes les violences urbaines françaises relèvent de cette même menace, ni que leurs intérêts diplomatiques soient toujours identiques.

Mais cette communauté d’intérêts sécuritaires est suffisamment importante pour ne pas être sacrifiée à des affrontements politiques.

Il faut d’ailleurs rappeler une évidence : la défense des intérêts français ne consiste pas à approuver systématiquement toutes les décisions du gouvernement israélien. Elle consiste à reconnaître les convergences stratégiques lorsqu’elles existent, à exprimer les désaccords lorsqu’ils sont nécessaires et, surtout, à ne jamais confondre diplomatie de principe et diplomatie de posture.

La France a besoin d’une politique étrangère indépendante. Mais l’indépendance ne signifie ni l’isolement, ni l’aveuglement, ni la multiplication de gestes symboliques et les leçons de morale dont les conséquences pratiques seraient mal évaluées.

À cet égard, la rencontre entre David Zini et les responsables de la DGSI et de la DGSE constitue une illustration particulièrement parlante de la Realpolitik. Derrière les déclarations officielles, les appareils de sécurité continuent de travailler, parce qu’ils savent que la prévention d’un attentat ne dépend ni de la com’, d’un communiqué de presse ni d’une résolution diplomatique.

La France doit évidemment tirer les enseignements des émeutes du 17 octobre : mieux anticiper les violences, protéger ses citoyens, poursuivre les auteurs d’exactions et empêcher que les réseaux criminels ou extrémistes exploitent les tensions sociales. Elle doit également poursuivre la lutte contre l’islamisme violent mais aussi contre l’islamisme « d’atmosphère » et comme le rappelle Roland Lombardi, « le travail de sape et de sécession des Frères musulmans dans nos sociétés occidentales cherchant à empoisonner les esprits et les cœurs de nos concitoyens musulmans qui n’ont rien à voir avec ces organisations ».

Mais elle doit surtout retrouver une cohérence entre ses discours et ses intérêts.

On ne peut pas réclamer une coopération antiterroriste efficace tout en laissant les postures politiques détériorer inutilement les relations avec les partenaires qui y contribuent.

David Zini n’est pas venu à Paris pour arbitrer les querelles diplomatiques d’Emmanuel Macron et de Benjamin Netanyahu. Selon les informations disponibles, il est venu parler sécurité avec des professionnels de la sécurité. Et c’est précisément ce qui donne à son déplacement toute sa portée.

Car dans les chancelleries, les mots peuvent masquer les contradictions. Dans les services de renseignement, une erreur d’appréciation peut coûter des vies.

La diplomatie peut se payer des symboles. La sécurité, elle, se paie parfois en sang.

À Paris comme à Jérusalem, cette réalité devrait suffire à rappeler une règle élémentaire : les alliances stratégiques se jugent moins aux discours qu’à leur utilité lorsque survient le danger.


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Ulysse Jean Capella

Ulysse Jean Capella

Ulysse Jean Capella

Ulysse J. Capella est né en Corse au début des années 1970. Ancien militaire et marin, il est docteur en histoire médiévale et en histoire de l'art.

Esprit libre, indépendant et voyageur, il a longtemps parcouru le monde, multipliant les séjours à l’étranger où il vit encore aujourd’hui, cultivant une certaine discrétion sur son parcours et ses activités. Il est aujourd’hui antiquaire, spécialisé dans les armes anciennes.

Passionné par l’histoire, la Méditerranée et les grands rapports de force, il porte un regard réaliste et volontiers non conformiste sur les affaires du monde. Son expérience du terrain et des hommes nourrit des analyses mêlant culture stratégique, profondeur historique et goût du temps long.

Il a rejoint Le Diplomate média pour son attachement à une lecture libre et décloisonnée des relations internationales, loin des conformismes, de la bien-pensance et des idéologies, et au plus près des réalités du terrain.

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