TRIBUNE – Visite de Léon XIV en France : La gifle pontificale

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Par Jean Daspry, pseudonyme d’un haut fonctionnaire, Docteur en sciences politiques
« Le protocole est, dans les rapports entre les États, ce que la courtoisie est dans les rapports entre les particuliers : le lubrifiant qui adoucit les frictions » (Bernard Dorin, Ambassadeur de France, 2001). À la lumière de la décennie écoulée, il semble qu’Emmanuel Macron soit toujours fâché avec l’esprit et la lettre des règles élémentaires du protocole qui gouvernent les relations entre États depuis la nuit des temps. Et cela peut parfois lui valoir quelques désagréables surprises dont il ne tire jamais les leçons qui s’imposent. Nous en avons aujourd’hui un exemple éclairant avec le déplacement qu’effectue le pape Léon XIV au pays de la fille aînée de l’Église1 du 25 au 28 septembre 2026 (Paris2, Saint-Denis3, UNESCO, Lourdes4, Metz5). Manifestement, notre Mozart de la diplomatie se transforme en gaffeur en chef de la diplomatie. Les coulisses de la préparation de la visite apostolique du Saint-Père valent le détour comme le dirait le Guide Michelin. Elles constituent un morceau d’anthologie de bourde diplomatique protocolaire qui trouvera toute sa place et la bonne dans le sottisier du Quai d’Orsay. Comme toujours dans ce genre de situations complexes, peu accessibles au commun des mortels, un incontournable retour sur la genèse de cette visite s’impose pour déguster le sel de cette débandade jupitérienne. La sublime visite d’État, aux accents de folie des grandeurs, pensée par Emmanuel Macron 1er se réduit à une simple visite apostolique dont le corniaud est spectateur.
Une sublime visite d’État : la folie des grandeurs
Avant d’aborder la question du traitement protocolaire de la visite de Léon XIV en France – une sorte de grand jeu -, il est indispensable de s’arrêter sur les grands principes qui la sous-tendent pour mieux en appréhender la spécificité et l’importance.
Retour sur les principes protocolaires : les grands principes
Les relations entre chefs d’État, ministres et personnalités étrangères en France suivent des règles et des usages (étiquette, préséances), appelés protocole. On en distingue traditionnellement quatre catégories : les visites d’État (visites les plus importantes dans la hiérarchie protocolaire) sont décidées par les deux États concernés, elles donnent lieu à un dîner d’État ; les visites officielles ; les visites de travail et les visites privées. Le programme, les modalités d’organisation, les moyens déployés et les honneurs ne sont pas les mêmes pour la visite des chefs d’État et de gouvernement étrangers ou une visite de travail. En France, le protocole est traditionnellement rattaché à la diplomatie. Le chef du protocole d’État est un diplomate. Il assure le protocole du chef de l’État et son adjoint assure celui du chef de gouvernement. Le directeur du protocole, introducteur des ambassadeurs, a lui-même rang d’ambassadeur, aujourd’hui Frédéric Billet. La direction du protocole d’État et des événements diplomatiques, qui comprend une centaine d’agents, est chargée du protocole. La mise au point d’une visite d’État est préparée très en amont par les chefs du protocole des États concernés. Dans le cas du Pape, son responsable du Protocole se rend à Paris très en amont, dans le cadre d’une mission préparatoire, pour examiner les propositions du pays hôte. Muni de ce précieux viatique, il en fait rapport au Saint-Père qui décide souverainement les suites qu’il entend y donner. La balle revient alors dans le camp du pays d’accueil.
