PORTRAIT – Alice Weidel, visage présentable de l’AfD : Après le séisme de Saxe-Anhalt, le « pare-feu » allemand vacille

Par Angélique Bouchard
En Saxe-Anhalt, dimanche, l’Alternative für Deutschland a obtenu ce que l’Allemagne d’après-guerre n’avait jamais concédé à un parti hors du couple SPD–CDU/CSU : une victoire d’ampleur telle que les projections de l’ARD et de la ZDF la plaçaient un peu au-dessus de 44 % des voix, plus du double de son score d’il y a cinq ans, dans un Land de 2,1 millions d’habitants à l’ouest de Berlin. Ulrich Siegmund, tête de liste anti-immigration, trente-cinq ans, n’a pas cherché la litote. « Nous avons écrit l’histoire. » Aux électeurs, a-t-il dit sur l’ARD, d’avoir envoyé le message que « les choses ne peuvent pas continuer comme ça » — et que le message valait « aussi [comme] un signal vers Berlin ». Derrière lui, toutefois, ce n’est pas seulement un apparatchik régional qui s’avance. C’est Alice Weidel, coprésidente nationale, candidate à la chancellerie en 2025, figure que ses adversaires persistent à sous-estimer et que l’historienne germano-britannique Katja Hoyer décrit comme « le visage le plus présentable de l’AfD », donc « celui que ses opposants devraient craindre le plus ».
Le séisme de Magdebourg : un signal vers Berlin
Daniel Schatz, docteur en science politique de l’université Humboldt de Berlin, l’avait formulé avant même l’ouverture des bureaux : « La raison pour laquelle la Saxe-Anhalt compte, c’est que l’AfD ne frappe plus seulement à la porte du pouvoir. Elle est peut-être sur le point de l’enfoncer. »
Jamais, depuis la refondation de la République fédérale en 1949, un parti situé hors du duopole historique n’avait obtenu, à lui seul, la perspective d’une majorité de gouvernement dans un Land. L’Allemagne contemporaine n’a pas davantage connu de formation d’extrême droite ou de droite populiste à la tête d’un exécutif national, d’un État fédéré ou d’une grande ville. La CDU dirigeait la Saxe-Anhalt depuis vingt-quatre ans. L’AfD visait, dimanche, à rompre cette continuité — la première rupture de cette nature depuis 1945.
Les projections la placent un peu au-dessus de 44 %, loin devant la CDU de Friedrich Merz, ramenée à environ 18 %, soit la moitié de son score précédent, tandis que Die Linke, le SPD et les Verts gravitent autour de 9 % chacun. Le BSW demeure au bord du seuil de 5 %. Une majorité absolue n’était pas encore acquise au fil du dépouillement — l’AfD entendait gouverner seule précisément pour briser le « pare-feu » — mais le symbole, lui, n’attendait plus les derniers bureaux. Avant le scrutin, Wahlrecht.de donnait déjà le parti en tête, 41 % contre 23 % face à la CDU. Dès les premières projections, des contre-manifestants brandissaient à Magdebourg une pancarte : « Antisociale, fasciste, stupide !!! »
Janek Treiber, chercheur à l’université technique de Dresde, invite à ne pas confondre le fédéralisme allemand, qui bornerait l’influence concrète d’un exécutif AfD, avec l’effet politique du geste. « Il ne faut pas sous-estimer le symbole. Qu’un seul parti, et un parti de droite, puisse gouverner un Land allemand… Les partis qui dirigent l’Allemagne depuis 1949, ou l’Est depuis 1990, perdent le contrôle. Ils perdent le pouvoir. »
Siegmund, lui, a désigné le responsable de sa campagne avec une crudité assumée : « Un très bon campaigner pour nous dans cette campagne, c’était Friedrich Merz. Chaque jour que cet homme passe à la chancellerie en est un de trop. » Ses priorités tiennent en trois formules : une « offensive d’expulsions », la fin des incitations à venir en Allemagne « exploiter notre système social », et une procédure pour retirer la Saxe-Anhalt du radiodiffuseur public régional, accusé de « désinformation ». Le parti promeut la « remigration » — l’expulsion d’immigrés. Un dirigeant AfD d’un Land voisin a fait appel de deux condamnations pour avoir sciemment utilisé un slogan nazi.
