HISTOIRE – De Rochefort à Yorktown et Versailles (1777-1783) La Fayette, Washington, Rochambeau, de Grasse : La construction de la coalition stratégique franco-américaine

Par François Souty, PhD en histoire économique, responsable de la section Économie chez Le Diplomate Media
« … harmony and good understanding between the Generals of allied Nations, whose views must, like their interests, be the same. »
George Washington, Letter to Vice Admiral d’Estain2g, White Plains, 11-12 September 1778.1
« Plans are worthless, but planning is everything. »
Dwight D. Eisenhower, Remarks at the National Defense Executive Reserve Conference, Washington, D.C., 14 November 1957.
Résumé exécutif
La victoire remportée à Yorktown le 19 octobre 1781 constitue l’un des événements fondateurs de l’histoire contemporaine. Elle ouvre la voie à l’indépendance des États-Unis, rétablit provisoirement la France parmi les grandes puissances capables de contester la suprématie britannique et conduit, deux ans plus tard, aux traités de Versailles et de Paris de 1783. Si cette campagne a fait l’objet d’une abondante littérature historique, elle est le plus souvent étudiée à travers les biographies de George Washington, du marquis de La Fayette, du comte de Rochambeau ou de l’amiral de Grasse, ou encore sous l’angle strictement militaire des opérations de la Chesapeake et du siège de Yorktown.
Le présent article adopte une approche différente. Son ambition est de montrer comment une alliance diplomatique conclue entre deux États souverains aux intérêts distincts se transforme progressivement en une véritable coalition stratégique franco-américaine, capable de coordonner, à l’échelle de l’Atlantique, des forces terrestres et navales poursuivant un objectif commun. L’étude s’attache ainsi à comprendre comment Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse, issus de traditions politiques, militaires et sociales profondément différentes, parviennent à construire une coopération interalliée suffisamment solide pour produire une victoire décisive, avant de la transformer en succès diplomatique lors des négociations qui conduisent aux traités de 1783.
L’analyse montre que cette réussite ne résulte ni du hasard ni du seul talent d’un chef exceptionnel. Elle procède d’une préparation de longue durée, commencée bien avant la campagne de Yorktown, qui associe la diplomatie de Vergennes, l’engagement de Louis XVI, l’action personnelle de La Fayette, l’expérience militaire de Rochambeau, la maîtrise navale de de Grasse et le commandement politique de Washington. Chacun apporte une compétence indispensable ; aucun ne peut, à lui seul, obtenir la victoire. C’est leur complémentarité, fondée sur la confiance, la coordination et l’adaptation permanente aux circonstances, qui transforme une alliance politique en une coalition stratégique efficace.3
L’article s’organise autour de quatre grandes étapes. Il retrace d’abord les parcours qui conduisent les principaux protagonistes vers la guerre d’Indépendance américaine. Il analyse ensuite la transformation progressive de l’alliance franco-américaine en une véritable coalition interalliée. Il montre comment cette coopération atteint son apogée lors de la campagne de Yorktown, grâce à la convergence des opérations terrestres et navales, avant d’examiner la manière dont cette victoire militaire est convertie en succès diplomatique jusqu’aux traités de Versailles et de Paris.
Au-delà du seul récit des événements, cette étude met en évidence une idée essentielle : les grandes victoires stratégiques naissent rarement de l’action isolée d’un chef ou de la supériorité d’une armée. Elles résultent de la rencontre entre une vision politique, une stratégie cohérente, une organisation logistique maîtrisée et une coopération durable entre des nations souveraines capables de mettre leurs moyens en commun sans renoncer à leurs objectifs propres. De Rochefort à Yorktown, puis de Yorktown à Versailles, la campagne de 1777-1783 offre ainsi l’un des premiers exemples pleinement aboutis d’une coalition stratégique interalliée, dont les enseignements dépassent largement le cadre de la guerre d’Indépendance américaine et conservent, deux siècles et demi plus tard, une remarquable actualité.
Introduction
À l’automne 1781, la petite ville de Yorktown, en Virginie, devient le théâtre d’un événement qui modifie durablement l’histoire de l’Atlantique. Le 19 octobre, après plusieurs semaines de siège, le lieutenant-général britannique Charles Cornwallis capitule devant les forces réunies du général George Washington et du comte de Rochambeau, tandis que l’escadre de l’amiral de Grasse, entrée dans la baie de Chesapeake le 30 août, en verrouille l’accès et, depuis la bataille victorieuse du 5 septembre, interdit aux forces britanniques de porter secours à Lord Cornwallis. La reddition de plus de sept mille soldats britanniques ne met pas immédiatement fin à la guerre d’Indépendance américaine, mais elle en marque un tournant décisif. Deux années plus tard, les traités de Versailles et de Paris consacrent l’indépendance des États-Unis et l’échec de la stratégie britannique en Amérique du Nord.
Cette victoire est pourtant tout sauf le fruit du hasard ou d’une heureuse convergence de circonstances. Elle résulte d’une lente construction politique, diplomatique, militaire et navale engagée plusieurs années auparavant. Entre le départ du jeune marquis de La Fayette de Rochefort en 1777 et la signature des traités de 1783, une alliance conclue entre deux États aux intérêts parfois différents se transforme progressivement en une véritable coalition stratégique interalliée capable de coordonner des forces terrestres et navales franco-américaines séparées par plusieurs milliers de kilomètres d’océan. C’est cette transformation qui constitue le véritable objet de la présente réflexion.
L’historiographie a consacré d’innombrables ouvrages à George Washington, héros fondateur des États-Unis, au marquis de La Fayette, devenu le symbole vivant de l’amitié franco-américaine, au comte de Rochambeau, chef du corps expéditionnaire français, ou encore à l’amiral de Grasse, dont la victoire navale dans la Chesapeake demeure l’une des plus importantes de l’histoire maritime française. Les opérations militaires de Yorktown elles-mêmes ont été minutieusement étudiées, tant par les historiens américains que français. En revanche, les mécanismes qui ont permis à ces quatre personnalités, issues de traditions politiques, militaires et sociales profondément différentes, de construire une véritable coalition stratégique ont été plus rarement envisagés comme un objet d’étude autonome.
Tel est précisément le point de départ de cette étude. Il ne s’agit ni d’une nouvelle biographie collective de quatre grands hommes, ni d’un récit supplémentaire de la campagne de Yorktown. L’ambition est de comprendre comment des acteurs appartenant à des univers différents — un général américain devenu chef d’une armée révolutionnaire, un jeune aristocrate français engagé volontaire devenu officier général de l’armée américaine , un maréchal de camp français expérimenté au service de Louis XVI et un officier général de la Marine royale française chargé de porter la guerre sur les océans — sont parvenus à transformer une alliance diplomatique en victoire militaire, puis cette victoire militaire en succès politique lors des négociations qui conduisent aux traités de Versailles et de Paris consacrant l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique.4
Une telle approche conduit également à replacer Yorktown dans une perspective plus large. La campagne de 1781 ne peut être comprise sans revenir aux conséquences de la guerre de Sept Ans, qui bouleverse durablement les équilibres stratégiques de l’Atlantique. La perte du premier empire colonial français en 1763 nourrit, à Versailles, une volonté de revanche contre la Grande-Bretagne, tandis que les tensions entre Londres et ses colonies d’Amérique ouvrent progressivement la voie à l’insurrection. À partir de 1778, le conflit cesse d’être une guerre coloniale pour devenir une guerre mondiale mobilisant simultanément les théâtres européen, américain, antillais et indien. La victoire de Yorktown n’est ainsi que l’expression la plus spectaculaire d’une stratégie globale élaborée par la monarchie française en écho à l’affranchissement des Treize Colonies britanniques et mise en œuvre sur plusieurs océans.
Le choix de Rochefort dans le titre de cette étude n’est pas anodin. Si Brest demeure le principal arsenal du royaume de France, Rochefort occupe une place singulière dans l’histoire de la guerre d’Indépendance américaine. C’est de ce port, et plus précisément de l’île d’Aix, que partent plusieurs des expéditions qui relient durablement les deux rives de l’Atlantique. La Fayette y embarque en 1780 à bord de L’Hermione, commandée par le capitaine de vaisseau de La Touche-Tréville, pour rejoindre une seconde fois G5eorge Washington ; de nombreux officiers appelés à jouer un rôle majeur dans la guerre y sont formés ou y servent ; l’arsenal devient l’un des principaux points de contact entre la monarchie française et la cause américaine. Rochefort symbolise ainsi la préparation de la victoire, Yorktown son accomplissement militaire, et Versailles sa consécration diplomatique.
L’étude s’organisera en quatre temps. Elle analysera d’abord les trajectoires qui conduisent Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse vers la guerre d’Indépendance. Elle montrera ensuite comment l’alliance franco-américaine devient progressivement une véritable coalition militaire. Elle examinera enfin la campagne de Yorktown comme l’aboutissement de cette coopération, avant d’étudier la manière dont cette v6ictoire est transformée en succès diplomatique lors des négociations de paix de 1782 et 1783.7
Au-delà de l’histoire d’une campagne militaire, cette étude entend ainsi montrer qu’une victoire stratégique naît rarement du génie isolé d’un seul chef. Elle résulte plus souvent de la capacité de plusieurs hommes, de plusieurs institutions et de plusieurs États à unir durablement leurs moyens autour d’un objectif commun. C’est sans doute là que réside l’une des principales leçons de la coalition franco-américaine de 1777 à 1783.
I — Quatre hommes avant la coalition : des trajectoires forgées par les guerres (1754-1780)
Yorktown donne parfois l’illusion d’une évidence rétrospective. Lorsque, à l’automne 1781, les forces américaines et françaises convergent vers la Virginie, lorsque Washington et Rochambeau coordonnent leurs armées et que de Grasse ferme à la flotte britannique l’accès à la baie de la Chesapeake, la coalition semble déjà constituée, comme si les quatre hommes qui vont en assurer la réussite avaient naturellement vocation à agir de concert. Il n’en est rien. Aucun d’eux n’appartient au même monde, ne possède la même formation, ni ne conçoit initialement la guerre à partir des mêmes références. Washington est un planteur de Virginie devenu officier colonial puis commandant en chef d’une armée née de l’insurrection ; le marquis de La Fayette, un jeune aristocrate français qui choisit l’Amérique avant même que la France ne s’engage officiellement dans la guerre en passant outre les réserves initiales du roi de France ; le comte de Rochambeau, un professionnel de la guerre européenne, formé par plusieurs décennies de campagnes ; le comte de Grasse, enfin, un officier de Marine dont l’expérience s’est 8forgée dans un univers stratégique où la maîtrise des espaces maritimes, des escadres et des communications revêt une importance décisive.
Cette diversité n’est pas un simple élément biographique. Elle constitue l’une des clefs de la victoire future. La coalition franco-américaine ne repose pas sur l’existence préalable d’une culture stratégique commune ; elle doit précisément apprendre à faire travailler ensemble des hommes, des armées et des institutions qui ne partagent ni les mêmes traditions militaires ni les mêmes contraintes politiques. Washington doit transformer une armée continentale fragile, soumise aux décisions du Congrès et constamment confrontée aux problèmes de recrutement, de ravitaillement et de discipline, en une force capable de soutenir une guerre longue contre10 la première puissance militaire et navale du monde.² Rochambeau doit, de son côté, mettre l’expérience d’une armée royale professionnelle au service d’une cause qui n9‘est pas française et dont les objectifs ne coïncident pas entièrement avec ceux de Versailles. La Fayette occupe une position différente encore : il n’est ni le représentant officiel de la France en Amérique ni le commandant en chef américain, mais il devient progressivement l’un des intermédiaires humains et politiques les plus précieux entre les deux camps. Quant à de Grasse, son entrée décisive dans la campagne de 1781 montre que la guerre d’Indépendance ne peut être comprise à l’échelle du seul théâtre terrestre américain : elle est devenue une guerre atlantique et même mondiale, dans laquelle la maîtrise temporaire d’un espace maritime peut décider du sort d’une armée entière.
Il faut donc remonter bien avant l’Expédition particulière de 1780, suivant le nom donné à la mission de Rochambeau par Versailles, et avant même l’alliance franco-américaine de 1778. Les trajectoires de ces quatre hommes ont été façonnées par des expériences de guerre très différentes, mais celles-ci vont progressivement leur fournir les instruments nécessaires à une coopération d’une nature nouvelle. La Guerre de Sept Ans constitue à cet égard le premier laboratoire commun, quoique paradoxal, de cette histoire. Washington y apprend la guerre contre les Français et leurs alliés des « nations indiennes » et chasseurs des bois; Rochambeau y acquiert une expérience approfondie du commandement et des opérations de siège ; de Grasse poursuit parallèlement sa formation dans la 11Marine royale ; tandis que la géné12ration de La Fayette grandit dans une France où la défaite de 1763 nourrit à la fois le désir de revanche et une réflexion renouvelée sur les instruments de la puissance. La guerre qui avait opposé leurs mondes va ainsi contribuer, indirectement, à préparer les hommes appelés à les réunir.1413
Cette première partie suivra donc moins une logique biographique qu’une logique de formation stratégique. Il s’agira d’abord de comprendre comment Washington, passé de la guerre coloniale au commandement d’une armée nationale en formation, acquiert une conception du commandement fondée autant sur la persévérance et la capacité à maintenir une force en état de combattre que sur la recherche de la bataille décisive. La trajectoire de La Fayette conduira ensuite à examiner un phénomène tout différent : celui d’un engagement personnel qui devient progressivement un instrument de la relation franco-américaine. Son départ pour l’Amérique en 1777, son ra15pprochement avec Washington et son retour en France feront de lui bien davantage qu’un volontaire étranger au service des Insurgents : un homme capable de circuler entre deux univers politiques et militaires. Enfin, Rochambeau et de Grasse permettront d’introduire la dimension française de la future coalition en distinguant deux formes complémentaires de l’expérience militaire : celle du commandement terrestre, de la manœuvre et du siège, et celle de la guerre navale, des escadres et de la maîtrise des communications maritimes.
L’enjeu de cette partie est ainsi de faire apparaître, derrière les figures devenues légendaires de Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse, les compétences, les expériences et les relations qui rendront possible leur coopération. En 1781, aucun de ces quatre hommes ne possède à lui seul les moyens de remporter la victoire. George Washington dispose de la légitimité politique et du commandement américain ; Gilbert de La Fayette a progressivement construit la confiance entre les deux rives de l’Atlantique ; Jean-Baptiste de Rochambeau apporte les ressources d’une armée régulière aguerrie ; François de Grasse détient l’instrument naval capable de transformer une opération terrestre en décision stratégique. La coalition de Yorktown ne sera donc pas la simple addition de quatre talents individuels : elle sera le p16roduit d’une complémentarité progressivement construite. C’est cette construction, encore invisible au début de la guerre, que les trois trajectoires étudiées ici permettront de mettre au jour.
A. George Washington : de la guerre contre les Français au Canada au commandement des Insurgents17
Avant de devenir le commandant en chef de l’armée continentale, George Washington doit d’abord apprendre la guerre, puis comprendre qu’elle ne se gagne pas par les seules armes, enfin transformer cette expérience en une capacité de commandement adaptée à une nation en devenir. De l’officier colonial formé dans la Guerre de Sept Ans au Canada (la French and Indian War pour les anglo-américains) au chef politique et militaire de la Révolution américaine, son parcours éclaire ainsi la lente construction des qualités qui feront de lui, quelques années plus tard, l’un des artisans de la coalition de Yorktown.18
- Un jeune officier virginien dans la Guerre de Sept Ans. Lorsque George Washington apparaît sur la scène militaire nord-américaine, rien ne le destine encore à devenir le commandant en chef d’une armée révolutionnaire, puis le premier président des États-Unis. Né en 1732 dans une famille de la petite aristocratie terrienne de Virginie, il appartient à cette élite coloniale dont la fortune, les ambitions et les intérêts sont étroitement liés à l’expansion britannique vers l’Ouest. Sa première formation n’est pas celle d’un militaire professionnel. Elle est d’abord celle d’un arpenteur, d’un administrateur de domaines et d’un jeune notable colonial qui apprend à connaître les hommes, les terres et les voies de communication de la Virginie. Cette expérience de la topographie, acquise très tôt, constituera pourtant l’un des fondements de son futur commandement : Washington aura toujours une attention particulière aux questions logistiques pour les armées modernes, aux distances, aux routes, aux fleuves, aux reliefs et aux conditions concrètes dans lesquelles une armée peut se déplacer et subsister.
C’est dans l’Ouest virginien que la guerre vient à sa rencontre. En 1753, le gouverneur Robert Dinwiddie lui confie une mission qui dépasse largement les compétences ordinaires d’un jeune officier de milice : se rendre dans la vallée de l’Ohio pour demander aux Français d’abandonner les positions qu’ils viennent d’y établir. Washington n’a alors que vingt et un ans. Son voyage vers Fort Le Bœuf lui fait découvrir un espace frontalier où la rivalité impériale franco-britannique se joue directement sur le terrain. La mission est un échec dip20lomatique, mais elle constitue une première expérience de reconnaissance militaire, de négociation avec les populations amérindiennes et surtout d’observation d’un théâtre d’opérations dont les caractéristiques sont radicalement différentes de celles des guerres européennes.
L’année suivante, la confrontation devient militaire. En mai 1754, Washington commande un détachement virginien lorsqu’il rencontre, à Jumonville Glen, un groupe français placé sous les ordres de Joseph Coulon de Villiers de Jumonville. L’affrontement, bref mais lourd de conséquences, contribue à déclencher la guerre en Amérique du Nord. Quelques semaines plus tard, Washington, devenu colonel à la suite de la mort du colonel Joshua Fry, commande les forces qui se retranchent à Great Meadows dans le fortin auquel il donne le nom de Fort Necessity. Le 3 juillet, il doit capituler devant des forces françaises et amérindiennes supérieures en nombre.
Le jeune officier sort de cette première campagne avec une réputation ambiguë. Il a montré de l’énergie, du courage et une réelle capacité à entraîner ses hommes, mais il a également commis des erreurs de jugement et découvert brutalement les limites d’une expérience militaire encore réduite. La défaite de Fort Necessity n’est donc pas seulement un épisode malheureux de ses débuts ; elle constitue une première leçon sur la différence entre vouloir combattre et savoir conduire une opération. Washington apprend notamment que la guerre dans les espaces nord-américains ne peut être conduite selon les seuls modèles européens : le renseignement, la mobilité, la connaissance du terrain, les relations avec les populations locales et la logistique y occupent une plac21e déterminante.
Cette expérience va être approfondie l’année suivante auprès du général Edward Braddock. Lorsque le gouvernement britannique décide en 1755 de renforcer son effort militaire en Amérique du Nord, Washington rejoint l’expédition comme aide de camp volontaire du général britannique. Il découvre alors une armée régulière européenne, son organisation, sa discipline et sa conception de la manœuvre. Mais il découvre également ses faiblesses lorsqu’elle est confrontée à un environnement qu’elle maîtrise mal. La marche de Braddock vers Fort Duquesne se révèle lente et difficile ; le 9 juillet 1755, l’armée britannique tombe dans une embuscade sur la Monongahela et subit une sévère défaite. Braddock est mortellement blessé, tandis que Washington, qui se distingue par son sang-froid, contribue à organiser le retrait. L’épisode est fondateur. Washington vient de voir s’effondrer une armée régulière qui semblait disposer de tous les avantages de la puissance impériale. Il comprend que la discipline et la supériorité matérielle ne suffisent pas lorsque le commandement ne sait pas adapter ses méthodes au terrain et à l’adversaire. Comme le souligne Yves-Marie Péréon, « la vallée de l’Ohio fut son académie militaire : de sa première mission à Fort Le Bœuf à la fin de 1753 à son retour à la vie civile en 1759, il y apprit les rudiments de l’art de la guerre ». Cette leçon, qu’il retiendra sous des formes différentes vingt ans plus tard, est d’autant plus importante qu’elle ne conduit pas Washington à rejeter le modèle militaire britannique. Au contraire, il en retiendra certains principes — discipline, hiérarchie, organisation, responsabilité du commandement — tout en comprenant la nécessité de les adapter aux ressources disponibles et aux réalités du théâtre d’opérations.
Washington poursuit son service pendant la Guerre de Sept Ans, notamment lors de l’expédition de 1758 qui conduit à la prise de Fort Duquesne. Il acquiert alors une expérience plus complète du commandement et de la coopération entre forces coloniales et troupes régulières. Lorsqu’il quitte le service militaire actif à la fin de la guerre, il n’est certes pas devenu un officier professionnel comparable aux généraux européens qu’il rencontrera plus tard. Il possède cependant quelque chose de plus rare dans l’Amérique coloniale : une expérience directe du combat, du commandement, de la logistique et des relations entre autorités civiles et militaires.
Cette expérience contribue à sa réputation bien au-delà de la Virginie. Elle explique en partie pourquoi, en 1775, lorsque les colonies entrent en guerre ouverte avec la Grande-Bretagne, son nom s’impose rapidement comme celui du commandant susceptible de réunir les différentes colonies autour d’une armée commune. Mais l’expérience militaire de Washington demeure alors profondément paradoxale : il est probablement l’un des Américains les plus expérimentés au combat, tout en étant très loin de posséder l’expérience du commandement d’une grande armée européenne. Il va lui falloir apprendre à passer d’une guerre de frontière à une guerre de coalition et, surtout, d’une logique coloniale à celle d’un État en formation.
- L’apprentissage d’une guerre qui n’est pas seulement militaire. La période qui sépare la fin de la Guerre de Sept Ans de la crise révolutionnaire est essentielle pour comprendre le Washington de 1775. Après avoir quitté l’armée, il retourne à Mount Vernon et devient un grand propriétaire terrien, tout en s’affirmant progressivement comme une figure politique de Virginie. Il siège à la Chambre des Bourgeois et participe à la vie politique de la colonie. Cette expérience contribue à élargir considérablement sa conception de l’autorité. Washington n’est plus seulement un officier colonial : il devient un notable qui connaît les mécanismes de la représentation politique, les intérêts économiques des différentes composantes de la société virginienne et les rapports complexes entre les institutions coloniales et Londres.
C’est précisément cette double expérience, militaire et politique, qui va faire sa force lorsqu’éclate la crise impériale. Washington n’est pas, en 1775, un révolutionnaire professionnel. Il ne s’est pas préparé à renverser l’ordre politique britannique. Son parcours l’a plutôt conduit à défendre les droits qu’il estime attachés aux libertés des colonies et à considérer progressivement que ces droits ne peuvent plus être garantis dans le cadre politique imposé par Londres. Sa trajectoire rejoint ainsi celle d’une partie de l’élite coloniale : la rupture avec la Grande-Bretagne est moins le produit d’un projet révolutionnaire initial que celui d’une radicalisation progressive provoquée par l’échec des compromis.22
Lorsqu’il se rend au deuxième Congrès continental à Philadelphie en 1775, Washington possède donc déjà deux formes de légitimité. Il est un Virginien reconnu, issu de la plus importante des colonies du Sud, mais il est aussi l’un des rares dirigeants américains à avoir acquis une véritable expérience du commandement militaire. Dans une guerre qui menace de rester une juxtaposition de milices coloniales, cette dimension est décisive. Le Congrès ne choisit pas seulement un général : il choisit un homme capable de donner à une cause politique commune une expression militaire commune.23
Le choix du 15 juin 1775 par le Congrès répond aussi à une nécessité politique. La guerre oppose désormais les colonies à la métropole, mais l’unité des Insurgents est loin d’être acquise. Les différences entre la Nouvelle-Angleterre, les colonies du Centre et celles du Sud sont profondes ; les traditions militaires, les intérêts économiques et les sensibilités politiques divergent. Nommer un Virginien à la tête de l’armée encerclant Boston permet de donner à la lutte une dimension véritablement continentale. Washington devient ainsi, avant même que les États-Unis n’existent juridiquement, le premier symbole militaire de leur unité.24
Son arrivée à Cambridge, Mass. en juillet 1775 le confronte immédiatement à une réalité beaucoup plus difficile que celle qu’il avait connue vingt ans auparavant. L’armée dont il prend le commandement n’est pas une armée au sens européen du terme. Elle est composée de contingents issus de différentes colonies, soumis à des obligations de service variables, encadrés par des officiers dont l’autorité et l’expérience sont inégales. Washington lui-même reconnaît rapidement l’ampleur de la tâche. Il doit transformer une multitude de forces locales en une organisation capable de durer, de combattre et surtout de rester en état de combattre.25
Cette question de la durée devient progressivement le cœur de son art militaire. Washington comprend qu’il ne peut espérer vaincre immédiatement l’armée britannique sur le terrain. Les Britanniques disposent de troupes régulières expérimentées, d’une marine dominante, de ressources financières considérables et de la capacité de faire venir des renforts. L’armée continentale ne peut donc gagner par une succession de batailles rangées. Elle doit survivre, préserver son potentiel, conserver l’initiative lorsque les circonstances le permettent et empêcher l’adversaire d’obtenir une décision définitive.26
Cette conception explique en partie les choix de Washington pendant les premières années de la guerre. Elle ne signifie nullement qu’il refuse la bataille. Trenton et Princeton, en décembre 1776 et janvier 1777, montrent au contraire qu’il sait saisir une occasion lorsque celle-ci peut produire un effet disproportionné sur le moral et sur la dynamique du conflit. Mais ces succès prennent leur véritable signification dans une stratégie plus large : maintenir l’armée, préserver la cause politique et faire de la durée un instrument de guerre.27
Washington apprend ainsi que commander une armée révolutionnaire signifie constamment arbitrer entre des impératifs contradictoires. Il faut obtenir des résultats militaires sans risquer la destruction de l’armée ; maintenir la confiance des soldats sans disposer toujours des moyens de les payer ou de les approvisionner ; coopérer avec le Congrès sans laisser l’autorité politique désorganiser le commandement ; enfin, convaincre les colonies que leurs intérêts particuliers sont mieux préservés par l’effort commun que par le retour à leurs seules milices.28
C’est ici que son expérience de la Guerre de Sept Ans prend tout son sens. George Washington avait appris, dans les années 1750, que la guerre ne se résume pas à la confrontation de deux forces sur un champ de bataille. Il découvre désormais que la puissance militaire dépend d’un ensemble beaucoup plus vaste : institutions, finances, ravitaillement, recrutement, diplomatie, moral des populations et capacité politique à soutenir l’effort de guerre. Cette conception élargie du commandement sera déterminante lorsque la France entrera dans le conflit et que Washington devra non seulement commander une armée américaine, mais apprendre à travailler 29avec une armée française, organisée et « réglée » sur le modèle européen très sophistiqué.
- De l’officier colonial au commandant de l’Armée continentale. Le passage de Washington du statut d’officier colonial à celui de commandant en chef ne constitue donc pas une rupture aussi nette qu’il pourrait sembler. Il est l’aboutissement d’une trajectoire commencée dans les années 1750. Le jeune Virginien qui affrontait les Français dans la vallée de l’Ohio avait appris la guerre dans un environnement impérial ; le général de 1775 doit désormais conduire une guerre destinée à faire naître un nouvel État. Entre les deux, une même exigence demeure : comprendre que le commandement militaire ne peut être séparé des conditions politiques qui rendent la guerre possible.
La transformation est cependant considérable. Washington n’est plus le chef d’une force provinciale opérant dans un cadre défini par Londres. Il devient le chef militaire d’une entité politique encore en construction, dont l’autorité centrale est faible et dont les composantes conservent une large part de leur autonomie. Son problème essentiel n’est donc pas seulement de vaincre l’armée britannique, mais de faire exister une armée américaine. Le processus est lent, conflictuel et imparfait. Il suppose de construire une discipline, une hiérarchie, des états de force, une logistique 32et une culture commune du service. Il suppose également de convaincre des hommes qui ont souvent commencé la guerre comme miliciens de devenir les soldats d’une cause continentale.
Cette construction militaire accompagne la transformation politique de la Révolution. La déclaration d’Indépendance de juillet 1776 donne à la guerre une finalité nouvelle, mais elle ne crée pas automatiquement les instruments nécessaires à sa réalisation. L’armée doit continuer à combattre alors que les institutions du nouvel État restent fragiles voire en devenir. Washington devient ainsi l’un des rares responsables capables de relier, dans une même action, la légitimité politique de l’Indépendance et la nécessité militaire de la préserver.33
Son commandement repose dès lors moins sur une série de victoires tactiques que sur une remarquable capacité à durer, à apprendre et à adapter ses méthodes. Il connaît la défaite, parfois sévère ; il commet des erreurs ; il doit composer avec des officiers qui contestent ses décisions et avec un Congrès qui ne lui fournit pas toujours les moyens nécessaires. Mais il conserve l’essentiel : la confiance. Cette confiance est progressivement devenue une ressource stratégique en elle-même. Elle permet à Washington de maintenir l’armée lorsqu’une série de revers pourrait conduire à sa désagrégation et de convaincre les au35torités politiques de poursuivre la guerre lorsque la victoire paraît 34encore lointaine. Cette dimension explique aussi pourquoi Washington sera particulièrement sensible, quelques années plus tard, à la qualité des relations avec les officiers français. L’arrivée d’une armée étrangère ne peut être pour lui une simple question de renforts. Elle pose immédiatement un problème de souveraineté, de commandement et de confiance. Une armée française doit combattre aux côtés d’une armée américaine sans que l’une ne se substitue à l’autre. Des officiers issus de deux traditions militaires doivent accepter des méthodes différentes, des chaînes de commandement distinctes et des objectifs politiques qui ne sont pas toujours identiques. La réussite de cette coopération dépendra donc autant de la confiance personnelle entre les chefs que des rapports de forces militaires.
C’est précisément sur ce terrain que l’expérience de Washington va rencontrer celle de La Fayette puis celle de Rochambeau. Le premier possède la légitimité politique et militaire américaine ; le second va devenir l’un des médiateurs les plus efficaces entre les deux pays ; le troisième apportera l’expérience d’une armée professionnelle et d’une guerre de siège que Washington ne possède pas au même degr36é. Plus tard, avec une grande intelligence et une aptitude à la synthèse de forces alliées, de Grasse donnera à cette coopération sa dimension maritime décisive, dont les Insurgents sont totalement dépourvus.
Washington n’est donc pas encore, en 1777, le chef de coalition qu’il deviendra en 1781. Mais il en possède déjà plusieurs des qualités fondamentales : la capacité à distinguer l’objectif politique de l’occasion tactique, la conscience des contraintes logistiques, le souci de préserver les forces disponibles et surtout la compréhension du fait que la guerre se gagne rarement par une seule bataille. Son apprentissage militaire avait commencé contre les Français ; il va bientôt le conduire à combattre avec eux.37
Cette évolution contient l’un des paradoxes les plus féconds de son parcours. Le jeune officier qui avait contribué, en 1754, à l’ouverture de la Guerre de Sept Ans contre la France deviendra, moins de trente ans plus tard, le commandant américain d’une coalition militaire franco-américaine. Entre ces deux moments, l’ancien monde impérial s’est effondré, les rapports de puissance ont changé et Washington lui-même a profondément transformé sa conception de la guerre. La coalition de Yorktown ne sera donc pas seulement le produit de la rencontre de quatre hommes en 1780-1781. Elle sera aussi, pour Washington, l’aboutissement d’un apprentissage commencé dans la guerre précédente, lorsqu’il découvrait encore, aux côtés de l’armée britannique, les limites de la puissance militaire européenne sur le sol américain.
B. La Fayette : de l’engagement personnel à la cause américaine
Si Washington incarne progressivement la construction d’un commandement américain, La Fayette représente d’abord tout autre chose : le passage d’un homme entre deux mondes. Lorsqu’il quitte la France en 1777, il n’est ni le représentant officiel du Roi ni encore le chef militaire qu’il deviendra. Il est un jeune officier aristocrate qui choisit de s’engager personnellement aux côtés des Insurgents, alors même que la monarchie française hésite encore à franchir le pas d’une intervention ouverte. Son départ précède ainsi l’alliance franco-américaine et contribue, par la force de l’exemple, à donner un visage français à la cause américaine. Mais c’est surtout sa rencontre avec Washington, puis son retour en France, qui transformeront cet engagement individuel en véritable instrument de la coalition.38
- Un jeune aristocrate au service du Roi. Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, appartient à cette jeune aristocratie militaire française que la Guerre de Sept Ans a profondément marquée. Né en 1757, orphelin de père à l’âge de deux ans et héritier d’une fortune considérable, membre d’une grande famille de la noblesse française, jeune officier formé dans les meilleurs régiments royaux de la garde rapprochée de Louis XV et Louis XVI, il est destiné à une existence de cour et à une carrière militaire correspondant à son rang. Il choisit pourtant très tôt une autre voie, après avoir rencontré en Lorraine le frère du roi d’Angleterre, le duc de Gloucester, en rupture avec la couronne d’Angleterre et opposé aux actions militaires britanniques dans les Treize Colonies. L’Amérique représente pour lui moins une simple occasion de combattre l’Angleterre qu’une cause nouvelle, associant la liberté politique, la résistance à une puissance dominante et l’affirmation d’un peuple qui entend disposer de lui-même.
Cette attirance personnelle rencontre, à Paris, un contexte politique particulièrement favorable à la sympathie pour les Insurgents, mais beaucoup moins favorable à une intervention militaire officielle. Depuis 1776, Benjamin Franklin, Silas Deane et Arthur Lee travaillent à Versailles à obtenir le soutien français. La Cour s’intéresse à l’affaiblissement de la Grande-Bretagne, mais Louis XVI et Vergennes mesurent les risques d’une confrontation directe avec la première puissance navale du monde. La France peut aider les Américains clandestinement ; elle hésite encore à devenir officiellement leur alliée. La victoire américaine de Saratoga, à l’automne 1777, lèvera finalement une partie de ces hésitations et ouvrira la voie aux traités de février 1778.41
C’est précisément dans cet intervalle incertain que s’inscrit la décision de La Fayette. Elle ne procède pas d’une mission confiée par le gouvernement français. Bien au contraire, le jeune officier organise son départ malgré les réticences de Louis XVI et de son entourage. L’action de Beaumarchais, qui fournit clandestinement aux Américains des armes, des navires et des concours humains tout en défendant auprès de Versailles l’intérêt d’une aide française, contribue cependant à créer un environnement politique dans lequel l’engagement de jeunes officiers français devient progressivement moins exceptionnel. Les travaux d’André Lebois montrent notamment comment Beaumarchais, par ses rapports et ses mémoires, contribua à convaincre d’abord Vergennes, puis Louis XVI, de l’intérêt d’une aide aux Américains. La Fayette appartient ainsi à cette première génération de F42rançais qui prennent part à la guerre américaine avant même que la France ne soit officiellement entrée dans le conflit.
