ANALYSE – David Lisnard et l’avenir de la droite : La recomposition silencieuse

ANALYSE – David Lisnard et l’avenir de la droite : La recomposition silencieuse

lediplomate.media — imprimé le 03/11/2026
Réalisation Le Lab Le Diplo
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Par Pierre Sassine

La présidentielle de 2027 pourrait accélérer une transformation de la droite française plus profonde que le simple choix d’un candidat. La proximité, dans les sondages, de Bruno Retailleau et de David Lisnard interroge le rôle des Républicains, longtemps considérés comme le passage obligé de la droite de gouvernement. Derrière cette compétition apparaît une autre question : une formation nouvelle peut-elle prendre durablement la place centrale occupée par LR ?

Dans l’enquête Cluster17 réalisée pour Politico du 19 au 22 octobre, David Lisnard recueille 8 % des intentions de vote contre 7 % pour Bruno Retailleau. L’écart est trop faible pour conclure à une avance significative, mais montre que le président de LR ne domine plus sans partage son espace électoral. L’entretien de près de deux heures accordé par Lisnard à CNews le 27 octobre a confirmé une ambition qui dépasse la présidentielle : donner à la droite une orientation politique identifiable et une organisation capable de s’inscrire dans la durée.

Les Républicains, une centralité de plus en plus contestée

Du RPR à l’UMP, puis aux Républicains, la droite traditionnelle a longtemps réuni les sensibilités gaullistes, conservatrices et libérales au sein d’une même famille de gouvernement. Cette fonction fédératrice s’est érodée. Le Rassemblement national a attiré une partie de son électorat populaire et conservateur, tandis que le macronisme captait des responsables et des électeurs plus modérés. LR conserve des élus et des positions institutionnelles, mais peine à retrouver un projet suffisamment distinct pour redevenir une force présidentielle dominante.

La fragilité est aussi doctrinale. Quelle place accorder à l’État dans l’économie ? Comment concilier autorité publique, maîtrise des finances et liberté d’entreprendre ? Bruno Retailleau met d’abord en avant les questions régaliennes et les valeurs conservatrices ; Lisnard articule l’autorité de l’État à une réduction de son emprise administrative et économique. Son intervention sur CNews a précisé cette ligne : baisse des dépenses publiques, augmentation du salaire net par la diminution des prélèvements sur le travail, réforme de l’école et fermeté judiciaire. Il revendique un État pleinement engagé dans ses missions essentielles, mais laissant davantage d’initiative à la société.

Ce débat porte sur l’identité future de la droite. Le sondage Cluster17 révèle que, parmi les électeurs LR des européennes de 2024, 36 % choisissent Retailleau et 31 % Lisnard dans le scénario étudié. Même au cœur de l’électorat LR, le président du parti ne bénéficie donc plus d’un monopole de représentation. Cela ne signifie ni que Lisnard a gagné la bataille ni que les Républicains sont condamnés à disparaître, mais qu’un autre centre de gravité devient envisageable.

Nouvelle Énergie, la construction par les territoires

La stratégie de Lisnard ne se comprend pleinement qu’en regardant ce qui se bâtit autour de sa candidature. Fondé en 2021, Nouvelle Énergie dépasse désormais les 90 000 adhérents et recense quelque 1 840 élus dans sa base. Après les municipales de mars, le mouvement annonçait près de 250 maires dans 74 départements. Ces chiffres, communiqués par le parti, ne mesurent pas à eux seuls la mobilisation effective des militants, mais témoignent d’une progression qui mérite davantage d’attention que les seuls scores présidentiels.

La présence d’élus locaux, souvent peu connus nationalement, pourrait être un atout plutôt qu’un handicap. Un maire ou un conseiller municipal apporte une connaissance du territoire, des réseaux et une expérience concrète de la gestion publique. Ce ne sont pas nécessairement les personnalités les plus médiatiques qui construisent les organisations les plus solides. Lisnard peut bénéficier du soutien politique de figures connues sans leur confier l’animation du terrain : aux unes la visibilité et l’expérience, aux autres le maillage local et le renouvellement des cadres.

