TRIBUNE – La résistance, un défi croissant pour la théocratie iranienne

Par Kaveh Farzan
Alors que le pouvoir iranien a de plus ne plus de mal à mobiliser ses partisans, l’opposition de l’intérieur marque des points. Soixante et un ans après sa fondation, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) apparaît plus que jamais comme un acteur central du paysage politique iranien. Ce mouvement fondé par trois jeunes universitaires partisanes du Premier ministre démocrate Mohammad Mossadegh, a été fondé en 1965 pour lutter contre la dictature du Chah. Il s’est ensuite opposé à la mainmise des mollahs sur les acquis de la révolution antimonarchique. Le régime des ayatollahs n’a pas hésité à perpétrer des massacres pour éliminer cette opposition encombrante. Force est de constater que, 47 ans plus tard, il n’est pas parvenu à faire disparaître cette menace existentielle qui pèse sur la théocratie. Alors que la République islamique traverse l’une des périodes les plus fragiles de son histoire, les activités croissantes des unités de résistance à travers le pays témoignent d’une réalité que le pouvoir peine à dissimuler : l’existence d’une opposition organisée capable de maintenir une présence active au cœur même de l’Iran.
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Les événements de ces dernières semaines illustrent cette dynamique avec une intensité particulière. À l’occasion de l’anniversaire de la fondation du mouvement, des centaines d’actions ont été revendiquées dans de nombreuses villes iraniennes. Les rapports publiés par la Résistance iranienne font état de 150 initiatives et rassemblements dans 28 villes, ainsi que de dizaines d’opérations ciblant différents symboles ou centres liés à l’appareil répressif de l’État. Quelles que soient les divergences d’interprétation que peuvent susciter ces chiffres, un élément demeure incontestable : ces activités ont été menées dans un contexte de surveillance généralisée, de répression accrue et d’arrestations régulières de sympathisants de l’OMPI. Les autorités iraniennes elles-mêmes ont récemment annoncé l’arrestation de plusieurs personnes accusées d’avoir participé à une manifestation de soutien à l’organisation près de Karaj. De nombreux médias affiliés à l’État ont exprimé leur étonnement de l’apparition d’une telle manifestation de force de « défilé d’unités de résistance à Karaj notamment.
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Cette situation intervient à un moment où le régime apparaît affaibli sur plusieurs fronts. Sur le plan économique, l’inflation persistante, la dépréciation continue de la monnaie nationale et l’érosion du pouvoir d’achat alimentent un mécontentement profond. Des responsables iraniens ont eux-mêmes reconnu l’existence de graves difficultés économiques. Sur le plan social, les autorités continuent de faire face à des protestations récurrentes de travailleurs, d’enseignants, d’étudiants, de retraités et de familles de prisonniers politiques. Quant au plan politique, la multiplication des exécutions et des arrestations révèle davantage une inquiétude du pouvoir qu’une véritable confiance dans sa stabilité.
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L’histoire récente de l’Iran montre en effet que les soulèvements populaires de 2018, 2019, 2022 puis les manifestations plus récentes n’ont jamais totalement disparu. Ils se sont transformés, fragmentés, adaptés. Dans cette évolution, la question de l’organisation devient centrale. Les mouvements spontanés expriment la colère populaire, mais ils peinent souvent à durer face à un appareil sécuritaire puissant. C’est précisément sur ce terrain que les unités de résistance revendiquent leur rôle : constituer un réseau capable de maintenir une continuité politique et organisationnelle entre les différentes phases de contestation. L’existence même de ces réseaux clandestins explique en partie pourquoi l’OMPI demeure une cible prioritaire de la propagande et de la répression officielles.
L’un des aspects les plus remarquables de ce phénomène réside dans son caractère national. Contrairement à une narration souvent entretenue par les autorités iraniennes, l’activité des unités de résistance repose essentiellement sur des militants présents à l’intérieur du pays. Les actions recensées ces derniers jours concernent des villes aussi diverses que Téhéran, Machhad, Chiraz, Ispahan, Karaj, Kermanchah, Zahedan ou encore Ahvaz. Cette implantation géographique suggère l’existence d’un réseau enraciné dans la société iranienne et non d’un mouvement dépendant d’une puissance étrangère. C’est d’ailleurs là l’un des arguments les plus fréquemment mis en avant par les partisans de la Résistance iranienne : le changement politique en Iran ne peut être imposé de l’extérieur, mais doit être porté par les Iraniens eux-mêmes.
Le choix effectué le 6 septembre 2026 par l’OMPI constitue à cet égard un autre message politique significatif. Réunie dans plusieurs pays, l’organisation a élu Mahnaz Maimanat au poste de secrétaire générale. Cette dernière a obtenu 56 % des voix au premier tour de scrutin, au terme d’un processus électoral interne organisé dans sept pays. Au-delà de la personnalité de la nouvelle dirigeante, cette élection possède une forte portée symbolique. Face à un régime dont la législation institutionnalise de nombreuses discriminations à l’égard des femmes, le principal mouvement d’opposition organisé choisit une nouvelle fois une femme pour occuper la plus haute responsabilité exécutive de l’organisation.
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Cette réalité mérite d’être soulignée. Depuis plusieurs décennies, les femmes occupent des postes de premier plan au sein de l’OMPI et du Conseil national de la Résistance iranienne. Dans un pays où la misogynie systématique demeure un instrument politique de contrôle social et où les femmes restent confrontées à d’importantes restrictions juridiques, cette représentation féminine constitue un contraste frappant avec le modèle défendu par les autorités religieuses.
Naturellement, nul ne peut prédire avec certitude quand interviendra un nouveau soulèvement national ni quelle sera son ampleur. Mais une chose apparaît de plus en plus clairement : la stabilité que le régime cherchait à projeter semble céder la place à une forme de vulnérabilité structurelle. Les difficultés économiques, la contestation sociale persistante, la crise de légitimité politique et la montée d’une opposition organisée constituent autant de facteurs qui fragilisent l’ordre établi.
À l’aube de sa 62e année d’existence, l’OMPI peut ainsi revendiquer un paradoxe remarquable. Alors que ses adversaires annonçaient régulièrement sa disparition depuis des décennies, l’organisation continue d’afficher une capacité de renouvellement, de recrutement et de mobilisation. Les opérations menées à l’occasion de son 61e anniversaire, l’existence d’unités de résistance actives dans de nombreuses villes et l’élection d’une nouvelle secrétaire générale illustrent cette continuité.
Pour les observateurs de la scène iranienne, la question n’est peut-être plus de savoir si une alternative organisée existe, mais plutôt quelle influence cette alternative pourrait exercer lorsque se présentera la prochaine grande crise politique du régime. Les événements récents montrent en tout cas qu’une partie de la réponse est déjà en train de s’écrire à l’intérieur même de l’Iran.
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