La singularité de son geste tient aussi à ses modalités. Il ne part pas comme un officier envoyé par le Roi : il finance lui-même son expédition et achète un navire de la taille d’une corvette qu’il baptise La Victoire. Il quitte la France au printemps 1777 et débarque en Caroline du Sud le 13 juin, avant de gagner Philadelphie pour offrir ses services au Congrès. Signalons ici que si La Fayette a reçu au Collège du Plessis à Paris une solide formation classique, il n’y a guère acquis la langue anglaise. C’est essentiellement au cours de cette traversée de 1777 vers l’Amérique, grâce à son étude personnelle et aux conseils du baron de Kalb qui l’accompagne, qu’il entreprend son apprentissage. Dès son arrivée, il s’impose de parler et d’écrire directement en anglais. Cette maîtrise rapide de la langue contribue à la relation de confiance exceptionnelle qu’il noue avec Washington, dont il devient bientôt l’un des plus proches collaborateurs. Il n’a alors que dix-neuf ans. Son statut social, ses relations à la Cour et son enthousiasme pour la cause américaine lui donnent une importance qui dépasse très largement son expérience militaire réelle. Le Congrès lui attribue finalement, le 31 juillet 1777, le grade de Major general, sans solde.43
Cette contradiction apparente — un jeune officier sans expérience du combat bénéficiant immédiatement d’un grade élevé (ce qui était alors très fréquent dans le Royaume de France pour les plus grandes familles nobles) — est pourtant essentielle pour comprendre la place que La Fayette va occuper dans la coalition. Les Américains voient en lui un militaire français, mais aussi un homme susceptible de faciliter leurs relations avec la France. La Fayette, de son côté, découvre une guerre qui ne ressemble guère à celle qu’il aurait pu mener dans une armée européenne. Il doit apprendre à combattre aux côtés d’une armée encore en construction, composée d’hommes dont la culture m44ilitaire, les institutions et les conceptions du commandement diffèrent profondément de celles qu’il connaît. C’est dans cette situation qu’intervient sa rencontre av45ec Washington.
- 1777 : La Victoire, Brandywine et la naissance d’une relation exceptionnelle. La rencontre entre les deux hommes, à l’été 1777, constitue l’un des moments fondateurs de la future coalition. Washington a quarante-cinq ans ; La Fayette en a dix-neuf. Tout les sépare en apparence : l’un est un planteur virginien, ancien officier britannique face aux français au Canada, devenu commandant en chef d’une armée révolutionnaire ; l’autre appartient à la haute aristocratie française apparenté aux membres proches de l’entourage des rois de France et vient d’arriver sur un continent qu’il ne connaît pas. Pourtant, leur relation se noue presque immédiatement.
La Fayette comprend très vite que Washington n’est pas seulement le chef militaire des Insurgents. Il est le point de convergence entre une armée, un Congrès, des États jaloux de leurs prérogatives et une cause politique encore incertaine. Washington, de son côté, perçoit chez le jeune Français des qualités qui dépassent largement son inexpérience : courage, loyauté, capacité d’apprentissage et surtout engagement personnel dans une cause qui n’est pas la sienne par naissance. Cette confiance réciproque deviendra l’un des actifs les plus précieux de la coalition franco-américaine.
La première épreuve ne tarde pas. Le 11 septembre 1777, à Brandywine, La Fayette demande à participer au combat. Il est blessé à la jambe alors qu’il contribue au maintien de l’ordre de la retraite américaine. L’épisode est important moins par ses conséquences militaires immédiates que par ce qu’il révèle du jeune officier. Il ne cherche pas à bénéficier de son grade ou de sa qualité de Français pour rester à distance du combat. Il accepte le risque auquel sont exposés les officiers américains qu’il a choisi de rejoindre. Washington rend immédiatement compte de sa blessure au président du Congrès, John Hancock, dans sa dépêche du 11 septembre.
La blessure de Brandywine transforme ainsi une relation encore largement symbolique en véritable relation militaire. La Fayette n’est plus seulement le jeune aristocrate français venu offrir son épée à l’Amérique. Il devient progressivement un officier de l’armée continentale. Le 1er décembre 1777, il reçoit le commandement d’une division de Virginie, décision à laquelle Washington a personnellement contribué en soulignant auprès du Congrès son courage, sa discrétion et son attachement à la cause américaine.
À l’hiver 1777-1778, à Valley Forge, il partage les épreuves d’une armée américaine mal équipée, confrontée au manque de vivres, de vêtements et de matériel. Cette expérience est déterminante : il découvre que la guerre révolutionnaire ne se réduit pas à quelques batailles, mais repose sur la capacité d’une armée à survivre, à maintenir sa cohésion et à conserver la confiance de la population et des autorités politiques.47
La Fayette apprend également à commander dans un environnement où les règles européennes du métier militaire ne peuvent être transposées mécaniquement. En 1777 et 1778, il participe à plusieurs opérations, acquiert une connaissance du terrain américain et commence à exercer un véritable commandement. Sa progression est rapide, mais elle n’est pas celle d’un stratège solitaire. Elle se fait au contact de Washington et de ses principaux généraux. Le jeune Français apprend donc la guerre américaine au moment même où l’armée continentale cherche elle-même à devenir une armée nationale.48
Cette proximité avec Washington produit une conséquence politique qui dépasse bientôt le cadre militaire. La Fayette devient progressivement l’un des rares hommes capables de parler avec une égale légitimité aux Américains et aux Français. Il connaît Versailles, les réseaux de la noblesse militaire et les mécanismes de la Cour ; il a désormais acquis, en Amérique, une connaissance directe de la guerre et de ceux qui la conduisent. Cette double expérience fera de lui un intermédiaire exceptionnel lorsque la France entrera officiellement dans le conflit.49
- De la mission personnelle à la mission stratégique. L’année 1778 marque précisément le passage d’une aventure personnelle à une fonction stratégique. La signature, le 6 février, des traités d’amitié et de commerce et d’alliance entre la France et les États-Unis transforme la nature du conflit. La France n’est plus seulement le soutien discret d’une insurrection dirigée contre la Grande-Bretagne ; elle devient officiellement l’alliée des États-Unis. La Fayette, qui avait traversé l’Atlantique plusieurs mois avant cette décision, se trouve ainsi dans une position singulière : il appartient déjà à l’histoire militaire américaine au moment où l’alliance franco-américaine devient une réalité diplomatique.
Il devient alors l’un des principaux vecteurs humains de cette alliance. Son prestige en France repose désormais sur une expérience américaine authentique, tandis que sa réputation en Amérique s’appuie sur ses liens personnels avec Washington. Ce double capital politique et militaire explique la place croissante qu’il occupe dans les relations entre les deux pays. Lorsqu’il revient en France en 1779, il ne revient plus comme le jeune officier parti clandestinement pour chercher l’aventure. Il revient comme un témoin direct de la guerre, un officier supérieur de l’armée américai52ne, un proche de Washington et un défenseur convaincu de la nécessité d’un engagement f53rançais plus efficace.
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre son action auprès de Versailles. La Fayette n’est évidemment pas l’homme qui, à lui seul, décide Louis XVI de faire la guerre à la Grande-Bretagne. La décision française résulte d’un ensemble de facteurs diplomatiques, financiers et stratégiques, auxquels s’ajoute la victoire de Saratoga. Mais son rôle est différent et, à certains égards, plus subtil : il contribue à donner à la cause américaine un visage français et à faire comprendre aux responsables français que l’alliance ne peut être seulement diplomatique. Elle doit devenir une coopération militaire e54ffective.
Son influence s’exerce également aux États-Unis. Son prestige auprès de Washington et des dirigeants américains lui permet de jouer un rôle dans le rapprochement entre les deux gouvernements. Le Château de Versailles souligne ainsi qu’après son arrivée en Amérique en 1777, sa proximité avec Washington et ses succès militaires lui permettent de convaincre le Congrès d’envoyer une délégation à Versailles.55
La Fayette devient donc progressivement ce que ni Washington ni les futurs chefs français ne peuvent être à eux seuls : un homme qui circule entre les espaces politiques, militaires et diplomatiques de la coalition. Washington demeure le chef américain ; le gouvernement français reste maître de ses décisions ; Rochambeau et de Grasse exerceront bientôt des commandements correspondant à leur expérience professionnelle. La Fayette, lui, appartient aux deux univers sans se confondre avec aucun.
Cette fonction explique la profondeur de sa relation avec Washington. Elle ne repose pas uniquement sur l’affection personnelle qui unit rapidement les deux hommes. Elle devient une relation de confiance stratégique. L’encadré n°1 ci-dessous le souligne. Washington trouve en La Fayette un officier français qui comprend les contraintes américaines et qui peut, lorsqu’il retourne en France, plaider leur cause aupr56ès des autorités françaises. La Fayette trouve en Washington le chef militaire dont il admire la patience, la maîtrise de soi et la capacité à préserver son armée malgré les revers.
Ainsi se constitue progressivement l’un des éléments les plus originaux de la coalition qui conduira à Yorktown. Avant même l’arrivée de Rochambeau et de l’escadre de de Grasse, un lien personnel existe déjà entre le commandement américain et une partie de l’élite militaire française. Il ne suffit évidemment pas à construire une stratégie commune. Mais il en constitue une condition politique et humaine essentielle.57
La Fayette est donc beaucoup plus qu’un héros français de la guerre d’Indépendance américaine. Son véritable rôle dans l’histoire de la coalition est d’avoir contribué à faire passer l’engagement français d’une sympathie pour les Insurgents à une compréhension concrète de leurs besoins militaires et politiques. Parti seul, à ses frais, avant même que la France ne choisisse officiellement son camp, il devient progressivement l’un des artisans de la relation franco-américaine. La guerre l’a transformé ; elle a également transformé sa fonction. Le jeune volo58ntaire de La Victoire devient ainsi, quelques années plus tard, l’un des intermédiaires indispensables entre Washington et Versailles.59
C’est cette position singulière qui permettra, lorsque la France décidera d’engager une force expéditionnaire importante en Amérique, de passer d’une solidarité entre individus à une véritable coopération entre armées. Avec Rochambeau, puis avec de Grasse, la relation personnelle nouée entre Washington et La Fayette pourra alors s’inscrire dans une architecture militaire beaucoup plus vaste : celle de la coalition q60ui conduira à Yorktown.
Encadré n°1
L’Hermione, La Fayette et La Touche-Tréville, 1780 : une traversée que porte le Vent d’Amérique61
Lorsque La Fayette reprend la mer pour l’Amérique depuis la grande base navale de Rochefort, au printemps 1780, son voyage n’a plus rien de l’aventure presque clandestine qui l’avait conduit outre-Atlantique trois ans auparavant. En 1777, le jeune marquis avait quitté la France à ses frais, malgré les réticences initiales de la Cour, pour rejoindre les Insurgents et offrir son épée à la cause de leur indépendance. En 1780, il repart au contraire avec l’autorisation du roi, investi d’une mission politique et militaire précise. Il ne va plus chercher le soutien de la France : il va en annoncer la venue. La transformation est considérable. Entre les deux voyages, l’engagement personnel du jeune aristocrate est devenu une politique d’État, et l’alliance diplomatique franco-américaine une intervention militaire désormais assumée.
Le choix du navire et de son commandant donne à cette seconde traversée une signification particulière. Construite à Rochefort et mise à l’eau en 1779, L’Hermione est une frégate de 32 canons dont les qualités nautiques sont déjà éprouvées. Son commandement a été confié à Louis-René-Madeleine Levassor, comte de La Touche-Tréville, jeune officier de Marine issu d’une famille rochefortaise de marins. Celui-ci s’est déjà distingué dans les opérations de la guerre : en 1779, il a capturé plusieurs bâtiments britanniques et acquis une réputation d’officier é62nergique et entreprenant. La mission qui lui est confiée en 1780 n’est donc pas celle d’un simple transporteur. L’Hermione doit conduire La Fayette à Boston avec discrétion et célérité, tandis que son commandant doit ensuite mettre son bâtiment au service des opérations navales françaises et américaines.
Le départ lui-même est moins simple que prévu. La Fayette embarque à Port-des-Barques dans l’estuaire de la Charente au mois de mars 1780, mais une avarie survenue peu après la sortie contraint L’Hermione à revenir vers l’île d’Aix pour procéder aux réparations nécessaires. Le départ définitif intervient le 20 ou 21 mars, selon les sources et la manière dont est comptabilisé le premier appareillage. Commence alors une traversée de près de six semaines, au terme de laquelle la frégate atteint Boston le 28 avril. Trente-huit jours de mer : trente-huit jours durant lesquels deux hommes que tout, en apparence, sépare vont partager le même espace, les mêmes risques et la même mission avec de longues heures voire journées de dialogues.
La scène mérite que l’on s’y arrête. La Fayette a vingt-deux ans. Il est déjà major général américain, héros de Brandywine, proche de Washington et devenu à Versailles l’un des défenseurs les plus convaincus de la cause américaine. La Touche-Tréville, qui a trente-quatre ans, appartient à un autre univers : celui de la Marine royale, de ses traditions, de ses équipages et de la guerre sur mer. L’un est familier de la Cour de France et connaît intimement les hommes et les institutions de la Révolution américaine ; l’autre apporte avec lui l’expérience professionnelle d’un officier de Marine français qui a déjà combattu en mer avec succès et qui va bientôt être appelé à affronter directement la Royal Navy. La traversée les place ainsi, pendant plusieurs semaines, dans une situation singulière : ils ne sont pas encore les acteurs de la coalition de Yorktown, mais ils appartiennent déjà à deux des instruments qui permettront ultérieurement de la construire.
La traversée de L’Hermione ne se limite pas au transport d’un général français vers l’Amérique. Elle marque aussi la naissance d’une relation personnelle dont les sources contemporaines permettent de suivre les premiers développements. Dès son arrivée, La Fayette évoque avec enthousiasme le commandant de la frégate dans ses lettres au prince de Poix puis à son épouse, le décrivant comme un homme « charming » et « delightful ». Ces appréciations ne restent pas dans le cercle privé. Elles sont bientôt portées à la connaissance de Washington, qui y voit le témoignage d’un officier dont il connaît depuis longtemps le jugement et le caractère.
Les réponses du commandant en chef américain sont particulièrement révélatrices. Le 8 mai 1780, il accueille le retour de La Fayette avec une émotion qui dépasse les seules convenances militaires : « I shall embrace you with all the warmth of an affectionate friend. » Quelques jours plus tard, écrivant au chevalier de La Luzerne, ambassadeur de France auprès des Insurgents, il confie que « No event could have given me greater pleasure », soulignant ainsi combien la satisfaction personnelle se confond désormais avec l’intérêt de la cause commune. Enfin, le 19 mai, dans une lettre adressée directement à La Touche-Tréville, Washington explique que les nombreux témoignages de La Fayette lui ont donné « the fullest assurance» des qualités de son correspondant63 et ajoute que l’estime avec laquelle le jeune marquis parle de lui ne fait que renforcer sa propre confiance.
Ces quelques lettres éclairent remarquablement la manière dont se construit la coalition franco-américaine au plan opérationnel. La Fayette ne se borne pas à présenter un officier de Marine français au commandant en chef des armées continentales ; il sert déjà d’intermédiaire entre deux mondes militaires appelés à combattre ensemble. Cette lettre de Washington est particulièrement intéressante pour comprendre la nature de cette relation. Elle montre que La Fayette n’a pas seulement apprécié les qualités personnelles de La Touche-Tréville : il a parlé de lui à Washington comme d’un officier auquel le commandant en chef américain pouvait accorder sa confiance. La chaîne est révélatrice. La Fayette connaît Washington ; il voyage plusieurs mois avec La Touche-Trévi64lle ; à l’arrivée, il contribue à faire connaître celui-ci au général américain. Washington, qui accorde une grande valeur au jugement de son jeune major général, reçoit ainsi La Touche-Tréville avec une confiance largement fondée sur cette recommandation personnelle. Très vite, il lui communique des renseignements sur les mouvements des forces navales britanniques présentes ou attendues autour de New York et l’encourage à entreprendre une croisière offensive. En l’espace de quelques semaines, une relation personnelle née à bord d’une frégate française commence ainsi à s’insérer dans le réseau opérationnel de la guerre. Derrière les traités et les décisions ministérielles apparaît déjà l’un des ressorts essentiels de la victoire de 1781 : la confiance entre les hommes, sans laquelle aucune coalition durable n’aurait pu fonctionner.
Le symbole est d’autant plus fort que L’Hermione ne restera pas longtemps un simple navire de liaison. Après avoir débarqué La Fayette à Boston, La Touche-Tréville obtient donc l’autorisation de croiser contre les bâtiments britanniques. Le 7 juin 1780, au large de Long Island, L’Hermione engage la frégate britannique HMS Iris et plusieurs bâtiments qui l’accompagnent. Le combat est rude ; La Touche-Tréville est blessé au bras, mais parvient à contraindre les bâtiments britanniques à se retirer. Quelques semaines seulement après avoir transporté le messager de Versailles auprès de Washington, L’Hermione devient ainsi un véritable instrument de la guerre franco-américaine.65
La trajectoire de La Fayette est parallèle. Son arrivée à Boston ne constitue pas une simple étape personnelle : il rejoint Washington et lui apporte une information qui change immédiatement la perception américaine de la campagne à venir. La France prépare l’envoi d’un corps expéditionnaire et d’une escadre, commandés respectivement par le lieutenant général de Rochambeau et le chef d’escadre de Ternay. Dans une lettre du 19 mai 1780, Washington peut déjà écrire que La Fayette lui a apporté « l’importante et agréable nouvelle » de l’envoi par le roi de France d’une force navale et terrestre considérable destinée à secourir les États-Unis. Il comprend immédiatement la portée de cette décision : si les Américains savent exploiter cette aide, elle peut produire des « most important and decisive advantages » et conduire à l’indépendance.
Ainsi, le véritable enjeu du voyage de L’Hermione n’est pas seulement d’avoir transporté La Fayette jusqu’en Amérique. Il est d’avoir matérialisé, dans un même mouvement, le passage d’une alliance diplomatique à une coopération militaire. Un jeune général français apporte à Washington la confirmation politique de l’engagement de Louis XVI ; une frégate française devient immédiatement un instrument opérationnel ; son commandant entre en relation avec le commandement américain ; et les informations, les hommes et les ordres commencent à circuler entre Versailles, Rochefort, Boston et le quartier général de Washington. La mer qui séparait encore quelques années a66uparavant la France et les colonies insurgées devient progressivement l’espace qui les relie.
Rien ne permet évidemment de faire de cette traversée une préfiguration consciente de Yorktown. La Fayette et La Touche-Tréville ne pouvaient savoir, en mars 1780, que dix-huit mois plus tard une flotte française considérable fermerait la Chesapeake pendant que Washington, Rochambeau et finalement La Fayette investiraient Yorktown. Mais l’épisode révèle ou confirme quelque chose d’essentiel : la67 coalition ne naît pas seulement dans les traités, les états-majors ou les champs de bataille ; elle se construit aussi dans les relations personnelles qui rendent possible la confiance entre des hommes issus de cultures militaires différentes.68
En montant à bord de L’Hermione, La Fayette et La Touche-Tréville appartiennent encore à deux mondes. Quand ils débarquent à Boston, ils commencent à participer à la même guerre. Et lorsque, en 1781, les destins de Washington, de La Fayette, de Rochambeau et de de Grasse convergeront vers Yorktown, la coalition stratégique franco-américaine sera devenue une réalité. L’Hermione aura été l69’un de ses premiers vecteurs : un navire de la Marine royale française traversant l’Atlantique, chargé non seulement d’un passager prestigieux, mais d’une nouvelle qui annonce que, désormais, la France ne se contente plus de soutenir l’Amérique : elle vient combattre à ses côtés.
C. Rochambeau et de Grasse : l’expérience française au service d’une guerre nouvelle70
Lorsque Rochambeau et de Grasse prennent pied sur le théâtre américain, la France n’est plus une puissance extérieure apportant un soutien politique aux Insurgents. Elle est devenue leur alliée et doit désormais traduire cette alliance en capacités militaires effectives. Mais cette transformation ne peut reposer sur un modèle unique. La guerre américaine exige simultanément une armée capable de combattre loin de ses bases et une marine capable de maîtriser les espaces maritimes qui cond71itionnent les opérations te72rrestres. Rochambeau et de Grasse incarnent ces deux instruments complémentaires de la puissance française. Le premier apporte l’expérience d’une longue guerre continentale européenne ; le second, celle d’une guerre navale devenue mondiale. Leur contribution à Yorktown ne résulte donc pas seulement de leur valeur personnelle : elle tient à la rencontre de deux formes de puissance que la stratégie de Washington saura finalement réunir.
- Rochambeau : un soldat de l’Europe. Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, appartient à une génération militaire très différente de celle de Washington et de La Fayette. Né en 1725, il entre dans l’armée française à l’âge de dix-sept ans et fait ses premières armes pendant la guerre de Succession d’Autriche. Il connaît ensuite la guerre de Sept Ans, au cours de laquelle il acquiert une expérience directe des combats, du commandement et des difficultés propres aux opérations conduites par une armée régulière européenne.
Cette longue formation militaire constitue précisément ce qui distingue Rochambeau de Washington. Le futur commandant américain apprend la guerre dans les conditions particulières d’un conflit colonial et révolutionnaire, on l’a observé ; Rochambeau a été formé dans l’une des grandes armées permanentes de l’Europe. Il connaît la hiérarchie, la discipline, la logistique, l’emploi de l’artillerie, les mouvements de troupes et surtout la guerre de siège, hautement technique et sophistiquée. Il a également appris que la puissance d’une armée ne se mesure pas seulement à son courage au combat, mais à sa capacité à maintenir dans la durée une organisation complexe, loin parfois de ses bases et sous la contrainte de l’ennemi ou sa pression.
Son expérience est d’autant plus précieuse qu’elle s’est constituée dans une Europe où la guerre demeure profondément marquée par la maîtrise des places fortes. Rochambeau participe dès sa jeunesse à plusieurs opérations de siège et acquiert une compétence qui prendra toute sa valeur à Yorktown. Le siège n’est pas pour lui une improvisation : il relève d’une méthode, d’une progression calculée des travaux, d’une coordination étroite entre infanterie, artillerie et génie et d’une organisation logistique permettant de maintenir la pressio74n jusqu’à la capitulation de l’adversaire. L’U.S. National Park Se75rvice le présente ainsi comme un vétéran de quatorze sièges européens au moment où il arrive en Amérique.
Mais l’importance de Rochambeau tient également à ce qu’il représente dans la politique militaire de Louis XVI. Lorsqu’il est choisi en 1780 pour commander l’Expédition particulière, il est déjà un officier général expérimenté, respecté et proche de la retraite. Le choix du Roi n’est donc pas celui d’un aventurier ou d’un officier particulièrement acquis à la cause américaine. Il répond à une nécessité stratégique : envoyer outre-Atlantique un chef suffisamment expérimenté pour commander une force française importante tout en étant capable de coopérer avec le commandant en chef américain.76
Cette seconde exigence est fondamentale. La France n’envoie pas son armée en Amérique pour prendre seule la direction de la guerre. Les instructions données à Rochambeau lui imposent de coopérer avec Washington et de reconnaître son autorité comme commandant en chef des forces combinées. Le choix est politiquement significatif. Il permet à la France de soutenir les États-Unis sans transformer son intervention en occupation ou en entreprise de substitution à la souveraineté a77méricaine.
Rochambeau comprend rapidement la nature de cette mission. Lorsqu’il arrive à Newport, en juillet 1780, avec environ 5 500 hommes, il découvre un théâtre d’opérations très différent de celui qu’il connaît en Europe. L’armée américaine dispose de ressources limitées, ses soldats sont moins régulièrement équipés et les difficultés d’approvisionnement sont considérables. Les Français eux-mêmes doivent affronter les contraintes du transport transatlantique, de l’approvisionnement local et de la coordination avec des autorités américaines qui restent so78uveraines sur leur territoire.
La première année de l’Expédition particulière est à cet égard moins spectaculaire que la campagne de 1781. Rochambeau et ses hommes restent largement cantonnés à Newport tandis que Washington cherche une solution permettant d’employer efficacement les forces alliées. Cette période d’attente est pourtant essentielle. Elle permet aux deux armées de mieux se connaître et à leurs commandants de construire une relation de confiance. Rochambeau ne cherche pas à imposer les méthodes françaises ; Washin80gton, de son côté, découvre qu’il peut compter sur une force régulière discipliné79e, correctement équipée et placée sous l’autorité d’un chef expérimenté et très respecté.
Cette confiance n’est pas seulement personnelle. Elle devient progressivement opérationnelle. Les échanges entre Washington et Rochambeau portent sur les effectifs disponibles, les approvisionnements, les mouvements de troupes, les possibilités d’attaque et les contraintes imposées par les forces navales britanniques. Les deux hommes apprennent ainsi à raisonner non plus seulement à partir de leurs armées respectives, mais à partir de la combinaison de leurs capacités.
La véritable transformation intervient en 1781. Washington envisage d’abord une opération contre New York, objectif logique puisqu’il constitue le principal centre britannique dans les colonies. Rochambeau partage initialement cette perspective, mais il mesure également les difficultés d’une opération contre une place fortement défendue et dép81endante d’une supériorité navale britannique. Lorsque la perspective de l’arrivée de la flotte de de Grasse ouvre une autre possibilité, Rochambeau contribue à faire émerger une solution radicalement différente : porter l’effort prin82cipal contre Cornwallis en Virginie. Ce changement de théâtre est l’un des moments décisifs de la coalition. Il montre que la stratégie alliée ne résulte pas d’un plan établi une fois pour toutes, mais de la capacité des commandants à adapter leurs objectifs à l’évolution des circonstances. La Fayette a contribué à maintenir Cornwallis sous pression en Virginie ; Washington et Rochambeau disposent désormais de la possibilité de concentrer contre lui leurs forces terrestres ; il reste à obtenir que la puissance navale française puisse empêcher l’intervention de la Royal Navy. C’est ici que l’expérience de Rochambeau trouve sa pleine complémentarité avec celle de de Grasse.
- De Grasse : la longue école de la guerre navale. François-Joseph-Paul, comte de Grasse, appartient à un autre univers militaire. Né en 1722, il entre dans la Marine française en 1740, à dix-huit ans, et connaît donc une longue carrière avant même que la guerre d’Indépendance américaine ne commence. Il sert notamment dans les espaces méditerranéens et indiens et acquiert une expérience de la guerre navale qui l’inscrit dans une tradition profondément différente de celle de Rochambeau.
La guerre maritime du XVIIIe siècle impose en effet des contraintes spécifiques. Un officier de Marine doit maîtriser la navigation, le maniement d’escadres, la logistique des approvisionnements, la météorologie, la gestion des équipages et la coordination d’opérations conduites à des milliers de kilomètres de la métropole. Il doit également raisonner en termes de communications maritimes : une flotte ne se contente pas de combattre, elle transporte des hommes, des armes, des vivres et des informations ; elle83 ouvre ou ferme des espaces stratégiques.
De Grasse possède cette expérience de la guerre lointaine. Lorsque la France entre officiellement dans le conflit américain en 1778, il participe aux opérations navales françaises contre la Grande-Bretagne, notamment dans les Antilles. La guerre lui permet d’acquérir une connaissance directe du théâtre caribéen, de ses ports, de ses vents, de ses distances et des contraintes imposées par la présence britannique.
Cette expérience explique en partie pourquoi de Grasse peut être employé en 1781 dans une opération dont l’enjeu dépasse largement celui d’une bataille navale isolée. La France doit alors maintenir une présence dans les Antilles, protéger ses possessions, combattre les Britanniques et, simultanément, apporter une aide décisive aux forces alliées engagées sur le continent nord-américain. La difficulté n’est donc pas simplement de gagner une bataille : elle consiste à déterminer où concentrer temporairement une puissance navale limitée afin d’obtenir un effet stratégique supérieur.
C’est précisément le choix auquel de Grasse est confronté en 1781. Arrivé aux Antilles au printemps, il reçoit la possibilité de soutenir les forces américaines et françaises d’Amérique du Nord. Washington espère d’abord pouvoir employer sa flotte contre les Britanniques à New York. Mais les informations qui lui parviennent de Washington et de Rochambeau, ainsi que les conditions opérationnelles, conduisent de Grasse à privilégier la baie de la Chesapeake.84
La décision est capitale. Elle transforme une flotte française opérant dans les Caraïbes en instrument direct de la campagne terrestre américaine. De Grasse ne se contente pas de transporter des troupes : il apporte des renforts, des ressources financières et surtout une force navale suffisamment importante pour remettre temporairement en cause la maîtrise britannique de la mer. Sa flotte quitte le Cap-Français le 5 août 1781 avec vingt-huit vaisseaux de ligne, plusieurs bâtiments plus légers et environ 3 000 hommes, une flotte considérable pour l’époqu85e.
Le choix de la Chesapeake révèle une compréhension très moderne du rapport entre la mer et la terre. De Grasse sait que la valeur de sa flotte ne réside pas uniquement dans sa capacité à détruire les bâtiments britanniques. Son véritable objectif est de rendre impossible le ravitaillement ou l’évacuation de Cornwallis. La flotte doit donc contrôler l’accès à la baie au moment où l’ar87mée terrestre alliée convergera vers Yorktown. Lorsque de Grasse arrive dans la Chesapeake le 30 août, la situation bascule. Cornwallis est désormais susceptible d’être pris au piège, à condition que la Royal Navy ne pui86sse reprendre le contrôle de l’entrée de la baie. C’est pourquoi la bataille du 5 septembre 1781, souvent appelée bataille des Caps ou bataille de la Chesapeake, doit être comprise comme une bataille de position stratégique autant que comme un affrontement tactique entre deux escadres.
Le résultat tactique de l’engagement est parfois présenté comme indécis. Mais son résultat stratégique est tout autre. La flotte britannique commandée par l’amiral Graves ne parvient pas à reprendre l’accès à la Chesapeake et se retire finalement vers New York. De Grasse peut alors revenir dans la baie et maintenir le blocus qui interdit à Cornwallis de recevoir des renforts ou d’échapper à l’encerclement terrestre.88
La victoire navale ne réside donc pas seulement dans les pertes infligées à l’adversaire. Elle réside dans la maîtrise temporaire d’un espace maritime qui transforme la géographie de la campagne. Yorktown cesse d’être une position britannique soutenue par la mer pour devenir une forteresse isolée. La flotte française crée ainsi les conditions dans lesquelles l’armée de Washington et de Rochambeau peut exercer toute sa puissance.
Cette conception explique pourquoi de Grasse occupe une place particulière dans la coalition. Il n’est pas subordonné à Washington dans le même sens que Rochambeau. Il commande une force navale française et demeure responsable devant Versailles de son emploi. Sa coopération avec les chefs terrestres repose donc davantage sur la négociation et la convergence des objecti89fs que sur une chaîne de commandement unique.
Cette différence est essentielle pour comprendre la coalition. Washington peut commander les forces terrestres combinées ; il ne peut commander la flotte française tandis que la Marine américaine est encore quasiment inexistante. Rochambeau peut coordonner son armée avec celle de Washington ; il ne peut donner d’ordres à de Grasse. La victoire suppose donc une coordination entre plusieurs autorités souveraines. Le succès de Yorktown tient précisément au 90fait que cette coordination fonctionne au moment décisif, soulignant de manière emblématique les remarquables capacités cognitives et opérationnelles des trois chefs militaires.
- Deux chefs, deux instruments de la puissance française sur terre et en mer. Rochambeau et de Grasse ne constituent donc pas deux variantes d’un même modèle militaire. Ils représentent deux instruments différents de la puissance française. Le premier apporte une armée professionnelle, expérimentée dans la guerre européenne et particulièrement apte aux opérations de siège ; le second apporte une flotte aussi très professionnelle et entraînée, capable de projeter la puissance française sur un théâtre lointain et de modifier l’équilibre stratégique par la maîtrise de la mer.
Cette nouvelle complémentarité apparaît avec une particulière netteté au moment où la décision de marcher vers Yorktown est prise. La flotte de de Grasse ne pourrait obtenir la victoire sans la convergence des forces terrestres; inversement, l’armée de Washington et de Rochambeau ne pourrait contraindre Cornwallis à capituler si la Royal Navy pouvait librement entrer dans la Chesapeake. La coalition devient ainsi une véritable opération interarmées avant même que ce terme n’existe : la puissance terrestre et la puissance navale doivent agir dans un même espace stratégique et dans une même fenêtre temporelle.
L’opération est d’autant plus remarquable qu’elle exige de résoudre un problème logistique considérable. Les forces de Washington et de Rochambeau doivent quitter la région de New York, parcourir plusieurs centaines de kilomètres vers le sud, franchir des cours d’eau, maintenir leurs approvisionnements et préserver leur mouvement de la surveillance britannique. Dans le même temps, de Grasse doit traverser l’Atlantique occident92al, éviter les forces britanniques, atteindre la Chesapeake, débarquer des renforts et empêcher la Royal Navy d’y reprendre pied.