Retour sur le cas de figure pontifical : le grand jeu
En raison de la complexité de la relation qu’il entretient avec les deux papes successifs qui accompagnent son mandat (François et son successeur), Emmanuel Macron se sent pousser des ailes lorsque le Pape Léon XIV accepte le principe d’une visite en France que son prédécesseur avait décliné8. C’est pourquoi, il entend mettre les petits plats dans les grands pour accueillir sur le sol de France le souverain pontife. Il envisage pour lui une visite officielle d’État entourée de tous les fastes d’une République sans le sou. Léon XIV devrait être traité comme une superstar du monde du spectacle. Rien ne sera trop beau pour lui. Tout va très bien madame la marquise sauf un petit rien. Le résultat est devant nos yeux. Léon XV a la mémoire longue et la rancœur tenace sous une façade avenante. Il n’oublie pas que Jupiter est en avance sur les questions sociétales qui sont le marqueur de ses deux quinquennats pitoyables9. Il n’a toujours pas digéré le poids mis dans la balance pour constitutionnaliser le droit à l’avortement et légiférer sur la fin de vie, tous sujets sur lesquels le Saint-Siège ne partage pas l’approche jupitérienne10. En conséquence, il décline poliment le grand jeu et les fastes d’une visite d’État et préfère la plus sobre visite apostolique. Laquelle prive également notre très papophile président d’une cérémonie comme celle de Notre-Dame en 2024, où il trônait en sauveur de cathédrale parmi les chefs d’État venus du monde entier11. Le pape pense juste et ses mots font mouche12.
Une simple visite apostolique : le corniaud
Par une sorte d’effet boomerang paradoxal, Emmanuel Macron est contraint de se faire une petite place dans la visite du pape en France13. Il doit d’abord digérer le camouflet diplomatique (de la diplomatie de la couleuvre) avant de boire le calice jusqu’à la lie (de la diplomatie de l’esbrouffe)
Digérer le camouflet apostolique : les aléas de la diplomatie de la couleuvre
Les démentis élyséens ne trompent personne. Les écrans de fumée n’enfument que les gogos. Les rétropédalages médiatiques téléguidés par le château non plus. La mandale du Saint-Siège n’est pas assumée par la cohorte élyséenne tant elle ridiculise le Dieu Jupiter 1er auquel l’on ne refuse jamais rien. Sauf que le pape n’est pas n’importe qui. Il a la faiblesse de ne pas transiger sur les principes et de ne pas jouer dans la cour des adeptes du « en même temps » macronien. Ce que les courtisans du chef de l’État ont eu tendance à oublier pour ne pas heurter leur maître tout puissant. Il ait des vérités qui ne sont pas bonnes à dire à la face de Foutriquet ! Mais, les faits sont têtus. Ses éructations à l’ONU, en particulier contre Israël14, mettent encore plus en exergue son impuissance croissante sur la scène internationale15. Son absence remarquée ou pas aux messes célébrées par Léon XIV16 (sauf à Metz) ne font qu’appuyer où cela fait mal et ne font que ridiculiser le Président de la République qui pensait tirer le meilleur bénéfice de cette visite pour changer son image passablement écornée. Malheureusement, sa propre messe est dite. Le Souverain pontife n’en fait qu’à sa tête et n’a cure des propositions de visite soumises par Monsieur 1500 milliards de dettes. Il monte un programme à sa main et plus conforme à sa vocation sacerdotale17. Peu lui chaut le rôle de Céline Dion que voulait lui confier le chef de l’État français18, voire de pop star19. Bien lui en a pris à découvrir les résultats de son déplacement en France en dépit des critiques20.