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Qui est Alice Weidel ? Portrait et vie personnelle
Le paradoxe Weidel commence par le curriculum. Économiste de formation, elle a vécu et travaillé au Canada, au Japon, à Singapour, puis cinq années à Pékin, où elle a achevé d’apprendre le mandarin qu’elle s’était mise à étudier seule, sur cassettes, à l’âge de quatorze ans. Elle a travaillé pour Goldman Sachs et conseillé la Bank of China : parcours de cadre globalisé, aux antipodes du tribun de province. Elle vit en partenariat civil avec la cinéaste Sarah Bossard, originaire du Sri Lanka, avec qui elle élève leurs deux fils dans une petite ville suisse. Elon Musk, qui avait soutenu l’AfD lors des législatives et qualifié le parti, dans Die Welt am Sonntag, de « dernière étincelle d’espoir » pour l’Allemagne, avait ironisé en visant précisément cette union : « Cela vous fait penser à Hitler ? »
Hoyer le relève d’une phrase sèche : « Non, cela ne sonne pas particulièrement radical. » Weidel se dit « libérale-conservatrice » plutôt qu’extrême droite. Un sondage l’avait même donnée comme la candidate la plus populaire si les Allemands pouvaient élire le chancelier au suffrage direct. Pourtant, au congrès du parti, la même femme a réclamé des « rapatriements à grande échelle », la démolition des « éoliennes de la honte » et la fin de la « folie queer-woke ». Malgré sa propre situation — couple de même sexe, compagne née à l’étranger, enfants élevés hors d’Allemagne —, elle a accepté que l’AfD circonscrive la famille à « père, mère et enfants ». Le décalage n’est pas un accident de parcours. C’est le prix payé pour tenir ensemble l’aile présentable et la base identitaire.
Son équipe avait d’abord fait retirer le mot « remigration » du manifeste — terme qui désigne des expulsions massives, y compris de personnes déjà installées. Face à la salle, elle a fait volte-face avec une rapidité qui tient de la méthode. « Si cela doit s’appeler remigration, alors ce sera ça : re-mi-gra-tion. » Syllabe par syllabe, sous les applaudissements. Avec elle à la barre, note Hoyer, le parti a atteint sa ligne la plus dure à ce jour. « La flexibilité idéologique est la marque de fabrique de Weidel. »
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Cette souplesse vaut aussi pour les hommes. Elle a longtemps voulu écarter Björn Höcke, chef de file du Land de Thuringe, jugé trop sulfureux, condamné deux fois pour le slogan nazi « Alles für Deutschland » — « Tout pour l’Allemagne ». Trop puissant pour être éliminé, Höcke est devenu la condition de sa direction : son courant soutient son leadership ; elle tolère son extrémisme pour tenir un parti fracturé. Au congrès, la salle a scandé « Alice für Deutschland », écho transparent du slogan des SA. Weidel n’a pas protesté. Hoyer encore : « Embrasser l’extrémisme de Höcke est le prix que Weidel paie pour rester au sommet de l’AfD. »
Même logique entre Washington et Moscou. Le manifeste de l’AfD dresse un constat anti-américain — « les intérêts des États-Unis divergent de plus en plus de ceux de l’Allemagne » — et privilégie un rapprochement avec la Russie. Weidel a pourtant « chaleureusement félicité le président Donald Trump pour son investiture réussie ». Elle a fait savoir qu’elle avait été invitée à la cérémonie, mais n’y était pas allée : le message, écrit Hoyer, est celui d’appuis américains puissants, sans atlanticisme affiché. JD Vance l’avait rencontrée avant les législatives et déclaré que la liberté d’expression était attaquée en Europe.