Rochambeau joue dans cette mécanique complexe un rôle de stabilisateur. Son expérience lui permet de mesurer les difficultés d’une opération lointaine et de ne pas confondre audace et précipitation. Il apporte à Washington la culture professionnelle d’une grande armée européenne, mais accepte que cette compétence soit mise au service d’un commandement américain. De Grasse, de son côté, apporte la capacité de déplacer rapidement une masse navale considérable et de prendre une décision dont les conséquences dépassent le cadre strict de sa mission initiale. Ensemble, ils donnent à la coalition une profondeur opérationnelle que ni l’armée continentale ni les Insurgents ne pouvaient posséder seuls.
Le rôle de La Fayette apparaît alors sous un jour nouveau supplémentaire. Il avait constitué, dès 1777, le premier lien personnel entre les deux mondes. Rochambeau et de Grasse permettent désormais à cette relation politique et humaine de se traduire en puissance militaire. La Fayette connaît Washington et comprend les besoins de l’armée continentale ; Rochambeau sait organiser et conduire une armée régulière ; de Grasse maîtrise l’espace maritime dont dépend la possibilité même de Yorktown. Ces fonctions ne se substituent pas les unes aux autres : elles se complètent avec une remarquable efficacité.93
Cette complémentarité tient aussi aux hommes. Héritier d’une immense fortune et allié, par son mariage avec Marie-Adrienne-Françoise de Noailles, à l’une des plus puissantes familles du royaume, La Fayette évolue avec aisance dans les plus hauts cercles de la Cour comme dans les états-majors français. Cette position sociale facilite ses relations avec le comte de Rochambeau et avec le comte de Grasse, tous deux issus d’une ancienne noblesse militaire et parfaitement intégrés aux élites du royaume. Mais 95son originalité est ailleurs : il est désormais le seul officier français à bénéficier de la confiance personnelle de Washin94gton tout en conservant un accès direct aux principaux responsables politiques et militaires de la monarchie. Cette double légitimité fait de lui un intermédiaire sans véritable équivalent entre Versailles et le quartier général américain. D’esprit profondément libéral, La Fayette ne semble d’ailleurs avoir attaché qu’une importance limitée aux distinctions de rang, privilégiant avant tout le mérite militaire, la fidélité à la cause américaine et l’efficacité de la coopération franco-américaine.
La coalition est ainsi devenue quelque chose de beaucoup plus complexe qu’une simple alliance entre la France et les États-Unis. Elle associe un commandement politique américain, une armée continentale encore fragile, une armée française professionnelle, une marine française opérant à des milliers de kilomètres de la métropole et des relais humains capables de maintenir la confiance entre ces différents instruments. La Fayette, Washington, Rochambeau et de Grasse n’en occupent pas les mêmes positions, mais chacun détient une pièce indispensable du dispositif.
C’est cette complémentarité qui permettra à Washington de transformer, à l’été 1781, une possibilité stratégique en décision opérationnelle. Lorsque la flotte de de Grasse choisit la Chesapeake, lorsque Rochambeau accepte d’y concentrer l’armée française et lorsque Washington abandonne son projet initial contre New York pour marcher vers la Virginie, les quatre trajectoires individuelles étudiées dans cette première partie commencent véritablement à converger. La coalition n’est donc plus seulement une communauté d’intérêts. Elle devient une communauté d’action. À Yorktown, cette transformation produira son premier résultat décisif.
II – De l’alliance diplomatique à la coalition stratégique (1778-1781)
La signature des traités d’amitié, de commerce et d’alliance du 6 février 1778 ouvre une phase nouvelle de la guerre d’Indépendance américaine. Jusqu’alors, les Insurgents avaient principalement bénéficié d’un soutien clandestin, financier et matériel, auquel s’ajoutaient les initiatives individuelles de quelques officiers français, au premier rang desquels figurait La Fayette. Désormais, la France entre officiellement en guerre contre la Grande-Bretagne. L’affrontement cesse d’être une rébellion coloniale soutenue de l’extérieur pour devenir un conflit international opposant deux grandes puissances européennes sur plusieurs théâtres d’opérations. Cette décision modifie profondément les conditions de la guerre, sans toutefois garantir encore la victoire.
L’alliance conclue entre Versailles et le Congrès continental ne constitue, en effet, qu’un cadre juridique et diplomatique. Entre un traité et une victoire militaire s’étend un espace beaucoup plus complexe, fait d’incertitudes, d’apprentissages réciproques, de difficultés logistiques, de divergences d’appréciation et d’ajustements permanents. La France et les États-Unis poursuivent un objectif commun — vaincre la Grande-Bretagne — mais leurs intérêts, leurs moyens militaires, leurs cultures stratégiques et leurs contraintes politiques demeurent différents. Toute la difficulté consiste alors à transformer une alliance diplomatique en une véritable coalition stratégique capable d’agir comme un ensemble cohérent sans effacer l’autonomie de chacun de ses membres.96
Cette évolution ne résulte ni d’une décision unique ni de l’autorité d’un seul homme. Elle procède d’une succession de choix politiques, diplomatiques et militaires qui rapprochent progressivement les deux alliés. Washington apprend à intégrer une armée régulière française dans sa manœuvre générale ; Rochambeau comprend que l’efficacité de son corps expéditionnaire dépend de son insertion dans une stratégie américaine ; La Fayette devient un intermédiaire de confiance entre Versailles et le quartier général continental ; enfin, de Grasse prépare dans les Antilles une intervention navale dont dépendra bientôt l’issue de la campagne. Chacun conserve son autonomie de commandement ; tous convergent progressivement vers un objectif stratégique commun.97
Cette maturation constitue sans doute l’une des réalisations les plus remarquables de la guerre d’Indépendance américaine. Bien avant que les théories modernes ne définissent les principes de l’interopérabilité ou du commandement interallié, Français et Américains expérimentent, souvent de manière empirique, une coopération militaire qui associe deux gouvernements souverains, deux armées de nature profondément différente et une marine opérant à plusieurs milliers de kilomètres de leurs capitales. La coalition franco-américaine n’est donc pas seulement une alliance de circonstance ; elle devient progressivement un système de décision capable de coordonner les dimensions politique, diplomatique, terrestre et navale d’une mê98me stratégie.
C’est cette transformation qu’il convient maintenant d’analyser. Dans un premier temps, il faudra montrer comment l’alliance de 1778 modifie la nature même du conflit et inscrit désormais la guerre d’Indépendance dans un affrontement mondial entre la France et la Grande-Bretagne. On examinera ensuite la construction progressive de la confiance entre Washington, Rochambeau et La Fayette, condition indispensable de toute opéra99tion commune. Enfin, on étudiera comment la convergence des décisions prises à Versailles, au quartier général américain et dans les Antilles permet, au cours de l’été 1781, de faire émerger une stratégie commune dont Yorktown constituera l’aboutissement.
A. De l’alliance diplomatique à la guerre mondiale : le changement d’échelle du conflit
La signature des traités franco-américains du 6 février 1778 marque une rupture décisive dans l’histoire de la guerre d’Indépendance. L’engagement de la France transforme une rébellion coloniale en un affrontement international entre grandes puissances maritimes. Mais cette évolution dépasse largement la seule dimension diplomatique : elle oblige les deux alliés à inventer de nouvelles formes de coopération politique, militaire et navale. Trois évolutions expliquent cette mutation : l’en100trée officielle de la France dans la guerre contre la Grande-Bretagne, la mondialisation progressive du conflit et la naissance d’une véritable stratégie commune.101
- Les traités du 6 février 1778 : de l’aide clandestine à l’alliance officielle. La victoire américaine de Saratoga, remportée en octobre 1777 contre les forces du général Burgoyne, convainc définitivement Vergennes que la cause des Insurgents possède désormais des perspectives sérieuses de succès. Depuis plusieurs années déjà, la monarchie française soutient discrètement les colonies insurgées par l’intermédiaire de Beaumarchais et de la société fictive Rodrigue Hortalez & Cie. Des armes, des munitions, des uniformes et des ressources financières sont ainsi acheminés vers l’Amérique sans que la France n’entre officiellement en guerre avec la Grande-Bretagne.
La signature, à Versailles, des deux traités du 6 février 1778 modifie profondément cette situation. Le traité d’amitié et de commerce reconnaît officiellement les États-Unis comme nation indépendante ; le traité d’alliance prévoit une coopération militaire entre les deux États et interdit à chacun de conclure une paix séparée avec Londres tant que l’indépendance américaine ne sera pas reconnue. Par cette décision, Louis XVI accepte un risque considérable. La monarchie française sait qu’elle s’engage dans une guerre dont les conséquences peuvent s’étendre à l’ensemble de son empire colonial. Mais Vergennes estime que l’affaiblissement durable de la puissance britannique constitue un objectif stratégique supérieur, conforme aux intérêts de la France depuis la fin de la guerre de Sept Ans.103
Pour les Américains, cette alliance représente bien davantage qu’une reconnaissance diplomatique. Elle ouvre l’accès aux ressources militaires, financières et navales d’une des premières puissances européennes. Pour Washington, qui commande alors une armée encore fragile, cette décision change progressivement les perspectives de la guerre.
- Une guerre désormais mondiale. L’entrée de la France transforme immédiatement la nature du conflit. Jusqu’en 1778, l’essentiel des opérations se concentrait sur les Treize Colonies. Désormais, la Grande-Bretagne doit défendre simultanément l’Amérique du Nord, les Antilles, la Manche, la Méditerranée, l’Afrique occidentale et bientôt les Indes. La guerre devient véritablement mondiale.
Cette extension géographique modifie profondément les calculs stratégiques britanniques. Londres ne peut plus concentrer toutes ses ressources contre Washington. La Royal Navy doit protéger les îles à sucre des Caraïbes, sécuriser les communications atlantiques, défendre Gibraltar, surveiller les escadres françaises et espagnoles et maintenir son contrôle des mers. La dispersion des moyens devient l’une des principales difficultés de la stratégie britannique.
La France, de son côté, retrouve progressivement une capacité d’action maritime qu’elle avait perdue après 1763. Les réformes entreprises sous Choiseul, puis poursuivies par Sartine et surtout par le maréchal de Castries, permettent de disposer d’une flotte modernisée, d’un corps d’officiers expérimentés et d’infrastructures navales profondément rénovées. Cette renaissance de la puissance maritime française constitue l’une des conditions essentielles des succès obtenus à partir de 1781.
Ainsi, la guerre d’Indépendance américaine ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit désormais dans un affrontement global où les opérations navales deviennent souvent plus déterminantes que les batailles terrestres elles-mêmes.
- Les premiers fondements d’une coalition stratégique. L’alliance franco-américaine ne produit cependant pas immédiatement une stratégie commune. Pendant plusieurs mois, chacun poursuit encore principalement ses propres objectifs. Washington cherche avant tout à préserver l’armée continentale ; Versailles entend affaiblir la Grande-Bretagne tout en limitant les risques encourus par la monarchie ; la Marine française poursuit simultanément des opérations en Europe, aux Antilles, en Afrique et dans l’océan Indien.
Progressivement pourtant, une évolution plus profonde apparaît. Les échanges diplomatiques se multiplient entre Versailles, Philadelphie puis le quartier général américain. Les correspondances entre Vergennes, Franklin, Washington, La Fayette et les principaux responsables militaires révèlent une volonté croissante de coordonner les décisions plutôt que de juxtaposer des actions parallèles.
Cette coopération demeure encore imparfaite. Les délais de transmission des informations, la lenteur des communications transatlantiques et l’autonomie des commandements locaux rendent toute planification extrêmement difficile. Mais les principes essentiels de la future coalition se mettent progressivement en place : partage des objectifs, complémentarité des moyens, confiance entre les commandants et acceptation d’une stratégie élaborée en commun plutôt qu’imposée par l’un des alliés. Cette évolution est capitale. En quelques années, Français et Américains passent d’une simple convergence d’intérêts à une véritable communauté d’action stratégique. Les décisions militaires commencent désormais à être pensées non plus à l’échelle d’une seule armée ou d’une seule flotte, mais à celle d’un ensemble interallié. Cette transformation demeure encore inachevée en 1778, mais elle prépare directement la coopération qui s’établira entre Washingt105on, Rochambeau, La Fayette et de Grasse lors de la campagne de 1781.
B. Construire la confiance : Washington, Rochambeau et La Fayette à l’épreuve du commandement interallié106
Une alliance ne produit pas spontanément une coalition efficace. Entre la signature d’un traité et la conduite d’opérations communes s’interposent les différences de langue, de culture militaire, d’organisation, de doctrine, de hiérarchie et parfois même d’intérêts politiques. En 1780, lorsque les premières troupes françaises débarquent à Newport, rien ne garantit encore que Français et Américains sauront combattre ensemble. C’est précisément cette confiance réciproque, lentement construite entre Washington, Rochambeau et La Fayette, qui constitue l’un des principaux facteu107rs de la victoire de 1781. Trois éléments en expliquent la réussite : l’108intelligence politique des deux commandants, le rôle singulier de La Fayette comme médiateur entre les deux armées et l’élaboration progressive d’une véritable culture commune du commandement.
- Washington et Rochambeau : l’intelligence politique du commandement. Lorsque Rochambeau débarque à Newport en juillet 1780 à la tête de près de 5 500 soldats, il reçoit une mission délicate. Officier général de grande expérience, il commande une armée parfaitement disciplinée, équipée selon les standards européens et directement placée sous l’autorité de Louis XVI. Tout pourrait conduire à une rivalité avec Washington, dont l’armée continentale demeure numériquement fragile, inégalement équipée et dépendante des décisions du Congrès.
Or, rien de tel ne se produit. Dès leur première rencontre à Hartford, en septembre 1780, les deux hommes comprennent que la réussite de l’alliance dépendra moins de la stricte définition de leurs prérogatives que de leur capacité à instaurer une confiance personnelle durable. Rochambeau ne cherche jamais à tirer argument de son ancienneté, de son grade ou de la qualité professionnelle de ses troupes pour remettre en cause le commandement de Washington. Celui-ci, en retour, traite constamment son allié français comme un partenaire stratégique et non comme un simple exécutant des décisions américaines.
Cette attitude est remarquable si l’on considère les usages militaires européens du XVIIIᵉ siècle. Rien n’imposait en effet à un lieutenant général français, commandant les troupes du Roi Très Chrétien, d’accepter sans réserve qu’un général issu d’une armée révolutionnaire exerce le commandement général des opérations. Pourtant, Rochambeau comprend parfaitement que l’efficacité militaire dépend ici de la légitimité politique. La guerre est menée sur le territoire des futurs États-Unis ; Washington en est naturellement le commandant en chef. Accepter cette réalité revient à renforcer l’alliance elle-même.110
La confiance se nourrit également d’un trait commun aux deux hommes : leur prudence stratégique. Ni Washington ni Rochambeau ne recherchent la bataille décisive pour elle-même. Tous deux savent que la guerre se gagnera davantage par la conservation de leurs forces, le choix du moment opportun et la combinaison des moyens disponibles que par une succession d’offensives hasardeuses. Cette proximité intellectuelle explique largement la qualité exceptionnelle de leurs relations.111
- La Fayette, trait d’union entre Versailles et le quartier général américain. Au sein de cette relation naissante, La Fayette occupe une position absolument singulière. Aucun autre officier français ne bénéficie d’une confiance comparable auprès de Washington ; aucun officier américain ne dispose d’un accès aussi direct aux principaux responsables de la politique française.
Depuis son arrivée en Amérique en 1777, le jeune marquis est progressivement devenu bien davantage qu’un volontaire étranger. Son courage à Brandywine, sa fidélité pendant les difficiles mois de Valley Forge, son engagement dans les campagnes de 1778 puis son retour en France en 1779 lui confèrent une crédibilité exceptionnelle auprès des deux gouvernements. Washington voit en lui un officier sur lequel il peut compter ; Vergennes et Louis XVI découvrent un jeune aristocrate capable d’apprécier avec justesse les besoins réels de l’armée américaine.113
Cette double légitimité fait de La Fayette un intermédiaire diplomatique autant que militaire. Son influence ne réside pas dans une autorité hiérarchique, mais dans la confiance personnelle que lui accordent ses interlocuteurs. Il explique aux responsables français les difficultés rencontrées par Washington ; inversement, il éclaire Washington sur les contraintes politiques qui pèsent sur Versailles. Il contribue ainsi à réduire les malentendus inévitables entre deux alliés séparés par l’océan, par des institutions différentes et par des cultures militaires parfois éloignées.114
Son rôle apparaît avec une particulière netteté en 1781. Chargé de suivre Cornwallis en Virginie avec des moyens limités, La Fayette évite soigneusement toute bataille générale susceptible de compromettre l’arrivée prochaine des renforts français. Cette campagne révèle déjà les qualités stratégiques qu’il a acquises auprès de Washington : gagner du temps, conserver ses forces, fixer l’adversaire et préparer les conditions d’une opération décisive plutôt que rechercher un succès tactique immédiat.115
À plusieurs reprises, Washington reconnaîtra d’ailleurs l’utilité politique de La Fayette. Celui-ci n’est plus seulement un officier français servant dans l’armée continentale ; il devient l’un des principaux artisans de la compréhension mutuelle entre les deux alliés.116
- L’émergence d’une culture commune de coalition. La coopération franco-américaine ne repose pourtant pas uniquement sur les qualités personnelles de quelques chefs. Entre 1780 et 1781 se développe progressivement une véritable méthode de travail commune qui préfigure ce que les doctrines contemporaines désignent comme un commandement de coalition.
Les conférences régulières entre Washington et Rochambeau permettent d’échanger des renseignements, de confronter les appréciations stratégiques et de coordonner les mouvements des deux armées. Les décisions importantes ne sont plus prises isolément mais résultent d’une délibération commune où chacun apporte son expérience et ses informations.117
Cette évolution est loin d’être anodine. Les deux armées conservent leurs structures nationales, leurs règlements, leurs langues, leurs uniformes, leurs systèmes logistiques et leurs chaînes de commandement. Aucune fusion n’est recherchée. La coalition respecte l’identité de chacun tout en organisant l’unité de l’action. Cette formule originale constitue probablement l’une des principales innovations stratégiques de la campagne américaine.118
Les difficultés ne manquent pourtant pas. Les communications demeurent lentes ; les distances considérables compliquent les échanges avec Versailles comme avec les Antilles ; les informations arrivent parfois plusieurs semaines après leur rédaction. À cela s’ajoutent les contraintes propres aux opérations maritimes : les mouvements de la flotte de de Grasse dépendent des vents, des saisons, des besoins des Antilles et de la présence de la Royal Navy. La planification ne peut donc jamais être totalement rigide. Elle doit constamment s’adapter à l’évolution de la situation.119
Cette souplesse constitue précisément la force de la coalition franco-américaine. Washington, Rochambeau et La Fayette apprennent progressivement à raisonner non plus à partir de leurs seules responsabilités nationales mais en fonction de l’effet stratégique recherché par l’ensemble de la coalition. La décision qui sera prise quelques mois plus tard d’abandonner le projet d’attaque contre New York pour concentrer tous les efforts sur la Virginie illustre parfaitement cette nouvelle manière de penser la guerre.
Ainsi se met progressivement en place ce que l’on pourrait appeler une véritable culture stratégique interalliée. Sans traité complémentaire, sans état-major intégré permanent et sans doctrine écrite, Français et Américains élaborent empiriquement les principes qui permettront bientôt la réussite de Yorktown : confiance entre les chefs, respect des souverainetés nationales, complémentarité des moyens terrestres et navals, circulation permanente de l’information et recherche constante du consensus stratégique.
À l’été 1781, la coalition n’est plus seulement une alliance diplomatique ; elle est devenue un instrument militaire cohérent. Il ne lui manque plus qu’une occasion favorable pour démontrer toute son efficacité. Cette occasion lui sera offerte par les mouvements de Cornwallis en Virginie et par la décision de l’amiral de Grasse de faire route vers la Chesapeake.120
C. L’été 1781 : la convergence des décisions stratégiques vers Yorktown121
Au printemps et à l’été 1781, la coalition franco-américaine atteint son degré de maturité. Les relations de confiance établies entre Washington, Rochambeau et La Fayette permettent désormais d’envisager une opération commune de grande ampleur. Encore faut-il qu’une même décision soit prise simultanément à Versailles, dans les Antilles, au quartier général américain et sur le théâtre de Virginie. Cette remarquable convergence ne résulte ni d’un plan arrêté plusieurs années à l’avance ni d’un heureux concours de circonstances. Elle procède d’une succession de dé122cisions autonomes mais complémentaires qui transforment progressivement une alliance diplomatique en une véritable coalition stratégique capable d’agir d’une seule volonté.
- Cornwallis en Virginie : l’apparition d’une opportunité stratégique. Au début de l’année 1781, la situation militaire demeure incertaine. Les Britanniques conservent New York, principale base de leurs opérations dans les colonies, tandis que les combats se déplacent progressivement vers les États du Sud. Le général Charles Cornwallis, après ses succès en Caroline, reçoit pour mission de poursuivre les forces américaines tout en consolidant la présence britannique en Virginie.
Cette évolution modifie profondément l’équilibre stratégique. Washington continue d’envisager une opération contre New York, objectif logique au regard de son importance politique et militaire. Rochambeau partage d’abord cette analyse. Pourtant, plusieurs facteurs conduisent progressivement les deux commandants à réexaminer leurs options. Une attaque directe contre New York supposerait une supériorité navale difficile à obtenir face à la Royal Navy, tandis que Cornwallis apparaît de plus en plus isolé au sud, éloigné de ses principales bases de soutien.
Chargé de suivre les mouvements britanniques avec des forces limitées, La Fayette joue alors un rôle déterminant. Refusant toute bataille générale qui risquerait de compromettre ses faibles effectifs, il adopte une stratégie d’usure et de surveillance permanente. Son objectif n’est pas de vaincre Cornwallis, mais de l’empêcher de reprendre l’initiative jusqu’à l’arrivée d’une force alliée p124lus importante. Cette campagne de Virginie témoigne de la maturité stratégique acquise auprès de Washington : conserver ses moyens, gagner du temps et préparer la décision plutôt que rechercher un succès immédiat.125
À l’été 1781, Cornwallis choisit finalement d’établir son principal point d’appui à Yorktown et Gloucester Point, sur les rives de la Chesapeake. Ce choix répond à une logique britannique : disposer d’une base facilement ravitaillée par mer et susceptible de soutenir les opérations de la Royal Navy. Ironiquement, cette décision créera bientôt les conditions mêmes de son encerclement.126
- Le choix décisif de la Chesapeake. Pendant que les opérations terrestres se développent en Virginie, un autre processus se déroule dans les Antilles. L’amiral François-Joseph-Paul de Grasse, qui commande la principale escadre française, reçoit de Versailles une marge d’appréciation importante quant à l’emploi de ses forces. Les besoins sont nombreux : protéger les possessions françaises, contenir les Britanniques dans les Caraïbes et soutenir, si les circonstances le permettent, les opérations menées sur le continent américain.
Les échanges de correspondance entre Washington, Rochambeau et de Grasse prennent alors une importance décisive. Aucun des trois chefs ne dispose d’une autorité hiérarchique sur les deux aut128res. Chacun commande un instrument différent de la puissance alliée : Washington l’armée continentale, Rochambeau le corps expéditionnaire français, de Grasse l’escadre des Antilles. La décision ne peut donc résulter que d’une convergence volontaire de leurs appréciations stratégiques.129
Au cours de l’été 1781, cette convergence se réalise progressivement. De Grasse annonce son intention de gagner la Chesapeake plutôt que New York. Cette décision bouleverse immédiatement les perspectives opérationnelles. Elle offre à Washington et Rochambeau la possibilité d’abandonner leur projet initial contre New York pour concentrer leurs efforts contre Cornwallis.
Il ne s’agit nullement d’un simple changement d’objectif tactique. Le centre de gravité de toute la campagne est déplacé de plusieurs centaines de kilomètres. Les préparatifs engagés autour de New York doivent être interrompus ; les mouvements de troupes sont réorganisés ; les approvisionnements sont redirigés ; la discrétion la plus absolue devient indispensable afin d’empêcher le commandement britannique de comprendre les véritables intentions alliées.130
Cette décision illustre parfaitement le fonctionnement désormais acquis de la coalition. Aucun chef n’impose sa volonté aux autres ; chacun adapte au contraire ses propres moyens à une stratégie élaborée collectivement. La coalition franco-américaine fonctionne désormais comme un véritable système de décision partagé.131
- La marche vers Yorktown : l’alliance devient une coalition stratégique. À partir du mois d’août 1781, les décisions prises séparément depuis plusieurs mois commencent à produire leurs effets simultanément. Washington et Rochambeau quittent discrètement la région de New York avec près de 17 000 soldats franco-américains. De Grasse appareille du Cap-Français avec vingt-huit vaisseaux de ligne et plusieurs milliers de soldats. La Fayette maintient Cornwallis sous surveillance constante en Virginie.
La remarquable réussite de cette concentration tient autant à la logistique qu’au commandement. Les armées doivent parcourir plusieurs centaines de kilomètres sans révéler leur véritable destination ; les transports doivent être organisés ; les approvisionnements assurés ; les franchissements de fleuves préparés ; les communications maintenues malgré les distances. Pendant ce temps, la flotte française traverse les eaux des Antilles puis de l’Atlantique occidental en évitant toute interception majeure par la Royal Navy.
Le 30 août 1781, l’arrivée de de Grasse dans la baie de la Chesapeake marque un tournant décisif. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les principales composantes de la coalition convergent vers un même objectif stratégique dans un calendrier parfaitement coordonné. Quelques jours plus tard, le 5 septembre, la bataille des Caps de Virginie empêchera l’escadre britannique de rouvrir l’accès maritime à Cornwallis.
L’importance de ces événements dépasse largement le seul cadre de la campagne de Virginie. Pour la première fois dans l’histoire moderne, une coalition associe durablement deux gouvernements souverains, deux armées nationales et une grande flotte de guerre autour d’une planification commune conduite à l’échelle de tout un théâtre d’opérations. La décision stratégique ne procède plus exclusivement d’un gouvernement ni d’un commandement unique ; elle résulte d’un dialogue permanent entre responsables politiques, chefs militaires et commandants navals.
À cet égard, Yorktown ne constitue pas seulement une victoire militaire en préparation. Elle apparaît déjà comme l’aboutissement d’une remarquable expérience de commandement interallié. Washington, Rochambeau, La Fayette et de Grasse conservent chacun leurs responsabilités propres ; pourtant, leurs décisions convergent désormais avec une remarquable cohérence. La coalition stratégique franco-américaine, progressivement construite depuis 1777, est désormais pleinement opérationnelle.
Le temps de la préparation est achevé. Celui de la décision militaire peut commencer. C’est désormais sur les rives de la Chesapeake que se jouera l’avenir de l’indépendance américaine.
III – Yorktown : l’épreuve décisive de la coalition stratégique franco-américaine
À l’été 1781, les principaux éléments de la victoire sont désormais réunis. Depuis quatre années, la relation privilégiée entre Washington et La Fayette s’est progressivement consolidée ; l’arrivée du corps expéditionnaire de Rochambeau a donné à l’armée continentale une puissance nouvelle ; la Marine française, profondément reconstruite depuis la guerre de Sept Ans, dispose avec l’escadre du comte de Grasse de l’instrument capable de disputer à la Royal Navy la maîtrise temporaire des eaux américaines. Surtout, les responsables français et américains ont appris à raisonner non plus comme des alliés poursuivant chacun leurs propres objectifs, ma134is comme les membres d’une même coalition stratégique interalliée, animée par une vision commune de la guerre.
Rien n’est pourtant encore acquis. La supériorité britannique demeure considérable, tant sur mer que sur plusieurs théâtres d’opérations. Un simple retard de l’escadre de de Grasse, une défaite navale dans la baie de la Chesapeake ou une erreur de coordination entre les armées alliées suffiraient à compromettre plusieurs années d’efforts diplomatiques et militaires. La réussite de la campagne dépend désormais de la capacité des quatre principaux acteurs à faire converger, au même moment et au même endroit, des forces terrestres et navales séparée135s par plusieurs centaines de kilomètres, tout en conservant l’effet de surprise.136
La campagne de Yorktown constitue ainsi bien davantage qu’une brillante victoire militaire. Elle représente la première démonstration à grande échelle de l’efficacité d’un commandement de coalition associant deux gouvernements souverains, deux armées nationales et une grande flotte de guerre autour d’un objectif unique. C’est précisément cette remarquable synchronisation des décisions politiques, diplomatiques, terrestres et navales qui explique l’effondrement du dispositif britannique à l’automn137e 1781. Avant de progress138er dans cette troisième partie, il faut considérer le tableau suivant présentant un état comparatif des effectifs issu de la confrontation des annexes 3 et 4 sur le détail des effectifs engagés du côté de la coalition franco-américaine et du côté britannique. Il fait apparaître plusieurs enseignements essentiels mettant en évidence une réalité souvent sous-estimée.
D’abord, l’armée de Cornwallis n’est nullement composée des seuls Britanniques. Près d’un quart de ses effectifs sont constitués d’auxiliaires allemands recrutés dans plusieurs principautés du Saint-Empire, notamment Hesse-Cassel, Hesse-Hanau et Ansbach-Bayreuth. Leur discipline et leur valeur militaire sont reconnues, mais ils combattent pour des intérêts qui ne sont pas les leurs. Ensuite, l’infériorité britannique est avant tout navale. Avec seulement 19 vaisseaux de ligne face aux 36 b140âtiments français réunissant les escadres de de Grasse et de Ba139rras, la Royal Navy perd la maîtrise d’un espace maritime dont dépend entièrement le sort de Cornwallis. Le 5 septembre 1781 n’est donc pas une victoire tactique éclatante des Français ; c’est une victoire opérative et stratégique, qui interdit tout ravitaillement ou toute évacuation de l’armée britannique. Enfin, ces états d’effectifs comparés permettent de comprendre immédiatement pourquoi Yorktown constitue sans doute la plus parfaite opération interarmées et interalliée du XVIIIᵉ siècle : la victoire résulte de la combinaison de la supériorité terrestre franco-américaine, de la maîtrise française de la mer, du rôle déterminant de l’artillerie de siège transportée par l’escadre Barras et du succès de la coordination étroite entre Washington, Rochambeau, La Fayette et de Grasse que l’on va détailler ensuite. C’est précisément cette convergence qui fait de Yorktown un modèle stratégique amphibie durable et sans précédent.
Tableau 1 – Les forces en présence lors de la campagne de Yorktown (septembre-octobre 1781)141
| Coalition franco-américaine | Grande-Bretagne | |
|---|---|---|
| Forces terrestres | ≈ 18 150 hommes | ≈ 8 300 hommes |
| Vaisseaux de ligne | 36 | 19 |
| Personnel naval | ≈ 28 500 | ≈ 14 500 |
| Artillerie de siège | Très supérieure (train amené par Barras) | Essentiellement défensive |
| Liberté stratégique | Totale après le 5 septembre | Nulle après le verrouillage de la Chesapeake |
Cette troisième partie analysera donc successivement la conquête de la maîtrise maritime dans la baie de la Chesapeake, condition indispensable de toute opération terrestre, puis la conduite du siège de Yorktown et la coopération exemplaire entre Washington, Rochambeau, La Fayette et de Grasse, avant d’examiner la capitulation de Cornwallis et la portée stratégique d’une victoire qui ouvre directement la voie aux négociations de paix de Versailles et de Paris.
A. La maîtrise de la Chesapeake : la victoire navale qui rend Yorktown possible. 142
La campagne de Yorktown ne peut être comprise sans prendre en compte la décision fondamentale qui la précède : faire de la Chesapeake le centre de gravité de la coalition. Tant que la Royal Navy conserve la liberté d’entrer dans la baie, les forces de Cornwallis peuvent être ravitaillées, renforcées ou évacuées. À l’inverse, si les Franco-Américains parviennent à fermer durablement cet espace maritime, l’armée britannique de Virginie se trouve progressivement transformée en une force assiégée, privée de toute possibilité sérieuse de secours. La bataille du 5 septembre 1781 ne constitue donc pas un épisode naval isolé : elle est le moment où la stratégie terrestre de Washingt143on et de Rochambeau rencontre enfin la stratégie maritime française.
- Charles René Dominique Sochet des Touches au Cap Henry en mars 1781 : un premier avertissement stratégique. La campagne de la Chesapeake ne commence pourtant pas avec l’arrivée du comte de Grasse. Quelques mois plus tôt, le chevalier Charles René Dominique Sochet des Touches a assumé le commandement de l’escadre française de Newport après la mort du chevalier de Ternay de fièvre typhoïde le 15 décembre 1780. avait déjà compris que la maîtrise de cette baie constituait l’une des clefs de la guerre en Virginie. Son action du printemps 1781 constitue ainsi, rétrospectivement, le premier épisode d’une séquence navale fructueuse, malgré une confrontation indécise dans le moment, qui conduira à la victoire franco-américaine de Yorktown. Son action durant quelques mois a très fortement contribué au succès de la dynamique entre Washington, Rochambeau et de Grasse.
En février, le chevalier des Touches, alors capitaine de vaisseau et commandant par intérim de l’escadre française de Newport prend l’initiative de dépêcher vers la Chesapeake une division légère composée d’un vaisseau de ligne, de deux frégates et d’un cutter. L’opération permet la capture du vaisseau britannique HMS Romulus et de plusieurs transports, mais ne débouche pas sur la maîtrise de la baie, les forces britanniques bénéficiant notamment de l’app145ui de batteries côtières. En mars, Sochet des Touches, en correspondance régulière avec George Washington, décide donc de renouveler l’opération avec l’ensemble de son escadre. Il appareille de Newport le 8 mars avec sept vaisseaux de ligne, trois frégates et environ 1 200 soldats placés sous les ordres du baron de Vioménil. L’objectif est double : empêcher les forces navales britanniques de soutenir Benedict Arnold et permettre le débarquement des troupes françaises en Virginie.