Le risque demeure réel. Une vague d’adhésions n’est pas encore un parti enraciné ; des soutiens municipaux ne garantissent ni des candidats compétitifs partout ni une implantation parlementaire durable. Mais la dynamique peut nourrir un mécanisme familier de l’histoire politique : à mesure qu’un mouvement semble incarner l’avenir, des élus d’autres formations le rejoignent sans attendre une rupture nationale spectaculaire. Une recomposition peut se faire commune après commune, plutôt qu’à la faveur d’un congrès fondateur.

Lors de son passage sur CNews, Lisnard a également appelé Éric Ciotti à rompre avec le Rassemblement national pour le rejoindre. Cette invitation illustre un autre versant du projet : rassembler au-delà des étiquettes existantes, mais autour d’une ligne économique et politique revendiquée. Toute la difficulté sera d’élargir cette audience sans diluer ce qui distingue Nouvelle Énergie.

La primaire, un outil pour recomposer la droite

Dans cette perspective, la primaire défendue par Lisnard n’est pas un simple procédé de sélection. Elle pourrait devenir un instrument de clarification et de recomposition. En exposant leurs propositions au même public, les prétendants confronteraient leurs conceptions de l’État, des libertés économiques, de la sécurité, de l’école et de la souveraineté. Les électeurs ne choisiraient pas seulement un candidat : ils pourraient départager des orientations et contribuer à définir une ligne politique pour la droite de gouvernement.

La proximité entre Lisnard et Retailleau rend cette démarche plus pressante. Pourquoi la direction du parti historique donnerait-elle, à elle seule, un droit de priorité sur les autres candidats ? Après leur rencontre du 21 octobre, Retailleau a déclaré le 28 octobre que chacun devait poursuivre sa campagne jusqu’en janvier, tout en se disant ouvert à une primaire à condition qu’Édouard Philippe y participe. Derrière cette exigence apparaît une question décisive : jusqu’où étendre le rassemblement sans rendre sa ligne politique illisible ?

Encore faut-il qu’une telle consultation repose sur des règles acceptées à l’avance, un débat loyal et l’engagement de soutenir le vainqueur. Si Lisnard l’emportait, il disposerait d’une légitimité dépassant Nouvelle Énergie. S’il perdait et respectait le verdict, son mouvement pourrait conserver son autonomie, ses élus et ses convictions. Dans les deux hypothèses, la confrontation des projets aurait permis de mesurer le poids du courant libéral dans la droite française. Une primaire ne résoudrait pas toutes les divergences, mais elle aurait le mérite de les rendre explicites avant de prétendre les surmonter.

Noël, avec ses réunions familiales et ses discussions politiques, pourrait contribuer à faire entrer la présidentielle dans des foyers encore éloignés de la campagne. Les sondages de janvier et février permettront ensuite de mesurer les dynamiques observées à l’automne. La validation des candidatures, après la clôture des parrainages, donnera à la compétition sa configuration définitive. Mais la bataille pour le leadership de la droite aura commencé bien avant, dans les territoires comme dans la confrontation des idées.

Au fur et à mesure que Nouvelle Énergie se développe et renforce son implantation territoriale, LR pourrait se retrouver dans une situation paradoxale : conserver une présence institutionnelle importante tout en perdant progressivement sa place de principale force de rassemblement de la droite de gouvernement. Sa marginalisation éventuelle ne prendrait pas nécessairement la forme d’une disparition, mais d’un déplacement du centre de gravité politique.

La présidentielle de 2027 serait alors une étape, non l’aboutissement, de cette transformation. Lisnard joue sa candidature, mais aussi l’avenir d’un courant libéral-conservateur organisé. Le résultat de l’élection dira s’il a convaincu les Français ; le développement de Nouvelle Énergie dira si la droite française est entrée dans une recomposition durable.


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Pierre Sassine

Pierre Sassine

Pierre Sassine, né en 1967 au Liban, est un chrétien patriote engagé au sein de la diaspora libanaise.
Témoin des profondes mutations politiques de son pays, il développe très tôt un attachement aux valeurs de liberté et de souveraineté.
Installé en France, il s’implique activement dans la défense des causes libanaises et dans la promotion d’une vision démocratique et pluraliste du Liban.
Son engagement se manifeste à travers sa participation à divers débats publics, ses échanges avec les institutions et son implication dans les initiatives citoyennes.
Son parcours reflète la détermination d’un patriote résolument attaché à l’héritage spirituel et culturel du Liban.
Il occupe aujourd’hui le poste de Représentant du « Forum des Cèdres » en France et auprès de l’Union européenne.

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