Sur la ZDF, elle a plaidé pour la fermeture des frontières et la sortie de Schengen. « Migration illégale, frontières ouvertes incontrôlées, n’importe qui peut entrer. Notre sécurité intérieure en souffre. Les gens en ont vraiment assez. » Sur les Syriens : « Tous les réfugiés syriens doivent voir leur statut de protection révoqué, parce que le motif de fuite n’existe plus. Ces personnes doivent retourner dans leur patrie. S’ils ne partent pas volontairement, ils doivent être expulsés par la force. » Et d’ajouter, à propos des 1,3 million de Syriens en Allemagne dont beaucoup sont naturalisés : « Nous devons cesser de naturaliser des gens qui devraient en réalité quitter notre pays. Nous avons une islamisation. »
Lors d’une conversation publique avec Musk sur X, suivie par plus de 200 000 personnes, elle a notamment affirmé qu’« Hitler était un communiste ». Les médias publics allemands ont jugé l’échange « très, très faible » sur le fond. Hoyer prévient : ce n’est pas le public libéral qui est visé. Beaucoup de commentaires ont loué un style « sans restrictions ». Sous-estimer Weidel parce qu’elle rit aux plaisanteries de Musk serait une erreur de diagnostic. « Quiconque est la vraie Alice Weidel, elle n’est rien si ce n’est ambitieuse. »
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Ceuta, Schengen, euro : le programme Weidel au grand jour
Le 23 août 2026, deux semaines avant le scrutin de Saxe-Anhalt, Weidel a encore durci le cadre sur la ZDF — et nommé Ceuta. À la mi-août, des dizaines de milliers de migrants, principalement depuis le Maroc, avaient franchi la frontière de cette enclave espagnole au nord de l’Afrique. Madrid avait parlé de plusieurs dizaines de milliers d’entrées en quelques jours, une partie déjà renvoyée, sur fond d’interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole et d’images de foules débordant clôtures et rivage. Pour Weidel, ce n’était plus un fait ibérique. C’était la preuve que Schengen fait de chaque brèche méditerranéenne une porte vers l’Allemagne.
Si elle gouverne, a-t-elle dit, l’Allemagne sortira de l’espace Schengen pour empêcher « des épisodes comme l’entrée massive de migrants enregistrée à Ceuta à la mi-août ». La formule ne laisse rien dans l’implicite. « Nous allons le fermer. Nous allons nous retirer de Schengen pour que des gens comme ceux de Ceuta ne puissent pas venir ici. » Puis : « Cet accord (Schengen) doit prendre fin. »
Elle a accusé le gouvernement conservateur de Friedrich Merz de ne pas exercer de contrôle effectif. « Il y a des frontières ouvertes. N’importe qui peut entrer. » Le registre sécuritaire suit sans transition. « Les femmes ont peur de sortir dans les rues. Il y a des attaques au couteau partout. » Tous les Syriens — « environ 1,3 million » — « seront tous renvoyés dans leur pays ». Dans la même ligne, elle a exigé de cesser de « donner la citoyenneté à des personnes qui devraient quitter notre pays ».
Le ton envers Berlin n’est plus seulement programmatique. Il est personnel. Elle a qualifié les responsables d’« idiots ». « Je ne veux pas que ces idiots qui sont assis là me mentent et promettent une chose et ensuite font exactement le contraire. Soit tu es incompétent, soit c’est délibéré. Merz est un incompétent. Monsieur (Lars) Klingbeil est aussi un incompétent. » Klingbeil, vice-chancelier et ministre des Finances du gouvernement CDU-SPD, devient ainsi, avec Merz, la cible nommée de l’incompétence.
Sur l’économie, Weidel a fixé un horizon fédéral. Si l’AfD obtient une majorité aux élections de 2029, elle « éliminerait l’euro », jugé « monnaie instable » et « faible ». « Il y a une redistribution énorme de la richesse, mais avec une monnaie instable. » Selon elle, l’Allemagne « était significativement mieux » avant la monnaie unique ; aujourd’hui s’observerait « un appauvrissement généralisé des segments travailleurs de la population ». Ce n’est plus seulement le slogan des « éoliennes de la honte ». C’est un projet monétaire explicite, calé sur 2029, qui donne tout son poids aux mises en garde de Franziska Hoppermann après Magdebourg.
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L’impact économique : euro, investisseurs, agenda vert, Est
Le vote de Saxe-Anhalt intervient alors que le gouvernement fédéral n’a pas convaincu qu’il saurait relancer une économie atone. Schatz définit l’AfD comme « un parti nationaliste antimigration d’extrême droite devenu un puissant véhicule de la colère des électeurs contre l’establishment — surtout dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Il milite pour une immigration beaucoup plus stricte, une identité nationale allemande plus marquée, le rejet d’une grande partie de l’agenda vert et une ligne plus conciliante envers la Russie. »
C’est précisément sur ces leviers que se joue l’effet économique. Hoppermann, secrétaire générale de la CDU, a résumé le réquisitoire après le scrutin. « L’AfD est un parti d’extrême droite. Elle veut quitter l’euro ; ce serait un naufrage économique… elle travaille étroitement avec la Russie, elle veut un tout autre modèle social. Nous ne travaillerons pas avec eux. » Sortir de la monnaie unique, dans un Land déjà parmi les moins prospères de la Fédération, reviendrait à casser l’ancre monétaire de l’industrie exportatrice allemande — un choc que Berlin décrit comme systémique, même si Magdebourg n’a pas, à elle seule, le pouvoir de quitter l’euro. L’entretien à la ZDF du 23 août confirme que l’accusation n’est pas un procès d’intention : Weidel a elle-même lié majorité fédérale de 2029, suppression de l’euro et « appauvrissement » des travailleurs.