Le 16 mars, à l’entrée de la Chesapeake, l’escadre française rencontre celle du vice-amiral britannique Mariot Arbuthnot. Ce combat, dit du cap Henry, ne permet pas à Sochet des Touches de forcer le passage. La Royal Navy bénéficie alors d’un avantage de vitesse particulièrement important : ses bâtiments, doublés de cuivre, peuvent gagner la baie plus rapidement que les vaisseaux français, malgré le départ anticipé de ces derniers. Sochet des Touches est ainsi privé de l’avantage qu’aurait procuré une arrivée préalable dans 146la baie. Cette question de la manœuvrabilité des navires doublés en cuivre sera retenue spécialement par le comte de Kersaint, qui l’adoptera pour sa frégate L’Iphigénie après sa capture du HMS Lively.
L’épisode ne saurait pour autant être réduit à un échec français, au contraire. Le combat est vivement disputé. Les Français infligent des dommages sérieux à plusieurs bâtiments britanniques avant de regagner Newport. Washington lui-même, dans une lettre du 31 mars, souligne la compétence de Sochet des Touches et la hardiesse de son entreprise et de ses équipages. Le Congrès américain lui adresse également ses remerciements. L’opération démontre surtout une réalité stratégique essentielle : la Chesapeake est devenue le verrou maritime de la Virginie et, par conséquent, l’un des espaces décisifs de la guerre.147
Cette première tentative prend ainsi une signification particulière lorsqu’on la replace dans la séquence qui conduit à Yorktown. Le chevalier Sochet des Touches n’a certes pas remporté la maîtrise de la baie, mais son opération confirme la nécessité de disposer d’une escadre capable d’empêcher la Royal Navy d’y intervenir. Quelques mois plus tard, la coalition dispose enfin de moyens permettant de résoudre le problème à une autre échelle.
- De Grasse entre dans le jeu : le choix de la Chesapeake. Lorsque le comte de Grasse quitte les Antilles en août 1781, il ne se contente pas d’apporter à l’armée franco-américaine un renfort naval considérable. Il apporte la capacité qui faisait jusqu’alors défaut à la coalition : celle de contrôler temporairement un espace maritime éloigné et d’y empêcher l’intervention de la Royal Navy. Son choix de la Chesapeake constitue donc une décision stratégique autant qu’une opération navale.
Le 30 août, après avoir franchi l’Atlantique depuis les Antilles et échappé à la surveillance britannique, de Grasse entre dans la baie avec son escadre. Il dispose alors de vingt-huit vaisseaux de ligne et de plusieurs bâtiments auxiliaires, auxquels s’ajoutent environ 3 000 hommes de troupes. Son arrivée coïncide avec celle, imminente, de l’escadre du comte de Barras, partie de Newport avec les transports chargés du train d’artillerie nécessaire au siège. La combinaison de ces deux mouvements révèle la maturité atteinte par la coalition : les forces navales ne sont148 plus employées indépendamment des opérations terrestres ; elles sont désormais ordonnée149s autour d’un même objectif stratégique.
La situation demeure toutefois extrêmement dangereuse. L’escadre britannique du contre-amiral Samuel Hood, puis celle de l’amiral Thomas Graves, convergent vers la Chesapeake. Le 5 septembre, Graves apparaît à l’entrée de la baie avec dix-neuf vaisseaux de ligne. De Grasse, dont une partie des équipages se trouve encore à terre, doit appareiller rapidement. La flotte française se déploie alors en ligne de bataille et engage l’escadre britannique au large des Caps.150
- Le 5 septembre 1781 : une bataille tactiquement indécise, stratégiquement décisive. Le combat du 5 septembre ne constitue pas une victoire navale classique. Il n’y a ni destruction massive de l’escadre adverse ni capture décisive de bâtiments. Après plusieurs heures d’engagement, les deux flottes se séparent et les Britanniques se replient vers le large. Pourtant, son résultat stratégique est considérable. Les jours suivants, de Grasse maintient la flotte britannique à distance et l’éloigne progressivement de la Chesapeake. Cette manœuvre permet à l’escadre de Barras d’entrer cette fois-ci dans la baie sans être inquiétée. Le 14 septembre, les Britanniques reprennent la route de New York. La Chesapeake est désormais fermée à la Royal Navy au moment même où commence le siège de Yorktown.
C’est ici que se mesure la véritable portée de la bataille. De Grasse n’a pas détruit la flotte de Graves ; il a fait mieux pour l’objectif poursuivi : il l’a empêchée d’accomplir sa mission. Dans une guerre où la mobilité maritime constitue la condition de la survie des forces britanniques isolées en Virginie, cette interdiction suffit à modifier radicalement le rapport de forces. Cornwallis ne peut plus attendre l’arrivée d’une force de secours capable de lever le siège. La flotte française assure ainsi à l’armée de Wash153ington et de Rochambeau la liberté d’action nécessaire pour achever l’encerclement terrestre.
Le rôle de Barras est à cet égard indissociable de celui de de Grasse. Parti de Newport le 27 août avec huit vaisseaux de ligne, quatre frégates et dix-huit transports chargés de matériel, il parvient à rejoindre la Chesapeake tandis que de Grasse retient la Royal Navy au large. La réussite de Yorktown repose donc sur une véritable complémentarité des missions : Barras apporte les moyens matériels du siège ; de Grasse interdit l’intervention britannique ; Washington et Rochambeau concentrent les forces terrestres ; La Fayette maintient la liaison entre les différents niveaux de la coalition. La victoire n’est pas celle d’une seule escadre, pas davantage celle d’une seule armée : elle résulte de la convergence de plusieurs instruments militaires placés au service d’un même dessein stratégique.
La Chesapeake apparaît ainsi comme le véritable pivot de Yorktown. Le succès naval français n’est pas une victoire périphérique venant s’ajouter au siège terrestre ; il en constitue la condition préalable. Sans la maîtrise de la baie, Cornwallis aurait conservé une possibilité de recevoir des renforts ou d’évacuer ses troupes. Avec la baie verrouillée, son armée devient progressivement prisonnière de la position de Yorktown.154
Washington lui-même devait reconnaître après la campagne que, quels qu’aient été les efforts des armées terrestres, la Marine française avait finalement tranché le sort de la campagne. Cette appréciation résume l’essentiel de la stratégie de Yorktown : la coalition n’a pas gagné parce qu’elle disposait simplement de forces supérieures, mais parce qu’elle a réussi, pour la première fois, à faire converger dans le temps et dans l’espace ses moyens terrestres, navals, logistiques et diplomatiques.155
Le 5 septembre 1781 constitue dès lors bien davantage qu’une bataille navale. Il marque le moment où la coalition stratégique franco-américaine acquiert la maîtrise de l’espace nécessaire à la victoire. Cinq mois après l’échec relatif de Sochet des Touches pour forcer la Royal Navy au cap Henry, la même Chesapeake devient le théâtre d’une réussite complète : non parce que les circonstances auraient miraculeusement changé, ni par des destructions de la flotte adverse, mais parce que la coalition est désormais capable de concentrer des moyens adaptés à l’enjeu. C’est cette capacité de concentration interalliée qui transforme la supériorité navale française en victoire terrestre franco-américaine.
Encadré n°2157156
Charles René Dominique Sochet des Touches (1727-1793) : le précurseur oublié de la victoire de Yorktown
Né à Luçon, en Bas-Poitou, le 7 octobre 1727, Charles René Dominique Sochet des Touches appartient à une ancienne famille d’officiers de marine. Entré dans la Marine royale en 1743, il acquiert au cours des guerres de Succession d’Autriche et de Sept Ans une solide expérience de la guerre navale. Blessé et fait prisonnier à plusieurs reprises au cours de sa carrière, il est nommé capitaine de vaisseau en 1767. 158Au début de la guerre d’Amérique, il commande L’Artésien, vaiss160eau de 64 canons de l’escadre du comte d’Orvilliers, et participe au combat d’Ouessant, le 27 juillet 1778. Son parcours est alors ce159lui d’un officier formé dans les grandes guerres navales européennes, dont l’expérience va être mise au service d’un théâtre d’opérations d’une tout autre nature. En 1780, le capitaine de vaisseau Sochet des Touches commande Le Neptune, vaisseau de 74 canons de l’escadre du chevalier de Ternay qui transporte en Amérique le corps expéditionnaire de Rochambeau. À la mort de Ternay, le 15 décembre 1780, il assume provisoirement le commandement de l’escadre française stationnée à Newport, en attendant l’arrivée du comte de Barras. Cette responsabilité le place au cœur de la coopération franco-américaine. Washington et La Fayette cherchent alors à soutenir les forces américaines engagées en Virginie contre les troupes britanniques de Benedict Arnold. La Chesapeake apparaît déjà comme le point de passage obligé de toute intervention navale britannique dans cette région.
La première tentative française est confiée à Armand Le Gardeur de Tilly. Le 9 février 1781, celui-ci appareille de Newport à bord de L’Éveillé, accompagné des frégates La Surveillante et La Gentille et du cutter La Guêpe. Sa mi162ssion est de soutenir les opérations américaines en Virginie et de s’attaquer aux bâtiments britanniques qui assurent le ravitaillement et les co163mmunications des forces de Benedict Arnold. Le 19 février, la petite division française capture le vaisseau britannique Romulus, de 44 161canons, ainsi que plusieurs bâtiments plus petits et des transports. Le Gardeur de Tilly regagne toutefois Newport au début du mois de mars, avant de se trouver enfermé dans la baie par une force britannique supérieure. Sochet des Touches décide alors de renouveler l’opération avec l’ensemble de son escadre. Le 8 mars, il quitte Newport avec une force importante et environ 1 200 soldats placés sous les ordres du baron de Vioménil. L’objectif est cette fois de forcer l’accès de la Chesapeake, d’empêcher la Royal Navy de soutenir les opérations britanniques en Virginie et de permettre le débarquement des troupes françaises. Le 16 mars, au large du cap Henry, l’escadre française rencontre celle du vice-amiral Mariot Arbuthnot.
Le combat ne permet pas à Sochet des Touches d’atteindre son objectif. La situation est notamment défavorable aux Français sur le plan nautique. Les bâtiments britanniques, dont plusieurs sont doublés de cuivre, bénéf165icient d’une vitesse supérieure qui leur permet de gagner les Caps avant l’escadre française, malgré le départ anticipé de celle-ci. Arbuthnot p164eut ainsi barrer l’entrée de la baie avant que Sochet des Touches ne puisse y pénétrer. Le combat est néanmoins vivement disputé et plusieurs bâtiments britanniques subi167ssent des dommages importants. Après l’engagement, l’escadre française regagne Newport 166afin de réparer ses avaries. Les documents contemporains ne permettent donc pas de réduire l’épisode à une simple défaite imputable à une mauvaise conduite française. Cette appréciation est confortée par les réactions américaines. Dans sa lettre du 31 mars 1781, Washington rend hommage à Sochet des Touches et souligne que l’issue de l’opération dépendait pour une large part de la possibilité d’arriver avant Arbuthnot et des circonstances de navigation. Quelques jours plus tard, le Congrès américain adresse officiellement ses remerciements à l’officier français et à ses équipages pour leur bravoure et leur conduite. Le résultat immédiat demeure certes négatif : la Chesapeake n’a pas été ouverte aux forces françaises. Mais l’opération a démontré avec une particulière netteté que la maîtrise de la baie constituait l’une des conditions de la victoire en Virginie. Le Chevalier Sochet des Touches cède finalement le commandement de l’escadre de Newport au comte de Barras en mai 1781. Son rôle dans la campagne de Yorktown ne s’arrête pourtant pas avec le combat du cap Henry. L’escadre qu’il a commandée demeure l’un des instruments de la coalition et va être employée quelques mois plus tard dans l’opération décisive. En août, Barras reçoit la mission de conduire vers la Chesapeake le train d’artillerie et les approvisionnements indispensables au siège. Parti de Newport à la fin du mois, il parvient à gagner la baie pendant que de Grasse tient à distance la flotte britannique. Le matériel débarqué peut alors rejoindre les forces de Washington et de Rochambeau devant Yorktown.
La continuité est donc remarquable. En février et mars 1781, Sochet des Touches et Le Gardeur de Tilly avaient tenté, sans succès décisif, d’ouvrir la Chesapeake. En septembre, Barras utilise l’escadre de Newport pour y acheminer les moyens matériels du siège, tandis que de Grasse interdit à la Royal Navy d’intervenir. La réussite de Yorktown ne fait ainsi pas disparaître les opérations antérieures : elle en constitue l’aboutissement169. La Marine français170e avai168t identifié le problème stratégique ; elle avait expérimenté ses difficultés ; elle disposait enfin, quelques mois plus tard, des moyens et des circonstances nécessaires pour le résoudre. La carrière du chevalier se poursuit après Yorktown. En 1782, il rejoint de Grasse dans les Antilles et participe à la campagne qui s’achève avec la bataille des Saintes. Revenu en France en 1783, il est officiellement promu chef d’escadre en 1784, puis contre-amiral en 1792. Pris dans les bouleversements révolutionnaires, il meurt en 1793. Son histoire mérite ainsi d’être réinscrite dans celle de la coalition. Son importance ne réside pas seulement dans le combat du cap Henry, dont l’issue fut défavorable aux Français. Elle tient surtout à la continuité entre trois moments : l’identification de la Chesapeake comme verrou stratégique, la première tentative française pour en assurer le contrôle, puis l’utilisation de l’escadre de Newport dans l’opération qui permettra finalement la victoire de Yorktown. De ce point de vue, Charles René Dominique Sochet des Touches appartient pleinement à l’histoire de la victoire de 1781 : non comme le vainqueur d’une bataille navale, mais comme l’un des officiers qui contribuèrent à révéler les conditions maritimes de cette victoire.
B. Washington, Rochambeau et La Fayette : la marche vers Yorktown
La victoire navale du 5 septembre n’aurait pas suffi à elle seule. Pour que la maîtrise de la Chesapeake produise ses effets, encore fallait-il que les forces terrestres franco-américaines puissent se concentrer rapidement devant Yorktown. Cette concentration ne s’effectue cependant pas sur un théâtre vierge : depuis plusieurs mois, La Fayette commande en Virginie les forces américaines chargées de surveiller et de contenir l’armée de Cornwallis. La campagne de Yorktown r172ésulte ainsi de la171 convergence de deux mouvements : celui de La Fayette, qui maintient l’armée britannique dans une position vulnérable, définitivement confirmée le 5 septembre, et celui de Washington et de Rochambeau, qui déplacent plusieurs milliers d’hommes afin de transformer cette vulnérabilité en encerclement. La réussite de cette manœuvre témoigne de la maturité acquise par la coalition franco-américaine depuis l’arrivée de Rochambeau à Newport en juillet 1780.
- Le changement de plan : de New York à la Virginie. Au début de l’été 1781, George Washington demeure encore attaché à l’idée d’une opération contre New York, principal centre de gravité britannique sur le continent. Depuis plusieurs mois, il prépare avec Rochambeau une offensive qui pourrait contraindre Clinton à concentrer ses forces et, peut-être, permettre une attaque contre les positions britanniques. La situation évolue toutefois lorsque Cornwallis, après ses opérations dans les Carolines, établit son armée en Virginie. La péninsule de Virginie devient alors une position à la fois avancée et dangereusement dépendante de ses communications maritimes.
La Fayette joue ici un rôle essentiel. Comme observé, à la tête des forces américaines présentes en Virginie, il est chargé de surveiller Cornwallis et de l’empêcher de se déplacer librement. Le major general ne dispose pas des effectifs nécessaires pour affronter directement l’armée britannique dans une bataille décisive ; sa mission consiste donc surtout à observer, contenir et retarder. Cette prudence opérationnelle contribue à maintenir Cornwallis dans une situation où son armée dépend de plus en plus du ravitaillement et des renforts que seule la mer peu174t lui apporter.
Cette mission prend progressivement une dimension stratégique. La Fayette comprend que Cornwallis peut se trouver en difficulté s’il est contraint de demeurer dans la péninsule et si une force franco-américaine suffisamment importante parvient à rejoindre la Virginie. Il ne s’agit pas encore pour lui de concevoir l’ensemble de la manœuvre de Yorktown, qui relève de Washington, de Rochambeau et, sur mer, de de Grasse ; mais son action contribue à préserver la possibilité même de cette manœuvre. En maintenant le contact avec Cornwallis sans risquer la destruction de ses propres forces, il transforme son infériorité numérique en avantage temporel.175
C’est dans ce contexte que les informations venues des Antilles modifient progressivement les perspectives du commandement allié. L’arrivée possible de de Grasse sur les côtes américaines ouvre une alternative à l’offensive initialement envisagée contre New York. Rochambeau souligne l’intérêt de la Chesapeake ; Washington accepte finalement de modifier son plan lorsque les circonstances rendent cette option réalisable. On peut le souligner une nouvelle fois : la coalition ne fonctionne donc pas comme une structure dans laquelle une décision serait imposée unilatéralement. Elle procède par échanges, appréciation des circonstances et adaptation des objectifs.
Cette capacité à renoncer à un plan préparé pour saisir une occasion nouvelle constitue l’un des enseignements majeurs de la campagne. Washington conserve le commandement général, Rochambeau apporte l’expérience de la guerre européenne, La Fayette connaît directement le théâtre virginien et maintient l’armée britannique sous surveillance, tandis que de Grasse rend possible l’intervention navale décisive. La décision de marcher vers Yorktown est ainsi moins le résultat d’une intuition isolée que celui d’une convergence progressive des analyses alliées.
- La Fayette en Virginie : fixer Cornwallis avant l’arrivée des renforts. L’importance de La Fayette dans la campagne mérite d’être soulignée précisément parce qu’elle est parfois éclipsée par la marche de Washington et Rochambeau et par la victoire navale de de Grasse. Lorsqu’il reçoit le commandement des forces américaines en Virginie, il se trouve confronté à une armée britannique supérieure en nombre et expérimentée. Son objectif n’est pas de vaincre Cornwallis seul, mais de préserver ses propres forces tout en empêchant l’adversaire de sortir du théâtre où il pourra être atteint par les renforts franco-américains.
La Fayette doit donc mener une guerre d’observation et de mouvement, en évitant de transformer son infériorité en défaite irréversible. Cette attitude n’a rien de passif. Elle consiste à conserver la liberté de manœuvre, à surveiller les mouvements britanniques et à exploiter toute occasion permettant de maintenir Cornwallis sous pression. Lorsque celui-ci choisit finalement Yorktown comme position défensive, le dispositif prend une signification nouvelle : l’armée britannique se trouve dans une péninsule dont la valeur défensive dépend désormais largement de sa capacité à communiquer avec la mer.178
La Fayette comprend alors que la situation peut devenir favorable aux Insurgents si des renforts terrestres arrivent du Nord et si la Royal Navy ne peut plus assurer la liaison avec Cornwallis. Son action contribue donc à préparer les conditions dans lesquelles la manœuvre de Washington et de Rochambeau pourra devenir décisive. Il serait toutefois excessif de faire de lui le concepteur de la stratégie de Yorktown. Il n’en détient ni la direction générale ni la maîtrise des moyens navals. Son rôle est différent et, précisément pour cette raison, essentiel : il maintient le contact avec Cornwallis, renseigne le commandement allié et contribue à fixer l’armée britannique dans une position qui deviendra vulnérable dès lors que la coalition pourra réunir ses moyens terrestres et maritimes.
La Fayette constitue ainsi bien le lien opérationnel entre les forces américaines déjà présentes en Virginie et les forces franco-américaines qui viennent du Nord. Washington et Rochambeau marchent vers lui ; lui-même tient en respect Cornwallis en attendant leur arrivée. Lorsque les renforts approchent, son dispositif cesse d’être seulement défensif : il devient l’un des éléments de l’encerclement qui se prépare.
- Une prouesse logistique franco-américaine. La décision de marcher vers la Virginie ne vaut que par la capacité à l’exécuter. Les forces de Washington et de Rochambeau doivent parcourir environ 300 miles, soit près de 480 kilomètres, depuis la région de New York jusqu’à Williamsburg, tandis que le secret de la manœuvre doit être préservé le plus longtemps possible. Il faut déplacer plusieurs milliers de soldats, leur artillerie, leurs chevaux et leurs approvisionnements, organiser les étapes, assurer les communications et maintenir suffisamment de discipline pour que la marche ne se transforme pas en opération interminable.
Cette entreprise révèle l’une des dimensions les moins spectaculaires, mais les plus importantes, de la coalition. La supériorité française ne réside pas seulement dans les soldats apportés par Rochambeau. Elle tient aussi à l’expérience accumulée par l’Armée royale en matière d’état-major, de cartographie, de génie, d’artillerie et de logistique. Les forces américaines apportent pour leur part leur connaissance du terrain, leurs réseaux locaux et leur capacité à mobiliser les ressources disponibles. La coopération devient ainsi administrative et logistique autant que militaire.
Rochambeau apporte notamment une culture du commandement et de la préparation qui constitue l’un des acquis essentiels de l’Expédition particulière. Les officiers français disposent d’une expérience récente de la guerre européenne, tandis que les Américains ont appris, au cours de plusieurs années de conflit, à compenser l’insuffisance de leurs moyens réguliers par une connaissance fine du terrain et par des réseaux locaux de ravitaillement. La marche vers Yorktown transforme ces expériences différentes en une capacité opérationnelle commune.
La rapidité est ici un facteur stratégique. La fenêtre d’action offerte par de Grasse est limitée : la flotte française ne peut demeurer indéfiniment dans la Chesapeake, tandis que la Royal Navy cherche à reprendre l’initiative. Chaque journée gagnée ou perdue peut donc modifier l’issue de l’opération. La marche vers Yorktown doit être suffisamment rapide pour permettre aux forces terrestres de rejoindre La Fayette avant que Cornwallis ne puisse s’échapper et avant que la maîtrise française de la mer ne soit remise en cause.
La campagne illustre ainsi une vérité fondamentale de la guerre de coalition : la concentration des forces est elle-même une opération stratégique. Il ne suffit pas de disposer de troupes nombreuses ; encore faut-il être capable de les réunir au bon endroit et au moment où leur supériorité effective peut produire ses effets.
- La concentration des forces : de La Fayette à Yorktown. Au début du mois de septembre 1781, les différents éléments de la coalition convergent enfin vers le même objectif. La Fayette est en Virginie et maintient toujours la pression sur Cornwallis. Washington et Rochambeau arrivent avec leurs forces terrestres après leur longue marche depuis le Nord. De Grasse tient la Chesapeake avec sa flotte et ses troupes embarquées, tandis que de Barras apporte depuis Newport le train d’artillerie indispensable au siège. Chacun de ces mouvements répond à une fonction différente, mais leur simultanéité transforme leur addition en véritable manœuvre stratégique.
La coordination avec de Grasse est ici essentielle. Sa présence dans la Chesapeake ne constitue pas seulement un appui au siège : elle crée la condition maritime de la concentration terrestre. La flotte française interdit à la Royal Navy de secourir Cornwallis et permet aux forces de Washington, Rochambeau et La Fayette de se concentrer sans craindre immédiatement une intervention britannique venue de la mer. La victoire navale du 5 septembre et l’arrivée du train de siège de de Barras rendent ainsi possible la transformation du mouvement terrestre en véritable opération d’encerclement.
La chaîne des responsabilités demeure pourtant clairement différenciée. Washington exerce le commandement général des forces américaines et conduit l’opération avec Rochambeau ; celui-ci commande le corps français et participe aux décisions stratégiques communes. La Fayette continue d’exercer son commandement américain sur le théâtre virginien et participe directement aux opérations autour de Yorktown. De Grasse, enfin, ne relève pas du commandement terrestre : sa mission consiste à assurer la maîtrise de l’espace maritime et à empêcher la Royal Navy de dégager Cornwallis de la souricière géante.
C’est précisément cette absence de fusion institutionnelle qui rend la réussite remarquable. Les armées française et américaine ne deviennent pas une seule armée au sens juridique ou administratif. Les commandements restent distincts, les chaînes hiérarchiques demeurent nationales et les intérêts politiques des deux États ne se confondent pas. Pourtant, au moment décisif, les différentes forces acceptent de fonctionner comme les composantes d’une même manœuvre. La coordination entre les commandements n’efface donc pas leurs différences : elle les rend complémentaires.
Yorktown devient ainsi le point de rencontre des quatre trajectoires étudiées depuis le début de cet article. La Fayette a contribué à fixer Cornwallis et à préparer le théâtre de la confrontation ; Washington et Rochambeau ont concentré les forces terrestres ; de Barras a apporté l’artillerie indispensable au siège ; de Grasse a fermé la porte maritime. La victoire ne résulte donc pas d’un acte isolé, mais bien de la synchronisation de ces actions.
La transformation de l’alliance en coalition stratégique franco-américaine est désormais achevée dans sa dimension opérationnelle. Les forces sont réunies, les voies de retraite et de ravitaillement de Cornwallis sont coupées et la supériorité locale des alliés est devenue écrasante. Il reste à en éprouver la cohésion dans l’épreuve du siège.
C. Le siège de Yorktown : la coalition à l’épreuve
Le 28 septembre 1781, lorsque les forces franco-américaines quittent Williamsburg pour marcher sur Yorktown, l’essentiel de la manœuvre stratégique est accompli. Cornwallis est enfermé dans la péninsule, la Chesapeake est contrôlée par la flotte française et les forces de Washington et de Rochambeau sont désormais suffisamment nombreuses pour investir la position britannique. Mais une dernière épreuve demeure : transformer cette supériorité stratégique en victoire militaire. Il faut pour cela conduire un siège dans lequel interviennent simultanément le renseignement, le génie, l’artillerie, l’infanterie et la puissance navale. Yorktown devient ainsi le véritable laboratoire de la coalition : les armées française et américaine combattent côte à côte sans perdre leur identité propre, tandis que leurs commandements respectifs apprennent à coordonner leurs actions jusqu’à la capitulation de Cornwallis.
- L’encerclement terrestre et maritime. Le 28 septembre, l’armée alliée commence l’investissement de Yorktown. Cornwallis dispose encore de plusieurs milliers d’hommes et d’un système défensif organisé autour de fortifications de campagne, de redoutes et de batteries couvrant les approches de la ville. Mais sa situation stratégique est désormais radicalement différente de celle des mois précédents. Il ne peut plus compter sur une intervention navale britannique susceptible de rétablir ses communications avec l’extérieur. La victoire de de Grasse dans la Chesapeake a transformé Yorktown en position isolée.
L’encerclement n’est pourtant pas uniquement une affaire de nombre. Washington doit établir un dispositif suffisamment étendu pour empêcher toute sortie, tout en concentrant l’essentiel de ses forces sur les secteurs où le siège doit progresser. Rochambeau et ses officiers apportent à cette opération leur expérience de la guerre de siège, acquise au cours des campagnes européennes. Les ingénieurs doivent déterminer l’emplacement des parallèles, des batteries et des ouvrages destinés à protéger les troupes pendant leur progression vers les défenses britanniques.
Le rôle de La Fayette demeure également important. Les forces américaines qu’il commande en Virginie participent désormais pleinement au dispositif d’investissement. Sa connaissance du théâtre et de l’adversaire acquise pendant les mois précédents complète l’expérience technique des ingénieurs et officiers français. La campagne change donc de nature : l’objectif n’est plus seulement de contenir Cornwallis, mais de réduire méthodiquement sa position.
Le 29 septembre, Cornwallis abandonne ses ouvrages extérieurs, espérant encore que l’arrivée annoncée d’une armée britannique depuis New York puisse modifier la situation. Mais l’armée alliée peut dès lors rapprocher progressivement ses lignes. Dans la nuit du 6 octobre, la première parallèle est ouverte à quelques centaines de mètres des positions britanniques. Le travail est réalisé avec suffisamment de rapidité et de discrétion pour surprendre les défenseurs.
Cette première parallèle marque une étape essentielle. La coalition ne cherche pas à emporter Yorktown par un assaut frontal. Elle applique une méthode de siège qui consiste à rapprocher progressivement les batteries et les tranchées, à neutraliser l’artillerie ennemie et à réduire les possibilités de résistance. L’expérience française de la guerre de siège, combinée à la capacité américaine à fournir des hommes et à tenir les positions, permet ainsi de transformer progressivement la supériorité numérique en supériorité tactique.
- Les parallèles et les redoutes : la combinaison des savoir-faire. Le 9 octobre, les batteries alliées commencent à ouvrir le feu sur les positions britanniques. Washington lui-même tire le premier coup de canon américain du siège. Les batteries françaises et américaines soumettent progressivement les défenses de Cornwallis à un pilonnage qui devient de plus en plus difficile à supporter.
L’artillerie joue ici un rôle décisif. Il ne s’agit plus simplement de soutenir l’infanterie : elle prépare méthodiquement la progression des parallèles en détruisant les ouvrages britanniques et en obligeant les défenseurs à disperser leurs moyens. Le savoir-faire français en matière d’artillerie et de génie trouve une nouvelle fois dans cette opération un terrain particulièrement favorable. Les Américains, de leur côté, disposent d’officiers comme Henry Knox, dont Washington reconnaît explicitement le rôle dans l’acheminement et l’emploi des pièces et des approvisionnements. La complémentarité des compétences est devenue une véritable capacité opérationnelle.
Le 11 octobre commence la seconde parallèle, plus proche encore des défenses britanniques. Elle ne peut toutefois être achevée tant que deux redoutes avancées — les redoutes n° 9 et 10 — restent aux mains de Cornwallis. Ces deux ouvrages constituent les points qui empêchent les alliés de pousser leurs batteries suffisamment près pour prendre sous leur feu direct la ligne principale britannique. Leur capture devient donc indispensable à la poursuite du siège.
Le choix de l’assaut constitue une nouvelle démonstration du fonctionnement de la coalition. Les deux redoutes sont attaquées simultanément, mais par des forces nationales distinctes. La redoute n° 10 est confiée à l’infanterie légère américaine sous le commandement de La Fayette ; la redoute n° 9 est attaquée par les grenadiers et chasseurs français placés sous les ordres du baron de Vioménil.
La Fayette joue ici un rôle militaire direct et incontestable. Il commande le dispositif américain destiné à enlever la redoute n° 10, tandis que Washington supervise l’ensemble de l’opération. Le choix des deux commandants traduit à nouveau la logique de complémentarité qui caractérise la campagne : les forces américaines et françaises agissent séparément, mais dans le cadre d’un même plan et avec un objectif commun.
Dans la soirée du 14 octobre, les deux redoutes sont prises presque simultanément. L’attaque américaine est menée à la baïonnette, sans tir préalable destiné à préserver l’effet de surprise. La redoute française connaît le même type d’engagement rapproché. En quelques minutes, les deux ouvrages passent aux mains des assaillants. Washington soulignera le lendemain que les positions conquises sont « of vast importance », puisqu’elles permettent d’enfiler la ligne britannique et d’ouvrir la voie à l’achèvement de la seconde parallèle.
L’épisode est particulièrement révélateur de la maturité atteinte par la coalition. Les Français et les Américains ne combattent pas sous un commandement national unique ; chacun conserve ses unités et ses officiers. Mais ils acceptent de conduire simultanément deux attaques coordonnées dont la réussite de l’une conditionne directement celle de l’autre. La coopération interalliée n’est donc plus seulement diplomatique ou stratégique : elle est devenue tactique.
- La capitulation du 19 octobre : la victoire de la coalition. Après la prise des redoutes, les alliés peuvent achever la seconde parallèle et rapprocher encore leurs batteries des lignes britanniques. Les positions de Cornwallis deviennent rapidement intenables. L’artillerie française et américaine tire désormais à courte distance; les ouvrages défensifs sont détruits ou neutralisés et les pertes augmentent. Le 16 octobre, une sortie britannique tente encore de neutraliser certaines batteries alliées, mais elle ne modifie pas le rapport de forces. Dans la nuit suivante, Cornwallis tente même de faire évacuer une partie de ses troupes vers Gloucester Point. Une violente tempête rend toutefois l’opération impossible.
Le temps joue désormais entièrement contre les Britanniques. Cornwallis attend toujours l’arrivée de l’armée de Clinton, mais la flotte française contrôle la Chesapeake et l’artillerie alliée domine progressivement les fortifications. La perspective d’une évacuation ou d’un secours extérieur disparaît. Le siège a atteint son point de rupture : ce n’est plus la capacité des alliés à poursuivre l’opération qui est incertaine, mais celle des Britanniques à continuer de résister.
Le 17 octobre, Cornwallis demande l’ouverture de négociations. Les conditions de la capitulation sont arrêtées le 19 octobre. Le texte est particulièrement révélateur de la nature de la victoire : il désigne explicitement comme vainqueurs les « combined Forces of America and France ». Washington et Rochambeau apparaissent comme les chefs des forces terrestres alliées ; de Grasse est associé à la victoire navale, tandis que de Barras signe au nom de ce dernier pour la partie maritime. Les troupes britanniques de Yorktown et de Gloucester se rendent ainsi aux forces combinées de deux nations qui, quelques années auparavant, n’étaient pas encore alliées.
La cérémonie du 19 octobre possède dès lors une portée symbolique qui dépasse largement la seule reddition d’une armée britannique. La victoire appartient à l’armée américaine, qui combat pour son indépendance, mais elle est aussi celle de l’aide française devenue coalition. La Fayette, qui avait rejoint la cause américaine quatre ans plus tôt comme jeune volontaire étranger, participe désormais à la victoire en tant que major général américain et commandant opérationnel de troupes américaines engagées dans l’assaut décisif contre l’une des redoutes. Rochambeau représente la puissance militaire française engagée aux côtés des Insurgents ; de Grasse, la puissance navale sans laquelle Cornwallis n’aurait pu être enfermé ; Washington, enfin, assure la cohérence stratégique d’ensemble de la manœuvre terrestre.