Boire le calice jusqu’à la lie : les aléas de la diplomatie de l’esbrouffe
Il faut boire le vin quand il est tiré. Surtout lorsque cette visite pontificale est un immense succès populaire pour le Saint-Père quoi qu’en disent certains médias idéologues21. Surtout lorsque cette visite pontificale est un immense succès politique pour le Saint-Père quoi qu’en disent certains esprits chagrins – à l’instar de notre gauche bienpensante – car les faits sont têtus et ce succès ne revient nullement au Président de la République qui avait misé initialement sur un autre registre de visite à grand tralala22. Le pape agit dans la discrétion avec efficacité. Le Chef de l’État s’agite comme un ludion, signe de son impuissance croissante sur les scènes intérieure et extérieure. Avec le premier, c’est le chant de gloire23. Avec le second, c’est le chant du cygne. Il est clair que cette visite constituera pour Jupiter une « blessure diplomatique doublée d’une blessure narcissique », pour reprendre les propos anonymes d’un ancien conseiller d’Emmanuel Macron. Pour la petite histoire, le Président de la République nomme, il y a quatre mois déjà, un ancien collègue de promotion de l’ENA, expert des questions culturelles, Charles Personnaz au poste convoité d’Ambassadeur de France près le Saint-Siège. Il croit bon de le présenter au Pape alors qu’il n’a pas encore reçu son agrément, ce qui ne se fait pas traditionnellement. Or, notre diplomate à la petite semaine débute ses exploits en serrant la main du pape, ce qui ne se fait pas traditionnellement24. Cette simple anecdote résume à elle seule les aléas de la diplomatie de l’esbrouffe de Jupiter.
Au président de la discorde, Léon XIV renvoie l’image du pape de la Concorde. Au président diviseur, Léon XIV renvoie l’image du pape rassembleur. Au président amnésique, Léon XIV renvoie l’image du pape de la Mémoire, celle des racines chrétiennes de l’Europe. Au président de la diplomatie des excès, Léon XIV renvoie l’image de la diplomatie de la retenue.
Plus dure sera la chute… de Jupiter
« La Roche tarpéienne est proche du Capitole ». À la lumière de la décennie écoulée, il semble qu’Emmanuel Macron soit fâché avec l’esprit et la lettre de cette maxime ancienne qui se trouve régulièrement vérifiée tant sur la scène intérieure qu’internationale. Et cela lui vaut une désagréable surprise à la faveur du déplacement du pape Léon XIV au pays de la fille aînée de l’Église. Elle intervient à la suite d’une séquence peu glorieuse : confirmation des déficits abyssaux des finances publiques ; crise de l’énergie non anticipée ; classement Pisa catastrophique ; coup de menton à Saint-Pierre-et-Miquelon ; coup de gueule à New York contre la « honte » israélienne en Cisjordanie – au passage, il confond Hamas et Autorité palestinienne25 – un an après sa brillante initiative sur le reconnaissance de la Palestine (22 septembre 2025)26 qui fait pschitt ….27 En vérité, rien de nouveau sous le soleil de la pétillante diplomatie jupitérienne faite de coups d’épée dans l’eau !28 Le Saint-Père vient d’administrer une magistrale leçon publique d’humilité à Emmanuel Macron qui en reste coi en dépit de ses moulinets médiatiques29. Le temps ne fait rien à l’affaire. Qu’on se le dise dans les chaumières de France et de Navarre où l’atmosphère est particulièrement morose, crise des carburants aidant ! Que retiendrons les historiens de cette visite de Léon XIV en France sous le règne empli de magnificence et de munificence de Jupiter 1er, celle de la gifle pontificale.