Merz a ciblé l’investissement. Sur l’ARD : « Je ne peux pas imaginer des investisseurs internationaux assister à une pose de première pierre avec un ministre-président AfD pour implanter de nouvelles usines et créer de nouvelles entreprises en Saxe-Anhalt. […] C’est toutefois une décision des électeurs. Le Land subira des dommages considérables si les choses tournent comme nous le craignons. » Le chancelier fait le pari du risque de réputation : même sans majorité de sièges définitive, le seul fait d’associer un exécutif régional AfD à l’inauguration d’une usine suffirait, selon lui, à détourner les capitaux.
L’agenda vert est l’autre front. Weidel a demandé la démolition des « éoliennes de la honte ». Dans un pays où la transition énergétique structure les coûts de l’électricité et les choix industriels, le slogan n’est pas décoratif : il promet un retournement de la politique climatique, donc un autre calcul pour l’énergie, l’automobile et la chimie — secteurs déjà sous pression. Siegmund, lui, parle de tarir les « incitations » qui feraient « exploiter notre système social ». La ligne économique de l’AfD en Saxe-Anhalt mélange la protection du filet pour « ceux d’ici » et la fermeture aux arrivants, avec une « offensive d’expulsions » en tête de liste.
Treiber rappelle que l’économie pousse déjà la jeunesse vers l’AfD — dépenses en hausse, chômage — dans un Est moins riche, tout en polarisant l’autre moitié vers Die Linke. Le Center for Strategic and International Studies décrit le récit « nous contre eux » : l’AfD se présente comme le seul parti « là pour vous ». 60,5 % de ses électeurs partagent une vision du monde d’extrême droite ; plus de deux sur cinq estiment pourtant que le parti ne s’en distancie pas assez. Les 18-25 ans ont triplé leur vote AfD par rapport à 2021.
Le fédéralisme bride toutefois l’effet immédiat. La Saxe-Anhalt est le sixième plus petit Land ; Treiber souligne que l’école ou l’université locales ne basculeraient pas du jour au lendemain. L’impact économique réel, à court terme, est donc moins budgétaire que signalétique : confiance des investisseurs (Merz), risque euro (Hoppermann, désormais confirmé par Weidel pour 2029), ligne russe et rejet du vert (Schatz, Weidel), pression sur le modèle social (Siegmund). C’est ce cocktail — plus que le poids démographique de Magdebourg — qui fait de dimanche un test pour les marchés autant que pour le Brandmauer.
Le « Brandmauer », TikTok et le piège électoral
Le « pare-feu » — le refus des partis de gouvernement de s’allier à l’AfD — tient encore à Berlin. Hoppermann l’a refermé net après le scrutin. Mais le Brandmauer n’est plus seulement une règle de coalition. Il est devenu l’enjeu même du vote. L’AfD visait la majorité absolue précisément pour gouverner seule et rendre le cordon sanitaire inutile. Sans cette majorité, le parti reste le premier, isolé — et le symbole, selon Treiber, n’en est pas moins celui d’un establishment qui « perd le contrôle ». Les deux semaines jusqu’au 20 septembre diront si le choc de Magdebourg demeure est-allemand ou s’il se propage : Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où Wahlrecht.de donnait l’AfD en tête face au SPD sortant, 35 % contre 32 %, et Berlin, où Die Linke et la CDU gravitent autour de 20 %, l’AfD à 18 %, Verts et SPD vers 15 %. Un pare-feu qui cède dans un Land puis résiste dans la capitale n’a plus la même signification politique.
Cela n’a pas entamé Siegmund. Dans un État d’un peu plus de deux millions d’habitants, il compte plus de 700 000 abonnés sur TikTok. Le CSIS décrit un ton « poli », « professionnel », qui « prête respectabilité », mêlant revendications radicales et images d’élu de terrain répondant aux questions. « La présence physique de l’AfD dans la rue et son omniprésence médiatique poussent le récit populiste “nous contre eux”. » Aucun autre parti allemand n’a égalé cette emprise sur TikTok, Telegram et X : le rapport du CSIS et les reportages de campagne montrent une génération touchée d’abord par le téléphone, non par le meeting. Siegmund est le produit local de cette machine ; Weidel, avec Musk et les 200 000 spectateurs de leur échange, en est la face nationale.