Yorktown constitue donc beaucoup plus qu’une victoire militaire américaine. C’est la première grande démonstration de ce qu’une coalition stratégique interalliée peut accomplir lorsqu’elle parvient à synchroniser ses moyens terrestres, navals, logistiques et diplomatiques autour d’un objectif commun. La victoire n’est pas celle d’une armée française combattant pour les Américains, ni celle d’une armée américaine soutenue par la France : elle est le produit d’une action militaire véritablement combinée, dans laquelle chaque partenaire conserve son identité mais accepte de soumettre son action à une stratégie commune. Le 19 octobre 2026, la France devrait fêter l’anniversaire de Yorktown au même degré que les Etats-Unis.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée historique de Yorktown. L’alliance de 1778 avait créé un intérêt commun ; les campagnes de 1780 et 1781 avaient construit la confiance ; la concentration de l’été 1781 avait permis de réunir les forces ; le siège démontre enfin que cette coopération peut produire une victoire interalliée décisive. Le 19 octobre, l’expérience de la coalition est donc devenue une réalité militaire.
Mais Yorktown n’est pas encore la paix. La Grande-Bretagne conserve une flotte, des armées et d’importantes positions dans le monde. La guerre continue dans les Caraïbes et en Inde, tandis que la France doit encore transformer une victoire militaire obtenue avec ses alliés en résultat diplomatique conforme à ses propres intérêts. La prochaine étape sera donc celle du passage de Yorktown à Versailles, c’est-à-dire de la victoire militaire à la négociation politique.
IV — De Yorktown à Versailles : gagner la guerre, gagner la paix
La capitulation de Cornwallis, le 19 octobre 1781, constitue le point culminant de la coalition stratégique franco-américaine. Washington et Rochambeau ont concentré leurs forces terrestres, La Fayette a contribué à fixer l’armée britannique en Virginie, de Barras a acheminé le matériel d’artillerie de siège et de Grasse a fermé la Chesapeake à la Royal Navy. Pourtant, la victoire à la bataille de Yorktown ne met pas fin à la guerre. La Grande-Bretagne conserve une flotte puissante, des armées nombreuses et des positions stratégiques dans les Caraïbes et en Asie ; la France et l’Espagne poursuivent elles aussi des opérations sur plusieurs théâtres. La victoire militaire obtenue en Virginie doit donc encore être transformée en résultat politique.
Cette nouvelle phase modifie profondément la nature de la coalition. Sur le champ de bataille, Français et Américains pouvaient unir leurs forces autour d’un objectif clairement identifiable : vaincre les armées britanniques et permettre l’indépendance des États-Unis. À la table des négociations, leurs intérêts ne sont plus parfaitement superposables. Les Américains veulent obtenir la reconnaissance internationale de leur indépendance et garantir les conditions territoriales et économiques de leur nouvel État ; pour sa part, la France entend tirer les conséquences de ses succès militaires et restaurer sa position de grande puissance ; enfin, l’Espagne poursuit ses propres objectifs territoriaux et stratégiques. L’unité de la coalition doit désormais céder la place à un jeu diplomatique et géopolitique bien plus complexe.
C’est pourquoi la période qui sépare Yorktown des traités de 1783 est aussi importante que la campagne elle-même. Elle montre que la construction d’une coalition ne s’achève pas avec la victoire militaire : elle doit encore permettre de transformer un rapport de forces favorable en règlement politique durable. La guerre change ainsi de nature. Après avoir coordonné leurs armées et leurs flottes, les alliés doivent désormais coordonner — ou parfois arbitrer — leurs intérêts.
De Yorktown à Paris et Versailles se joue donc la dernière étape de l’expérience étudiée ici : le passage de la coalition militaire à la victoire diplomatique. La question n’est plus seulement de savoir comment Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse ont contribué à vaincre Cornwallis, mais ce que cette victoire a permis d’obtenir, pour les États-Unis comme pour la France, dans le nouvel ordre international issu de la guerre d’Indépendance.
A. Yorktown n’est pas la fin de la guerre
La capitulation de Cornwallis provoque un bouleversement politique considérable, mais elle ne met pas fin aux hostilités. La Grande-Bretagne conserve encore une présence militaire importante en Amérique du Nord et dispose surtout d’une marine capable de poursuivre la guerre sur les autres théâtres. À Londres, la nouvelle de la défaite n’arrive qu’à la fin du mois de novembre 1781 et provoque progressivement une remise en cause de la politique de guerre du gouvernement North. Pourtant, avant même que le Parlement ne renonce officiellement à poursuivre le conflit, les opérations continuent dans les Caraïbes, en Méditerranée et dans l’océan Indien.
Yorktown doit donc être compris comme un basculement stratégique, et non comme un armistice de fait. La Grande-Bretagne ne peut plus raisonnablement espérer reconquérir les États-Unis par une campagne terrestre comparable à celles qu’elle avait menées depuis 1776, mais elle conserve suffisamment de moyens pour tenter d’améliorer sa position globale. La guerre reste ainsi une guerre de puissances, dans laquelle la défaite américaine de la Grande-Bretagne peut encore être compensée par des succès contre la France ou l’Espagne sur d’autres théâtres.
- Yorktown : une victoire décisive, mais non terminale. La nouvelle de la capitulation de Cornwallis atteint Londres le 25 novembre 1781. Le choc politique est immédiat. Le gouvernement de Lord North, déjà contesté, perd progressivement la capacité de poursuivre une guerre devenue de plus en plus difficile à justifier politiquement et financièrement. En mars 1782, la Chambre des communes se prononce contre la poursuite offensive de la guerre en Amérique et Lord North démissionne le 20 mars. Le nouveau gouvernement, dirigé d’abord par Lord Rockingham puis, après la mort de celui-ci, par William Petty, comte de Shelburne, ouvre alors la voie aux négociations avec les représentants américains.
Mais ce changement politique britannique ne signifie pas que les opérations militaires cessent. Les forces britanniques présentes en Amérique du Nord restent considérables après Yorktown, tandis que la Royal Navy conserve une capacité d’action mondiale. La Grande-Bretagne peut encore défendre ses possessions et menacer celles de ses adversaires. Yorktown détruit donc la perspective d’une reconquête des Treize Colonies, mais ne supprime pas la capacité britannique à poursuivre une guerre générale.
Cette distinction est essentielle pour comprendre la stratégie française. La France n’a pas engagé la guerre uniquement pour favoriser l’indépendance américaine. Depuis 1778, Versailles poursuit également des objectifs propres : affaiblir la puissance britannique, restaurer une partie des positions perdues en 1763 et modifier l’équilibre maritime et colonial issu de la guerre de Sept Ans. La victoire américaine constitue un immense succès, mais elle ne représente qu’un des résultats recherchés par la monarchie française.
La situation est donc paradoxale. Au moment même où Washington et ses alliés viennent de remporter leur plus grande victoire terrestre, la guerre conserve toute son ampleur internationale. Les armées franco-américaines ont gagné la bataille décisive du théâtre américain, mais les escadres françaises doivent encore combattre ailleurs. La coalition stratégique n’est pas dissoute par Yorktown : elle change de fonction et entre dans une phase où les différents alliés vont poursuivre des opérations dont les objectifs ne sont plus nécessairement identiques.
- De Yorktown aux Antilles : la poursuite de la guerre mondiale. Pour la France, l’enjeu immédiat demeure notamment celui des Antilles. Ces îles représentent des positions économiques et stratégiques essentielles, dont certaines ont une valeur bien supérieure à celle de nombreux territoires continentaux. Le sucre, le commerce maritime et la maîtrise des routes atlantiques donnent aux opérations des Caraïbes une importance considérable dans le calcul des puissances. La guerre américaine est donc aussi une guerre pour la maîtrise de l’espace atlantique.
De Grasse lui-même, après avoir joué le rôle décisif que l’on a vu dans la Chesapeake, retourne aux Antilles à la fin de 1781. La flotte française y retrouve les forces du marquis de Bouillé et poursuit les opérations contre les positions britanniques. La bataille de Yorktown n’a donc pas mis fin à la mission de l’amiral : elle constitue au contraire un épisode d’une campagne maritime plus vaste dans laquelle la flotte française doit continuer à maintenir la pression sur la Grande-Bretagne.
La poursuite des opérations montre également les limites de la victoire de Yorktown. La France dispose désormais d’une supériorité maritime ponctuelle et de forces expérimentées, mais elle ne peut transformer tous ses succès locaux en domination générale des mers. La défaite de de Grasse à la bataille des Saintes, en avril 1782, rappelle brutalement cette réalité. La Royal Navy conserve une capacité de réaction considérable et retrouve dans les Caraïbes une partie de l’initiative perdue en Virginie.
Cette bataille est importante pour notre démonstration parce qu’elle empêche précisément de transformer Yorktown en récit téléologique. La victoire de 1781 n’annonce pas une série ininterrompue de succès français. Elle crée un rapport de forces favorable aux États-Unis, mais la guerre générale demeure incertaine. La coalition franco-américaine a remporté sa bataille décisive ; la France, elle, doit encore gagner la paix dans un contexte où ses propres forces peuvent subir des revers.
La guerre devient ainsi progressivement une affaire de gestion des gains. Il ne s’agit plus pour les alliés de rechercher partout une victoire absolue, mais d’obtenir suffisamment de résultats militaires pour disposer d’une position favorable au moment où s’ouvriront les négociations. C’est dans cette perspective que prend toute son importance le maintien de la pression française dans l’océan Indien.
- Suffren et la poursuite de la guerre mondiale dans l’Océan Indien. La campagne du bailli de Suffren constitue l’un des meilleurs exemples de cette dimension mondiale du conflit. Parti de Brest le 22 mars 1781 avec une petite escadre destinée aux Indes, Suffren livre le combat de Porto Praya, au Cap-Vert, le 16 avril, avant de poursuivre sa route vers l’océan Indien. Après avoir contribué à la défense du Cap, il rejoint l’île de France en octobre 1781, puis prend progressivement le commandement des forces navales françaises engagées contre la Grande-Bretagne dans les eaux de l’Inde.
La chronologie suffit à montrer combien cette campagne est indépendante du théâtre américain : lorsque Cornwallis capitule à Yorktown le 19 octobre 1781, Suffren se trouve encore dans l’océan Indien, en route vers le théâtre des opérations où il va combattre pendant près de deux années supplémentaires. À partir de février 1782, il affronte régulièrement l’escadre britannique de l’amiral Edward Hughes : Sadras le 17 février, Provédien le 12 avril, Negapatam le 6 juillet, puis Trinquemalay en septembre. La campagne se poursuit en 1783 jusqu’à la bataille de Gondelour, le 20 juin, quelques jours seulement avant que la nouvelle de la paix ne parvienne aux belligérants de l’Inde.
L’intérêt stratégique de cette campagne dépasse la seule succession des combats navals. Suffren doit opérer très loin de la métropole, avec des moyens limités, en recherchant des soutiens locaux et en maintenant son escadre en état de combattre malgré l’absence d’une base française immédiatement disponible. Sa coopération avec Haidar Alî, souverain de Mysore, montre que la guerre contre la Grande-Bretagne repose désormais sur des coalitions qui dépassent largement le cadre franco-américain. La guerre d’Indépendance américaine est devenue une guerre mondiale dans laquelle les alliances locales, les intérêts coloniaux et la puissance navale sont étroitement imbriqués.
Suffren contribue ainsi à maintenir la pression française sur l’Empire britannique au moment même où les négociations commencent en Europe. Ses victoires et ses combats ne déterminent pas directement le sort de Yorktown, mais ils participent à la constitution du rapport de forces dont les diplomates français disposent à la table des négociations. La campagne des Indes rappelle donc que la victoire américaine de 1781 n’est intelligible qu’à l’intérieur d’une stratégie française plus vaste : Yorktown a décidé le sort de l’indépendance américaine ; les combats de Suffren contribuent, avec les opérations des Antilles et d’autres théâtres, à déterminer le prix que la Grande-Bretagne devra payer pour obtenir la paix.
Cette dissociation des théâtres annonce déjà la transformation de la coalition. En Amérique, la cause commune est désormais pratiquement gagnée ; ailleurs, Français, Espagnols et Britanniques poursuivent des affrontements dont les objectifs sont différents. La guerre ne peut donc plus être pensée comme une seule campagne, mais comme un ensemble d’opérations interdépendantes dont les résultats devront finalement être convertis en un règlement diplomatique.
Yorktown a donné aux États-Unis leur victoire décisive. Il appartient désormais aux diplomates de transformer cette victoire militaire en indépendance reconnue, tandis que la France doit tenter de convertir l’ensemble de ses succès militaires en avantages politiques et stratégiques. La coalition entre alors dans sa dernière épreuve : non plus celle du commandement des armées, mais celle de la négociation de la paix.
B. De la victoire militaire à la négociation diplomatique
La victoire de Yorktown modifie le rapport de forces, mais elle ne détermine pas à elle seule les conditions de la paix. À partir de 1782, les hommes qui avaient construit la coalition militaire doivent affronter une difficulté d’une autre nature : faire coïncider la victoire américaine, les intérêts français et les objectifs espagnols sans laisser se disloquer l’alliance qui avait rendu cette victoire possible.
La nouvelle de la capitulation de Cornwallis provoque à Londres une crise politique dont les conséquences sont rapidement considérables. Le gouvernement de Lord North perd progressivement la capacité de poursuivre une guerre devenue politiquement contestable. En mars 1782, North démissionne et le gouvernement de Rockingham ouvre la voie à une politique nouvelle, dont l’objectif n’est plus la reconquête militaire des États-Unis, mais la recherche d’un règlement acceptable avec les différents adversaires de la Grande-Bretagne. La victoire de Yorktown devient ainsi un instrument diplomatique : elle ne met pas fin aux hostilités, mais elle modifie suffisamment le rapport de forces pour rendre la négociation possible.
Cette transformation ne signifie pourtant pas que les intérêts des vainqueurs soient devenus identiques. Les États-Unis veulent avant tout obtenir une reconnaissance internationale incontestable de leur indépendance, consolider leurs frontières et préserver les avantages économiques et territoriaux acquis pendant la guerre. La France souhaite, pour sa part, tirer les conséquences de ses succès militaires, affaiblir durablement la puissance britannique et récupérer une partie des positions perdues au cours de la guerre de Sept Ans. L’Espagne poursuit encore plus directement ses propres objectifs, notamment à propos de Gibraltar. La coalition militaire qui avait fonctionné à Yorktown entre donc dans une phase où la communauté des intérêts devient plus limitée et plus fragile.
- Les vainqueurs face à des objectifs différents. La première difficulté de la négociation tient à cette divergence croissante des objectifs. Pendant la campagne de Yorktown, l’intérêt américain et l’intérêt français pouvaient être réunis autour d’un objectif immédiatement opérationnel : empêcher Cornwallis de recevoir des renforts, l’obliger à capituler et rendre irréversible l’indépendance américaine. Une fois la victoire obtenue, cette communauté d’objectif disparaît en grande partie. La question n’est plus de vaincre un adversaire commun, mais de déterminer ce que chacun doit obtenir de la victoire commune.
Pour les États-Unis, la priorité est naturellement l’indépendance. Mais celle-ci ne peut être considérée comme acquise tant qu’elle n’est pas reconnue par la Grande-Bretagne dans un traité international. Les instructions données par le Congrès aux négociateurs américains en juin 1781 avaient d’ailleurs placé cette exigence au premier rang : aucune paix ne devait être acceptée si elle ne garantissait pas effectivement « l’indépendance et la souveraineté » des Treize anciennes Colonies désormais qualifiées d’États et si les traités conclus avec la France n’étaient pas maintenus dans leur pleine force. Les négociateurs américains disposaient ainsi d’une marge de manœuvre importante sur les questions secondaires, mais leur objectif fondamental était clairement fixé.
La France se trouvait dans une situation différente. Elle avait contribué à créer les conditions militaires de la victoire américaine, mais elle n’avait pas engagé la guerre de 1778 pour favoriser exclusivement la naissance d’un nouvel État. Vergennes et Louis XVI avaient recherché un affaiblissement de la puissance britannique et une modification de l’équilibre maritime et colonial issu de la guerre de Sept Ans. Le problème était donc de transformer les succès militaires français en avantages diplomatiques suffisants pour justifier le coût considérable de la guerre.
Cette divergence explique la prudence avec laquelle Vergennes suit les négociations. La France ne souhaite pas que les États-Unis concluent une paix séparée avec la Grande-Bretagne, qui permettrait à Londres de concentrer ses forces contre la France et l’Espagne. Mais elle doit également éviter de donner l’impression de vouloir retenir les Américains dans une guerre dont l’objectif essentiel — leur indépendance — est désormais pratiquement atteint. Le principe d’une paix générale, négociée simultanément entre les différents belligérants, constitue donc le compromis permettant de préserver la coalition sans prétendre à une identité parfaite des intérêts.
- Franklin, Vergennes et la diplomatie de la victoire. C’est dans ce contexte que Benjamin Franklin joue un rôle central. Depuis Passy, il constitue l’un des principaux points de contact entre les négociateurs américains, le gouvernement français et les représentants britanniques. Lorsque Richard Oswald entre en contact avec lui au printemps 1782, Franklin comprend immédiatement que les circonstances ont changé. La Grande-Bretagne cherche désormais à sortir de la guerre, mais elle souhaite encore préserver autant que possible ses intérêts commerciaux et impériaux. Franklin accepte donc d’explorer la possibilité d’un règlement tout en prenant soin de ne pas rompre la coordination avec Versailles.
La position française est cependant plus complexe qu’une simple surveillance des négociations américaines. Vergennes veut préserver l’alliance, mais il entend également défendre les intérêts propres de la France. En mai 1782, lorsque les Britanniques manifestent leur volonté d’ouvrir des discussions, Franklin informe Vergennes et cherche à agir en concert avec lui. Les négociations franco-britanniques et anglo-américaines avancent ainsi parallèlement, avec l’idée que les différents traités devront être conclus dans le cadre d’une paix générale.
La diplomatie américaine va pourtant progressivement s’émanciper de la tutelle française. L’arrivée de John Jay à Paris joue ici un rôle important. Jay se montre beaucoup plus méfiant que Franklin à l’égard de la politique française. Il redoute que la France et l’Espagne ne cherchent à limiter les ambitions territoriales américaines à l’ouest des Appalaches et considère que les négociateurs américains doivent défendre directement les intérêts des États-Unis, sans accepter que ceux-ci soient définis par Versailles. Cette attitude conduit à une inflexion majeure de la négociation.
L’enjeu devient particulièrement sensible à propos des territoires de l’Ouest, de la pêche à Terre-Neuve et de la reconnaissance de l’indépendance. Les instructions américaines imposaient certes de ne pas abandonner l’alliance française, mais elles laissaient aux négociateurs une liberté suffisante pour adapter leur conduite aux circonstances. Jay exploite cette marge de manœuvre et obtient que le représentant britannique Richard Oswald soit explicitement habilité à négocier avec les États-Unis en tant qu’État indépendant.
La diplomatie américaine réalise ainsi quelque chose d’assez remarquable : elle bénéficie de la puissance française tout en évitant que cette puissance ne détermine entièrement le contenu de la paix. La France a rendu possible la victoire ; elle ne peut cependant imposer seule la forme du règlement. C’est précisément ce décalage entre dépendance militaire et autonomie diplomatique qui caractérise la dernière phase de la coalition.
- Washington et La Fayette : de la guerre à la politique. Cette transformation concerne également Washington et La Fayette, même si leur rôle dans les négociations n’est évidemment pas comparable à celui de Franklin, de Jay ou de Vergennes. Leur importance réside désormais moins dans la conduite directe de la diplomatie que dans la transformation politique de la victoire militaire.
Washington comprend que la capitulation de Cornwallis ne doit pas être interprétée comme la conclusion automatique de la Révolution. L’armée britannique demeure présente en Amérique du Nord, les troupes américaines doivent être maintenues sous contrôle, et la nouvelle République doit désormais passer de la guerre à l’organisation d’un État. La victoire crée donc une responsabilité nouvelle pour le commandant en chef : préserver l’unité de l’armée, empêcher que les tensions financières et politiques ne compromettent l’œuvre accomplie et préparer le retour du pouvoir militaire sous l’autorité civile.
La Fayette se trouve dans une situation différente. Après Yorktown, son rôle militaire exceptionnel lui donne une influence politique croissante en France comme aux États-Unis. Il est désormais l’un des rares hommes capables de circuler entre les deux espaces politiques et de parler à la fois au gouvernement français, aux dirigeants américains et aux anciens compagnons d’armes de la Révolution. Sa correspondance de 1782 montre qu’il suit attentivement les propositions de paix et qu’il partage avec les négociateurs américains la volonté de ne pas accepter une paix qui ne garantirait pas réellement l’indépendance des États-Unis.
Cette position est particulièrement révélatrice de la transformation de la coalition. La Fayette n’est plus seulement le jeune volontaire français devenu major-général américain ; il devient progressivement un intermédiaire politique entre deux nations désormais liées par une expérience militaire commune. Son rôle n’est pas celui d’un négociateur officiel, mais celui d’un homme capable de comprendre les intérêts des deux pays et de contribuer à maintenir leur relation dans une période où les divergences commencent à apparaître.
Le résultat de cette phase est finalement paradoxal. La coalition franco-américaine n’est pas détruite par la victoire : elle demeure suffisamment solide pour permettre l’aboutissement des négociations. Mais elle cesse d’être une coalition dont les membres poursuivent exactement le même objectif. Les États-Unis peuvent désormais défendre directement leurs intérêts ; la France doit préserver les siens ; l’Espagne poursuit ses propres ambitions ; la Grande-Bretagne cherche à limiter les pertes résultant de sa défaite. Le rapport entre les alliés change donc de nature.
Les articles préliminaires du 30 novembre 1782 traduisent cette évolution. Les États-Unis obtiennent la reconnaissance de leur indépendance, des frontières très favorables, des droits de pêche et l’accès au Mississippi ; la Grande-Bretagne obtient en contrepartie la possibilité de préserver une partie de ses intérêts commerciaux et les négociateurs américains acceptent certaines dispositions concernant les dettes et les loyalistes. Surtout, les articles sont conçus dans le cadre d’une paix plus générale : les États-Unis ne doivent pas conclure définitivement leur traité avant qu’un accord intervienne entre la Grande-Bretagne et la France.
La coalition n’est donc pas dissoute ; elle est transformée. À Yorktown, les alliés avaient appris à agir ensemble malgré leurs différences. À Paris, ils doivent désormais négocier ensemble sans avoir les mêmes intérêts. Cette différence est essentielle. Elle montre que la réussite d’une coalition ne dépend pas seulement de sa capacité à concentrer des forces contre un adversaire commun : elle dépend aussi de la capacité de ses membres à préserver, après la victoire, un minimum de confiance et de cohérence politique.
C’est ce qui donne à la période 1782-1783 une importance particulière dans l’histoire de la coalition franco-américaine. La victoire militaire avait créé les conditions de la paix ; elle ne déterminait pas son contenu. Entre Yorktown et les traités de 1783 s’opère ainsi une dernière transformation : la coalition stratégique devient une coalition diplomatique, avant que les intérêts nationaux ne reprennent progressivement leur autonomie. Le traité de Paris et les traités de Versailles vont donner à cette évolution sa forme juridique définitive.
C. Versailles et le nouvel ordre international
Les traités du 3 septembre 1783 donnent finalement une traduction juridique à la victoire militaire remportée deux ans plus tôt à Yorktown. Mais ils ne constituent pas un traité de paix unique. Plusieurs accords sont signés simultanément à Paris et à Versailles : le traité de Paris entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, et, à Versailles, les traités conclus entre la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne. Cet ensemble, que l’historiographie désigne sous le nom de « paix de Paris », met fin à la guerre d’Indépendance américaine et réorganise profondément les rapports de puissance dans l’Atlantique.
La distinction entre les différents traités est essentielle pour comprendre la portée de la victoire. Le traité de Paris du 3 septembre 1783 reconnaît solennellement l’indépendance des États-Unis et fixe leurs frontières au nord jusqu’aux Grands Lacs, à l’ouest jusqu’au Mississippi et au sud jusqu’au 31e parallèle. Il leur garantit également des droits de pêche au large de Terre-Neuve et dans le golfe du Saint-Laurent et établit la liberté de navigation sur le Mississippi. En quelques articles, l’ancienne puissance coloniale reconnaît ainsi l’existence internationale d’un nouvel État dont le territoire dépasse très largement celui des Treize Colonies originelles.
Le changement est considérable. En 1763, la Grande-Bretagne était sortie victorieuse de la guerre de Sept Ans en contrôlant une grande partie de l’Amérique du Nord. Vingt ans plus tard, elle doit reconnaître la souveraineté d’un nouvel État qui s’étend jusqu’au Mississippi. La guerre d’Indépendance n’est donc pas seulement une sécession réussie : elle modifie l’équilibre territorial et politique de l’Amérique du Nord et fait entrer les États-Unis dans le système international comme puissance souveraine.
- Le traité de Paris : la naissance internationale des États-Unis. Le premier résultat de la paix est donc américain. Le traité reconnaît dans son article premier les États-Unis comme « Free, Sovereign and Independent States ». Cette formulation n’est pas simplement déclaratoire. Elle transforme juridiquement une indépendance proclamée en 1776 et défendue militairement depuis plusieurs années en une indépendance reconnue par la puissance qui exerçait auparavant sa souveraineté sur les Treize Colonies.
La délimitation territoriale constitue l’autre grande réussite de la diplomatie américaine. La frontière septentrionale suit les Grands Lacs ; la frontière occidentale atteint le Mississippi ; la frontière méridionale est fixée au 31e parallèle. Les États-Unis obtiennent ainsi un espace territorial considérablement plus vaste que celui des anciennes colonies atlantiques. Cette extension répond directement aux ambitions continentales qui s’étaient affirmées pendant la guerre et donne au nouvel État des ressources territoriales dont les conséquences se feront sentir tout au long du XIXe siècle.
Le traité règle également plusieurs questions économiques essentielles. Les créanciers britanniques doivent pouvoir recouvrer les dettes contractées avant la guerre ; le Congrès recommande aux États de restituer les biens confisqués aux loyalistes ; les sujets américains conservent des droits de pêche dans les eaux de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent. Le règlement est donc conçu comme un compromis destiné non seulement à mettre fin aux hostilités, mais aussi à rendre possible une coexistence économique entre deux États désormais souverains.
La navigation du Mississippi constitue un autre élément majeur. L’article 8 établit que sa navigation, depuis sa source jusqu’à l’océan, doit rester libre et ouverte aux sujets de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Cette disposition prend une importance particulière parce qu’elle inscrit dès 1783 la question de l’expansion occidentale et des communications fluviales dans les relations internationales de la nouvelle République.
Le traité de Paris révèle ainsi une situation paradoxale. Les États-Unis doivent leur indépendance à une coalition militaire dans laquelle la France a joué un rôle décisif, mais ils sortent de la guerre avec une autonomie diplomatique beaucoup plus grande que ne l’avait souhaité une partie de la diplomatie française. Les négociateurs américains ont su utiliser le rapport de forces créé par Yorktown et les opérations françaises pour obtenir un règlement particulièrement favorable. La victoire de la coalition a donc produit un résultat inattendu qui bénéficie d’abord à la puissance américaine nouvellement créée.
- La France : une victoire réelle, mais incomplète. Le traité conclu à Versailles le même jour présente une physionomie différente. La France récupère ou consolide plusieurs positions importantes : elle retrouve Sainte-Lucie, obtient Tobago (qu’elle reperdra bientôt lors de la Révolution française), récupère Gorée et la région du Sénégal et retrouve plusieurs établissements en Inde, notamment Pondichéry, Karikal, Mahé et son comptoir de Surat. Le traité met également fin aux restrictions imposées à Dunkerque depuis Utrecht.
Le bilan n’est cependant pas celui d’une restauration générale de la puissance française. La France restitue à la Grande-Bretagne plusieurs îles conquises pendant la guerre, notamment la Grenade, Saint-Vincent, la Dominique, Saint-Christophe, Nevis et Montserrat. Et la France restitue aux Pays-Bas les établissements de Guyane néerlandaise occidentale de Demerary, Essequibo et Berbice reconquis sur les Britanniques en 1782 par la division du Comte de Kersaint. Elle récupère donc certains territoires perdus en 1763, mais ne reconstitue pas l’empire colonial français d’avant la guerre de Sept Ans.
Cette différence est fondamentale. Versailles avait engagé la guerre avec un objectif de revanche sur la défaite de 1763 et avec l’ambition de modifier le rapport de forces maritime et colonial. Sur plusieurs points, l’objectif est atteint : la Grande-Bretagne a perdu les Treize Colonies, la France récupère plusieurs positions coloniales et commerciales, et l’interdiction qui pesait sur Dunkerque depuis le traité d’Utrecht est levée. Mais la France n’a pas reconstruit la puissance navale et impériale qu’elle possédait avant 1763.
Le résultat est d’autant plus ambigu que les gains français ont été obtenus au prix d’un effort financier considérable. La participation française à la guerre américaine a exigé des dépenses militaires et navales très importantes et a aggravé les déséquilibres des finances royales. La monarchie peut donc se considérer comme victorieuse sur le plan stratégique et diplomatique tout en sortant de la guerre dans une situation financière extrêmement fragile.
Cette contradiction est l’une des grandes ambiguïtés de la paix de 1783. La France a contribué à infliger à la Grande-Bretagne une défaite stratégique majeure ; elle a récupéré une partie de ses positions ; elle a démontré qu’elle pouvait à nouveau construire une coalition militaire efficace contre Londres. Mais elle n’a pas transformé cette victoire en restauration durable de sa prééminence. La guerre a davantage corrigé les conséquences de 1763 qu’elle n’a restauré la situation antérieure à 1763.
La comparaison avec les États-Unis est à cet égard particulièrement frappante. La jeune République sort de la guerre avec un territoire considérablement agrandi, une indépendance reconnue et une légitimité internationale nouvelle. La France récupère des positions perdues et affaiblit son principal adversaire, mais elle ne dispose pas des moyens financiers nécessaires pour prolonger durablement cette politique de puissance et la crise financière qui en découle va même emporter la Monarchie. La coalition a donc produit une victoire commune, mais des bénéfices nationaux très différents.
- La paix de Paris et le nouvel ordre international. La portée de 1783 dépasse enfin les seuls rapports entre la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Le traité met en place un nouvel équilibre dans lequel les puissances européennes doivent désormais composer avec une République américaine indépendante. Celle-ci n’est encore qu’une puissance secondaire, mais elle dispose d’un territoire immense, de ressources considérables et d’un accès privilégié à l’Atlantique.
Le système international issu de la guerre est donc plus complexe que celui qui existait en 1778. La Grande-Bretagne conserve la première puissance navale et commerciale ; la France retrouve certaines positions et demeure une grande puissance européenne ; l’Espagne récupère notamment la Floride et Minorque ; les Provinces-Unies, engagées dans une guerre distincte avec la Grande-Bretagne depuis 1780, ne concluent leur règlement définitif avec Londres que le 20 mai 1784, plusieurs mois après les traités de paix de septembre 1783. Aucun acteur ne peut donc prétendre avoir imposé seul un nouvel ordre international.
La paix de 1783 révèle surtout les limites de la logique traditionnelle des coalitions européennes. La France et l’Espagne avaient combattu la Grande-Bretagne aux côtés des États-Unis, mais elles n’avaient pas exactement les mêmes objectifs que la nouvelle République. L’Espagne, en particulier, avait des préoccupations propres concernant la Floride, le golfe du Mexique et surtout Gibraltar. La France devait, quant à elle, arbitrer entre ses ambitions de puissance, ses intérêts coloniaux et la nécessité de mettre fin à une guerre devenue financièrement lourde.
La coalition qui avait fonctionné à Yorktown ne pouvait donc pas devenir une alliance permanente reposant sur une communauté parfaite d’intérêts. Elle avait été conçue pour atteindre un objectif précis : modifier suffisamment le rapport de forces pour rendre possible l’indépendance américaine. Une fois cet objectif atteint, les intérêts nationaux reprenaient progressivement leur autonomie. La coalition avait rempli sa fonction historique. Cette évolution permet de comprendre la véritable portée de l’expérience de 1778-1783. La coalition franco-américaine n’est pas seulement remarquable parce qu’elle a remporté Yorktown. Elle l’est parce qu’elle a réussi à articuler successivement trois niveaux différents de coopération : une alliance diplomatique, une coalition militaire et, enfin, une coordination diplomatique permettant de transformer la victoire en règlement international.
La dernière étape est cependant aussi celle où apparaît la limite du modèle. La France peut aider les États-Unis à conquérir leur indépendance ; elle ne peut pas décider à leur place de la nature de l’État qu’ils veulent construire ni des frontières qu’ils souhaitent obtenir. George Washington peut conduire une armée alliée ; il ne peut pas conduire la diplomatie de Franklin, Jay ou Adams. Le marquis de La Fayette peut circuler entre les deux mondes; il ne peut effacer leurs intérêts divergents. Le comte de Grasse peut assurer la maîtrise de la Chesapeake ; il ne peut transformer à lui seul cette victoire navale en règlement diplomatique. Chacun des hommes étudiés atteint ainsi les limites naturelles de son propre instrument de puissance.
C’est précisément cette articulation entre instruments qui donne à Yorktown sa signification historique. La victoire n’est pas née d’une supériorité française ou américaine considérée isolément, mais de la capacité à combiner des ressources différentes : le commandement politique et militaire de Washington, la liaison franco-américaine incarnée par La Fayette, l’expérience européenne de Rochambeau et la puissance maritime de de Grasse. La coalition n’a pas supprimé les différences entre ses membres ; elle les a rendues temporairement complémentaires.
Les traités de 1783 donnent à cette expérience sa conclusion juridique. Le traité de Paris consacre l’indépendance américaine ; les traités de Versailles rétablissent certains intérêts français et espagnols ; l’ensemble redessine l’équilibre atlantique. La victoire de Yorktown apparaît ainsi comme le moment opérationnel d’une transformation dont la paix de 1783 constitue l’aboutissement diplomatique.