Les opinions exprimées ici n’engagent que leur auteur
Notes
- Éric de Mascureau, Fille aînée de l’Église !, www.bvoltaire.fr , 26 septembre 2026. ↩
- Jérôme Gautheret, Notre-Dame de Paris : une cathédrale devenue théâtre politique, Le Monde, 26 septembre 2026, p. 10. ↩
- Yves-Marie Sévillia, Et soudain, Bally Bagayoko se passionne pour « l’héritage chrétien de la France », www.bvoltaire.fr , 24 septembre 2026. ↩
- Sarah Belouezzane, À Lourdes, le pape rencontrera des victimes de violences sexuelles, Le Monde, 26 septembre 2026, p. 10. ↩
- Ariane Chemin, À Metz, Léon XIV en Saint-Père de l’Europe, Le Monde, 25 septembre 2026, p. 7. ↩
- https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/291047-visites-detat-ceremonies-le-protocole-detat-en-4-questions ↩
- Guillaume Tabard, De Jean-Paul II à François, les douze dernières visites papales en France, Le Figaro, 24 septembre 2026, p. 11. ↩
- Sarah Belouezzane, Le pape Léon XIV imprime sa méthode, sans rupture avec François, Le Monde, 26 septembre 2026, p. 28. ↩
- « Ce qui est légal, n’est pas nécessairement moral … Impossible de considérer comme normal de donner la mort », déclare Léon XIV à Lourdes, le 27 septembre 2026. Le message est on ne peut plus clair. ↩
- Iris Bridier, À l’Élysée, devant Emmanuel Macron, le Saint-Père tient un discours de fermeté, www.bvoltaire.fr , 25 septembre 2026. ↩
- Erik Emptaz, Pour faire bonne figure à la télé, puis avec Léon XIV … Macron ressort sa poudre de pèlerin-pinpin !, Le Canard enchaîné, 23 septembre 2026, p. 1. ↩
- Jean Daspry, Magnifique humanité. Une Encyclique encyclopédique, www.lediplomate.media, 23 juillet 2026. ↩
- Louis Haushalter, Comment Emmanuel Macron s’est fait une place dans la visite du pape, Le Figaro, 24 septembre 2026, p. 8. ↩
- Stanislas Poyet, Ultime réquisitoire de Macron contre Israël à l’ONU, Le Figaro, 24 septembre 2026, p. 13. ↩
- Claire Gatinois, À New York, le testament onusien de Macron, Le Monde, 24 septembre 2026, p. 4. ↩
- Gabrielle Cluzel, Macron n’ira à aucune des messes célébrée par le pape … et d’est la moindre des décences !, www.bvoltaire.fr , 24 septembre 2026. ↩
- Yves-Marie Sévillia, « Vous êtes les saints de la France » : la génération Léon se lève !, www.bvoltaire.fr , 25 septembre 2026. ↩
- Audrey Garric, Après Céline Dion, le souverain pontife dope le secteur du tourisme, Le Monde, 25 septembre 2026, p. 6. ↩
- Aureliano Tonet, Léon XIV, pop star en puissance, Le Monde, 25 septembre 2026, p. 9. ↩
- Sarah Belouezzane, Les petits secrets d’un vol papal, M. le magazine du Monde, 26 septembre 2026, pp. 30-31-32 ↩
- François Bougon, Léon XIV en France, une voix forte au service d’une Église affaiblie, www.mediapart.fr , 25 septembre 2026. ↩
- Quitterie de Prémesnil, Léon XIV en France : une visite pontificale aux airs de rendez-vous politique, www.bvoltaire.fr , 24 septembre 2026. ↩
- Jean-Philippe Rémy, À Saint-Denis, l’énergie à tout casser des jeunes venus voir Léon XVI, Le Monde, 27-28 septembre 2026, p. 10. ↩
- Guillaume Tabard, Charles Personnaz, des chrétiens d’Orient à l’Église universelle, Le Figaro, 24 septembre 2026, p. 40. ↩
- Luc Bronner/Claire Gatinois, L’erreur de Macron sur le Hamas soulève la colère en Israël, Le Monde, 25 septembre 2026, p. 5. ↩
- Claire Gatinois/Louis Imbert, La reconnaissance de la Palestine, un an après, le Monde, 23 septembre 2026, p. 2. ↩
- D. F., France is back … for sure !, Le Canard enchaîné, 23 septembre 2026, p. 8. ↩
- Paul Dahan, L’abécédaire de la diplomatie jupitérienne, Protagoras, 2025. ↩
- Sarah Belouezzane/Anne Dujin, Le pape accueilli comme une rock star au Stade de France, Le Monde, 27-28 septembre 2026, p. 10. ↩
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