Le système électoral allemand peut transformer 42 ou 43 % des voix en majorité de sièges : tout parti sous 5 % est exclu, ses voix « effectivement jetées ». Schatz : « La Saxe-Anhalt pourrait se réveiller avec un gouvernement majoritaire AfD alors qu’une claire majorité d’électeurs a choisi quelqu’un d’autre. Ce serait une première dans l’Allemagne d’après-guerre. »
En mai 2025, l’Office fédéral de protection de la Constitution avait classé l’AfD comme « extrémiste de droite confirmé », au terme d’un rapport de 1 100 pages, au nom d’une conception « ethnique et ancestrale » du peuple qui, selon l’office, « dévalorise des pans entiers de la population et viole leur dignité humaine ». Cette qualification ouvre la voie à une surveillance rapprochée et à l’interception de communications. Un tribunal a ensuite suspendu la qualification pour le parti dans son ensemble, tout en relevant des déclarations potentiellement anticonstitutionnelles. L’AfD y a vu un « coup contre la démocratie », « clairement motivé politiquement ». Marco Rubio a parlé de « tyrannie déguisée » : « Ce qui est vraiment extrémiste, ce n’est pas l’AfD populaire — arrivée deuxième aux dernières élections — mais les politiques d’immigration à frontières ouvertes de l’establishment. » Musk : « Interdire l’AfD centriste, le parti le plus populaire d’Allemagne, serait une attaque extrême contre la démocratie. » La branche régionale de Saxe-Anhalt reste parmi celles encore qualifiées d’extrémistes par le renseignement intérieur, notamment pour le dénigrement des migrants issus de pays musulmans.
Ce qui vient : Mecklembourg, Berlin, et le visage Weidel
Le 20 septembre, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — terre où Angela Merkel a grandi et commencé sa carrière — vote. Wahlrecht.de donnait l’AfD en tête face au SPD au pouvoir, 35 % contre 32 %. Le même jour, Berlin : Die Linke et la CDU au coude-à-coude autour de 20 %, l’AfD à 18 %, Verts et SPD vers 15 %. Le parti siège déjà dans 14 des 16 Landtage et détient 15 des 96 sièges allemands au Parlement européen. Aux législatives de février 2025, l’AfD avait obtenu 20,8 % — deuxième force du Bundestag, opposition officielle.
Hoyer le résume ainsi : Weidel peut bien incarner l’aile « plus modérée » de l’AfD ; elle a aussi « une détermination d’acier à faire et dire tout ce qu’il faut pour arriver au sommet ». Ce n’est pas Höcke que ses adversaires devraient redouter le plus. C’est elle.
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La Saxe-Anhalt n’offre pas encore, à ce stade du dépouillement, la certitude d’un gouvernement AfD majoritaire. Elle offre autre chose, plus durable : la preuve qu’un parti antimigration, classé extrémiste par une partie de l’appareil d’État, peut devenir la première force d’un Land et faire vaciller le pare-feu qui structure la vie politique allemande depuis 1949. Siegmund a parlé d’histoire. Weidel a déjà fixé le cadre national : frontières, fin de Schengen au nom de Ceuta, remigration, renvoi des 1,3 million de Syriens, « islamisation », suppression de l’euro en 2029. Merz promet des « dommages considérables » aux investissements ; Hoppermann un « naufrage » si l’euro est quitté ; Weidel répond que Merz et Klingbeil sont des « incompétents » et que l’Allemagne « était significativement mieux » avant la monnaie unique.
Entre le TikTok de Magdebourg et le mandarin de Pékin, entre « Alice für Deutschland » et le partenariat civil en Suisse avec Sarah Bossard, entre l’invitation manquée à l’investiture de Trump et le manifeste tourné vers Moscou, le paradoxe Weidel n’est pas une contradiction. C’est une stratégie. L’Est a voté, aussi par colère économique. Berlin recevra le signal le 20 septembre. La question n’est plus de savoir si l’AfD frappe à la porte. C’est de savoir combien de temps le Brandmauer — et la confiance des capitaux — tiendront lorsque le visage le plus présentable du parti aura, dimanche, écrit une page que l’Allemagne d’après-guerre n’avait jamais connue.
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