Il faut toutefois se garder d’une lecture téléologique. La France n’a pas volontairement créé la future puissance américaine pour être remplacée par elle ; Washington et ses alliés n’ont pas prévu le rôle que les États-Unis joueraient au XIXe siècle et encore moins au-delà ; la Grande-Bretagne, malgré sa défaite, conserve des ressources considérables et va bientôt entreprendre la reconstruction de sa puissance impériale et commerciale encore plus puissante. La paix de 1783 ne constitue donc pas la naissance instantanée d’un nouvel ordre mondial, mais un moment de recomposition de l’ordre international.
C’est en cela que Yorktown et Versailles doivent être lus ensemble. Yorktown démontre qu’une coalition peut transformer une convergence d’intérêts en victoire militaire. Versailles et Paris démontrent qu’une victoire commune ne supprime jamais les intérêts nationaux qui réapparaissent au moment de la paix. Entre les deux se trouve toute la difficulté du commandement de coalition : savoir gagner ensemble sans prétendre que les vainqueurs auront nécessairement le même intérêt à la paix.
Ainsi s’achève le parcours commun de Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse ainsi que le rôle historique de la Marine royale française pleinement reconstruite sur les décombres de 1763. Ils n’ont pas seulement participé à une bataille décisive de la guerre d’Indépendance. Ils ont contribué à une expérience politique et stratégique plus large : transformer une alliance conclue entre deux États en une coalition militaire capable de concentrer des forces terrestres et navales sur un point décisif, puis convertir cette victoire en un règlement international qui reconnaît l’existence d’une nouvelle puissance. Yorktown fut leur démonstration opérationnelle ; Paris et Versailles en furent la traduction diplomatique. La coalition avait gagné la guerre américaine. Elle avait aussi contribué, sans nécessairement le savoir, à modifier durablement l’équilibre des puissances dans l’Atlantique.
Conclusion
La victoire de Yorktown occupe une place singulière dans l’histoire militaire et diplomatique de la fin du XVIIIᵉ siècle. Elle constitue naturellement l’un des actes fondateurs de l’indépendance des États-Unis, mais elle marque également le retour de la France parmi les grandes puissances capables de contester la suprématie britannique sur mer et sur terre. Pourtant, si la mémoire collective a retenu les noms de Washington, de La Fayette, de Rochambeau ou de l’amiral de Grasse, elle a parfois eu tendance à considérer leurs actions comme autant de parcours parallèles convergeant presque naturellement vers une victoire devenue inévitable.
L’analyse développée ici conduit à une conclusion sensiblement différente. Yorktown ne fut ni l’œuvre d’un seul homme, ni le résultat d’une succession de succès tactiques indépendants. La campagne de 1781 apparaît au contraire comme l’aboutissement d’une longue construction politique, diplomatique, militaire et navale, engagée plusieurs années auparavant, dans laquelle chacun des principaux acteurs apporte une compétence que les autres ne possèdent pas. Washington donne à la coalition sa légitimité politique et son unité de commandement. La Fayette établit un lien de confiance exceptionnel entre les dirigeants américains et la Cour de Versailles. Rochambeau apporte l’expérience du commandement, de la discipline et de la guerre de siège. De Grasse, enfin, assure la maîtrise temporaire de l’espace maritime indispensable à l’encerclement de Cornwallis. Pris isolément, aucun de ces hommes n’aurait probablement été en mesure d’obtenir une victoire décisive ; réunis au sein d’une même coalition stratégique franco-américaine, ils transforment une alliance diplomatique en succès militaire, puis en victoire politique.
Cette démonstration invite également à dépasser une lecture strictement nationale de la guerre d’Indépendance américaine. La victoire de Yorktown est celle d’une coalition stratégique interalliée, fondée sur la complémentarité des moyens, la confiance entre les commandements, la permanence du dialogue politique et la capacité d’adapter les plans aux circonstances. L’abandon du projet d’offensive contre New York au profit de la Virginie, la coordination des opérations terrestres et navales, ou encore l’exploitation immédiate de la supériorité acquise dans la Chesapeake illustrent la remarquable souplesse d’un commandement qui sut privilégier l’objectif stratégique sur les préférences individuelles. À cet égard, Yorktown demeure l’un des premiers exemples pleinement aboutis d’une opération interalliée conduite à l’échelle d’un théâtre d’opérations océanique.
L’enseignement dépasse d’ailleurs largement le XVIIIᵉ siècle. Les coalitions contemporaines, qu’elles soient militaires, diplomatiques ou économiques, demeurent confrontées aux mêmes exigences : définir un objectif commun, répartir les responsabilités selon les compétences de chacun, maintenir la confiance entre les partenaires et conserver la liberté d’adapter les plans aux évolutions de la situation. En ce sens, l’expérience franco-américaine de 1777 à 1783 constitue moins une exception historique qu’un modèle précoce de coopération stratégique entre États poursuivant un intérêt convergent sans pour autant renoncer à leurs propres objectifs nationaux.
Le choix de faire débuter cette étude à Rochefort, de l’amener à la Chesapeake et Yorktown puis de l’achever à Versailles répond ainsi à une logique historique et géographique, sur l’aire Atlantique, autant que symbolique. Rochefort représente le temps de la préparation : celui des arsenaux, des navires, des officiers, des traversées de l’Atlantique et des premiers engagements qui rendent l’alliance possible. Yorktown incarne le temps de la décision, lorsque la coalition franco-américaine atteint sa pleine maturité militaire. Versailles enfin consacre la transformation de cette victoire opérationnelle en nouvel équilibre diplomatique et international. De l’arsenal charentais aux salons de la diplomatie européenne, en passant par les rivages de la Chesapeake, c’est une même chaîne d’événements qui conduit à la naissance d’une puissance nouvelle et au rétablissement, provisoire mais éclatant, du rang international de la France.
Deux siècles et demi plus tard, la campagne de Yorktown conserve ainsi une remarquable actualité. Elle rappelle qu’aucune victoire stratégique durable ne résulte du seul courage des combattants, de la seule qualité d’un chef ou de la seule supériorité des armements. Elle est l’aboutissement d’une vision politique, d’une stratégie cohérente, d’une diplomatie active, d’une organisation logistique rigoureuse et d’une coopération interalliée patiemment construite. Telle est sans doute la principale leçon que lèguent Washington, La Fayette, Rochambeau et de Grasse : les plus grandes victoires ne sont jamais celles d’un homme seul, mais celles d’une coalition capable de transformer une communauté d’intérêts en communauté d’action.
Cette leçon traverse les siècles. Les plus grands commandants de coalitions retrouveront les mêmes exigences : unir des nations souveraines autour d’un objectif commun, préserver leur confiance réciproque, coordonner leurs moyens et adapter sans cesse leurs plans aux circonstances. De Yorktown à l’Europe de 1944, Washington et Eisenhower illustrent une même conception du commandement interallié : la victoire appartient moins au génie solitaire d’un chef qu’à l’intelligence collective d’alliés capables de préparer ensemble l’action, de conduire ensemble les opérations et de transformer une alliance politique en une véritable communauté stratégique. Des rivages de la Chesapeake aux plages de Normandie, une même vérité s’impose : les victoires décisives ne doivent rien au hasard ; elles naissent de la rencontre entre une vision politique, une préparation méthodique, la confiance entre des nations libres et la volonté partagée de mettre durablement leurs forces au service d’un objectif commun.
Annexe 1 – Les principaux officiers généraux français à Yorktown (1781)
A/ Les officiers supérieurs de l’Armée Royale
| Officier | Âge en 1781 | Campagnes antérieures (très succinctement) | Fonction à Yorktown | Suite de la carrière |
|---|---|---|---|---|
| Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau | 56 ans | Guerre de Succession d’Autriche ; Guerre de Sept Ans ; vétéran de nombreux sièges européens. | Commandant en chef du corps expéditionnaire français ; principal organisateur du siège avec Washington ; direction des opérations terrestres françaises. | Maréchal de France (1791) ; commande l’armée du Nord (1792) ; emprisonné sous la Terreur ; meurt en 1807. |
| François-Jean de Beauvoir, chevalier de Chastellux | 48 ans | Guerre de Sept Ans ; officier général et membre de l’Académie française. | Major général de l’armée française ; chef d’état-major de Rochambeau ; assure la coordination avec Washington. | Lieutenant général ; auteur des Voyages dans l’Amérique septentrionale. |
| Charles-Gabriel, baron de Vioménil | 58 ans | Guerre de Succession d’Autriche ; Guerre de Sept Ans. | Commande la brigade Bourbonnais ; dirige l’assaut contre l’une des principales redoutes britanniques. | Lieutenant général ; commandant sous la Révolution puis émigration. |
| Joseph-Hyacinthe, comte de Vioménil | 44 ans | Guerre de Sept Ans ; campagnes en Corse. | Commande la brigade Soissonnais-Saintonge ; participe à la conduite du siège. | Lieutenant général ; poursuit sa carrière sous la Monarchie. |
| Claude-Anne de Rouvroy, marquis de Saint-Simon | 37 ans | Campagnes des Antilles ; expédition de Saint-Domingue. | Arrive avec les 3 000 hommes embarqués par de Grasse ; renforce décisivement les effectifs alliés. | Lieutenant général ; poursuit son service colonial jusqu’à la paix. |
| Claude-Gabriel, duc de Choisy | 57 ans | Guerre de Succession d’Autriche ; Guerre de Sept Ans. | Commande le détachement chargé de contenir Tarleton à Gloucester ; ferme toute possibilité de retraite britannique. | Promu maréchal de camp après la campagne. |
| François-Marie d’Aboville | 46 ans | Officier d’artillerie ; campagnes européennes. | Commandant de l’artillerie française ; dirige le déploiement des batteries qui détruisent progressivement les défenses britanniques. | Général de division ; Premier inspecteur général de l’artillerie ; sénateur sous l’Empire. |
B/ Les officiers français servant dans l’armée américaine
| Officier | Âge en 1781 | Fonction |
|---|---|---|
| Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (Major General de l’armée continentale des Etats-Unis) | 24 ans | Commande l’avant-garde américaine en Virginie depuis le printemps 1781 ; suit Cornwallis pendant plusieurs mois ; verrouille Yorktown avant l’arrivée de Washington et Rochambeau ; commande la Light Division durant le siège ; participe personnellement à l’assaut de la redoute n° 10 ; principal officier de liaison entre les commandements américain et français. |
| Louis Le Bègue du Portail (Brigadier General) | 39 ans | Ingénieur militaire ; organise les travaux de siège américains ; ancien officier du génie royal français envoyé secrètement en Amérique dès 1777. |
| Pierre-Charles L’Enfant (Major of the Corps of Engineers) | 27 ans | Officier du génie ; participe aux travaux de siège ; futur concepteur du plan de la ville de Washington D.C. |
| Armand Tuffin, marquis de La Rouërie (Colonel Armand) | 31 ans | Commande une légion de cavalerie de l’armée continentale ; participe à la campagne de Virginie avant Yorktown. |
| Louis de Fleury (Lieutenant-colonel of the Corps of Engineers) | 41 ans | Ingénieur militaire ; vétéran de Brandywine, Stony Point et Yorktown ; reçoit plusieurs distinctions du Congrès américain. |
| Jean de Gimat (Colonel) | 34 ans | Ancien aide de camp de La Fayette ; commande un bataillon d’infanterie légère américaine pendant la campagne. |
Observations
Cette liste met en lumière une caractéristique rarement soulignée de la campagne de Yorktown : la présence simultanée de deux hiérarchies françaises : la première est celle de l’Armée royale, commandée par Rochambeau et composée d’officiers généraux issus des grandes guerres européennes. La seconde est constituée des officiers français incorporés dans l’armée continentale des Etats-Unis, au premier rang desquels figure La Fayette comme major général américain. Leur connaissance réciproque, leur origine commune et leurs liens personnels facilitent considérablement la coopération entre les deux armées. À Yorktown, cette double présence française agit comme un véritable multiplicateur de cohésion au sein de la coalition franco-américaine, phénomène presque sans équivalent pendant la guerre d’Indépendance.
Annexe 2 – Les principaux officiers supérieurs de la Marine royale française pendant la campagne de Yorktown et de la Chesapeake (1781)
| Officier | Âge en 1781 | Grade et commandement | Rôle dans la campagne | Suite de la carrière |
|---|---|---|---|---|
| François-Joseph-Paul, comte de Grasse | 59 ans | Lieutenant général des armées navales ; commandant de la flotte des Antilles ; pavillon sur La Ville de Paris (104 canons) | Commande les vingt-huit vaisseaux de ligne qui gagnent la Chesapeake ; débarque plus de 3 000 soldats ; remporte la bataille du 5 septembre contre Graves et verrouille la baie jusqu’à la capitulation de Cornwallis. Son action constitue la condition navale de la victoire de Yorktown. | Battu et capturé aux Saintes (1782), libéré en 1783 ; défend son action devant le Conseil de guerre ; meurt en 1788. |
| Jacques-Melchior Saint-Laurent, comte de Barras de Saint-Laurent | 46 ans | Chef d’escadre ; commandant de l’escadre de Newport ; pavillon sur l’Expériment (64 canons) | Quitte Newport le 27 août 1781 avec huit vaisseaux de ligne, quatre frégates et dix-huit transports portant le train d’artillerie, les munitions et les équipements du siège ; rejoint de Grasse après la bataille du 5 septembre ; son arrivée rend possible le siège régulier de Yorktown. | Lieutenant général des armées navales (1784) ; poursuit sa carrière sous la Révolution. |
| Louis-Antoine de Bougainville | 52 ans | Chef d’escadre ; commandant de l’avant-garde ; pavillon sur L’Auguste (80 canons) | Dirige l’avant-garde française lors de la bataille de la Chesapeake ; seconde de Grasse dans la conduite tactique de la flotte ; contribue au maintien de la ligne de bataille française. | Vice-amiral en 1792 ; sénateur sous l’Empire ; demeure l’une des grandes figures de la Marine française. |
| François-Claude-Amour, marquis de Monteil | 59 ans | Chef d’escadre ; commandant de l’arrière-garde | Commande l’une des trois divisions de la ligne de bataille française ; participe à la couverture de l’entrée de Barras dans la Chesapeake. | Lieutenant général ; poursuit son service jusqu’à la Révolution. |
| Charles René Dominique Sochet des Touches | 53 ans | Chef d’escadre ; ancien commandant de Newport ; pavillon sur Le Neptune (74 canons) au printemps 1781 | Prépare la campagne de Yorktown par ses opérations de février-mars 1781 ; combat l’amiral Arbuthnot au cap Henry le 16 mars ; démontre le caractère décisif de la maîtrise de la Chesapeake ; plusieurs de ses bâtiments rejoignent ensuite l’escadre de Barras. | Promu lieutenant général ; participe aux Saintes ; meurt en 1793. |
| Albert de Rions | 36 ans | Capitaine de vaisseau ; commandant du Pluton (74 canons) | Commande l’un des meilleurs vaisseaux de l’avant-garde ; se distingue pendant le combat du 5 septembre. | Devient chef d’escadre ; joue ensuite un rôle important à Brest. |
| Pierre-Joseph de Castellan | 47 ans | Capitaine de vaisseau ; commandant de l’Auguste (80 canons), navire-amiral de Bougainville | Assure le commandement effectif du bâtiment portant la marque de Bougainville ; participe à toute la bataille. | Poursuit sa carrière jusqu’à la Révolution. |
| Louis-Augustin de Monteclerc | 44 ans | Capitaine de vaisseau ; commandant du Diadème (74 canons) | Participe au combat de la Chesapeake au sein de l’avant-garde. | Continue à servir jusqu’à la Révolution. |
| Castellane-Majastre | 40 ans | Capitaine de vaisseau ; commandant du Marseillois (74 canons) | Se distingue au cours du combat du 5 septembre ; son bâtiment est parmi les plus engagés. | Trouve la mort héroïquement aux Saintes en avril 1782. |
| Jean-François de La Pérouse | 40 ans | Capitaine de vaisseau ; commandant de l’Astrée (38 canons) | N’appartient pas à la ligne de bataille de la Chesapeake, mais participe aux opérations navales d’Amérique et sera bientôt chargé de la grande expédition scientifique autour du monde. Sa présence rappelle la qualité exceptionnelle de cette génération d’officiers. | Promu chef d’escadre le 2 novembre 1786 par Louis XVI, meurt à Vanikoro au cours de l’expédition du Pacifique en 1788. |
Annexe 3 – Les forces de la coalition franco-américaine engagées dans la campagne de Yorktown (septembre-octobre 1781)
I. Les forces terrestres
| Origine des forces | Commandement | Effectifs approximatifs | Observations |
|---|---|---|---|
| Armée continentale américaine | George Washington | 5 850 soldats réguliers | Continentaux provenant principalement des divisions de Lincoln, La Fayette et von Steuben. |
| Milices américaines | Gouverneur Thomas Nelson et officiers des États | 3 300 | Milices de Virginie et des États voisins ; essentiellement employées aux missions d’investissement et de couverture. |
| Corps expéditionnaire français | Comte de Rochambeau | 4 900 | Régiments Bourbonnais, Soissonnais, Royal-Deux-Ponts, Saintonge, Gâtinais, Agénois, Touraine, artillerie d’Aboville, Légion de Lauzun. |
| Corps de Saint-Simon | Marquis de Saint-Simon | 3 300 | Débarqué de la flotte de de Grasse à Williamsburg fin août 1781. |
| Fusiliers-marins français employés à terre | Choisy | 800 | Affectés principalement à Gloucester afin de verrouiller la rive nord de la York River. |
| Total des forces terrestres alliées | Washington – Rochambeau | ≈ 18 150 hommes | Environ moitié américains, moitié français. |
II. Les forces navales françaises
| Escadre | Commandement | Composition | Effectifs approximatifs | Mission |
|---|---|---|---|---|
| Escadre des Antilles | Comte de Grasse | 28 vaisseaux de ligne, 7 frégates, 2 cutters | ≈ 18 000 marins | Victoire de la Chesapeake, blocus de la baie, débarquement de 3 000 soldats. |
| Escadre de Newport | Comte de Barras | 8 vaisseaux de ligne, 4 frégates, 18 transports | ≈ 6 000 marins | Transport du train de siège, de l’artillerie lourde, des munitions et des approvisionnements. |
| Compagnies franches de la Marine | Officiers de Marine | ≈ 4 500 hommes | Une partie reste embarquée ; environ 800 participent aux opérations terrestres à Gloucester. | |
| Total des forces navales françaises | de Grasse – Barras | 36 vaisseaux de ligne, 11 frégates, 18 transports | ≈ 28 500 hommes | Plus importante concentration navale française de toute la guerre d’Indépendance américaine. |
Annexe 4 – Les forces britanniques engagées dans la campagne de Yorktown (septembre-octobre 1781)
I. Les forces terrestres britanniques et allemandes
| Origine des forces | Commandement | Effectifs approximatifs | Observations |
|---|---|---|---|
| Armée britannique régulière | Lieutenant General Charles, Earl Cornwallis | ≈ 5 800 | Gardes, infanterie légère, régiments de ligne (17th, 23rd Royal Welch Fusiliers, 33rd, 43rd, 71st Highlanders, 76th, 80th, etc.), Royal Artillery et Royal Marines. |
| Auxiliaires allemands (Hesse-Cassel, Ansbach-Bayreuth, Hesse-Hanau) | Colonel August von Voigt | ≈ 2 200 | Infanterie, chasseurs (Jägers) et artillerie allemande au service de la Couronne britannique. |
| Loyalistes américains | Banastre Tarleton ; John Graves Simcoe | ≈ 500 | British Legion, Queen’s Rangers et autres unités provinciales ; principalement engagées à Gloucester Point. |
| Total des forces terrestres | Cornwallis | ≈ 8 300 | Environ 70 % de Britanniques, 25 % d’Allemands et 5 % de Loyalistes américains. |
II. Les forces navales britanniques
| Escadre | Commandement | Composition | Effectifs approximatifs | Mission |
|---|---|---|---|---|
| Escadre de Thomas Graves | Admiral Thomas Graves | 19 vaisseaux de ligne, plusieurs frégates et bâtiments légers | ≈ 13 000 marins | Tenter de reprendre le contrôle de la Chesapeake, ravitailler ou évacuer Cornwallis ; battue stratégiquement le 5 septembre 1781. |
| Escadre de Samuel Hood | Rear Admiral Samuel Hood | Intégrée à la flotte de Graves | — | Constitue l’avant-garde britannique après son arrivée des Antilles ; participe à la bataille de la Chesapeake. |
| Flottille de Yorktown | Commodore Thomas Symonds | Environ 60 navires, pour la plupart transports, navires de soutien et bâtiments auxiliaires | ≈ 1 500 marins | Soutien logistique de l’armée de Cornwallis ; plusieurs bâtiments sont sabordés durant le siège. |
| Total des forces navales | Graves | 19 vaisseaux de ligne et une importante flottille auxiliaire | ≈ 14 500 hommes | Inférieures en nombre aux forces navales françaises (36 vaisseaux de ligne). |
Notes
- « harmonie et bonne compréhension entre les généraux des nations alliées, dont les vues doivent, comme leurs intérêts, être les mêmes. » ↩
- « Les plans ne valent rien, mais planifier est tout ». ↩
- Voir nos principaux travaux antérieurs consacrés, dans le cadre du 250e anniversaire de l’Indépendance américaine et du 400e anniversaire de la Marine française, aux hommes, aux institutions et à la pensée navale qui forment l’arrière-plan de la présente étude : François Souty, « Armand-Guy Simon de Coëtnempren, comte de Kersaint (1742-1793) : un marin des Lumières dans la renaissance de la puissance navale française durant la guerre d’Indépendance américaine », Le Diplomate Média, 15 juillet 2026 47 p. ; Id., « Bougainville et La Pérouse dans la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : deux officiers de Marine entre les deux grandes circumnavigations françaises du XVIIIe siècle », Le Diplomate Média, 20 août 2026, 51 p. ; Id., « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ; Id., « La pensée stratégique navale française au XXIᵉ siècle – Réflexions sur quatre siècles d’histoire maritime autour de l’ouvrage de l’amiral Nicolas Vaujour, Les guerres des mers (2026) », Le Diplomate Média, 29 juillet 2026, 54 p. ↩
- Sur les trajectoires militaires et politiques des quatre protagonistes avant Yorktown, v. notamment Marion Vandal et Paul Lesourd, La Fayette ou le sortilège de l’Amérique, Paris, Editions France-Empire, 1976, 314 p. ; cet ouvrage a été publié en relation directe avec le 200e anniversaire de la déclaration d’Indépendance ; Laurence Chatel de Brancion et Patrick Villiers, La Fayette, Rêver la gloire, Paris, édition Monelle Hayot, 2013, 344 p. ; Laurent Zecchini, Lafayette, héraut de la Liberté, Paris, Fayard, 2019, 570 p. ; Gonzague Saint Bris, La Fayette, Paris, éditions Télémaque, 2006, 407 p. ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des américains, Paris Tallandier, 2026, 462 p. ; Ron Chernow, Washington: A Life, New York, Penguin Press, 2010, XXI-904 p. ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, Paris, Tallandier, 2026, 462p. ; Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p.; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany, Hudson River Valley Greenway, 2001, 220 p. ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy: The Transformation of the French Army in an Age of Revolution, Niwot, University Press of Colorado, 1998, XIII-251 p. ; David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, 564 p. ; James Kirby Martin et Mark Edward Lender, A Respectable Army: The Military Origins of the Republic, 1763-1789, 3e éd., Malden, Wiley-Blackwell, 2015, 264 p. ↩
- Sur l’expérience de la Guerre de Sept Ans et son importance dans la formation des futurs acteurs de la guerre d’Indépendance, v. Fred Anderson, Crucible of War: The Seven Years’ War and the Fate of Empire in British North America, 1754-1766, New York, Alfred A. Knopf, 2000, XXV-862 p. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years’ War, Lincoln, University of Nebraska Press, 2005, XIII-445 p. ↩
- Sur les difficultés rencontrées par Washington dans la constitution et le maintien de l’armée continentale, v. David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, 564 p., p. 3-35 ; James Kirby Martin et Mark Edward Lender, op.cit., p. 43-75 ↩
- Sur l’engagement initial de La Fayette et son rôle progressivement croissant dans les relations franco-américaines, v. notamment Laurent Zecchini, op.cit. ; également François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) op.cit. à note 1. ↩
- Sur la formation initiale de Washington et notamment son expérience d’arpenteur, v. Fred Anderson, Crucible of War: The Seven Years’ War and the Fate of Empire in British North America, 1754-1766, New York, Alfred A. Knopf, 2000, xxv-862 p., p. 9-42, notamment p. 42-50. Aussi Yves-Marie Péréon, op. cit. ↩
- Ibid., p. 42-50. Sur la mission de Washington dans la vallée de l’Ohio et sa rencontre avec les autorités françaises, v. également Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years’ War, Lincoln, University of Nebraska Press, 2005, xiii-445 p. ; p. 12-19. sa première partie replace explicitement la crise nord-américaine de 1753-1754 dans la détérioration des relations franco-britanniques. ↩
- Fred Anderson, op. cit., p. 50-74 ; sur Fort Necessity et les débuts du commandement de Washington, Robert C. Alberts, A Charming Field for an Encounter: The Story of George Washington’s Fort Necessity, National Park Service, 1975, disponible sur le portail officiel du gouvernement fédéral : A Charming Field for an Encounter (GovInfo) ; v. également U.S. National Park Service, « The Reconstructed Fort Necessity », Fort Necessity National Battlefield, expliquant le déroulement de la campagne de 1754, le combat de Jumonville Glen, la construction de Fort Necessity et la bataille du 3 juillet 1754 : The Reconstructed Fort Necessity. ↩
- Fred Anderson, op. cit., p. 50-74. Anderson consacre notamment les premières sections de son ouvrage à Jumonville, à l’échec de Fort Necessity et à la montée de la crise impériale. ↩
- Ibid., p. 86-107. Anderson consacre le développement intitulé « General Braddock Takes Command » à l’expédition britannique de 1755, avant celui consacré au désastre de la Monongahela. ↩
- Yves-Marie Péréon, op.cit. p. 72. ↩
- Sur l’expérience acquise par Washington au contact de l’armée britannique et sur les limites de cette formation initiale, v. également ibid., p. 86-107 ; U.S. National Park Service, « The Braddock Campaign », op.cit.. Le jeune Washington participa à l’expédition de Braddock comme aide volontaire du général britannique et fut directement confronté aux difficultés de la guerre dans les espaces nord-américains. ↩
- Fred Anderson, op. cit., p. 246-276. Sur la prise de Fort Duquesne et la fin de la carrière militaire coloniale de Washington, v. également U.S. National Park Service, « George Washington », op.cit. ↩
- Sur la période qui suit la Guerre de Sept Ans et l’activité politique de Washington en Virginie, v. Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, Paris, Tallandier, 2026, 462 p., en particulier p. 75-101 ; Aussi Ron Chernow, Washington : A Life, New York, Penguin Press, 2010, XXI-904 p. ; ↩
- Sur la désignation de Washington comme commandant en chef de l’armée continentale par le Congrès le 19 juin 1775 ainsi que les raisons politiques et militaires de ce choix, v. Continental Congress, « Commission from the Continental Congress, 19 June 1775 », dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. I, 16 June 1775–15 September 1775, éd. Philander D. Chase, Charlottesville, University Press of Virginia, 1985, p. 6-8, reproduit sur Founders Online, National Archives. Commission from the Continental Congress, 19 June 1775 ; U.S. Army Center of Military History, « Washington Takes Command of Continental Army in 1775 », Army News Service, 15 avril 2016. Washington Takes Command of Continental Army in 1775 ; voir également U.S. Army Center of Military History, « The Continental Army », dossier consacré à l’armée continentale dans le cadre du 250e anniversaire de l’U.S. Army. The Continental Army. Egalement James Kirby Martin et Mark Edward Lender, A Respectable Army : The Military Origins of the Republic, 1763-1789, 3e éd., Malden, Wiley-Blackwell, 2015, p. 43-75. ↩
- Sur la portée politique du choix d’un Virginien à la tête de l’armée continentale, v. également Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany, Hudson River Valley Greenway, 2001, notamment p. 21-35 pour le contexte historique et p. 100 et s. pour la stratégie franco-américaine. ↩
- James Kirby Martin et Mark Edward Lender, op. cit., p. 43-75. Les auteurs consacrent notamment leur troisième chapitre à la constitution d’une armée continentale permanente, à partir de 1776, p. 66 s. ↩
- David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, p. 3-35 ; James Kirby Martin et Mark Edward Lender, op. cit., p. 66-101. Fischer traite notamment, dans les premiers chapitres de son ouvrage, de la crise de 1776 et de la reconstruction de la dynamique militaire américaine autour de Washington. ↩
- James Kirby Martin et Mark Edward Lender, op. cit., p. 66-101 ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy: The Transformation of the French Army in an Age of Revolution, Niwot, University Press of Colorado, 1998, XIII-251 p. ↩
- Sur les origines familiales et la formation de La Fayette, v. Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p. ; Laurence Chatel de Brancion et Patrick Villiers, La Fayette. Rêver la gloire, Paris, Monelle Hayot, 2013, 344 p. ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, op.cit. Pour le contexte idéologique et politique de l’engagement du jeune marquis, v. également Marion Vandal et Paul Lesourd, La Fayette ou le sortilège de l’Amérique, Paris, France-Empire, 1976, 314 p. ↩
- Sur la politique française à l’égard des Insurgents avant l’alliance, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years’ War, op.cit., p. 12-19 ; sur le processus conduisant de l’aide clandestine à l’alliance officielle, v. Id., The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975. Sur les traités du 6 février 1778, v. The Treaties of Amity and Commerce and of Alliance between France and the United States, Paris, 6 février 1778. ↩
- André Lebois, « Beaumarchais et les Insurgents d’Amérique », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, t. 84, n° 3, 1977, p. 173-182, spéc. p. 173-175. L’auteur souligne le rôle joué par Beaumarchais auprès de Vergennes puis de Louis XVI et son action clandestine en faveur des Américains. ↩
- La décision du Congrès est du 31 juillet 1777. V. « Resolution of Congress appointing the Marquis de Lafayette major general », 31 juillet 1777, Journals of the Continental Congress, 1774-1789, vol. VIII, Washington, Government Printing Office, 1907, p. 594. Sur les circonstances de cette nomination, v. Bernard Druène, « Les premières armes de La Fayette», Revue historique des Armées, 3e année, n° 4, 1976, p. 25-46, spéc. p. 25-27. ↩
- Sur les premières difficultés rencontrées par La Fayette et sur son intégration progressive dans l’armée continentale, v. Bernard Druène, « Les premières armes de La Fayette », op. cit., p. 25-46. Le caractère exceptionnel de sa nomination tient notamment à son âge, à son absence d’expérience du combat et à la dimension politique de son engagement. ↩
- Sur la première rencontre entre Washington et La Fayette et les débuts de leur relation, v. George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, éd. Philander D. Chase et al., Charlottesville, University Press of Virginia, 1985-2019, vol. 10, 1777, et Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. ↩
- Sur la relation personnelle et militaire entre les deux hommes, v. David McCullough, 1776, New York, Simon & Schuster, 2005 ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, op. cit. La documentation contemporaine montre rapidement que Washington considère La Fayette comme un officier français dont le comportement peut avoir une portée politique au-delà de son seul commandement. ↩
- George Washington, « To John Hancock, 11 September 1777 », The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 11, 1777, document du 11 septembre 1777. Washington y signale expressément que « The Marquis La Fayette was wounded in the leg ». ↩
- Sur la demande de La Fayette d’obtenir un commandement correspondant à son grade et l’intervention de Washington en sa faveur, v. George Washington, « To the President of Congress, 1 November 1777 », The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 12, 1777. Washington souligne notamment le courage manifesté par La Fayette à Brandywine et son attachement à la cause américaine. La décision du Congrès intervint le 1er décembre 1777 . ↩
- Sur l’expérience de La Fayette à Valley Forge et son intégration à l’armée continentale, v. John Ferling, Almost a Miracle. The American Victory in the War of Independence, New York, Oxford University Press, 2007 ; Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. Sur Valley Forge et l’état de l’armée continentale, v. également James Kirby Martin et Mark Edward Lender, A Respectable Army. Op.cit. ↩
- Sur les premières campagnes de La Fayette en 1777-1778 et son apprentissage du commandement, v. Bernard Druène, « Les premières armes de La Fayette », op. cit., p. 25-46 ; Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. La documentation américaine confirme notamment son rôle à Barren Hill et à Monmouth en 1778 ↩
- Les deux traités franco-américains furent signés à Paris le 6 février 1778. V. The Treaties of Amity and Commerce and of Alliance between France and the United States, Paris, 6 février 1778. Sur la portée stratégique du changement opéré par l’entrée officielle de la France dans la guerre, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, op. cit. ↩
- La Fayette quitta Boston le 11 janvier 1779 à bord de la frégate Alliance et arriva en France en février 1779. Il y plaida activement pour un renforcement de l’aide française aux États-Unis. V. « Marquis de Lafayette to Benjamin Franklin, 12 July 1779 », dans The Papers of Benjamin Franklin, vol. 30, éd. Barbara B. Oberg, New Haven et Londres, Yale University Press, 1993, p. 98-100. ↩
- Il convient de distinguer ici le rôle politique de La Fayette de celui des principaux décideurs de la politique française. La décision d’intervenir contre la Grande-Bretagne procède de la convergence entre les objectifs de Vergennes, l’évolution de la situation militaire américaine, notamment après Saratoga, et le calcul stratégique de Louis XVI. Sur l’action de Beaumarchais dans cette évolution, v. André Lebois, « Beaumarchais et les Insurgents d’Amérique », op. cit., p. 173-182. ↩
- Château de Versailles, « Versailles et les États-Unis », notice consacrée aux relations franco-américaines et au rôle de La Fayette. Le site souligne que La Fayette, arrivé en Amérique en juin 1777 pour soutenir la cause américaine, devint l’intime de Washington et contribua à convaincre le Congrès d’envoyer une délégation à Versailles. « Versailles et les États-Unis », Château de Versailles. ↩
- Sur la relation de confiance entre Washington et La Fayette, v. George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, op. cit., et Marie-Joseph-Paul-Yves-Roch-Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, correspondance avec Washington, 1777-1781, dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series. La relation entre les deux hommes acquiert progressivement une dimension à la fois militaire, politique et diplomatique. ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p., spéc. p. 247-292 (retour de La Fayette en France en 1779, préparation de la nouvelle expédition et négociations avec Vergennes et Louis XVI), p. 293-307 (embarquement sur L’Hermione, traversée de 1780 et mission auprès de Washington), p. 308-391 (campagne de 1780-1781 et rôle de La Fayette jusqu’à Yorktown) ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit. p. 161-196 (de l’alliance franco-américaine à l’expédition de Rochambeau), p. 271-317 (campagne de Chesapeake), p. 318-356 (Yorktown et ses conséquences stratégiques) ; Laurence Chatel de Brancion et Patrick Villiers, La Fayette. Rêver la gloire, Paris, Monelle Hayot, 2013, 344 p., spéc. p. 149-184 (retour en France et préparation de la seconde mission américaine), p. 185-223 (le voyage de L’Hermione, les relations avec Washington et la préparation de l’expédition française), p. 224-274 (la campagne de Virginie et Yorktown). Patrick Villiers, avec la participation de Jean-Claude Lemineur, L’Hermione. La Fayette, La Touche-Tréville, deux hommes et une frégate au service de l’Indépendance américaine. Étude et documents historiques (1764-1793), Nice, Éditions Ancre, 2021, 216 p., spéc. chap. XIII (« L’Hermione et La Fayette, la traversée vers Boston »), chap. XIV (« L’Hermione, La Touche-Tréville et La Fayette au service des Insurgents ») et chap. XV (« 1781 : des batailles navales de la Chesapeake à Yorktown »). ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p., spéc. p. 293-307 (préparation du second voyage de La Fayette et mission confiée par Louis XVI) ; Patrick Villiers et Jean-Claude Lemineur, L’Hermione, La Fayette, La Touche-Tréville. Une frégate au service de l’Indépendance américaine. Étude et documents historiques (1764-1793), Nice, Éditions Ancre, 2021, 216 p., spéc. chap. XIII à XV (la traversée de 1780, les premières opérations de L’Hermione et les campagnes américaines) ; Voir le site d el’Hermione « Hermione, La Frégate de la liberté », « Préparation de la campagne américaine de 1780», qui reproduit et commente le journal de bord de La Touche-Tréville, décrit le doublage en cuivre de la frégate, son armement, son équipage ainsi que les instructions du ministre Sartine prescrivant de conduire La Fayette auprès de Washington afin de lui annoncer l’arrivée prochaine du corps expéditionnaire français, Préparation de la campagne américaine de 1780 ; Id., « Son histoire », présentant la construction de L’Hermione, sa mission secrète de mars 1780, la traversée de trente-huit jours vers Boston et ses principales campagnes jusqu’en 1782, Son histoire ; Ministère des Armées, « La Marine royale dans la guerre d’indépendance des États-Unis », 29 avril 2026, rappelant que Louis XVI confia à La Touche-Tréville le soin de convoyer officiellement La Fayette à Boston afin d’annoncer à Washington l’arrivée des renforts français, La Marine royale dans la guerre d’indépendance des États-Unis ; Ministère des Armées, « Latouche-Tréville. L’art du commandement », présentant la carrière de Louis-René-Madeleine Levassor de Latouche-Tréville et son rôle dans la guerre d’Indépendance américaine, Latouche-Tréville – L’art du commandement. ↩
