ANALYSE – Le vide sécuritaire occidental offre un boulevard aux pirates somaliens

Par Olivier d’Auzon – Découvrez son dernier ouvrage chez Erick Bonnier : AFRIQUE 3.0
La Somalie concentre une part croissante des attaques de pirates en mer. Une résurgence spectaculaire qui secoue le golfe d’Aden, avant même la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les Houthistes. De la mer d’Arabie à la mer Rouge, les routes maritimes sont de plus en plus dangereuses.
Les assureurs maritimes ont la tâche de plus en plus dure. Non seulement la guerre du « blocus » se poursuit dans le golfe Persique, mais les dangers de la navigation en mer Rouge, avec l’offensive des Houthistes sur le détroit de Bab-el-Mandeb, sont à nouveau à leur pic. La première semaine de septembre 2026, avant même la percée des Houthistes sur les rivages du Yémen, la mission européenne Aspides est intervenue sans relâche. « La marine française a réalisé sept missions cette semaine », a expliqué le porte-parole de l’État-major des armées.
Opérationnelle depuis février 2024, la mission militaire Aspides mobilise les marines des différents pays européens pour escorter les navires marchands qui réclament une protection lors de leur voyage entre le golfe d’Aden et le canal de Suez. « La marine nationale a protégé 154 navires depuis le début de la mission », résume la marine française. Celle-ci va-t-elle suffire face aux Houthistes ?
Entre les attaques de pétroliers par la milice islamiste et la recrudescence de la piraterie, la situation empire. L’Organisation maritime internationale (OMI), l’agence des Nations unies chargée du transport maritime, constate en effet une recrudescence de la piraterie au large de la Somalie. Le 17 août 2026, le « Lutuf », un cargo camerounais transportant des armes et des drones turcs destinés à la base de Turksom à Mogadiscio, était détourné. Trois jours plus tard, le pétrolier « Seamull » subissait le même sort au large du Yémen, avant d’être conduit en Somalie.
Résurgence
Le Bureau maritime international (IMB) a recensé 60 actes de piraterie de par le monde au premier semestre, soit une augmentation de 110 % par rapport au premier semestre 2023, dont 42 se sont déroulés dans l’océan Indien près des côtes somaliennes. Sur les six premiers mois de l’année, près de 70 membres d’équipage ont été pris en otage. L’OMI souligne que les côtes de la Corne de l’Afrique subissent une recrudescence des actes de piraterie à un niveau inédit depuis 2013, alors qu’à l’inverse, la piraterie au niveau mondial est à son niveau le plus bas depuis 1992.
Pour Christian Bueger, spécialiste de la sécurité maritime aux Nations unies, le regain constaté est partiellement motivé par « les pressions économiques croissantes sur la Somalie, telles que la hausse des prix des denrées alimentaires et du pétrole, qui résultent de la crise du détroit d’Ormuz », mais s’explique surtout par le vide sécuritaire. En effet, les missions de surveillance internationale sont occupées ailleurs. « Tout le monde est étranglé en capacités navales : les Américains ont mis fin à leur campagne antipiraterie, tandis que les flottes européennes gèrent les tensions avec la Russie et le Moyen-Orient », résume Christian Bueger.
Vide sécuritaire
« Paradoxalement, il y a plus de navires dans la région, notamment en mer Rouge à cause de la mission européenne de protection maritime Aspides, mais ils ne luttent pas contre la piraterie somalienne. Ce vide tactique a redonné de l’oxygène à des criminels structurés », observe Dirk Siebels, analyste senior en sécurité maritime chez Risk Intelligence.
Les pirates « cherchent des objectifs faciles », notamment des navires qui « n’emploient pas de gardiens armés et qui se sont trop approchés des côtes somaliennes », note Christian Bueger. « S’ils réussissent et perçoivent une rançon, cela motive d’autres pirates à attaquer », confirme Dirk Siebels.
En 2011, au pic de la piraterie somalienne, la facture économique mondiale était estimée à 7 milliards de dollars, supportée à 80 % par l’industrie maritime, rapporte l’OMI. Contrairement aux idées reçues, les rançons ne représentaient qu’une infime partie de ce montant (160 millions de dollars). L’essentiel de la facture provient des dépenses d’adaptation : les changements d’itinéraires, l’embauche de gardes armés à bord, l’envolée des primes d’assurance, le financement des opérations militaires, etc.
La marine française a annoncé le 11 septembre 2026 l’envoi d’une mission dans le golfe de Guinée, pour améliorer la sécurité des 19 États souverains. « La piraterie est là-bas aussi en hausse », assure le commandant du navire porte-hélicoptères amphibie en partance pour le Golfe de Guinée. Il confirme que dès que la France baisse la garde, la piraterie remonte dans cette région, qui concentre 10 % de la production pétrolière mondiale et enregistre le passage de quelque 1 000 navires par jour.
Source : Les Échos, « La Somalie redevient l’épicentre mondial de la piraterie maritime », par Baran Baudouin avec Anne Bauer, publié le 12 septembre 2026
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