- Sur la chronologie du voyage, voir Hermione, La Frégate de la liberté, « Son histoire » ; la frégate indique un départ définitif en mars 1780 et une traversée de trente-huit jours, avec arrivée à Boston le 28 avril. La documentation rochefortaise signale également le premier départ et le retour à l’île d’Aix à la suite de l’avarie survenue au début de la traversée. ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. ; sur La Touche-Tréville, voir également la notice biographique et la documentation consacrée à L’Hermione aux notes 36 et 37. Le site officiel de la frégate souligne notamment que le navire, après avoir transporté La Fayette, fut employé dans des missions de surveillance, de protection du commerce et de combat. ↩
- George Washington to Captain La Touche-Tréville, 19 May 1780, dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 26, 13 May–4 July 1780, éd. Benjamin L. Huggins et Adrina Garbooshian-Huggins, Charlottesville, University of Virginia Press, 2018, p. 92. Le document est reproduit sur Founders Online, National Archives. Washington précise dans la note éditoriale que La Fayette avait décrit La Touche-Tréville comme « charming » et « delightful » dans ses lettres au prince de Poix du 4 mai et à son épouse du 6 mai. ↩
- Cette confiance réciproque apparaît avec une remarquable netteté dans la correspondance de George Washington au lendemain de l’arrivée de L’Hermione. Écrivant à La Fayette le 8 mai 1780, il lui témoigne une affection exceptionnelle : « I received it with all the joy that the sincerest friendship could dictate… I most sincerely congratulate you on your safe arrival in America and shall embrace you with all the warmth of an affectionate friend when you come to head quarters. »(« J’ai reçu votre lettre avec toute la joie que peut inspirer la plus sincère amitié… Je vous félicite très sincèrement de votre heureuse arrivée en Amérique et je vous embrasserai avec toute la chaleur d’un ami affectueux lorsque vous rejoindrez le quartier général. ») Voir George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 25, 10 March–12 May 1780, éd. William M. Ferraro, Charlottesville, University of Virginia Press, 2017, pp. 563-564 ; reproduit dans Founders Online, National Archives, George Washington to Lafayette, 8 May 1780. Quelques jours plus tard, Washington écrit au chevalier de La Luzerne pour souligner la portée personnelle et politique du retour de La Fayette : « No event could have given me greater pleasure, on a personal account, and motives of public utility conspire to make it agreeable. » Il ajoute que La Fayette apporte « a fresh and striking instance of the friendship of your Court », nouvelle preuve éclatante de l’amitié de la France envers les États-Unis. Voir George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 25, op. cit., p. 582 ; reproduit dans Founders Online, National Archives, George Washington to La Luzerne, 11 May 1780. Enfin, dans sa lettre adressée à La Touche-Tréville le 19 mai 1780, Washington établit explicitement le lien entre les appréciations formulées par La Fayette et la confiance qu’il accorde au commandant de L’Hermione : « The Marquis has inspired me with an opinion of your character that gives me the fullest assurance you will do everything in your power to merit success », avant d’ajouter : « The interest with which he speaks of you upon all occasions is an additional motive to my esteem. » (« Le marquis m’a inspiré de votre caractère une opinion qui me donne la plus entière confiance dans le fait que vous mettrez tout en œuvre pour mériter le succès… L’intérêt avec lequel il parle de vous en toute circonstance constitue un motif supplémentaire de l’estime que je vous porte. ») Voir George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 26, 13 May–4 July 1780, éd. Benjamin L. Huggins et Adrina Garbooshian-Huggins, Charlottesville, University of Virginia Press, 2018, pp. 91-93 ; reproduit dans Founders Online, National Archives, George Washington to Captain La Touche-Tréville, 19 May 1780. George Washington to Captain La Touche-Tréville, 19 May 1780, op. cit., p. 92. La lettre montre également que Washington transmet à La Touche-Tréville des instructions et un paquet destiné à lui permettre d’effectuer une courte croisière, tandis qu’Alexander Hamilton lui communique des renseignements sur les forces navales britanniques. ↩
- Sur le combat du 7 juin 1780 entre L’Hermione et HMS Iris, voir « Hermione, La Frégate de la liberté », « Son histoire » ; le site de la frégate indique que le combat dura environ une heure et demie et que La Touche-Tréville fut blessé au cours de l’engagement. ↩
- George Washington to Major General Lafayette, 19 May 1780, dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 26, 13 May–4 July 1780, éd. Benjamin L. Huggins et Adrina Garbooshian-Huggins, Charlottesville, University of Virginia Press, 2018, pp. 89-91. Washington y évoque l’information apportée par La Fayette concernant l’arrivée prochaine d’une importante force navale et terrestre française et la perspective des avantages décisifs qu’elle pourrait procurer à la cause américaine. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975, XIV-448 p., spéc. p. 271-317 (campagne de 1781), p. 318-356 (Yorktown et la Chesapeake) ; Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p., spéc. p. 293-340 (retour en Amérique à bord de L’Hermione), p. 341-391 (campagne de Virginie et Yorktown) ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany (N.Y.), Hudson River Valley Greenway, 2001, XVI-329 p., spéc. p. 15-42 (préparation de la campagne), p. 43-86 (marche conjointe des armées alliées) et p. 87-118 (coordination franco-américaine avant Yorktown). ↩
- Sur la carrière militaire de Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, avant l’expédition d’Amérique, v. Jean-Édouard Weill, Rochambeau. Soldat de la liberté, Paris, Perrin, 2012, 382 p., spéc. p. 17-221 ; Didier Thibaut de Ménonville et Robert A. Selig, Rochambeau et la Révolution américaine, Paris, L’Harmattan, coll. « Historiques », 2026, 356 p., spéc. p. 19-118 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, ancien maréchal de France et grand officier de la Légion d’honneur, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, 2 vol., spéc. t. I, p. 1-268 (formation et campagnes européennes) et t. II, p. 1-210 (expédition d’Amérique) ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany (N.Y.), Hudson River Valley Greenway, 2001, XVI-329 p., spéc. p. 3-20 ; v. également U.S. National Park Service, « Comte de Rochambeau », Yorktown Battlefield, notice biographique. ↩
- Ibid. Voir note précédente. ↩
- L’U.S. National Park Service souligne que Rochambeau était déjà un vétéran de quatorze sièges lorsqu’il prit le commandement du corps expéditionnaire français envoyé en Amérique, expérience exceptionnelle qui explique en grande partie la maîtrise avec laquelle il conduisit les opérations de 1781. V. U.S. National Park Service, « Comte de Rochambeau », Yorktown Battlefield, notice biographique ; Jean-Édouard Weill, op. cit., p. 39-146, et Robert A. Selig, op. cit., p. 3-20. ↩
- Sur le choix de Rochambeau par Louis XVI pour commander l’Expédition particulière, v. Jean-Édouard Weill, Rochambeau. Soldat de la liberté, op. cit. ; Robert A. Selig, op. cit. La décision intervient en mars 1780 et Rochambeau reçoit le commandement de l’expédition avec le grade de lieutenant général. ↩
- Sur les instructions données à Rochambeau et sa position à l’égard de Washington, v. « Instructions to the Comte de Rochambeau », 28 avril 1780, dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit. Le principe d’une coopération avec Washington est essentiel à la nature politique de l’intervention française. ↩
- Rochambeau débarque à Newport en juillet 1780 avec environ 5 500 hommes. Sur les difficultés logistiques de l’expédition et les premiers contacts avec les autorités et les forces américaines, v. Robert A. Selig, op. cit. ; National Park Service, « General Jean Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau », Washington-Rochambeau Revolutionary Route National Historic Trail. ↩
- Sur la période de Newport (juillet 1780-juillet 1781) et la construction progressive de la confiance entre Washington, Rochambeau et leurs états-majors, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, ancien maréchal de France et grand officier de la Légion d’honneur, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II, p. 1-70 ; Didier Thibaut de Ménonville et Robert A. Selig, Rochambeau et la Révolution américaine, Paris, L’Harmattan, coll. « Historiques », 2026, 356 p., p. 121-176 ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany (N.Y.), Hudson River Valley Greenway, 2001, XVI-329 p., p. 21-55 ; David A. Clary, Adopted Son. Washington, Lafayette, and the Friendship that Saved the Revolution, New York, Bantam Books, 2003, 594 p., spéc. p. 319-356. V. également George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 27 à 29, University of Virginia Press, pour la correspondance échangée avec Rochambeau, La Fayette et le chevalier de La Luzerne durant cette période. L’attente de Newport ne constitue pas une simple parenthèse opérationnelle : elle permet l’élaboration progressive d’une véritable méthode de commandement interallié fondée sur la confiance personnelle, la concertation stratégique et la connaissance réciproque des deux armées. ↩
- Sur les conférences stratégiques du printemps 1781, la préparation initiale d’une attaque contre New York puis la réorientation progressive de la campagne vers la Virginie, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires, op. cit., t. II, p. 71-132 ; Robert A. Selig, March to Victory. Washington, Rochambeau, and the Yorktown Campaign of 1781, Washington (D.C.), Center of Military History, United States Army, 1991, 98 p., p. 11-48 ; Id., The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 56-118 ; Didier Thibaut de Ménonville et Robert A. Selig, Rochambeau et la Révolution américaine, op. cit., p. 177-246 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 271-317. V. également George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 30-31, University of Virginia Press, notamment la correspondance relative à la conférence de Wethersfield (mai 1781), à l’arrivée attendue de l’escadre du comte de Grasse et aux échanges avec Rochambeau et La Fayette. La décision de marcher vers Yorktown résulte moins d’un changement brutal de plan que d’une adaptation progressive de la stratégie alliée aux renseignements disponibles, aux contraintes logistiques et à la perspective de la maîtrise temporaire de la Chesapeake par la Marine royale. ↩
- Sur la carrière de François Joseph Paul, comte de Grasse, avant son entrée dans la guerre d’Indépendance américaine, v. Rémi Monaque, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, Perrin, 2016, not.les développements consacrés à la reconstruction de la Marine royale après la guerre de Sept Ans ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 25-96 ; A. Temple Patterson, The Other Armada. The Franco-Spanish Naval Forces and the American Revolutionary War, Columbia (S.C.), University of South Carolina Press, 1968, XVI-251 p., p. 33-78 ; v. également United States Naval History and Heritage Command, « De Grasse, Monsieur le Comte », notice biographique, retraçant sa formation dans l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (ordre de Malte), ses campagnes de la guerre de Succession d’Autriche et de la guerre de Sept Ans ainsi que son accession au grade de lieutenant général des armées navales. ↩
- Sur les campagnes de de Grasse dans les Antilles (1778-1781), v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, 1774-1787, op. cit., p. 197-317 ; A. Temple Patterson, The Other Armada, op. cit., p. 79-181 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. Commander en opérations, Paris, Sorbonne Université Presses, 2023, 620 p., p. 33-154 (le commandement de de Grasse aux Antilles), p. 155-340 (la campagne de la Chesapeake) et p. 341-566 (Yorktown et les opérations combinées). V. également United States Naval History and Heritage Command, « De Grasse, Monsieur le Comte », notice biographique. ↩
- Sur les échanges stratégiques entre Washington, Rochambeau et de Grasse au printemps et à l’été 1781, ainsi que sur la décision de privilégier la Chesapeake plutôt qu’une opération contre New York, v. George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, Charlottesville, University of Virginia Press, vol. 30-31, notamment la correspondance de mai à août 1781 avec Rochambeau, La Fayette, le comte de Grasse et le chevalier de La Luzerne ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II, p. 71-132 ; Robert A. Selig, March to Victory. Washington, Rochambeau, and the Yorktown Campaign of 1781, Washington (D.C.), Center of Military History, United States Army, 1991, 98 p., p. 23-48 ; Id., The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany (N.Y.), Hudson River Valley Greenway, 2001, XVI-329 p., p. 56-118 ; David C. Skaggs (dir.), The Chesapeake in the American Revolution, Annapolis, Naval Institute Press, 2012, 242 p., p. 89-143. La décision de marcher vers la Virginie ne procède pas d’un changement soudain de stratégie, mais d’une adaptation progressive aux renseignements disponibles, à l’arrivée annoncée de l’escadre de Grasse et aux difficultés persistantes d’une attaque contre New York. ↩
- La flotte du comte de Grasse appareille du Cap-Français le 5 août 1781 avec vingt-huit vaisseaux de ligne, sept frégates, deux cotres et environ 3 000 soldats embarqués destinés à renforcer les opérations terrestres en Virginie. Son vaisseau amiral, La Ville de Paris, un colosse armé de 104 canons, est alors le plus puissant vaisseau de ligne du monde. V. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit. p. 271-286 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. op.cit., p. 147-214 ; United States Naval History and Heritage Command, « H-Gram 094-2. Global Naval War » ; U.S. National Park Service, « Battle of the Capes », Yorktown Battlefield. ↩
- Sur la bataille des Caps (Battle of the Chesapeake) du 5 septembre 1781 et sa portée stratégique décisive, v. Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913, XVI-280 p., p. 177-209 ; v. également, le remarquable ouvrage de Jean Christophe Chaumery, Chesapeake, la victoire navale française qui changea le monde, préface de l’amiral Nicolas Vaujour, Chef d’état-major de la Marine, Paris, éditions Pierre de Taillac, 2024, 351 ; sur la bataille de la Chesapeake, v. p.166-189. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence., op. cit., p. 287-317 ; David C. Skaggs (dir.), The Chesapeake in the American Revolution, op. cit., p. 145-212 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. Commander en opérations, op. cit., spéc. p. 215-388 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 49-74. V. également U.S National Park Service, « Battle of the Capes », Yorktown Battlefield. La bataille ne détruit pas la flotte britannique, mais elle lui interdit durablement l’accès à la Chesapeake, assurant ainsi le succès du siège de Yorktown et constituant, selon Mahan, officier de Marine américain de la fin du XIXe siècle, l’un des exemples les plus achevés d’une victoire stratégique obtenue par la maîtrise de la mer. ↩
- Après l’engagement du 5 septembre 1781, l’amiral britannique Thomas Graves renonce à forcer l’entrée de la Chesapeake et se retire progressivement vers New York. Le 9 septembre, le comte de Grasse reprend possession de la baie, tandis que l’escadre du comte de Barras y entre avec le train d’artillerie indispensable au siège. La maîtrise durable de la Chesapeake et le débarquement de forces françaises d’artillerie de Marine et d’infanterie de Marine supplémentaires assure désormais l’isolement de Cornwallis et rend impossible toute opération britannique de secours ou d’évacuation. V. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. op.cit.. p. 217-286 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit.. p. 301-317 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine, op.cit, p. 215-388 ; Robert A. Selig, March to Victory. Op.cit. p. 49-74. ↩
- Sur la distinction des chaînes de commandement terrestre et navale au sein de la coalition franco-américaine et sur les mécanismes de coordination mis en œuvre entre Washington, Rochambeau, de Grasse, Barras, La Fayette et La Luzerne, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II, spéc. p. 133-208 ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782, op.cit. p. 56-118 ; Id., March to Victory, op. cit., p. 23-74 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, op. cit., p. 165-286. La résolution du Congrès continental du 29 octobre 1781 reconnaît d’ailleurs distinctement George Washington comme commandant en chef des forces alliées, Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, comme commandant du corps expéditionnaire français, et François Joseph Paul, comte de Grasse, comme commandant de l’armée navale française, illustrant ainsi la dualité des chaînes de commandement au sein d’une coalition parfaitement coordonnée. ↩
- Sur le caractère combiné, interarmées et interallié de la campagne de Yorktown, v. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, op. cit., p. 217-327 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 23-98 ; Id., The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 56-118 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 271-317 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine, op. cit., p. 341-566. V. également U.S. National Park Service, « Siege of Yorktown » et « Battle of the Capes », Yorktown Battlefield. L’opération de Yorktown constitue l’un des premiers exemples pleinement aboutis d’une campagne intégrant, sous une direction politique commune mais selon des chaînes de commandement distinctes, les dimensions terrestre, navale, logistique, diplomatique et interalliée de la guerre. ↩
- Sur les traités d’amitié, de commerce et d’alliance conclus entre la France et les États-Unis le 6 février 1778, qui consacrent l’entrée officielle de la France dans la guerre d’Indépendance américaine et fondent juridiquement la coalition franco-américaine, v. Treaty of Amity and Commerce et Treaty of Alliance, signés à Paris le 6 février 1778, dans Frances Gardiner Davenport (éd.), European Treaties Bearing on the History of the United States and Its Dependencies, Washington (D.C.), Carnegie Institution of Washington, 1917, t. IV, p. 3-27 ; Samuel Flagg Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 1957, XVI-293 p., p. 89-162 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 81-161 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, New Haven, Yale University Press, 1985, XII-238 p., p. 59-117. Ces traités instituent une alliance défensive durable et organisent une coopération diplomatique, militaire et navale qui trouvera son aboutissement dans la campagne de Yorktown. Pour mémoire, on peut citer également, Henri Doniol, Histoire de la participation de la France à l’établissement des États-Unis d’Amérique. Correspondance diplomatique et documents, Paris, Imprimerie nationale, 1886-1892, 5 vol., t. III-IV. ↩
- Sur la construction progressive de la coopération franco-américaine entre 1778 et 1781, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany (N.Y.), Hudson River Valley Greenway, 2001, XVI-329 p., p. 1-118 ; Id., March to Victory. Washington, Rochambeau, and the Yorktown Campaign of 1781, Washington (D.C.), Center of Military History, United States Army, 1991, 98 p. ; David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, XXIII-576 p., p. 339-405 ; John Ferling, Almost a Miracle. The American Victory in the War of Independence, New York, Oxford University Press, 2007, XXII-692 p., p. 457-562 ; Didier Thibaut de Ménonville et Robert A. Selig, Rochambeau et la Révolution américaine, Paris, L’Harmattan, coll. « Historiques », 2026, 356 p., p. 121-246. ↩
- Sur les notions de coalition militaire, de coopération interalliée, de commandement combiné et d’opérations conjointes appliquées à la guerre d’Indépendance américaine, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires, op. cit., t. II ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, 1774-1787, op. cit., p. 271-317 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., spéc. p. 23-98 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, préf. de l’amiral Nicolas Vaujour, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2024, 351 p., p. 217-327 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. Commander en opérations, Paris, Sorbonne Université Presses, 2023, 620 p., p. 341-566. Pour une mise en perspective de la renaissance de la pensée stratégique française au cours de la guerre d’Indépendance américaine, v. également François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ; Id., « Bougainville et La Pérouse dans la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : deux officiers de marine entre les deux grandes circumnavigations françaises du XVIIIᵉ siècle », Le Diplomate Média, 20 août 2026, 51 p. ↩
- Sur l’aide clandestine française avant 1778, v. André Lebois, « Beaumarchais et les Insurgents d’Amérique », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, t. 84, n° 3, 1977, p. 173-182 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975. ↩
- Treaty of Amity and Commerce et Treaty of Alliance conclus entre la France et les États-Unis à Paris le 6 février 1778, dans Frances Gardiner Davenport (éd.), European Treaties Bearing on the History of the United States and Its Dependencies, Washington (D.C.), Carnegie Institution of Washington, 1917, t. IV, p. 3-27 ; v. également Henri Doniol, Histoire de la participation de la France à l’établissement des États-Unis d’Amérique. Correspondance diplomatique et documents, Paris, Imprimerie nationale, 1886-1892, 5 vol., spéc. t. III. Sur leur portée juridique, diplomatique et stratégique, v. Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, New Haven, Yale University Press, 1985, XII-238 p., p. 59-117 ; Samuel Flagg Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 1957, XVI-293 p., p. 89-162 ↩
- Sur la politique étrangère du comte de Vergennes, les objectifs poursuivis par Louis XVI et les motivations diplomatiques de l’intervention française, v. Munro Price, The Perilous Crown. France between Revolutions, Londres, Macmillan, 2007, XXIII-454 p., p. 85-142 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975, XIV-448 p., p. 81-161 ; Orville T. Murphy, Charles Gravier, Comte de Vergennes. French Diplomacy in the Age of Revolution, 1719-1787, Albany (N.Y.), State University of New York Press, 1982, XV-451 p. Vergennes cherche moins à reconquérir les colonies perdues en 1763 qu’à rétablir durablement l’équilibre européen en réduisant la puissance maritime britannique. ↩
- Sur la transformation de la guerre d’Indépendance américaine en conflit mondial, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., spéc. p. 161-317 ; David Syrett, The Royal Navy in European Waters during the American Revolutionary War, Columbia (S.C.), University of South Carolina Press, 1998, XV-286 p. ; Piers Mackesy, The War for America, 1775-1783, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1964, rééd. Lincoln, University of Nebraska Press, 1993, XXIV-565 p., p. 353-521 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, préf. de l’amiral Nicolas Vaujour, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2024, 351 p., p. 23-84. À partir de 1778, le théâtre nord-américain s’inscrit dans une guerre navale et coloniale d’échelle mondiale mobilisant les flottes françaises, britanniques, espagnoles et, à partir de 1780, néerlandaises ↩
- Sur la dimension stratégique et maritime de la guerre d’Indépendance américaine, v. Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913, XVI-280 p., p. 177-209 ; Piers Mackesy, The War for America, 1775-1783, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1964, rééd. Lincoln, University of Nebraska Press, 1993, XXIV-565 p. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, op. cit., p. 217-327. Si Mahan demeure le premier à avoir pleinement démontré le caractère décisif de la maîtrise de la mer dans l’issue du conflit, les travaux plus récents ont mis en lumière le rôle tout aussi déterminant de la coopération interalliée, de la logistique et de la coordination politico-militaire franco-américaine. ↩
- Sur la renaissance de la Marine royale française après le traité de Paris de 1763 et la reconstruction de la pensée stratégique navale sous les ministères de Choiseul, Sartine puis Castries, v. François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ; Id., « Les quatre cents ans de stratégie navale française », Le Diplomate Média, 2026 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. op.cit.. p. 1-96 ; Rémi Monaque, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, Perrin, 2016, spéc. les développements consacrés à la reconstruction de la Marine sous Louis XV et Louis XVI ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. Commander en opérations, Paris, Sorbonne Université Presses, 2023, 620 p., p. 21-96. Cette renaissance ne se limite pas au réarmement de la flotte : elle s’accompagne d’une profonde évolution doctrinale, de la formation des officiers, de l’organisation des arsenaux et de la conduite des opérations navales à l’échelle mondiale. ↩
- Sur les objectifs stratégiques respectifs de la France et des États-Unis entre 1778 et 1780, v. Samuel Flagg Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, op.cit., XVI-293 p., p. 89-162 ; Jonathan R. Dull, A Diplomatic History op.cit. , p. 59-117 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 11-48. Si la France cherche principalement à rétablir l’équilibre européen en affaiblissant la puissance britannique, les États-Unis poursuivent avant tout la reconnaissance définitive de leur indépendance. La convergence de ces intérêts distincts explique la solidité de l’alliance conclue en 1778. ↩
- Sur la formation progressive de la coopération franco-américaine avant la campagne de Yorktown, v. Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, op.cit., p. 1-132 ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op.cit. p. 1-118 ; John Ferling, Almost a Miracleop.cit., p. 457-562 ; Didier Thibaut de Ménonville et Robert A. Selig, Rochambeau et la Révolution américaine, op.cit. , p. 121-246 ; François Souty, «Bougainville et La Pérouse dans la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : deux officiers de marine entre les deux grandes circumnavigations françaises du XVIIIᵉ siècle », Le Diplomate Média, 20 août 2026, 51 p. Cette coopération résulte d’un apprentissage progressif entre alliés : elle associe la confiance personnelle entre Washington, La Fayette et Rochambeau, l’expérience acquise par les officiers français sur les différents théâtres d’opérations et la montée en puissance d’une coordination diplomatique, navale, terrestre et logistique qui atteint son plein développement en 1781. ↩
- Sur l’Expédition particulière désignant la mission de Rochambeau en Amérique, sa préparation, sa composition et son débarquement à Newport en juillet 1780, v. Didier Thibaut de Ménonville, Rochambeau et la Révolution américaine, préf. de Robert A. Selig, Paris, L’Harmattan, coll. « Historiques », 2026, 356 p. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782, op.cit., p. 1-58 ; Jean-Édouard Weill, Rochambeau. Soldat de la liberté, Paris, Perrin, 2012, 445 p., p. 265-314 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II, p. 1-38. ↩
- Sur la conférence de Hartford (20-22 septembre 1780) et les premières relations entre Washington et Rochambeau, v. Robert A. Selig, March to Victory. Washington, Rochambeau and the Yorktown Campaign of 1781, Washington (D.C.), Center of Military History, United States Army, 1991, spéc. p. 11-34 ; George Washington, The Papers of George Washington. Revolutionary War Series, Charlottesville, University of Virginia Press, vol. 28-29 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires, op. cit., t. II. Cette rencontre marque le véritable point de départ de la coopération stratégique franco-américaine ↩
- Les instructions remises à Rochambeau insistent sur la nécessité de coopérer étroitement avec Washington tout en préservant l’autonomie du commandement français. V. « Instructions du Roi au comte de Rochambeau », 28 avril 1780, reproduites notamment dans Henri Doniol, Histoire de la participation de la France à l’établissement des États-Unis d’Amérique. Correspondance diplomatique et documents, Paris, Imprimerie nationale, 1886-1892, t. IV ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., spéc. p. 18-27 ; Jean-Édouard Weill, Rochambeau. Soldat de la liberté, op. cit., spéc. p. 246-257. ↩
- Sur les conceptions stratégiques respectives de Washington et de Rochambeau, leurs convergences et leurs divergences initiales concernant les opérations contre New York ou la Virginie, v. David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, XXIII-576 p., spéc. p. 339-405 ; John Ferling, Almost a Miracle. The American Victory in the War of Independence, New York, Oxford University Press, 2007, XXII-692 p., spéc. p. 457-562 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit. ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit. ↩
- Sur l’évolution de la place de La Fayette entre 1777 et 1781, v. Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p., spéc. p. 177-415 ; Laurence Chatel de Brancion et Patrick Villiers, La Fayette. Rêver la gloire, Paris, Monelle Hayot, 2013, 344 p. ; Yves-Marie Péréon, Washington, op.cit. ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit.. ↩
- Sur le rôle diplomatique de La Fayette auprès de Washington, de Vergennes et de Louis XVI, v. Marion Vandal et Paul Lesourd, La Fayette ou le sortilège de l’Amérique, Paris, France-Empire, 1976 ; Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit., p. 233-358 ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit. ; les correspondances croisées montrent que La Fayette agit non seulement comme officier général, mais également comme intermédiaire politique et diplomatique de premier plan entre les gouvernements alliés. ↩
- Sur la campagne de Virginie menée par La Fayette au printemps et à l’été 1781, v. John Ferling, Almost a Miracle, op. cit., spéc. p. 467-512 ; Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit., p. 359-415 ; Bernard Druène, « Les premières armes de La Fayette », Revue historique des Armées, n° 4, 1976 ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit. ; National Park Service, Yorktown Battlefield, notices consacrées à la campagne de Virginie. Cette campagne retarde les mouvements de Cornwallis jusqu’à l’arrivée des forces combinées franco-américaines. ↩
- Sur les conférences entre Washington et Rochambeau et la maturation progressive de leurs décisions stratégiques, v. Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 35-71 ; Samuel Flagg Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 1957, XVI-293 p., p. 203-245 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires, op. cit., t. II ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit. Les décisions arrêtées au printemps et à l’été 1781 résultent d’une succession de consultations entre les principaux chefs militaires alliés davantage que d’un plan préétabli. ↩
- Sur les contraintes logistiques, maritimes et de communication de la coalition, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 245-317 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op.cit., p. 177-209 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op.cit. p. 217-327 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine, op.cit., p. 341-566. ↩
- Cette expérience de coopération constitue l’un des premiers exemples de commandement interallié moderne associant autorités politiques distinctes, armées nationales autonomes et coordination permanente entre forces terrestres et navales. Sur cette question, v. Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 71-98 ; Id., The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 119-238 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 271-317 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, op. cit., p. 285-327 ; François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ↩
- Sur la campagne du Sud, les opérations conduites par Cornwallis en Caroline et en Virginie entre 1780 et 1781 ainsi que les difficultés croissantes rencontrées par l’armée britannique, v. Piers Mackesy, The War for America, 1775-1783, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1964, rééd. Lincoln, University of Nebraska Press, 1993, XXIV-565 p., p. 353-452 ; John Ferling, Almost a Miracle, op.cit., p. 457-512 ; George Washington, The Papers of George Washington. Revolutionary War Series, Charlottesville, University of Virginia Press, vol. 21-23 ; John Buchanan, The Road to Guilford Courthouse. The American Revolution in the Carolinas, New York, John Wiley & Sons, 1997. La campagne du Sud conduit progressivement Cornwallis à porter ses opérations en Virginie, créant les conditions stratégiques qui rendront possible la campagne de Yorktown. ↩
- Sur les hésitations stratégiques entre une offensive contre New York et une opération dirigée contre la Virginie, v. Robert A. Selig, March to Victory, op.cit.. p. 35-71 ; George Washington, The Papers of George Washington. Revolutionary War Series, vol. 22-24 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques, op. cit., t. II ; David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, XXIII-576 p., p. 339-405 ; Didier Thibaut de Ménonville, Rochambeau et la Révolution américaine, op.cit., les chapitres consacrés à la campagne de 1781. L’abandon progressif du projet contre New York procède moins d’un changement doctrinal que de l’évolution des circonstances militaires et navales. ↩
- Sur la campagne de Virginie conduite par La Fayette au printemps et à l’été 1781, v. Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p., spéc. p. 359-415 ; Bernard Druène, « Les premières armes de La Fayette », Revue historique des Armées, n° 4, 1976 ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, Paris, Tallandier, 2026 ; George Washington, The Papers of George Washington, op. cit. ; Laurence Chatel de Brancion et Patrick Villiers, La Fayette. Rêver la gloire, Paris, Monelle Hayot, 2013, 344 p. En évitant l’affrontement décisif tout en surveillant les mouvements de Cornwallis, La Fayette contribue à fixer les forces britanniques à Yorktown jusqu’à l’arrivée des armées alliées. ↩
- Sur l’installation de Cornwallis à Yorktown, les raisons de ce choix et les objectifs poursuivis par le commandement britannique en Virginie, v. John Ferling, Almost a Miracle, op. cit., p. 500-530 ; Piers Mackesy, The War for America, op. cit., p. 433-470 ; John Buchanan, The Road to Guilford Courthouse, op. cit. ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit. Cornwallis entend disposer d’une base navale susceptible d’assurer les communications avec New York tout en poursuivant les opérations dans la baie de Chesapeake. ↩
- Sur la mission confiée à l’amiral de Grasse, la situation stratégique dans les Antilles et les possibilités offertes par la concentration de la flotte française, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 245-317 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op.cit., p. 177-209 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op.cit., p. 123-216 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. op.cit., p. 171-340. ↩
- Sur les échanges de correspondance entre Washington, Rochambeau et de Grasse ainsi que sur la décision de privilégier la Chesapeake, v. George Washington, The Papers of George Washington. Revolutionary War Series, vol. 22-24 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires, op. cit., t. II ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., spéc. p. 53-71 ; Henri Doniol, Histoire de la participation de la France à l’établissement des États-Unis d’Amérique. Correspondance diplomatique et documents, Paris, Imprimerie nationale, 1886-1892, t. V ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. Cette décision résulte d’un échange permanent d’informations diplomatiques, militaires et navales entre Versailles, les Antilles et le quartier général allié. ↩
- Sur les préparatifs de la marche vers la Virginie, l’organisation logistique du mouvement des armées alliées et les mesures destinées à tromper le commandement britannique, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782, p. 119-238 ; Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 71-98 ; John Ferling, Almost a Miracle, op. cit., p. 512-530 ; Didier Thibaut de Ménonville, Rochambeau et la Révolution américaine, op. cit. Les démonstrations effectuées devant New York retardent la réaction de Clinton et contribuent à préserver l’effet de surprise jusqu’au franchissement de l’Hudson. ↩
- Sur la concentration progressive des forces alliées durant l’été 1781 et la convergence des armées terrestres avec la flotte française dans la baie de Chesapeake, v. Robert A. Selig, March to Victory, op. cit., p. 81-119 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 271-317 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. La victoire navale qui changea le monde, op. cit., p. 217-327 ; Olivier Chaline et Jean-Marie Kowalski (dir.), L’Amiral de Grasse et l’Indépendance américaine. Commander en opérations, op. cit., p. 341-566. La réussite de cette concentration simultanée des moyens terrestres, navals et logistiques constitue l’une des principales innovations opérationnelles de la campagne de Yorktown ↩
- Sur l’arrivée de l’escadre du comte de Grasse dans la baie de la Chesapeake le 30 août 1781, la bataille des Caps du 5 septembre 1781 et son importance stratégique dans l’issue de la campagne de Yorktown, v. l’excellent ouvrage de Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. op.cit., chapitre « L’estocade du comte de Grasse à la Chesapeake », p. 167-200 ; Dominique Le Brun, Chesapeake. Quand la France sauva les États-Unis, Paris, Taillandier/Ministère des Armées, 2026, 282 p. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913 ; François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ↩
- Sur la maturation de la coalition franco-américaine entre 1778 et 1781, v. Robert A. Selig, March to Victory, op.cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit. ; François Souty, « Les stratèges français de la guerre navale pendant la guerre d’Indépendance américaine (1778-1783) : Castries, d’Estaing, de Grasse, Suffren et la renaissance de la pensée stratégique navale française », Le Diplomate Média, 28 août 2026, 77 p. ↩
- Sur la concentration des forces alliées durant l’été 1781 et les incertitudes qui entourent encore la campagne, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op.cit. ; John Ferling, Almost a Miracle, op.cit.; Yves-Marie Péréon, Washington, op.cit. ↩
- Sur la campagne de la Chesapeake et la bataille des Caps comme préalable indispensable à Yorktown, v. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op.cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op.cit. ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations, op.cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ↩
- Charles René Dominique Sochet, seigneur des Touches, dit le chevalier des Touches (1727-1793), entre dans la Marine royale en 1743. Enseigne puis lieutenant de vaisseau, il sert durant la guerre de Sept Ans avant d’être promu capitaine de vaisseau en 1767. Officier réputé pour sa solide expérience de la navigation et du commandement, il participe à la reconstruction de la Marine française engagée après le traité de Paris de 1763. Pendant la guerre d’Indépendance américaine, il commande successivement L’Artésien de 64 canons construit à Rochefort, puis le vaisseau de 74 canons Le Neptune au sein de l’escadre de Ternay chargée d’escorter en 1780 le corps expéditionnaire de Rochambeau jusqu’à Newport. À la mort du chevalier de Ternay, le 15 décembre 1780, il assure, en sa qualité de capitaine de vaisseau le plus ancien et capitaine de pavillon, le commandement par intérim de l’escadre française d’Amérique, avec pavillon sur l’ancien navire de Ternay Le Duc de Bourgogne de 80 canons, jusqu’à l’arrivée du nouveau chef d’escadre Jacques-Melchior de Barras en mai 1781. Durant ces quelques mois décisifs, il entretient une correspondance suivie avec Washington et Rochambeau, organise plusieurs opérations navales destinées à soutenir les forces américaines et tente, en mars 1781, de porter secours à La Fayette en Virginie. Cette expédition conduit au combat du cap Henry (ou première bataille de la Chesapeake) du 16 mars 1781 contre l’escadre du vice-amiral Mariot Arbuthnot. Bien que cette tentative n’ouvre pas l’accès de la baie de Chesapeake, elle retarde les opérations britanniques, confirme l’intérêt stratégique de cette zone d’opérations et préfigure, quelques mois plus tard, la campagne victorieuse conduite par de Grasse. Destouches rejoint ensuite l’armée navale des Antilles sous les ordres de de Grasse et participe à la bataille des Saintes en avril 1782. Il n’est promu chef d’escadre que le 1er janvier 1788, soit plusieurs années après la guerre d’Indépendance américaine. V. Charles-René-Dominique Sochet Destouches et George Washington, correspondance de janvier à mai 1781, dans The Papers of George Washington. Revolutionary War Series, vol. 30 à 32 ; Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, Mémoires militaires, historiques et politiques de Rochambeau, publiés par J.-C.-J. Luce de Lancival, Paris, Imprimerie de Fain, 1809, t. II ; Georges Lacour-Gayet, La Marine militaire de la France sous le règne de Louis XVI, Paris, Honoré Champion, 1910, les développements consacrés à l’escadre de Newport ; Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, Tallandier, 2002, p. 151-152 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit. p. 217-247 ; Robert A. Selig, March to Victory, op.cit. p. 23-46. ↩
- Sur les opérations du chevalier Sochet des Touches et du capitaine de vaisseau Le Gardeur de Tilly contre la Chesapeake en février et mars 1781, v. Hugues Parmentier, « Charles René Dominique Sochet des Touches (1727-1793) », Notices biographiques – Dictionnaire biographique des ancêtres SAR France homologués, Société française des Sons of the American Revolution, 2026, en ligne ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake. op.cit.. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op.cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit.; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations, op.cit. ↩
- Sur l’importance du doublage en cuivre et son influence sur les performances nautiques des bâtiments de guerre au XVIIIᵉ siècle, ainsi que sur l’attention portée à cette question par le comte de Kersaint, v. notamment François Souty, « Armand-Guy Simon de Coëtnempren, comte de Kersaint (1742-1793) : Un marin des Lumières dans la renaissance de la puissance navale française durant la guerre d’Indépendance américaine », Le Diplomate Média, 15 juill. 2026, 56 p., où est notamment étudiée l’adoption de cette technique pour L’Iphigénie après la capture du HMS Lively ; Sylviane Llinares, « Les mémoires et les correspondances des marins voyageurs en Angleterre (1750-1790) », dans Patrice Bret, Irina Gouzévitch et Liliane Pérez (dir.), Les techniques et la technologie entre France et Grande-Bretagne (XVIe-XIXe siècle), Documents pour l’histoire des techniques, hors-série n° 1, mai 2010, p. 145-153 ; Larrie D. Ferreiro, « Développements et avantages tactiques du doublage en cuivre des coques dans les marines française, britannique et espagnole », dans Olivier Chaline, Philippe Bonnichon et Charles-Philippe de Vergennes (dir.), Les marines de la guerre d’Indépendance américaine (1763-1783), t. II, L’opérationnel naval, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2013, p. 17-44, spéc. p. 40-41. ↩
- George Washington, lettre au major-general Alexander McDougall, New Windsor, 31 mars 1781, dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, vol. 31, 7 March–5 May 1781, éd. William M. Ferraro, Charlottesville, University of Virginia Press, 2023, p. 237-238. Washington y qualifie l’entreprise de Sochet des Touches de « bold & enterprising » et recommande qu’un hommage lui soit rendu par le Congrès. V. également la résolution du Congrès continental du 5 avril 1781, adressant ses remerciements au chevalier des Touches, aux officiers et aux équipages placés sous son commandement pour leur bravoure et leur bonne conduite lors du combat du 16 mars 1781. ↩
- Sur la décision du comte de Grasse de gagner la Chesapeake et sur la conception d’ensemble de la campagne navale de 1781, v. Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op. cit. ↩
- Sur l’arrivée de de Grasse dans la Chesapeake le 30 août 1781, la composition de son escadre et la convergence avec l’escadre de Barras, v. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ↩
- Sur le combat naval du 5 septembre 1781 et ses conséquences stratégiques, v. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op. cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ↩
- Sur le rôle respectif des escadres de de Grasse et de Barras dans la campagne de Yorktown, notamment le transport du train d’artillerie depuis Newport vers la Chesapeake, v. Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ↩
- Sur l’appréciation portée par Washington sur le rôle déterminant de la puissance navale dans la campagne de Yorktown, v. George Washington, The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, Charlottesville, University of Virginia Press, 1985-2019, correspondance d’octobre 1781 ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ↩
- Sur le projet initial d’une opération franco-américaine contre New York et sur l’évolution de la stratégie de Washington au cours de l’été 1781, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782, op.cit., p. 100-139. ↩
- Sur les échanges entre Washington, Rochambeau et de Grasse qui conduisent à l’abandon du projet contre New York au profit de la Chesapeake, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 108-115. ↩
- Sur la marche des forces franco-américaines vers la Virginie et l’itinéraire suivi par l’armée de Rochambeau, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., notamment p. 100-139. ↩
- Sur les capacités françaises de planification, de cartographie et de logistique et leur complémentarité avec les ressources américaines, v. Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 100-115. ↩
- Sur la concentration des forces alliées à Williamsburg puis devant Yorktown, le rôle de La Fayette, l’arrivée du train d’artillerie de Barras et la coordination avec l’escadre de de Grasse Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 108-115. ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. ; James Kirby Martin et Mark Edward Lender, A Respectable Army. The Military Origins of the Republic, 1763-1789, 3e éd., Malden, Wiley-Blackwell, 2015, 264 p. ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ↩
- George Washington, The Papers of George Washington, op.cit.; Étienne Taillemite, La Fayette, op. cit. ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, op. cit. ↩
- Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 100-139 ; Id., March to Victory. op.cit. ↩
- Ibid. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit. ↩
- Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit., p. 108-139. ↩
- Robert A. Selig, Ibid. ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ↩
- Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit. ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations op.cit. ↩
- Robert A. Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route, op. cit. ; Jean-Christophe Chaumery, Chesapeake, op. cit. ; Dominique Le Brun, Chesapeake, op. cit. ↩
- Robert Selig, The Washington-Rochambeau Revolutionary Route in the State of New York, 1781-1782. An Historical and Architectural Survey, Albany, Hudson River Valley Greenway, 2001, p. 100-139 ; Id., March to Victory, op.cit., p. 24-46. Selig insiste sur le caractère à la fois combiné franco-américain et interarmées de la campagne ; voir également Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op.cit., p. 235-244. Le March to Victory est particulièrement précieux ici : les sections consacrées à la campagne commencent p. 7, la marche vers Yorktown p. 24 et le siège et la victoire p. 46. ↩
- Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 38-43 ; George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, 1 January 1771-5 November 1781, éd. Donald Jackson, Charlottesville, University Press of Virginia, 1978, p. 424-425, entrée du 6 octobre 1781. L’U.S. National Park Service souligne également les difficultés rencontrées pour acheminer l’artillerie américaine jusqu’à Yorktown, notamment le retard pris par le sloop Nancy et par le train d’artillerie français. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 235-244 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913, p. 182-204. Sur la relation entre le blocus naval et l’impossibilité, pour Cornwallis, d’être ravitaillé ou évacué, voir également Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 43-46. Le National Park Service rappelle que de Grasse établit le blocus de la Chesapeake, supprimant au dispositif britannique toute possibilité de soutien naval ou de retraite. ↩
- George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 421-424 ; Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 42-43. Washington constate le retrait britannique des positions extérieures le 29 septembre ; les annotations des Washington Papers précisent que Cornwallis avait reçu de Clinton l’annonce de renforts devant partir de New York et qu’il espérait encore leur arrivée. ↩
- Sur l’expérience française de la guerre de siège et le rôle des ingénieurs, voir Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 40-46 ; Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis, 1777-1783, Paris, A. Sauton, 1872, chap. XX, XXI et XXII ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy. The American Revolution and the French Army, 1775-1783, Niwot, University Press of Colorado, 1998, p. 113-128. Balch fournit notamment un récit détaillé de la conduite des travaux du siège par Vioménil et des ingénieurs français. ↩
- George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 424-425, entrée du 6 octobre 1781 ; Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 43. Washington indique que les tranchées furent ouvertes à une distance de cinq à six cents yards des ouvrages britanniques et souligne le secret et la rapidité de l’exécution. ↩
- George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 425-426 ; Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 43-44. Le 9 octobre, Washington note l’ouverture successive des batteries françaises et américaines et l’efficacité de leur feu contre les ouvrages britanniques. L’U.S. National Park Service confirme que les batteries françaises ouvrent le feu à 15 heures et que Washington fait tirer la première pièce américaine vers 17 heures. ↩
- Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 44-46 ; George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 426-427. Les deux redoutes avancées, nos 9 et 10, empêchent l’achèvement de la seconde parallèle ; elles se trouvent à environ quatre cents yards en avant de la ligne principale britannique. ↩
- Sur l’action précise de La Fayette lors de l’assaut du 14 octobre, voir George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 427-428. ↩
- Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 44-46 ; George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 426-427. Les deux redoutes avancées, nos 9 et 10, empêchent l’achèvement de la seconde parallèle ; elles se trouvent à environ quatre cents yards en avant de la ligne principale britannique. ↩
- George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 427-428, entrée du 14 octobre 1781 ; Robert Selig, March to Victory, op. cit., p. 45-46. George Washington précise, dans ses journaux et correspondance, que le baron de Vioménil commande l’attaque française et que La Fayette commande l’attaque américaine avec l’infanterie légère. ↩
- George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 427-428 ; George Washington, « From George Washington to Thomas McKean, 16 October 1781 », The Papers of George Washington, op. cit. Washington souligne que les deux attaques ont réussi et que les troupes avancèrent sous le feu ennemi sans tirer, en utilisant la baïonnette. ↩
- « Articles of Capitulation between Washington and Cornwallis, 19 October 1781 », dans The Papers of George Washington, Revolutionary War Series, en ligne ; George Washington, The Diaries of George Washington, vol. III, op. cit., p. 430-431. La capitulation est signée par Washington, Rochambeau et Barras pour les alliés, Cornwallis et Thomas Symonds pour les Britanniques. ↩
- Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, 1999, 623 p. ; John Ferling, Almost a Miracle. The American Victory in the War of Independence, New York, Oxford University Press, 2007, p. 522-531 ; Yves-Marie Péréon, Washington, le premier des Américains, Paris, Tallandier, 2026, 462 p., p. 235-238. ↩
- Sur le caractère mondial du conflit et la nécessité, pour la France, de poursuivre les opérations sur plusieurs théâtres après Yorktown, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 244-284 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913, p. 352-391 ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy. The American Revolution and the French Army, Niwot, University Press of Colorado, 1998, p. 1-30. ↩
- Sur le caractère mondial du conflit et la nécessité, pour la France, de poursuivre les opérations sur plusieurs théâtres après Yorktown, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 244-284 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, Boston, Little, Brown and Company, 1913, p. 352-391 ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy. The American Revolution and the French Army, Niwot, University Press of Colorado, 1998, p. 1-30. ↩
- Sur la crise politique britannique consécutive à Yorktown et la chute du gouvernement North, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 321-327 ; National Park Service, « Chronology of Events After The Siege », Colonial National Historical Park. Le 20 mars 1782, Lord North démissionne après le vote de défiance de la Chambre des communes ; le gouvernement Rockingham engage alors les négociations avec les représentants américains qui conduiront aux préliminaires de novembre 1782, puis aux traités de 1783, avant que la mort de Rockingham ne porte Shelburne au pouvoir. ↩
- Sur le maintien des capacités militaires britanniques après Yorktown et la poursuite de la guerre sur les théâtres antillais et asiatiques, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 321-331 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op. cit., p. 205-226 ; Stephen Conway, The War of American Independence, 1775-1783, London, Edward Arnold, 1995, p. 197-213. ↩
- Sur les objectifs propres de la France dans la guerre, qui dépassent la seule indépendance américaine, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 3-18 et 321-331 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, New Haven, Yale University Press, 1985, p. 244-251. Dull insiste précisément sur le fait que Versailles poursuit simultanément plusieurs objectifs stratégiques : affaiblissement de la puissance britannique, restauration de la position française et recherche de compensations coloniales. ↩
- Sur l’importance stratégique et économique des Antilles dans la guerre franco-britannique, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 244-284 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op. cit., p. 205-226. Voir également Peter Trew, Rodney and the Breaking of the Line, Barnsley, Pen & Sword, 2006, p. 154-162, sur la campagne antillaise de 1782 et la bataille des Saintes. ↩
- Sur le retour de de Grasse dans les Antilles après Yorktown et la poursuite des opérations françaises dans la région, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 248-284 ; Dominique Le Brun, Chesapeake. Quand la France sauva les États-Unis, Paris, Tallandier, 2026, p. 257-275. La campagne de de Grasse après Yorktown doit être replacée dans le projet franco-espagnol de poursuivre la pression sur les possessions britanniques, notamment en vue d’une éventuelle opération contre la Jamaïque. Une étude stratégique de la campagne renvoie notamment aux p. 248-249 de Dull pour les décisions franco-espagnoles prises à l’automne 1781. ↩
- Sur la défaite française et la capture du vaisseau amiral du comte de Grasse à la bataille des Saintes du 12 avril 1782 et ses conséquences sur le rapport de forces naval dans les Caraïbes, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 282-292 ; Peter Trew, Rodney and the Breaking of the Line, op. cit., p. 154-162 ; Alfred Thayer Mahan, The Major Operations of the Navies in the War of American Independence, op. cit., p. 225-226. Cette défaite ne remet pas en cause le résultat politique de Yorktown, mais elle rappelle que la supériorité française n’est ni générale ni durable. ↩
- Sur l’entrée de Suffren dans la guerre mondiale et son départ vers les Indes, voir Roger Glachant, Suffren et le temps de Vergennes, Paris, Editions France-Empire, 1976, 431 p, not. p. 233-246 (sur la période 1778-1780) et p. 249-373 (sur la période 1781-1783) ; Claude de Presles, Suffren dans l’Océan indien (1781-1783), Paris, Economica, coll. « Campagnes et stratégies », 1999, VIII-240 p. ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 283-284. Suffren quitte Brest le 22 mars 1781, combat à La Praya le 16 avril, puis gagne le Cap et l’océan Indien. L’ouvrage de Dull est particulièrement utile ici pour replacer la campagne des Indes dans la stratégie générale française, particulièrement appréciée du côté britannique. ↩
- Pour la succession des combats de Suffren contre l’escadre de l’amiral Hughes — Sadras, 17 février 1782 ; Provédien, 12 avril ; Negapatam, 6 juillet ; Trinquemalé, 3 septembre ; Gondelour, 20 juin 1783 — voir Roger Glachant, Suffren, op.cit. ; Jean Figarella, Suffren ou les caprices de la gloire, Paris Aubanel, 1984, 245 p. ; p.141-200 p ; Claude de Presles, Suffren dans l’Océan indien (1781-1783), op. cit., p. 71-204 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 283-321. La chronologie des opérations est également confirmée par les fonds du Service historique de la Défense relatifs à la campagne des Indes. ↩
- Sur la coopération de Suffren avec Haidar Alî et, plus généralement, sur le caractère extra-européen de la guerre menée contre la Grande-Bretagne dans l’océan Indien, voir Claude de Presles, Suffren dans l’Océan indien (1781-1783), op. cit., p. 125-170 ; Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 292-321. Sur les archives françaises relatives à Haidar Alî, à Bussy et à la campagne de Suffren, voir également les fonds du Service historique de la Défense consacrés à la guerre des Indes. ↩
- Sur le passage de la guerre militaire à la négociation diplomatique et sur la nécessité, pour les alliés, de convertir leurs succès militaires en règlement politique, voir Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 321-331 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 244-251 ; Laurent Veyssière, « Les traités de paix de 1783 », Patrimoines Partagés. France-Amériques, Bibliothèque nationale de France, en ligne. Les négociations montrent précisément que les objectifs américains, français et espagnols ne sont plus convergents après Yorktown. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, New Haven, Yale University Press, 1985, p. 137-144; voir également U.S. National Park Service, « After Yorktown : 1781-1783 », Colonial National Historical Park, en ligne. Dull consacre son chapitre XVII, « The Opening of Negotiations », aux conséquences politiques de la chute du gouvernement North et à l’ouverture des négociations britanniques avec les différents belligérants. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975, p. 321-331 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 152-164. Sur la coexistence des objectifs américains, français et espagnols dans les négociations de paix, voir également Thomas A. Bailey, The Diplomatic History of the American People, 10e éd., Englewood Cliffs, Prentice Hall, 1980, p. 94-108. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence, op. cit., p. 321-331 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 152-164. Sur les objectifs français et le coût politique et financier de la guerre, voir également Orville T. Murphy, Charles Gravier, Comte de Vergennes. French Diplomacy in the Age of Revolution, 1719-1787, Albany, State University of New York Press, 1982, p. 390-404. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 137-144 ; Benjamin Franklin, Journal of the Peace Negotiations, 9 May–1 July 1782, dans The Papers of Benjamin Franklin, vol. 37, March 16 through August 15, 1782, éd. Ellen R. Cohn, New Haven et Londres, Yale University Press, 2003, p. 291-346. Franklin rapporte notamment les échanges avec Vergennes et la position française selon laquelle les différentes puissances doivent négocier dans le cadre d’une paix générale. ↩
- Benjamin Franklin, « Benjamin Franklin to the Comte de Vergennes, 15 April 1782 », dans The Papers of Benjamin Franklin, vol. 37, op. cit., p. 165-168 ; Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 139-143. Franklin y expose à Vergennes les premiers contacts avec Richard Oswald et précise qu’il ne peut traiter sans concertation avec le ministre français. ↩
- Benjamin Franklin, Journal of the Peace Negotiations, op. cit., p. 291-346 ; Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 140-144. Sur la position de Vergennes selon laquelle la France ne souhaitait pas négocier séparément avec la Grande-Bretagne mais voulait que les différents traités soient conduits de manière coordonnée, voir également Franklin, Journal, passages consacrés aux échanges de mai 1782 avec Vergennes. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 144-151 ; Richard B. Morris, The Peacemakers. The Great Powers and American Independence, New York, Evanston et Londres, Harper & Row, 1965, p. 248-323. Dull souligne notamment la méfiance de John Jay à l’égard de la politique française et son rôle croissant dans la réorientation de la négociation américaine. Voir également John Adams, Journal and Diary of the Peace Negotiations, 1782, dans The Papers of John Adams, pour les échanges entre Adams, Jay, Franklin et les représentants britanniques. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 146-151 ; Richard B. Morris, The Peacemakers, op. cit., p. 248-323. Sur les négociations relatives à la reconnaissance de l’indépendance et sur la nouvelle commission accordée à Oswald, voir également les documents préparatoires des 4-7 novembre 1782 et du 25 novembre 1782. ↩
- Sur George Washington après Yorktown, son souci du maintien de l’armée et de la transition entre la guerre et la paix, voir David Hackett Fischer, Washington’s Crossing, New York, Oxford University Press, 2004, p. 1-7 et 523-542 ; Ron Chernow, Washington. A Life, New York, Penguin Press, 2010, p. 384-399 et 423-438. Sur la conception washingtonienne des rapports entre pouvoir militaire et autorité civile, voir également George Washington, The Writings of George Washington from the Original Manuscript Sources, 1745-1799, éd. John C. Fitzpatrick, Washington, U.S. Government Printing Office, 1931-1944, vol. 27, 1783. ↩
- La Fayette à John Adams, 7 mai 1782, dans The Papers of John Adams, vol. 13, March–June 1782, document en ligne : La Fayette y approuve expressément la position d’Adams sur les propositions de paix et estime que l’indépendance américaine doit constituer le fondement du règlement. Voir également La Fayette aux commissaires américains à la paix, 12 mai 1783, dans The Papers of Benjamin Franklin, vol. 39, August 16, 1782–May 15, 1783, éd. Ellen R. Cohn, New Haven et Londres, Yale University Press, 2011, p. 547-548. ↩
- « Preliminary Articles of Peace between the United States of America and Great Britain, 30 November 1782 », dans The Papers of John Adams, en ligne ; Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 144-151. Les articles préliminaires reconnaissent l’indépendance américaine et règlent notamment les frontières, les droits de pêche, les dettes antérieures à la guerre, les loyalistes et l’évacuation des forces britanniques. ↩
- « Preliminary Articles of Peace between the United States of America and Great Britain, 30 November 1782 », art. 1er, dans The Papers of John Adams, en ligne. Le texte précise expressément que le traité anglo-américain ne pourra être conclu définitivement avant qu’un accord de paix soit intervenu entre la Grande-Bretagne et la France. ↩
- Laurent Veyssière, « Les traités de paix de 1783 », Patrimoines Partagés – France-Amériques, Bibliothèque nationale de France, en ligne. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, New Haven, Yale University Press, 1985, p. 159-164, chap. XX, « The Final Treaties and Their Consequences ». Le plan détaillé de l’ouvrage situe les trois étapes finales : « The Opening of Negotiations », p. 137 ; « The Americans Reach Agreement », p. 144 ; « The European Settlement », p. 152 ; « The Final Treaties and Their Consequences », p. 159. ↩
- « Definitive Treaty of Peace between Great Britain and the United States of America, 3 September 1783 », art. 1er, 2, 3, 6 et 8, dans The Avalon Project, Yale Law School ; voir également National Archives, « Treaty of Paris (1783) ». L’article premier reconnaît l’indépendance des États-Unis ; les articles 2 et 3 fixent notamment les frontières ; les articles 6 et 8 règlent les droits de pêche et la navigation du Mississippi. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 144-151 et 159-164 ; Samuel F. Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 1957, p. 284-302. ↩
- « Definitive Treaty of Peace between Great Britain and the United States of America, 3 September 1783 », art. 1er. La formule reconnaît les États-Unis comme « Free, Sovereign and Independent States ». ↩
- Id., art. 2. La frontière septentrionale est établie par les Grands Lacs et la frontière occidentale par le Mississippi ; la frontière méridionale est fixée au 31e parallèle. Voir également Laurent Veyssière, « Les traités de paix de 1783 », art. cit. ↩
- « Definitive Treaty of Peace between Great Britain and the United States of America, 3 September 1783 », art. 4-7 ; Laurent Veyssière, « Les traités de paix de 1783 », art. cit. Le traité règle notamment les dettes, le sort des loyalistes et les droits de pêche. ↩
- « Definitive Treaty of Peace between Great Britain and the United States of America, 3 September 1783 », art. 8. Le Mississippi est déclaré librement navigable pour les sujets des deux pays. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 144-151 ; Richard B. Morris, The Peacemakers. The Great Powers and American Independence, New York, Evanston et Londres, Harper & Row, 1965, p. 248-323. ↩
- « Traité définitif de paix entre la France et la Grande-Bretagne, Versailles, 3 septembre 1783 », art. 4-7 et 9-17, dans Digithèque de matériaux juridiques et politiques, Université de Perpignan. Le traité restitue notamment à la France Sainte-Lucie et lui cède Tobago, restitue Gorée et le Sénégal et rétablit plusieurs établissements français en Inde. Il met également fin aux restrictions imposées à Dunkerque par le traité de paix franco-britannique d’Utrecht du 11 avril 1713, conclu entre Louis XIV et la reine Anne de Grande-Bretagne à l’issue de la guerre de Succession d’Espagne. ↩
- Ibid., art. 8. La France restitue à la Grande-Bretagne la Grenade et les Grenadines, Saint-Vincent, la Dominique, Saint-Christophe, Nevis et Montserrat. Sur la restitution de la Guyane néerlandaise, v. François Souty, « Armand-Guy Simon de Coëtnempren, comte de Kersaint (1742-1793) : un marin des Lumières dans la renaissance de la puissance navale française durant la guerre d’Indépendance américaine », op.cit. à la note 1. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 152-164 ; « Traité définitif de paix entre la France et la Grande-Bretagne, Versailles, 3 septembre 1783 », art. 7-18. L’article 17 abroge notamment les restrictions relatives à Dunkerque héritées du règlement d’Utrecht. ↩
- Jonathan R. Dull, The French Navy and American Independence. A Study of Arms and Diplomacy, 1774-1787, Princeton, Princeton University Press, 1975, p. 321-331 ; Id., A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 159-164. Sur la situation financière française à la sortie de la guerre et les conséquences de l’effort militaire américain, voir également Orville T. Murphy, Charles Gravier, Comte de Vergennes. French Diplomacy in the Age of Revolution, 1719-1787, Albany, State University of New York Press, 1982, p. 390-404. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 159-164 ; Samuel F. Scott, From Yorktown to Valmy. The American Revolution and the French Army, 1775-1783, Niwot, University Press of Colorado, 1998, p. 188-204 ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 159-164 ; Samuel F. Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, op. cit., p. 284-302. Sur les effets territoriaux et internationaux du traité de Paris, voir également National Archives, « Treaty of Paris (1783) ». ↩
- Laurent Veyssière, « Les traités de paix de 1783 », art. cit. Le même jour, le traité franco-britannique et le traité hispano-britannique sont signés à Versailles ; l’Espagne obtient notamment la Floride et Minorque, tandis que la Grande-Bretagne conserve les Bahamas. Par ailleurs, les Provinces-Unies ne règlent leur propre conflit avec la Grande-Bretagne qu’après la conclusion des principaux traités de paix de 1783. La Quatrième guerre anglo-néerlandaise, ouverte en 1780 dans le contexte de la guerre d’Indépendance américaine, avait fait l’objet d’un traité préliminaire signé à Paris le 2 septembre 1783, mais le traité définitif ne fut conclu que le 20 mai 1784. Ce dernier met officiellement fin aux hostilités entre la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies. La République doit notamment céder à la Grande-Bretagne Nagapatam, sur la côte de Coromandel, tandis que plusieurs possessions néerlandaises sont restituées ; elle accorde en outre aux négociants britanniques des facilités commerciales dans certaines parties des Indes orientales néerlandaises. Le règlement est donc sensiblement moins favorable aux Provinces-Unies que celui obtenu par la France ou l’Espagne. Cette négociation séparée rappelle que les intérêts des différents membres de la coalition opposée à la Grande-Bretagne sont demeurés distincts : la paix de 1783 ne constituait donc pas encore, pour les Provinces-Unies, un règlement définitif. Voir H. T. Colenbrander, De patriottentijd, I, 1776-1784, La Haye, Martinus Nijhoff, 1897, notamment p. 329-333 ; ainsi que le Definitive Treaty of Peace and Friendship between His Majesty the King of Great Britain and Their High Mightinesses the States General of the United Provinces of the Low Countries, signé à Paris le 20 mai 1784. Ce texte est disponible en ligne sur le site suivant : https://www.emersonkent.com/historic_documents/treaty_of_paris_1784_transcript_translation. Sur la fin de la Quatrième guerre anglo-néerlandaise, voir plus globalement Barbara W. Tuchman, The First Salute: A View of the American Revolution, New York, Alfred A. Knopf, 1988, 347 p. ; Johan Francke, Al die willen te kaap’ren varen. De Nederlandse commissievaart tijdens de Vierde Engelse Oorlog, 1780-1784, Zutphen, Walburg Pers, 2019, 480 p. ; Johan Francke, « Zeeland Privateering Captains During the Fourth Anglo-Dutch War, 1780–1784 », The Mariner’s Mirror, vol. 110, n° 1, 2024, p. 44-66 ; Gerrit Knaap et Henk den Heijer, « The Empire’s Downfall (1780–1811) », dans Wars Overseas: Military Operations by Company and State outside Europe, 1595–1814, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2024, p. 155-180. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 152-159 ; Id., The French Navy and American Independence, op. cit., p. 321-331 ; Orville T. Murphy, Charles Gravier, Comte de Vergennes, op. cit., p. 390-404. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 137-164 ; Richard B. Morris, The Peacemakers, op. cit., p. 248-323. Sur la transformation progressive de l’alliance franco-américaine en coalition militaire puis en négociation multilatérale, voir également Samuel F. Bemis, The Diplomacy of the American Revolution, op. cit., p. 284-302 ↩
- « Traité définitif de paix entre la France et la Grande-Bretagne, Versailles, 3 septembre 1783 », op. cit., art. 4-20 ; « Definitive Treaty of Peace between Great Britain and the United States of America, 3 September 1783 », op. cit., art. 1-10. ↩
- Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 159-164 ; Vincent T. Harlow, The Founding of the Second British Empire, 1763-1793, vol. I, Discovery and Revolution, Londres, Longmans, Green and Co., 1952, p. 348-365. ↩
- Robert A. Selig, March to Victory. Washington, Rochambeau, and the Yorktown Campaign of 1781, op. cit., p. 43-46 ; Jonathan R. Dull, A Diplomatic History of the American Revolution, op. cit., p. 137-164 ; Richard B. Morris, The Peacemakers, op. cit., p. 248-323. ↩
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